Mildiou sur Légumineuses : Causes, Symptômes, Traitement et Prévention

Le mildiou, véritable hantise des jardiniers amateurs comme professionnels, rassemble plusieurs maladies cryptogamiques, c’est-à-dire issues de champignons. Il s'attaque à bon nombre de nos légumes et est particulièrement redouté sur la vigne, la tomate et la pomme de terre, mais aussi sur les rosiers et diverses légumineuses comme les haricots ou les laitues. Ces maladies peuvent réduire à néant une culture ou compromettre gravement la floraison et la récolte.

Schéma des différents types de mildiou affectant les plantes

Comprendre le Mildiou : Un Ennemi Insidieux

Le mildiou n'est pas une maladie unique, mais un terme générique désignant un groupe d'organismes filamenteux, appelés oomycètes, qui ressemblent à des champignons mais sont biologiquement distincts. Ces organismes sont très proches des algues, ce qui les rend sensibles au cuivre.

Plusieurs espèces de mildiou sont à l'œuvre :

  • Plasmopara viticola : qui touche la vigne.
  • Phytophthora infestans : l'agent le plus dévastateur pour les jardiniers français, connu pour s’en prendre aux solanacées, notamment les tomates et les pommes de terre. Ce même agent pathogène a détruit la quasi-totalité des récoltes irlandaises en 1845, provoquant la Grande famine Irlandaise.
  • Bremia : responsable du mildiou de la laitue.
  • Peronospora : celui de l’oignon et des haricots.

Chaque culture majeure a sa propre espèce de champignon, très bien adaptée à son hôte spécifique.

Le Mécanisme de Propagation

Le mildiou est une maladie à spores. Le champignon actif crée des filaments appelés mycélium et produit des sporanges qui libèrent des spores. Ces spores microscopiques sont disséminées par le vent et la pluie, même sur de longues distances. Une averse, un brouillard matinal, ou de la rosée sur les feuilles suffisent à les transporter d'un plant à l'autre, d'une serre à une autre, parfois sur plusieurs kilomètres portés par le vent.

Une fois déposées sur une feuille humide, les spores germent en quelques heures et envahissent les tissus végétaux en pénétrant l'épiderme par les pores naturels situées sur l'envers de la feuille. Elles commencent alors à s'étendre dans les tissus, dépassant finalement le tissu interne et formant une couche de moisissure caractéristique à l'extérieur.

Cycle de vie du mildiou

Le calendrier de la maladie suit une logique climatique précise. Le mildiou surgit de la fin du printemps jusqu'à l'automne, avec un pic pendant les périodes de pluies fréquentes entrecoupées de chaleur. Des températures supérieures à 16°C (optimal à 27°C) et des pluies sont deux facteurs propices au mildiou. Malheureusement, cette météo est monnaie courante au printemps, moment où l’on observe en général les premiers signes du mildiou. Les orages d'été rassemblent toutes ces caractéristiques, il faut donc surveiller les plantes sensibles après les épisodes orageux.

Le mildiou ne disparaît pas à l'hiver : les spores s’enkystent dans le sol et y survivent plusieurs années. Au retour des beaux jours et des conditions humides, elles se réactivent et contaminent les nouvelles plantations. C'est l'une des propriétés les plus problématiques du mildiou.

Identifier les Symptômes du Mildiou

Le mildiou ne se manifeste pas de la même façon selon la plante atteinte. Il est important de l’identifier correctement, car plusieurs autres maladies produisent des symptômes visuellement proches, l’oïdium notamment, qui apparaît lui aussi sous forme de duvet blanc, mais sur la face supérieure des feuilles et par temps sec.

Un test simple permet de distinguer mildiou et oïdium : retournez une feuille présentant des symptômes. Si le duvet blanc est en dessous et que la face supérieure présente des taches brunes ou huileuses, c’est du mildiou. S'il est au-dessus, c'est de l'oïdium.

Symptômes Généraux

Les premiers symptômes apparaissent souvent sous la forme de taches huileuses jaunâtres avec feutrage au revers des feuilles. Irrégulières et huileuses, ces taches jaunes à brunes s’étendent rapidement. Un duvet blanchâtre, dû à la production de spores, peut être remarqué sur la face inférieure des feuilles. Ensuite, les parties atteintes se nécrosent et finissent par sécher, privant ainsi la plante d’une partie de la photosynthèse. Le champignon extrait les nutriments de la plante et cause un ralentissement de la croissance. La défoliation et la nanification ou la mort des jeunes pousses, fleurs et fruits conduit à une croissance ralentie et des rendements pauvres.

