Le mildiou de la vigne, causé par l’oomycète Plasmopara viticola, est une maladie particulièrement difficile à contrôler et peut entraîner des pertes considérables dans les vignobles. Originaire d’Amérique du Nord, cet agent pathogène fut signalé pour la première fois dans le Bordelais en 1879. Il s’agit d’une maladie cryptogamique - ou cryptogamique, c’est-à-dire causée par la présence d’un organisme microscopique - qui s’attaque à tous les organes herbacés de la vigne, affectionnant particulièrement ceux en voie de croissance, riches en eau.

Nature biologique et cycle de vie de l'agent pathogène
Le mildiou de la vigne a pour agent pathogène les oomycètes, algues-champignons microscopiques qui appartiennent au groupe des stramenopiles (regroupant également les algues brunes), des algues ayant perdu la capacité de faire la photosynthèse. Ces micro-organismes aquatiques, longtemps classés dans les phycomycètes ou « champignons inférieurs », ont vu leur classification révisée récemment car leur ultra-structure, leur biochimie et leurs séquences moléculaires indiquent qu’ils appartiennent à un groupe d’organismes incluant surtout des algues et des diatomées.
Le mildiou de la vigne se conserve sous forme d’oospores (œufs d’hiver) présents sur les feuilles attaquées à l’automne et tombées au sol. Ces œufs d’hiver sont produits par la reproduction sexuée. Au printemps, après leur maturation, ces œufs germent dans l’eau à partir d’une température moyenne de 11°C, et libèrent des zoospores biflagellés qui peuvent se déplacer dans l’eau et provoquer les contaminations primaires. Après une incubation de 10 à 20 jours suivant les températures, apparaissent les conidiophores (fructifications contenant les conidies) sur la face inférieure des feuilles. Les conidies assurent les contaminations secondaires ou repiquages en présence de pluies.
Symptomatologie et diagnostic microscopique
L’identification du mildiou repose sur l’observation de critères visuels spécifiques, souvent confirmés en laboratoire par une analyse au microscope des tissus infectés. Le faciès « taches d’huile » du mildiou de la vigne, souvent observé sur jeunes feuilles, est caractérisé par l’apparition de plages décolorées, jaunes, d’aspect huileux sur la face supérieure, puis formation sur la face inférieure d’un duvet blanc assez dense constitué de conidiophores et de conidies. Le tissu altéré brunit et se dessèche.
Le faciès « mosaïque » du mildiou est plutôt observé en fin de saison sur les feuilles âgées. De l’apparition des inflorescences à la fin de la floraison, la rafle prend une coloration rouge brunâtre et se déforme en crosse. Le mildiou peut causer des dommages directs à la vigne en provoquant la déformation des pousses, des vrilles et des grappes ou en provoquant la chute prématurée des feuilles, ce qui retarde le mûrissement des fruits et augmente la vulnérabilité de la vigne après les blessures dues à l’hiver.

Les défis de la résistance génétique
Depuis près de 20 ans, l’INRAE développe de nouvelles variétés intégrant des résistances, notamment dans le cadre du programme d’innovation variétale ResDur. Mais cette stratégie se heurte à un obstacle de taille : la capacité d’adaptation du pathogène. En Europe, le mildiou a déjà démontré qu’il pouvait contourner rapidement plusieurs résistances récemment déployées.
La première stratégie du pathogène consiste à « passer sous le radar ». Les résistances de la vigne reposent sur un principe simple : la vigne est capable de reconnaître certains gènes du pathogène et de déclencher une réponse de défense sous forme de nécrose des tissus. Certaines souches sont capables de perdre des fragments de gènes qui déclenchent la réaction de défense, ce qui les rend invisibles pour la plante. La seconde stratégie repose sur l’acquisition de nouvelles capacités. Des échanges génétiques, notamment avec des souches d’origine nord-américaine, ont permis l’émergence de formes plus virulentes après leur introduction en Europe et leur croisement avec des populations locales.
Stratégies de lutte et prophylaxie
La lutte contre le mildiou doit être préventive. Pendant toute la croissance de la vigne, il faudra réaliser un certain nombre de traitements, en fonction de la vitesse de croissance des rameaux et des feuilles, de la fréquence des pluies, de la température et de la pression parasitaire. Un raisonnement de la lutte est possible grâce au suivi de la maturation des œufs d’hiver, à la lecture des Bulletins de Santé du Végétal (BSV) et au développement des outils d’aide à la décision.
L’élimination de tous les rejets et pampres à la base des souches est une mesure prophylactique essentielle pour limiter le développement du mildiou. En effet, lors des pluies contaminatrices, les œufs d’hiver qui ont germé sont projetés sur la vigne. Une taille de la vigne adéquate permettra une meilleure aération et moins de proximité entre les feuilles. L'exposition du cep au soleil et le binage de votre terre permettront de favoriser la circulation de