
Le mildiou, également connu sous son nom scientifique Plasmopara viticola, est une maladie cryptogamique d'origine nord-américaine, introduite en Europe au 19ème siècle et identifiée pour la première fois en France en 1878. Il constitue l'une des principales menaces pour les vignobles français, et particulièrement dans des régions comme le Sud-Est (Languedoc, PACA), où une succession d’épisodes pluvieux peut favoriser des contaminations précoces. Ce pseudo-champignon microscopique, appartenant au groupe des oomycètes (algues-champignons), s'attaque à tous les organes verts de la vigne - rameaux, feuilles, grappes, vrilles - provoquant chaque année d’énormes dégâts et nécessitant plusieurs traitements fongicides. En 2021, un viticulteur a dû faire en moyenne 8,4 traitements pour lutter contre le mildiou, avec un investissement moyen de 304 €/ha.
Comprendre le Mildiou de la Vigne
Le mildiou est un ennemi redoutable qui se développe très rapidement lorsque les conditions météorologiques lui sont favorables. Son agent pathogène, les oomycètes, se conservent en hiver sous forme d’œufs (oospores) dans les feuilles mortes tombées à terre, au niveau des parties nécrosées. Au printemps, ces oospores germent dès que les conditions d’humidité sont favorables et que la température atteint 11°C. Cette germination donne naissance à des macroconidies, qui émettent elles-mêmes de nombreuses spores, lesquelles sont ensuite propagées par le vent ou lors d’épisodes pluvieux importants. Le mildiou affectionne les printemps pluvieux et les températures douces, avec une température minimale de 11°C nécessaire au déclenchement des contaminations primaires au printemps. La durée d’incubation, c'est-à-dire le délai entre la contamination et l’apparition des symptômes, peut varier de 5 à 20 jours en fonction de la température et de l’humidité.
Identification des Symptômes
Le mildiou de la vigne est aisément identifiable par la présence de lésions décolorées sur les feuilles, les pousses et les grappes. Il est crucial de ne pas les confondre avec les taches produites par l’oïdium.

Symptômes sur les feuilles :
- Taches d'huile (faciès taches d’huile) : Les premiers signes apparaissent au printemps, quelques semaines après les premières pluies. Sur la face supérieure des jeunes feuilles, des taches circulaires et jaunies, d’un aspect huileux et translucide, se forment, souvent près des nervures. Elles s'étendent progressivement.
- Duvet blanc cotonneux : En retournant la feuille, on observe un duvet blanc cotonneux sur la face inférieure, exactement à l'emplacement des taches jaunes. Ce duvet est l'organe de reproduction du champignon, rempli de spores prêtes à contaminer d'autres feuilles. Par temps humide, ce duvet est bien visible ; par temps sec, il peut être discret voire absent.
- Mildiou en mosaïque (faciès mosaïque) : Sur les feuilles plus âgées en fin de saison, le mildiou prend une forme de taches jaunes/rouges limitées par les nervures de la feuille.
- Conséquences : Les feuilles fortement atteintes brunissent, se dessèchent et tombent prématurément. Une défoliation sévère affaiblit la vigne, compromet la maturation des fruits et réduit les réserves pour l'année suivante.
Symptômes sur les grappes :
- Rot gris (mildiou des inflorescences) : Sur les jeunes grappes en formation, le mildiou provoque le "mildiou des inflorescences". Les jeunes grappes se couvrent d'un duvet gris-blanc, brunissent, se dessèchent et tombent. Une attaque juste après la floraison peut entraîner la perte totale de la récolte.
- Rot brun (mildiou du grain) : Sur les grains plus développés (taille d'un pois), le mildiou provoque le "mildiou du grain". Les grains infectés brunissent, se flétrissent et se dessèchent en prenant un aspect de cuir. Ils ne mûrissent jamais et restent impropres à la consommation ou à la vinification. Aux stades plus avancés, les baies prennent une couleur allant de brun-rouge à violet.
- Rafle : La rafle prend alors une couleur brunâtre et se déforme en crosse.
Symptômes sur les jeunes pousses et rameaux :
- Les jeunes pousses peuvent aussi être touchées. Elles se couvrent d'un duvet blanc, se déforment, brunissent et se dessèchent. Une attaque précoce sur les jeunes pousses affaiblit considérablement la vigne.
