Le Mildiou de la vigne : Comprendre, prévenir et agir face à ce fléau cryptogamique

Le mildiou fait partie des principales maladies de la vigne en France. Le terme mildiou s’applique à plusieurs maladies cryptogamiques touchant de nombreuses cultures de grande importance économique, dont la vigne, les tomates ou les pommes de terre. Originaire d’Amérique du Nord comme le phylloxera, l’oïdium et le black-rot, le mildiou est observé pour la première fois en France à Libourne en 1879. C’est une menace constante qui, selon les conditions climatiques, peut entraîner un affaiblissement des ceps, d’importantes pertes de récoltes et des problèmes de qualité des vins.

Schéma illustrant le cycle biologique du mildiou de la vigne, des oospores hivernales aux contaminations printanières

Nature et biologie de l'agent pathogène

Le mildiou (Plasmopara viticola) a pour agent pathogène les oomycètes, algues-champignons microscopiques qui appartiennent au groupe des stramenopiles (regroupant également les algues brunes), des algues ayant perdu la capacité de faire la photosynthèse. Ce sont des micro-organismes aquatiques et pseudo-champignons qui se rapprochent des algues brunes. Ils sont responsables du mildiou de la vigne aux épidémies potentiellement fulgurantes.

Plasmopara viticola se conserve principalement sous forme d’oospores dans les feuilles tombées au sol à l’automne. Ces œufs d’hiver sont très résistants (jusqu’à -20°C) et arrivent à maturité au printemps. La germination des oospores s’opère dans l’eau libre lorsque la température atteint 11°C. Les zoospores se meuvent dans l’eau à l’aide de flagelles. Ils se développent en hyphes, qui créent des appressoria servant à pénétrer les tissus des plantes. Ces derniers produisent ensuite des haustoria qui captent les nutriments dans la plante. Lorsque le substrat nutritif est épuisé, le pseudo-champignon émet à nouveau des conidiophores sur la face inférieure des feuilles.

Facteurs favorisant les épidémies

L’algue-champignon affectionne les printemps pluvieux et les températures douces. Le développement épidémique du mildiou au vignoble est essentiellement rythmé par les pluies et les humectations, par températures favorables. En effet, un temps humide et de fortes pluies, mêlés à des températures entre 11 et 30 degrés seront propices à son apparition.

Les contaminations primaires de mildiou ne sont possibles qu’en présence d’eau sous forme liquide. La vigne est sensible au mildiou de l’apparition des inflorescences à la fin de la floraison. L’irrégularité des saisons d’année en année empêche de définir une stratégie ancrée dans le marbre. L'ombre permettra à l'humidité de s'installer facilement, il est recommandé de planter les pieds sensibles au maximum au soleil.

Reconnaître les symptômes caractéristiques

Le mildiou est aisément identifiable par la présence de lésions décolorées sur les feuilles, qui sont de 2 types. Au niveau des jeunes feuilles, on observe des taches circulaires et jaunies, d’un aspect huileux, sur la face supérieure. C’est le « faciès taches d’huile ». Sur la face inférieure, on observe l’apparition d’un duvet blanchâtre assez dense, le mycélium. Celui-ci contient les conidiophores qui portent les conidies (spores). Les taches entraînent le dessèchement du limbe et la chute du feuillage.

Au niveau des feuilles plus âgées en fin de saison, le mildiou prend la forme de « faciès mosaïque ». Les rafles infectées prennent une coloration rouge brunâtre, se déforment, se dessèchent et tombent. Les boutons floraux et les jeunes baies se couvrent d’efflorescences blanches composées de conidiophores. Après la nouaison, les baies prennent une couleur allant de brun-rouge à violet : c’est le « faciès rot brun » ou « coup de pouce ». On reconnaît aussi la maladie à la présence de bourgeons recroquevillés, couverts d’un duvet blanchâtre.

