Le Sorgho : Culture, Variétés et Techniques pour une Implantation Réussie

Le sorgho, culture originaire d'Afrique, présente des caractéristiques agronomiques uniques qui le rendent particulièrement résilient face aux défis climatiques. Capable de tolérer momentanément les manques d’eau et de poursuivre sa croissance à des températures allant jusqu’à 40°C, le sorgho se distingue du maïs qui, lui, stoppe sa croissance autour de 30-35°C. Cette résistance s'explique par la production, sur son épiderme, de cérosée, une substance blanche agissant comme une protection contre les rayons UV. Malgré ces atouts, une part essentielle de la réussite de la culture de sorgho se joue à l’implantation, phase déterminante pour garantir une bonne levée, une dynamique de croissance homogène et un potentiel de rendement élevé.

Plante de sorgho et ses racines profondes

L'Implantation du Sorgho : Un Facteur Clé de Succès

L’implantation du sorgho est une étape cruciale qui exige une attention particulière, notamment en raison de la petite taille de sa graine et de sa sensibilité à la qualité du lit de semence. Une préparation fine et bien nivelée est essentielle pour assurer un bon contact sol-graine et limiter les risques de croûte de battance.

Préparation du Sol et Gestion du Tassement

Le tassement excessif du sol peut avoir des conséquences importantes sur la culture du sorgho. Lorsque des pertes de rendement sont observées ou que le sol devient asphyxiant, il est nécessaire d’entreprendre une remise en état. Les tassements sur l’horizon 0-10 cm peuvent être corrigés rapidement avec un travail superficiel du sol. Cependant, l’évolution des matériels et des pratiques fait que les tassements du sol sont de moins en moins visibles en surface, mais pourtant bien réels en profondeur. Il est primordial de tout mettre en œuvre pour les éviter, car ils ne sont généralement pas rattrapables à l’échelle d’une campagne. Une bonne structure du sol, exempte de tassements profonds, favorise le développement du système racinaire dense et profond du sorgho, qui lui permet d'extraire et d'utiliser avec plus d'efficience l'eau et les nutriments.

Date et Conditions de Semis

Le semis du sorgho grain s’effectue à partir de mi-mai, dès que la température du sol atteint 12 à 14 °C en surface. La date de semis du sorgho se détermine par trois paramètres clés : une température du sol au semis supérieure à 12°C, un stade de floraison idéal dans la seconde quinzaine de juillet et une date de récolte avant mi-octobre. Il est essentiel de semer sur un sol propre, indemne de jeunes adventices qui pourraient entrer en concurrence avec la culture, et suffisamment humide. Pour le semis, il est recommandé de viser une date adaptée à la température, une densité précise et un lit de semence de qualité.

Profondeur et Densité de Semis

La profondeur recommandée est de 2 à 4 cm, selon le type de sol. L’écartement optimal se situe entre 40 et 60 cm. Un interrang large facilite le binage et la gestion mécanique des adventices, alors qu’un semis plus serré limite leur développement par effet de concurrence. Le choix dépendra du matériel disponible et du niveau de salissement attendu. Le sorgho grain se sème entre 250 000 et 350 000 graines/ha.

La densité de semis est un élément primordial pour la réussite de la culture et dépend de plusieurs facteurs. Le premier est la précocité à l'épiaison de la variété, qui conditionne fortement le nombre de grains à semer. Plus une variété est précoce, plus faible est l'indice foliaire et le nombre de grains sur sa panicule. En conséquence, pour maximiser les composantes du rendement, les plus précoces nécessitent des densités de culture plus élevées que des variétés plus tardives. Le fort développement d'une variété tardive et son fort potentiel de grains par panicule permettent de viser de faibles peuplements (150 à 180 000 plantes/ha).

Le deuxième facteur est la réserve hydrique, qui dépend à la fois du type de sol et de la conduite d'irrigation. En conditions séchantes, les peuplements élevés favorisent une forte production de biomasse précoce (tiges et feuilles) et exagèrent la concurrence entre plantes. Des évapotranspirations et une compétition excessives accélèrent l'épuisement de la réserve en eau, pénalisant souvent la formation des grains dès l'épiaison. En situation irriguée ou dans les milieux à forte réserve en eau, la densité de peuplement est valorisée, et des peuplements plus élevés permettent de maximiser les composantes de rendement. Dans tous les cas, il faut tenir compte aussi d'un taux de perte à la levée de 15 à 20 %. Les pertes à la levée sont souvent importantes (de 20 à 40 %) en sorgho fourrager, la dynamique de levée étant beaucoup plus faible que celle du maïs.

Matériel de Semis

Le semis peut être réalisé avec un semoir monograine pour une implantation précise, ou avec un semoir à céréales équipé de rouleaux tasseurs. Les semoirs monograine sont à privilégier, mais les distributions électriques des semoirs à céréales récents offrent autant de précision et de rappui, avec l'avantage d'offrir une architecture du peuplement plus propice à concurrencer les adventices.