- Le développement du mildiou au niveau des sarments n’arrive que lors de très fortes épidémies, s’ils sont encore jeunes et tendres. Ils se couvrent d’un voile blanc composé de conidiophores. Sur la partie ligneuse, le pseudo-champignon affecte les nœuds.
L’exploration des données du microbiote pour identifier les antagonistes du mildiou de la vigne
Causes et Conditions Favorables au Développement du Mildiou
La connaissance des facteurs favorisant le mildiou est essentielle pour anticiper et prévenir son apparition.
- La pluie : Les contaminations primaires de mildiou ne sont possibles qu’en présence d’eau sous forme liquide. Le développement épidémique est essentiellement rythmé par les pluies et les humectations. Ainsi, les vignobles soumis à des pluviométries importantes sont rarement épargnés par le mildiou.
- La température : Une température douce représente le deuxième facteur le plus contaminant. Une température minimum estimée entre 10° et 11°C favorise la contamination du mildiou. La température optimale pour son développement se situe entre 11°C et 30°C.
- Humidité : Le mildiou est un oomycète qui adore l'eau. Une forte humidité ambiante et des sols gorgés d'eau créent un environnement propice à la germination des oospores et à la propagation des zoospores.
- Manque d'aération : Les entassements de feuillage, dus à une taille inadéquate ou à un relevage insuffisant, créent des microclimats humides au sein de la vigne, favorisant l'installation du mildiou.
Stratégies de Prévention Contre le Mildiou
La protection anti-mildiou doit être anticipée. Pour bâtir une stratégie de protection efficace, le vigneron doit impérativement prendre en compte un certain nombre de paramètres agronomiques et réglementaires. Ceux-ci sont à intégrer à la réflexion, bien en amont de l’apparition de la maladie.
Bonnes Pratiques Culturales (Prophylaxie)
La base d'un programme de lutte contre le mildiou repose d'abord et avant tout sur la prise en compte des fondamentaux agronomiques en commençant par la prophylaxie.
- À la plantation : Il est important de limiter les facteurs favorisant le développement de la maladie, tels que les sols conservant l’humidité, les mouillères, une fertilisation excessive ou tout élément entraînant un excès de vigueur. Un drainage efficace pour éviter l’accumulation de flaques dans les creux et en bout de rangs est crucial.
- Sur vigne en place (au printemps) :
- Épamprage soigné : L’élimination de tous les rejets et pampres à la base des souches est une mesure prophylactique essentielle pour limiter le développement du mildiou. En effet, lors des pluies contaminatrices, les œufs d’hiver qui ont germé sont projetés sur la vigne. Il faut éviter les "escaliers" (pampres mal taillés).
- Rognages raisonnés : Suivre un programme de rognages permet d'aérer la végétation et de limiter les entassements de feuillage.
- Taille adaptée et relevage de la vigne : Ces pratiques favorisent une meilleure circulation de l'air et une pénétration optimale des produits de traitement.
- Effeuillage : L'effeuillage, réalisé pour aérer les zones fructifères, contribue à réduire l'humidité autour des grappes, un facteur clé pour le mildiou.
- Fertilisation adaptée : Une fertilisation excessive peut entraîner un excès de vigueur de la vigne, la rendant plus sensible.
- Éviter les interventions sur végétation humectée : Limiter la réceptivité lors des projections dues aux interventions mécaniques.
Outils d’Aide à la Décision et Suivi Météo
La surveillance préventive des conditions météorologiques est déterminante dans l’évolution de la maladie. L’augmentation des températures et l’annonce de pluies sont des indicateurs clés.
- Météo agricole fiable : L'importance d'une météo agricole fiable et d'un outil d'aide à la décision pour le déclenchement de la protection est primordiale. Des applications comme Abelio proposent un suivi météo via une connexion aux stations météo et une estimation du risque maladie.
- Outils d’aide à la décision (OAD) : Des outils comme Agrigenius® by Horta ou AgAssist permettent le déclenchement de la protection en fonction des données météo et de l’historique de la parcelle. Ces OAD aident à bien déceler la phase d’initiation de l’épidémie et à anticiper les épisodes suivants, empêchant le mildiou de s’installer dans la parcelle.