Symptômes Spécifiques selon la Plante

  • Tomates :

    • Taches huileuses claires sur la face supérieure des feuilles, puis feutrage blanc-grisâtre en dessous.
    • Tiges avec nécroses brunes.
    • Les fruits présentent des taches brunes fermes (non molles), contrairement à la pourriture grise, qui les rendent impropres à la consommation. La progression du bas vers le haut de la plante est caractéristique.
    • Les tomates et les aubergines sont d'ailleurs particulièrement sensibles au mildiou.
  • Pommes de terre :

    • Taches brunes sur les feuilles avec liseré jaune.
    • Feutrage blanc sous les feuilles par temps humide.
  • Laitues :

    • Taches jaunâtres angulaires sur la face supérieure des feuilles, limitées par les nervures.
    • Feutrage gris-blanc dense sur la face inférieure.
  • Haricots :

    • Des taches jaunâtres éparses de différentes tailles apparaissent à la surface supérieure des jeunes feuilles en développement.
    • À mesure que la maladie progresse, ces taches s'élargissent et prennent une forme anguleuse, délimitées par les nervures.
    • Leurs centres deviennent nécrotiques, de différentes nuances de brun, et peuvent être entourés d'un halo jaune.
    • Généralement, à la suite d'une série de nuits humides et chaudes, une couche cotonneuse dense blanche à grisâtre se développe sous ces taches, exclusivement sur l'envers des feuilles et sa croissance est limitée par les nervures principales. De plus, il ne peut pas être retiré facilement.
    • Les fruits et les autres parties de la plante peuvent également être affectés.

Comparaison des symptômes du mildiou sur différentes légumineuses

Prévention : La Meilleure Arme Contre le Mildiou

La prévention reste l’arme la plus efficace contre le mildiou. Une fois déclarée, la maladie ne se guérit pas à proprement parler, elle se contient. La stratégie la plus efficace est donc de créer des conditions défavorables à son développement avant qu'il n'apparaisse. Un bon jardinier anticipe le mildiou plutôt qu’il ne le subit.

Choix des Variétés et Planification

  1. Choisir des variétés résistantes : Le premier levier d’action est de choisir des variétés résistantes. En effet, le travail de sélection des variétés est tourné vers plusieurs critères, dont la vigueur de la plante et sa résistance aux maladies. On privilégiera notamment les plantes ayant une bonne croissance et une bonne résistance aux maladies. Les semenciers ont développé des lignées plus résistantes, identifiables par la mention « résistant au mildiou » ou par des codes comme « Ph » (résistance à Phytophthora) sur les étiquettes. Parmi les variétés de tomates reconnues pour leur résistance : Fantasio, Ferline, Primavera ou encore Clodine. Pour les épinards, les variétés « Dolphin » sont un bon choix. Une nuance importante : les souches du mildiou évoluent constamment. Une variété résistante aujourd’hui peut se révéler plus vulnérable dans quelques années si une nouvelle souche apparaît dans votre région.

  2. Rotation des cultures : Réflexe important à adopter dès le début de la création du potager, la rotation des cultures consiste à changer de place les parcelles cultivées chaque année. Il convient donc de définir un tournus pour qu’une plante ne soit pas cultivée au même endroit deux années de suite. Ceci est crucial car les spores du mildiou s’enkystent dans le sol et y survivent parfois plusieurs années. Ne replantez pas de tomates ou de pommes de terre au même endroit deux années de suite.

  3. Diversification des plantations : Il est essentiel de diversifier les plantations. Plus vous apportez de la diversité, moins vous risquez d’être envahis par des nuisibles. En effet, ces derniers se développent plus s’ils ont de nombreuses plantes hôtes. Au contraire, si vous plantez des légumes différents et des variétés multiples, ils ne seront pas tous sensibles aux mêmes parasites. De plus, ils pourront parfois se rendre des services, comme les plantes amies. Un potager monospécifique (une serre entièrement dédiée aux tomates, par exemple) est une cible idéale pour le mildiou. Si la maladie s’y déclare, elle trouve un terrain homogène et propice à une propagation en chaîne. Un potager diversifié, en revanche, crée des interruptions naturelles dans la progression de la maladie. Les espèces non sensibles servent de barrières physiques entre les plants vulnérables.