Tableau récapitulatif des objectifs de densité de semis du sorgho selon les conditions hydriques et le type de variété

Le semis du sorgho

Fertilisation et Protection de la Culture

Au-delà de l'installation de la graine, l'implantation est également le moment de penser à sa fertilisation et sa protection contre les ravageurs et les mauvaises herbes.

Fertilisation Azotée

La plante de sorgho n’est pas très gourmande en engrais, car elle a des racines très longues et elle va chercher très profond dans la terre de quoi se nourrir. Grâce à son aptitude à puiser l'eau dans le sol, le sorgho a également une grande capacité à y prélever l'azote minéral. De ce fait, les apports d'azote par les engrais peuvent être modérés. L'azote contribue essentiellement à la détermination du nombre de grains par panicule, il faudra donc l'apporter impérativement avant le stade gonflement (formation des gamètes - 12 feuilles). En sol filtrant ou superficiel, pour limiter les pertes, il est recommandé d'éviter des apports précoces avant 6 feuilles. L’apport d’un engrais starter (type DAP ou microgranulé) assurera une levée plus dynamique et homogène du sorgho.

Gestion des Mauvaises Herbes

Le sorgho est une culture sensible à la concurrence précoce des mauvaises herbes. La maîtrise des graminées estivales est la plus délicate à assurer. Il est important de semer sur un sol propre, indemne de jeunes adventices qui pourraient entrer en concurrence avec la culture. Il faut surveiller surtout l’invasion de panic faux-millet et de sorgho d’Alep, pour lesquels il n’existe pas de solutions efficaces de lutte chimique. Le seul point sur lequel il faut rester vigilant est la maîtrise des mauvaises herbes en tout début de cycle. Attention notamment à la concurrence qui peut s’exercer entre le sorgho et les graminées estivales.

L’arrivée de nouveaux produits sur le marché, notamment pour la prélevée, rebat les cartes pour le raisonnement du désherbage. La récente évolution du catalogue des usages permet théoriquement de bénéficier de l'ensemble des solutions de désherbage disponibles sur le maïs. Cependant, la sélectivité de tous ces produits sur le sorgho n'a pas encore été testée à ce jour, les programmes de désherbage préconisés restent donc inchangés. Le désherbage au stade post semis-prélevée peut s’avérer indispensable. Une application à ne pas retarder, car il est important d’intervenir sur des graminées ou des dicotylédones classiques en cours de levée et ne dépassant pas le stade 2-3 feuilles. Les herbicides à pénétration racinaire auront une meilleure efficacité si l’humidité superficielle du sol est suffisante au moment du traitement et dans les jours qui suivent. Sinon, un désherbage mécanique peut être réalisé quelques jours après le semis.

Protection Contre les Ravageurs et Maladies

Le sorgho est peu exposé aux maladies et ravageurs. Pour éviter les maladies fongiques lors de la germination ou la levée, par exemple le pythium ou le rhizoctone, on choisira des semences certifiées, qui ont déjà reçu un traitement fongicide. En végétation, on sera attentif aux attaques de champignons de type Fusarium ou Macrophomina. Ils apparaissent plutôt en seconde partie de cycle et ils peuvent provoquer une pourriture du collet et du bas de tige. Le dessèchement des plantes et des problèmes de verse en fin de cycle sont alors à craindre. Pour éviter ces accidents, il faut prévenir les stress climatiques (forte chaleur, sécheresse) au cours du remplissage des grains. Soit en ayant pris le soin de diminuer la densité de semis, soit en faisant un apport d’eau au moment du remplissage des grains.

Parmi les ravageurs, on surveillera les taupins. Si besoin, dans les parcelles à risque, on pourra prévoir un insecticide micro-granulé. D'autres parasites éventuels du sorgho incluent la pyrale, la sésamie ou encore les cicadelles.

Variétés de Sorgho et Leurs Performances

L'offre variétale de sorgho est en constante évolution, avec de nouvelles inscriptions régulières au Catalogue Officiel Français. Ces variétés sont expérimentées pour confirmer leurs performances en comparaison à des variétés de référence.

Variétés de Sorgho Grain

Une nouvelle variété de sorgho grain est inscrite au Catalogue Officiel Français cette année. Les performances des variétés récentes de sorgho grain expérimentées en post-inscription en 2017 incluent deux nouvelles variétés inscrites en 2017 au catalogue français et deux variétés de l’année 2016 maintenues dans les essais en vue de confirmer leurs performances par rapport à des variétés de référence sur une année complémentaire. Six nouvelles variétés de sorgho ont été proposées à l’inscription sur la liste A du Catalogue Officiel Français lors de la section CTPS du 13 janvier 2017. Les caractéristiques des deux variétés de sorgho grain et des quatre sorghos monocoupes fourragers proposés à l’inscription cette année sont à prendre en compte.