- Suivi de maturité des œufs d’hiver : Intégrer les paramètres agronomiques dans sa stratégie de protection en début de campagne, c’est aussi s’appuyer sur le suivi de maturité des œufs d’hiver, effectué par l’expertise de la prescription.
- Bulletins de Santé du Végétal (BSV) : Les observations terrain du vigneron, en complément de la lecture des BSV, contribuent également à la protection.
- Stations météo de précision : Pour une couverture accrue, l'installation de stations météo de précision telles que Météus est recommandée. Les informations captées, accessibles directement depuis le mobile, aident à la prise de décision.
Traitements Contre le Mildiou
Une fois installé, il est très difficile, voire impossible, de se débarrasser du mildiou. Il est primordial d’agir en préventif et de commencer à traiter avant les pluies. Si malgré la mise en place de mesures de précaution la maladie s’est implantée, il faut veiller à traiter pour limiter son développement. Le marché des anti-mildious est important et la lutte chimique est malheureusement aujourd'hui encore le seul moyen efficace comme mesure essentiellement préventive contre le mildiou. En appliquant un fongicide sur les organes sains avant toute contamination (même si certains produits ont une action curative), il est possible de se prévenir de la maladie.

Fongicides Conventionnels
Les produits phytosanitaires se classent en plusieurs catégories selon leur mode d'action. Le nombre et l’époque des traitements sont déterminés par les caractéristiques des produits et l’estimation du risque de contamination.
- Produits de contact : Ces produits se déposent sur les feuilles et agissent préventivement. Cette famille se compose de produits minéraux tel le cuivre (bouillie bordelaise, hydroxyde de cuivre, oxyde cuivreux, oxychlorure de cuivre) et de produits organiques de synthèse tel le mancozèbe et le folpel. La bouillie bordelaise, le plus ancien des fongicides de contact anti-mildiou, est un mélange de sulfate de cuivre avec une base (chaux ou carbonate de soude) pour neutraliser son acidité.
- Produits pénétrants : Ces produits entrent et se positionnent à l’intérieur des feuilles, ce qui les met ainsi à l’abri du lessivage.
- Produits systémiques : Dans cette famille, on trouve des matières actives comme le phoséthyl-aluminium ou le métalaxyl. Ces types de produits pénètrent eux aussi dans les feuilles et sont donc à l’abri du lessivage, mais contrairement aux produits pénétrants, ils circulent dans la sève, ce qui permet de protéger les jeunes pousses.
Il est crucial d'alterner les matières actives pour éviter tout risque de résistance, car beaucoup de familles de molécules anti-mildiou sont affectées par ce phénomène.
Solutions de Biocontrôle et Viticulture Biologique
Compte tenu de l’effet négatif des fongicides sur la biosphère, tout est mis en œuvre pour réduire leurs usages. Ainsi, les tendances se tournent vers des produits de biocontrôle.
- En viticulture conventionnelle : Il existe une multitude de produits classés « biocontrôle » pour lutter contre le mildiou, décrits comme « des agents et produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures ». Parmi eux, on peut citer les phosphites, l’huile essentielle d’orange douce, la tisane de saule et de prêle. Une découverte majeure par les chercheurs de l’Institut Sophia Agrobiotech du centre Inra PACA a montré qu'une souche particulière d’un champignon est en mesure de bloquer le développement des oomycètes, possédant des propriétés oomycides efficaces sur tous les oomycètes étudiés.
- En viticulture biologique : Les solutions pour lutter contre le mildiou sont limitées au cuivre et à certains biocontrôles homologués, et sont strictement préventives. Depuis 2002, la réglementation européenne limite l’usage du cuivre à 6 kg/ha/an, avec un lissage possible sur 5 ans (30 kg de Cu métal/ha en cumulé sur 5 ans). En cas de forte pression, même le cuivre, pourtant efficace, peut se révéler insuffisant, forçant certains viticulteurs biologiques à se résigner à des traitements chimiques, avec pour conséquence la perte de la certification bio. D’autres traitements plus écologiques existent, tels le romarin à cinéole, une huile essentielle qui donne de bons résultats (20 gouttes pour 5 litres d’eau), ou le bicarbonate de soude (2 à 3 grammes par litre d’eau) à vaporiser sur les feuilles, ayant un effet fongicide potentiellement efficace sur un début de mildiou.