  4. Emplacement lumineux et bien aéré : Choisissez un emplacement offrant beaucoup de lumière et bien ventilé. Le mildiou ne peut pas germer sans eau libre sur les feuilles. Priver ses spores d’humidité, c’est déjà les neutraliser avant qu’elles n’atteignent votre potager. Maintenez un bon espace entre les plants. En effet, plus les plants sont serrés, plus l’humidité se développe. Distancez suffisamment les plants pour favoriser l’aération et le séchage rapide des feuilles après la pluie, ce qui limite la contamination. Plantez dans des sites bien exposés au soleil et choisissez une orientation correcte.

Comment prévenir et traiter le mildiou ? - Truffaut

Gestion de l'Humidité et de l'Arrosage

  1. Arroser au pied : Évitez les arroseurs par aspersion qui mouillent toute la plante et préférez le goutte-à-goutte ou un arrosoir à bec fin, directement à la base de la tige. L'arrosage par aspersion mouille les feuilles et crée exactement les conditions idéales pour la germination des spores.

  2. Arroser le matin : Évitez d’arroser le soir. En arrosant le soir, les températures fraîches de la nuit vont conserver l’humidité causée par l’apport d’eau. Les feuilles qui restent humides toute la nuit, sans soleil pour les sécher, sont particulièrement exposées. Les tomates tolèrent mieux un léger stress hydrique qu’un sol saturé d’eau. Si vous hésitez entre arroser un peu trop ou un peu trop peu, penchez du côté de la retenue. Pour savoir s’il faut arroser, enfoncez un doigt à un ou deux centimètres en terre.

  3. Utilisation de la serre : Une serre de jardin est un outil efficace pour mettre les cultures à l’abri des pluies directes tout en permettant de contrôler précisément l’irrigation. Cependant, une nuance importante : la serre limite la pluie directe mais favorise parfois la condensation. Sous serre fermée, l’humidité s’accumule rapidement, surtout les nuits fraîches de printemps ou après l’arrosage. Cette condensation sur les feuilles crée exactement les conditions que le mildiou recherche. L’aération régulière (ouvrir la porte, les fenêtres de toit ou les aérations latérales) permet d’évacuer cette humidité et de renouveler l’air stagnant. Un simple entrebâillement de porte suffit par temps calme.

  4. Paillage : Le paillage de vos plants de légumes est souvent conseillé pour lutter contre le mildiou. Il aide à maintenir l'humidité du sol sans mouiller le feuillage et limite les éclaboussures de terre porteuses de spores.

Taille et Entretien

  1. Tailler par temps sec : Chaque coupe sur un plant est une porte d’entrée potentielle pour les spores. La taille n’est pas à éviter, elle reste nécessaire pour aérer la plante, mais elle obéit à des règles précises pour limiter les risques. Taillez uniquement par temps sec et ensoleillé, de préférence en milieu de matinée quand la rosée a séché. La chaleur accélère la cicatrisation des plaies, réduisant le temps pendant lequel elles restent vulnérables. Pincez les gourmands quand ils sont tous petits, pour éviter de grosses plaies, portes d’entrées pour les maladies.

  2. Désinfection des outils : Désinfectez systématiquement vos outils entre chaque plant avec de l’alcool à 70°. Évitez de toucher les plants malades puis les plants sains sans vous laver les mains. Coupez toujours dans la partie saine, en amont de la zone atteinte.

  3. Gestion des mauvaises herbes et débris : Contrôlez les mauvaises herbes dans et autour du champ. Retirez les débris végétaux du champ. Maintenez les outils et équipements propres. Évitez la diffusion de terre et de matériel végétal infectés. Le champignon hiverne dans des débris végétaux ou pousses infectés, dans le sol ou sur des hôtes alternatifs (cultures agricoles et mauvaises herbes).

  4. Fertilisation équilibrée : Pour maintenir la vigueur de vos plants, assurez une fertilisation équilibrée. Des fortifiants peuvent également être appliqués afin de renforcer la santé de la plante. Les purins de plantes seront vos alliés pour donner de la vigueur à vos plants.

Traitement et Gestion de l'Infection

Lorsque la maladie est là et que les premiers symptômes sont apparus, il faut agir vite. Le mildiou peut envahir un plant entier en deux à trois jours par temps humide. Le mildiou ne se guérit pas à proprement parler : une fois une plante sévèrement atteinte, les parties touchées sont perdues. La maladie se contient.

Premières Mesures

  1. Éliminer les parties infectées : Avant de traiter, commencez par retirer et éliminer toutes les parties visiblement atteintes, sans les mettre au compost pour éviter de contaminer le reste du jardin. Ne mettez jamais les parties malades au compost. Les spores y survivent et se redistribuent lors de l’épandage. Coupez les feuilles infectées dès les premiers signes d'attaque et débarrassez-vous en.