Photographie comparative d'une feuille de vigne présentant le faciès

Impact économique et viticole

Le mildiou peut causer des dommages directs à la vigne en provoquant la déformation des pousses, des vrilles et des grappes ou en provoquant la chute prématurée des feuilles, ce qui retarde le mûrissement des fruits et augmente la vulnérabilité de la vigne après les blessures dues à l’hiver. Les attaques de mildiou entraînent aussi d’importantes dépenses pour les vignerons : entre 5 à 10 traitements selon les conditions climatiques.

Des travaux menés par BASF ont montré un début d’incidence dès 2 % de rot brun dans la vendange. À partir de 5 %, elle devient plus nette et est remarquée par les dégustateurs : un protocole de vinification spécifique est alors nécessaire. La grande majorité des cépages ont une sensibilité au mildiou. Seuls 5 % des cépages connus à ce jour présentent des résistances naturelles. Aurait-on trouvé un champignon mortel pour les oomycètes, comme possible agent de biocontrôle ? Des chercheurs ont découvert qu’une souche particulière d’un champignon est en mesure de bloquer le développement des oomycètes.

Stratégies de lutte et prophylaxie

La protection contre le mildiou contient 2 objectifs : sécuriser la vigne jusqu’à la fermeture de la grappe avec des applications préventives ou curatives tout en réduisant le nombre de passages et l’IFT. Puisque le mildiou a besoin d’eau libre pour germer, il faut éviter l’accumulation de flaques dans les creux et en bout de rangs grâce à un drainage efficace. L’élimination de tous les rejets et pampres à la base des souches est une mesure prophylactique essentielle pour limiter le développement du mildiou. Une taille de la vigne adéquate permettra une meilleure aération et moins de proximité entre les feuilles.

Le premier moyen de lutte contre le mildiou serait de ramasser et brûler soigneusement les feuilles tombées à l’automne pouvant abriter des œufs. L’emploi d’un produit de biocontrôle (phosphites, huile essentielle d’orange douce, tisane de saule et de prêle) est également à considérer. La lutte contre le mildiou est modélisée selon le système EPI (État Potentiel d’Infection). Celui-ci aide à prévoir l’agressivité du mildiou à partir de l’hiver. Les observations terrain du vigneron, en complément de la lecture des Bulletins de Santé du Végétal (BSV), contribuent également à la protection.

Gestion chimique et alternatives innovantes

Les produits de contact, comme le cuivre ou le folpel, se déposent sur les feuilles et assurent une action préventive. Les produits pénétrants entrent à l’intérieur des feuilles, à l’abri du lessivage. Les produits systémiques, comme le phoséthyl-aluminium, circulent dans la sève pour protéger les nouvelles pousses.

Face à une réglementation de plus en plus stricte, la mise en place de Viti-Tunnel est une solution. Viti-Tunnel est un dispositif de mise à l’abri automatique des rangs de vigne pendant les pluies. Il autorise une réduction du recours aux produits phytosanitaires de plus de 90 % et procure une grande fiabilité de la gestion de la protection. Si l’on regarde vers l’avenir, les nouveaux cépages résistants au mildiou (regent, prior et bronner) offrent des perspectives intéressantes, bien que les chercheurs mettent en garde contre l’érosion de ces résistances face à l’adaptation constante de l’agent pathogène.

Précautions et réglementation

Depuis ces dernières années, face à des épisodes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents, les vignes sont sujettes à de nombreuses maladies. Dans une dynamique de protection des résidents et des environnements, les arrêtés du 25 janvier 2022 et du 14 février 2023 fixent désormais des distances de sécurité pour l’épandage de pesticides au voisinage de zones d’habitations ou d’activités. Ces distances varient de 0 à 20 m selon le type de culture, la catégorie ou le classement des produits utilisés. Il est primordial de lire attentivement l’étiquette avant toute utilisation et de respecter strictement les usages, doses, conditions et précautions d’emploi. Privilégiez chaque fois que possible les méthodes alternatives et les produits présentant le risque le plus faible pour la santé humaine et animale et pour l’environnement.

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