Évolution et Résistance du Mildiou
Le mildiou reste une menace constante, et son adaptabilité pose de nouveaux défis. Des souches de mildiou ont réussi à dépasser la résistance à la maladie de certaines variétés dans le Gard et le Vaucluse, démontrant la capacité du mildiou à s’adapter en quelques années aux cépages résistants, diminuant ainsi l’efficacité de leurs résistances (phénomène d’érosion).
Nouvelles Approches et Technologies
Face à une réglementation toujours plus stricte et à une pression sociétale croissante pour réduire l'usage des produits phytosanitaires, de nouvelles solutions émergent.
- Viti-Tunnel : Pour une protection des cépages contre la maladie sans utilisation de pesticides ni aucun passage de pulvérisateur, Viti-Tunnel est une solution innovante. Il s'agit d'un dispositif de mise à l’abri automatique des rangs de vigne pendant les pluies, périodes lors desquelles le développement du mildiou est le plus fort. Il autorise une réduction du recours aux produits phytosanitaires de plus de 90 % et procure une grande fiabilité de la gestion de la protection. Grâce à son système innovant unique (pilotage par OAD, logiciels et application portable), Viti-Tunnel permet une sécurisation complète de la vendange tout au long de la saison, et ce même pendant les épisodes de grêle et de gel. Les campagnes de test ont montré son efficacité sur la quasi-totalité des parcelles, même lors d'années de très fortes pressions maladies, avec une utilisation réduite de soufre et sans pesticides de synthèse.
- Cépages résistants : L'avenir pourrait passer par de nouveaux cépages résistants au mildiou (Regent, Prior et Bronner). Cependant, des recherches de l'Inra montrent que le mildiou est capable de s'adapter, diminuant l'efficacité de ces résistances.
- **Système EPI (État Potentiel d’Infection)# Stratégies de lutte contre le mildiou de la vigne : de la prophylaxie aux traitements de précision en région PACA
Le mildiou de la vigne, ou Plasmopara viticola, est une maladie cryptogamique originaire d’Amérique du Nord, importée en Europe au 19ème siècle et identifiée pour la première fois en France en 1878. Pour bâtir une stratégie de protection anti-mildiou, le vigneron doit impérativement prendre en compte un certain nombre de paramètres agronomiques et réglementaires. Le mildiou reste en effet une maladie qui se développe très rapidement lorsque les conditions météorologiques lui sont favorables. Protection anti-mildiou : un seul mot d’ordre, anticiper ! Ceux-ci sont à intégrer à la réflexion, bien en amont de l’apparition de la maladie. Le mildiou* est l’une des principales maladies de la vigne qui occasionne chaque année d’énormes dégâts nécessitant dans tous les cas plusieurs traitements fongicides (entre 5 et 10 traitements par an). Dans le Sud-Est (Languedoc, PACA), la pression du mildiou de la vigne a été constatée dès le début du printemps. Une succession d’épisodes pluvieux a favorisé les contaminations précoces, ce qui a conduit certains viticulteurs à démarrer les traitements environ dix jours plus tôt que les années précédentes.
Biologie et cycle de vie de Plasmopara viticola
Le mildiou (Plasmopara viticola) a pour agent pathogène, les oomycètes, algues-champignons microscopiques qui appartiennent au groupe des stramenopiles* (regroupant également les algues brunes), des algues ayant perdu la capacité de faire la photosynthèse. Ce sont des micro-organismes aquatiques proches des algues brunes qui parasitent entre autres la vigne mais aussi les animaux. Cette classification a été révisée il y a quelques années car leur ultra structure, leur biochimie et leurs séquences moléculaires indiquaient qu’ils appartenaient à un groupe d’organismes incluant surtout des algues (vertes et brunes), des diatomées (micro-algues unicellulaires). Les oomycètes, agent pathogène du mildiou, se conservent en hiver sous forme d’œufs (ou oospores) dans les feuilles mortes tombées à terre, au niveau des parties nécrosées. Ces œufs d’hiver sont très résistants (jusqu’à -20°C) et arrivent à maturité au printemps.