  2. Récupérer les fruits sains : Récupérez les tomates encore vertes, non atteintes par la maladie. Placez-les sur un appui de fenêtre ensoleillé pour favoriser leur maturité. Les parties encore saines d'un fruit atteint peuvent être consommées si les zones touchées sont découpées et écartées avec une bonne marge. Un fruit entièrement atteint ou ramolli doit être jeté. Le mildiou ne présente pas de toxicité connue pour l'humain, mais il dégrade fortement le goût, la texture et la valeur nutritionnelle du fruit. En cas de doute, ne mangez pas.

Traitements Biologiques et Doux

  1. Bicarbonate de soude : Produit miracle tant au jardin que dans la maison, le bicarbonate de soude peut être utilisé en lutte contre le mildiou. Pour cela, mélangez 3 cuillères à café de bicarbonate de soude, une cuillère à soupe de savon noir et 1 litre d’eau. Cette solution modifie le pH de surface des feuilles, pour créer un environnement légèrement alcalin dans lequel les spores du mildiou ont du mal à se développer. Son efficacité est à la fois préventive et curative à un stade précoce. Le bicarbonate de soude constitue un traitement préventif et curatif doux, à renouveler chaque semaine. Pendant la période de floraison, évitez de traiter les fleurs directement : vaporisez uniquement sur les feuilles et les tiges, car le bicarbonate de soude perturbe la pollinisation.

  2. Purin d'ortie : Les purins de plantes seront vos alliés pour donner de la vigueur à vos plants. Utilisez alors le bien connu purin d’ortie. Au moment de la plantation, mettez des feuilles d’ortie au fond du trou. Pendant le printemps, pulvérisez vos plantes deux fois par mois avec du purin dilué à 5% dans de l’eau.

  3. Purin de bardane : Mélangez 100 grammes de bardane finement hachée pour chaque litre d’eau. Laissez macérer plusieurs jours en remuant quotidiennement jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de bulles, puis filtrez la solution.

  4. Infusion de fleurs de tanaisie : Pulvérisez une infusion de fleurs de tanaisie si le mildiou n’est pas encore bien installé.

  5. Macération de sauge : Une macération de sauge pourrait aider les plantes à résister aux attaques de ces champignons. L’efficacité de ces préparations n’est cependant pas démontrée scientifiquement à ce jour.

Fongicides Biologiques

  1. Bouillie bordelaise : La bouillie bordelaise est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux, utilisé en viticulture depuis le XIXe siècle et homologué en agriculture biologique (règlement CE n°889/2008). Sur le mildiou, son efficacité est réelle : le cuivre détruit les spores par contact et empêche leur germination. Cependant, son usage est strictement encadré à cause de l’accumulation du cuivre dans les sols. Le cuivre est un métal lourd. Appliqué régulièrement sur le même sol, il s’accumule dans les couches superficielles et devient toxique pour les vers de terre, les micro-organismes du sol et les organismes aquatiques si des ruissellements se produisent. La dose maximale autorisée en agriculture biologique en Europe est de 6 kg de cuivre métal par hectare et par an, soit environ 60 g pour un potager de 10 m². En pratique, au jardin amateur : réservez la bouillie bordelaise aux situations où la contamination est sévère et où le bicarbonate de soude n’a pas suffi. La bouillie bordelaise est autorisée en bio mais s’utilise en dernier recours à cause de son impact sur les sols.

Précautions et Mythes à Éviter

  • Fil de cuivre : Le fil de cuivre planté dans le sol, parfois conseillé contre le mildiou, est une idée reçue sans efficacité prouvée sur cette maladie. Pire : il déséquilibre le champ électromagnétique du sol et attire les limaces. À proscrire.

  • Fongicides chimiques : Dans les cas bénins, il est souvent mieux de ne rien faire et d'attendre que le temps s'améliore. Des fongicides de protection peuvent aider à empêcher la contamination des plants mais ils doivent être vaporisés de façon adéquate sur l'envers des feuilles. Les fongicides de la famille des dithiocarbamates peuvent être utilisés. Des fongicides post-infection doivent être appliqués immédiatement après la détection des premiers symptômes. Envisagez toujours une approche combinant des mesures préventives à des traitements biologiques, s'il en existe. Des traitements biologiques commerciaux contre le mildiou existent.

Le mildiou est une maladie persistante et dévastatrice. La clé de sa gestion réside dans une approche proactive et préventive, combinant des pratiques culturales avisées avec l'utilisation mesurée de traitements biologiques lorsque nécessaire.

tags: #mildiou #sur #legumineuses