Les variétés très précoces comme Burgoo et Arlys sont toujours présentes dans le regroupement et sont intéressantes par leur régularité. Arsky a un peu déçu en 2014 suite à quelques accidents climatiques, mais reste intéressante pour son rapport précocité/rendement. Armorik (nouveauté 2014) est la nouvelle référence de cette série, associant précocité, rendement et régularité. Les variétés précoces et demi-précoces sont dominées par des variétés inscrites en 2013 et 2014. Aggyl et Arack confirment un positionnement intéressant de compromis entre précocité et productivité. Blogg et ES Buran présentent un profil similaire mais plus tardif. Les deux variétés les plus productives Armax et RGT Huggo sont également tardives, sur le créneau de précocité de ES Foehn. Armax confirme ses excellents résultats obtenus lors de son inscription et en 2013. En 2013, l'effet tardiveté des variétés demi-tardives et tardives ne s'est pas pleinement exprimé. Dans les regroupements d'essais, certaines variétés ont souffert de faibles densités, ce qui a impacté leurs résultats (Baggio, Fuego CS, Kiggan). Les variétés « anciennes » dans le réseau confirment leur régularité en performance et en précocité. ES Aquilon, Anggy, ES Joran rivalisent toujours avec les nouveautés, bien que légèrement inférieures en potentiel sur une analyse pluriannuelle. ES Levante et RGT Ggaby, deux inscriptions de 2013 sont dans le trio de tête et se positionnent en milieu de groupe quant à leur précocité.

Variétés de Sorgho Fourrager Monocoupe

L’offre de variétés de sorgho fourrager monocoupe s’étoffe également d’une variété qui a été expérimentée en réseau Probatoire en 2017. Quatre variétés de sorgho fourrager monocoupe ont été expérimentées en post-inscription en 2017 au sein des essais CTPS (*) en vue de confirmer leurs performances en comparaison à des variétés de référence. Le sorgho fourrager monocoupe reste marginal en termes de surfaces.

Gestion de l'Eau : L'Atout du Sorgho

Une des particularités du sorgho est son faible besoin en eau. Grâce à son système racinaire très dense et très profond (jusqu’à 2 mètres), il est capable d’extraire et d’utiliser avec plus d’efficience l’eau qui se ferait rare en plein été. Ses besoins totaux sont de l’ordre de 400 à 500 mm. Sauf exceptions, l’irrigation n’est pas nécessaire. La capacité d'adaptation du sorgho au stress hydrique est bien connue. Cependant, elle a des limites qui ont été bien mises en évidence ces dernières années. Le stade épi-floraison est cependant à surveiller. Un manque d’eau sur cette période peut entraver la fécondation et le nombre de grains qui est une composante essentielle du rendement. C’est pourquoi le sorgho est parfois irrigué. Pour les maïsiculteurs qui disposent de systèmes d’irrigation, le matériel peut être valorisé sur sorgho.

Comparaison des besoins en eau du sorgho et du maïs

La Récolte et le Post-Récolte

Le stade maturité physiologique est atteint quand la teneur en eau du grain se situe à environ 35 %, mais il convient d’attendre la dessiccation plus complète, généralement entre 16 et 22 % d’humidité, pour récolter dans de bonnes conditions. Aucun matériel spécifique n’est nécessaire, la moissonneuse-batteuse convient. Les rendements du sorgho grain sont variables d’une parcelle à l’autre, d’une région à l’autre, la culture n’étant pas menée de manière aussi intensive.

Bon à savoir : la date optimale de récolte sera déterminée par la maturité du grain. Il se peut que le feuillage soit encore vert. Il ne faut donc pas attendre le dessèchement du végétal pour récolter. En retardant, on pourrait être confronté à la verse. Plus embêtant, en octobre, les risques de réhumidification augmentent et la qualité du grain pourrait être altérée par une trop forte humidité ambiante. Après la récolte, les grains doivent être séchés rapidement pour éviter que leur qualité ne s’altère. Les techniques de séchage dépendent du taux d’humidité à la récolte. En fonction de ce taux, les grains vont être soit ventilés, soit séchés, pour être ramenés le plus rapidement possible à 15 % d’humidité. Dans le séchoir, la température d’air chaud ne doit pas dépasser 90 °C.

Le semis du sorgho

Cadre Réglementaire

Le 7 mai dernier paraissait au Journal Officiel un arrêté relatif à la mise en marché et l’utilisation des produits phytopharmaceutiques et des adjuvants, signé le 4 mai 2017. Ce cadre réglementaire est à prendre en compte pour la protection de la culture du sorgho.

Rhône-Alpes, et plus particulièrement la Drôme, reste une des principales régions de production de sorgho même si les surfaces s’érodent depuis quelques années. Le sorgho représente une culture prometteuse, offrant une alternative intéressante dans le contexte actuel de changement climatique et de recherche de cultures plus résilientes et économes en eau.

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