Au printemps, ces oospores germent dès que les conditions d’humidité sont favorables et que la température atteint 11°C. Cette germination donne naissance à des macroconidies (spores issues de la multiplication végétative) qui émettent elles-mêmes de nombreuses spores. Les zoospores se meuvent dans l’eau à l’aide de flagelles. Ils se développent en hyphes, qui créent des appressoria servant à pénétrer les tissus des plantes. Ces derniers produisent ensuite des haustoria qui captent les nutriments dans la plante. 4 jours : c’est le temps optimal nécessaire au mildiou pour finaliser la totalité de son cycle, de la contamination par la spore jusqu’à la sporulation suivante. Lorsque le substrat nutritif est épuisé, le pseudo-champignon émet à nouveau des conidiophores sur la face inférieure des feuilles. L’algue-champignon affectionne les printemps pluvieux et les températures douces. Le mildiou est un oomycète qui adore l’eau.
Identification visuelle et symptômes caractéristiques au vignoble
Le mildiou est aisément identifiable par la présence de lésions décolorées sur les feuilles, qui sont de deux types. Au niveau des jeunes feuilles, on observe des taches circulaires et jaunies, d’un aspect huileux, sur la face supérieure. C’est le « faciès taches d’huile ». Sur la face inférieure, on observe l’apparition d’un duvet blanchâtre assez dense, le mycélium. Celui-ci contient les conidiophores qui portent les conidies (spores). Les taches entraînent le dessèchement du limbe et la chute du feuillage. Sur la face supérieure des feuilles, des taches jaunes huileuses se forment, souvent près des nervures. Ces taches ont un aspect translucide, comme si l'huile avait imprégné le tissu. Elles sont arrondies ou irrégulières, et s'étendent progressivement.

Au niveau des feuilles plus âgées en fin de saison, le mildiou prend la forme de « faciès mosaïque ». Cette forme de mildiou apparait généralement en fin de cycle végétatif. Elle se reconnait par le développement de taches jaunes/rouges limitées par les nervures de la feuille. Leur présence face inférieure de la feuille forme un duvet blanc, caractéristique du mildiou. Quels que soient les symptômes observés, les feuilles atteintes par le mildiou vont peu à peu se nécroser, tomber, voire même conduire à une défoliation précoce des vignes, voire attaquer les rameaux non aoutés. En retournant la feuille, on observe un duvet blanc cotonneux sur la face inférieure, exactement à l’emplacement des taches jaunes. Par temps humide, ce duvet est bien visible. Par temps sec, il peut être discret voire absent. Les feuilles fortement atteintes brunissent, se dessèchent, et tombent prématurément.
Impact du mildiou sur les inflorescences et les grappes
La vigne est sensible au mildiou de l’apparition des inflorescences à la fin de la floraison. Les attaques de mildiou peuvent survenir dès le début de la floraison. La rafle prend alors une couleur brunâtre et se déforme en crosse. Sur les jeunes grappes, le mildiou provoque le "mildiou des inflorescences" ou "rot gris". Les jeunes grappes en formation se couvrent d’un duvet gris-blanc, brunissent, se dessèchent, et tombent. Si le mildiou s'attaque aux grappes juste après la floraison, c'est une catastrophe : toute la récolte peut être perdue. Les boutons floraux et les jeunes baies se couvrent d’efflorescences blanches composées de conidiophores.
L’exploration des données du microbiote pour identifier les antagonistes du mildiou de la vigne
Après la nouaison, les baies prennent une couleur allant de brun-rouge à violet : c’est le « faciès rot brun » ou « coup de pouce ». Dans d'autres cas, plus rares, mais aussi plus dangereux, le mildiou attaque les inflorescences (on parle alors de rot gris) et aussi les baies formées (on parle alors de rot brun). Sur les grains plus développés, le mildiou provoque le "mildiou du grain" ou "rot brun". Les grains infectés brunissent, se flétrissent, et se dessèchent en prenant un aspect de cuir. Ils ne mûrissent jamais et restent impropres à la consommation ou à la vinification. Des travaux menés par BASF ont montré un début d’incidence dès 2 % de rot brun dans la vendange. À ce stade, l’altération est encore peu perceptible, que ce soit en rouge ou en blanc. À partir de 5 %, elle devient plus nette et est remarquée par les dégustateurs : un protocole de vinification spécifique est alors nécessaire.
Diagnostics différentiels : ne pas confondre avec l'oïdium et le botrytis
Il est crucial de ne pas confondre le mildiou avec d'autres maladies cryptogamiques. L’oïdium est une maladie cryptogamique ectoparasite de la vigne, qui attaque principalement les organes protégés de l’eau libre ou des rayons du soleil. En présence du champignon, les faces inférieures des feuilles présentent des tâches gris/blanc plus ou moins diffuses. On observe également un feutrage gris/blanc sur les inflorescences et baies. Lors d’un diagnostic précoce, les symptômes de l’oïdium, à savoir le feutrage, peuvent parfois être confondus avec ceux du mildiou. La déformation de l’inflorescence en forme de crosse est plus caractéristique du mildiou. L'oïdium est un champignon qui se remarque par des taches poussiéreuses grises et blanches sur les feuilles de la vigne, ainsi que sur ses rameaux verts.
Le botrytis est plus occasionnel que le mildiou et l’oïdium. Il se reconnaît aux feuilles couvertes de taches brunes et d’un feutrage blanc-gris. Si votre vigne a subi une attaque hâtive avant la floraison, vous remarquerez que les raisins se dessèchent mais si elle est plus tardive, alors ils pourrissent. Contrairement à l’oïdium qui se développe à l’extérieur de la vigne en la recouvrant de mycélium, le mildiou vit à l’intérieur des tissus de la plante. Une connaissance approfondie de ces distinctions permet d'orienter correctement la stratégie de traitement.
Historique et poids économique de la lutte anti-mildiou
Depuis son apparition en 1878, le mildiou constitue une menace pour le vignoble français. Le premier foyer de mildiou fut détecté près de Libourne. Jusqu’en 1892, les dégâts occasionnés furent relativement peu importants. Ce n’est qu’en 1893 que les dégâts causés par le mildiou eurent l’ampleur d’une catastrophe nationale avec 50 % de la récolte anéantie. 304 €/ha : c’est l’investissement moyen d’un viticulteur en France en 2021 pour sa lutte contre le mildiou. 8.4 : c’est, en moyenne, le nombre de traitements qu’a dû faire un viticulteur en 2021 pour lutter contre le mildiou.

Les attaques de mildiou entraînent aussi d’importantes dépenses pour les vignerons : entre 5 à 10 traitements selon les conditions climatiques. Une fois que Plasmopara viticola est installé, il est indispensable de resserrer les passages, environ tous les 10 jours. En 2016 (après 2007, 2008 et 2012) annus horribilis ! Elle a vu ce fléau s’abattre sur le vignoble d’une manière particulièrement virulente. Certaines zones ont connu cette année-là gel, grêle, orages et déluge de pluie rendant la vigne partout plus fragile. Un terrain oh combien propice au mildiou ! Une année où le moindre défaut de pulvérisation ou le moindre trou dans les cadences ne pardonna pas. En Bourgogne, Ludivine Griveau, Régisseur du Domaine Viticole des Hospices de Beaune parle d’une attaque historique avec feuilles et inflorescences touchées.
Prophylaxie et mesures agronomiques fondamentales
La base d'un programme de lutte contre le mildiou repose d'abord et avant tout sur la prise en compte des fondamentaux agronomiques en commençant par la prophylaxie. Cette dernière passe par un épamprage soigné, suivi de rognages raisonnés, voire d’un drainage des bas de parcelles ou des mouillères, dans les cas extrêmes. L’élimination de tous les rejets et pampres à la base des souches est une mesure prophylactique essentielle pour limiter le développement du mildiou. En effet, lors des pluies contaminatrices, les œufs d’hiver qui ont germé sont projetés sur la vigne. Éviter les « escaliers » de végétation permet de limiter la réceptivité lors des projections dues aux interventions mécaniques.
Pour veiller au maintien d’un sol sec, voici quelques moyens de lutte prophylactique contre le mildiou de la vigne. À la plantation, il faut limiter les facteurs favorisant le développement de la maladie (sols conservant l’humidité, mouillères, fertilisation excessive ou tout élément entraînant un excès de vigueur). Puisque le mildiou a besoin d’eau libre pour germer, il faut éviter l’accumulation de flaques dans les creux et en bout de rangs grâce à un drainage efficace. Afin d’éviter les entassements de feuillage et ainsi favoriser l’application de fongicides, des mesures comme une taille adaptée, le relevage de la vigne avant traitement et l'effeuillage pour aérer les zones fructifères sont recommandées.
Surveillance météorologique et outils d’aide à la décision (OAD)
L’importance d'une météo agricole fiable et d'un outil d'aide à la décision pour le déclenchement de la protection est primordiale. Le viticulteur se doit de surveiller préventivement les conditions météo : l’augmentation des températures et l’annonce de pluies sont en effet déterminantes dans l’évolution de la maladie. Aujourd’hui la lutte contre le mildiou est modélisée selon le système EPI (Etat Potentiel d’Infection) qui permet de prévoir l’agressivité du mildiou dès la phase hivernale. Les outils d’aide à la décision comme Agrigenius® by Horta permettent le déclenchement de la protection en fonction des données météo et de l’historique de la parcelle.

Ces OAD permettent de bien déceler la phase d’initiation de l’épidémie et d’anticiper les épisodes suivants. Cela empêche le mildiou de s’installer dans la parcelle, la clé du succès du programme de protection. Des applications comme Abelio proposent également un suivi météo via une connexion aux stations météo et une estimation du risque maladie. Pour une couverture accrue, optez également pour l'installation de stations météo de précision telles que Météus. Les informations captées, accessibles directement depuis votre mobile, vous aident dans votre prise de décision. Les observations terrain du vigneron, en complément de la lecture des Bulletins de Santé du Végétal (BSV), contribuent également à la protection.
Typologie des traitements fongicides : contact, pénétrants et systémiques
La lutte chimique est aujourd’hui encore, le seul moyen efficace comme mesure essentiellement préventive contre le mildiou. Ainsi, en appliquant un fongicide sur les organes sains avant toute contamination, il est possible de se prévenir de la maladie. Les produits de contact : ils se déposent sur les feuilles. Avec leur action préventive, cette famille se compose de produits minéraux tel le cuivre et de produits organiques de synthèse tel le mancozèbe et le folpel. Les stomates sont positionnés sur la face inférieure des feuilles et constituent des portes d’entrée dans la plante pour le mildiou. Dépôt du produit à la surface du végétal sans pénétration ni fixation forte.
Les produits pénétrants : ces produits entrent et se positionnent à l’intérieur des feuilles, ce qui les met ainsi à l’abri du lessivage. Les produits systémiques : dans cette famille, on trouve des matières actives comme le phoséthyl-aluminium ou le métalaxyl. Ces types de produit pénètrent eux aussi dans les feuilles et sont donc à l’abri du lessivage mais contrairement au produits pénétrants, ils circulent dans la sève ce qui permet de protéger les jeunes pousses. Beaucoup de familles de molécules anti-mildiou sont affectées par des résistances. Il est donc important d’avoir de nouvelles familles pour diversifier le portefeuille des produits anti-mildious de la vigne. Les phénomènes de résistance sont abordés sans tabou chez BASF.
Le cuivre en viticulture biologique et conventionnelle
La bouillie bordelaise (sulfate de cuivre) est parfaite pour le traitement des vignes. C'est un excellent fongicide à pulvériser en quantité de 15g par litre. Au départ, une première parade fut trouvée grâce à la bouillie bordelaise, le plus ancien des fongicides de contact anti-mildiou. Seul traitement efficace historiquement, le sulfate de cuivre. Celui-ci, employé seul, brûle les feuilles de la vigne. Pour neutraliser son acidité, ou la diminuer, on mélange le sulfate de cuivre avec une base, généralement de la chaux ou du carbonate de soude. On peut aussi sulfater une quatrième fois au mois d’août, ce qui permet de conserver les feuilles jusqu’au bout pour favoriser un bon mûrissement.
En viticulture biologique, les solutions pour lutter contre le mildiou sont limitées au cuivre et à certains biocontrôles homologués, et sont strictement préventives. On les retrouve sous 4 formes : le sulfate de cuivre, l’hydroxyde de cuivre, l’oxyde cuivreux et l’oxychlorure de cuivre. Depuis 2002, la réglementation européenne limite l’usage du cuivre à 6 kg/ha/an avec un lissage possible sur 5 ans (en cumulé sur 5 ans, cela fait 30 kg de Cu métal/ha). En 2016, même l’incontournable cuivre fongicide autorisé en bio* qui apporte pourtant une couverture efficace contre le mildiou se révéla insuffisant. Il fallut dans l’urgence utiliser des produits de synthèse avec pour conséquence, la perte de la certification bio pour certains domaines.
Biocontrôle et innovations : vers une réduction des intrants
L’emploi d’un produit de biocontrôle (phosphites, huile essentielle d’orange douce, tisane de saule et de prêle) est également à considérer. D’autres traitements plus écologiques existent, tels le romarin à cinéole, une huile essentielle qui donne de bons résultats (20 gouttes pour 5 litre d’eau). Mais surtout le bicarbonate de soude (2 à 3 grammes par litre d’eau) à vaporiser sur les feuilles, aurait un effet fongicide pouvant se révéler efficace sur un début de mildiou. Compte tenu de l’effet négatif des fongicides sur la biosphère, tout est mis en œuvre pour réduire leurs usages. Ainsi, les tendances se tournent vers des produits de biocontrôle.

Une découverte majeure est due aux chercheurs de l’Institut Sophia Agrobiotech du centre Inra PACA. Ils ont découvert qu’une souche particulière d’un champignon est en mesure de bloquer le développement des oomycètes, parasites de plantes à l’instar de la vigne, à l’origine de maladies particulièrement dévastatrices comme le mildiou. Aurait-on trouvé un champignon mortel pour les oomycètes, comme possible agent de biocontrôle ? Un champignon qui inhibe la croissance des oomycètes. Plus encore, il possède des propriétés oomycides efficaces sur tous les oomycètes étudiés, quelle que soit leur nature et leur hôte végétal ou animal. La molécule produite par ce champignon résulte d’un mécanisme de défense propre au champignon.
Dispositifs physiques et cépages résistants : l'avenir de la protection
Viti-Tunnel est une solution pour une protection des cépages contre la maladie sans utilisation de pesticides ni aucun passage de pulvérisateur. Viti-Tunnel est un dispositif de mise à l’abri automatique des rangs de vigne pendant les pluies, périodes lors desquelles le développement du mildiou est la plus forte. Il autorise une réduction du recours aux produits phytosanitaires de plus de 90 % et procure une grande fiabilité de la gestion de la protection. Grâce à son système innovant unique (pilotage par OAD, logiciels et application portable), Viti-Tunnel permet une sécurisation complète de la vendange tout au long de la saison, et ce même pendant les épisodes de grêle et de gel.
D'un autre côté, imaginons l’avenir avec de nouveaux cépages résistants au mildiou (Regent, Prior et Bronner) qui vont être mis sur le marché. Attention cependant ! En comparant l’agressivité de différentes populations de mildiou, des chercheurs de l’Inra montrent que le mildiou est capable de s’adapter en quelques années à ces cépages, diminuant ainsi l’efficacité de leurs résistances (érosion). Selon un article publié dans Réussir Vignes, des souches de mildiou ont réussi à dépasser la résistance à la maladie de certaines variétés dans le Gard et le Vaucluse. La grande majorité des cépages ont une sensibilité au mildiou. Seuls 5 % des cépages connus à ce jour présentent des résistances naturelles.
Contraintes réglementaires et gestion de l'exploitation
Lors de la construction d’un programme de lutte anti-mildiou, les contraintes environnementales et sociétales ne doivent pas être oubliées : délais de rentrée dans les parcelles, vitesse du vent lors du traitement, gestion de la main d’œuvre et du matériel, ou encore alternance des matières actives pour éviter tout risque de résistance. Dans une dynamique de protection des résidents et des environnements, les arrêtés du 25 janvier 2022 et du 14 février 2023 fixent désormais des distances de sécurité pour l’épandage de pesticides au voisinage de zones d’habitations ou d’activités.
On parle de Zones de non-Traitement (ZNT) par rapport aux points d’eau, et de distance de sécurité pour les personnes présentes au moment du traitement, les résidents ainsi que les zones d’habitations (DSPPR). Ces distances varient de 0 à 20 m selon le type de culture, la catégorie ou le classement des produits utilisés. Face à cette réglementation toujours plus stricte, et pour répondre à une pression sociétale de plus en plus forte, le viticulteur dispose de peu de solutions plus durables pour s’affranchir de l’application des produits phytosanitaires. La protection contre le mildiou contient deux objectifs : sécuriser la vigne jusqu’à la fermeture de la grappe avec des applications préventives ou curatives tout en réduisant le nombre de passages et l’IFT (Indice de Fréquence de Traitement).