Le Laurier-rose : Comprendre la toxicité d'un ornement méditerranéen

Espèce arbustive fleurie d’origine méditerranéenne, le laurier-rose est aujourd’hui répandu sur l’ensemble du territoire. Absent des prairies, il est principalement utilisé pour l'ornement des espaces verts. Le Laurier Rose (Nerium oleander) n’est pas une véritable espèce de Laurier. En effet, il n’appartient ni à la famille des Lauracées, ni même au genre Laurus comme le Laurier Sauce. C’est un très bel arbuste à feuilles persistantes qui se distingue des autres lauriers par ses fleurs roses, jaunes, pourpre ou encore blanches. Le laurier-rose (Nerium oleander) est une plante à port dressé au feuillage persistant de la famille des Apocynacées (Apocynaceae). Selon qu’il est taillé ou non, il peut arborer une forme arbustive ou se présenter sous forme d’un petit arbre, avec un tronc souvent ramifié à la base.

Photographie détaillée d'un Nerium oleander en fleurs

Morphologie et caractéristiques botaniques

Persistantes et coriaces, les feuilles du laurier-rose sont allongées et fusiformes, leur longueur variant entre 5 et 20 cm. Elles sont de couleur vert foncé brillant sur leur face supérieure et vert pâle plus mat sur leur face inférieure. La floraison a lieu de la fin du printemps (mai-juin) à l’automne (septembre-octobre). Groupées en cymes terminales sur les rameaux et en forme de trompette, les fleurs de laurier-rose se composent de 5 pétales. Suivant la variété, leur couleur est très variable (généralement rose, mais également rouge, blanc, saumon ou jaune) et elles peuvent être simples (1 rangée de 5 pétales), doubles (2 rangées de 5 pétales) ou triples (3 rangées de 5 pétales).

D’origine méditerranéenne, le laurier-rose est une plante peu gourmande en eau, particulièrement adaptée aux sols pauvres et aux milieux bien exposés au soleil, plutôt résistante à la sécheresse. Capable de supporter d'importants écarts de températures, il peut cependant relativement bien endurer le gel. Très apprécié pour ses jolies fleurs colorées et parfois même parfumées, le laurier-rose est surtout cultivé pour l'ornement des espaces verts. Dans les zones aux hivers doux, il est fréquemment planté en pleine terre dans les jardins publics ou privés (au sein de haies, massifs, taillis…). C'est souvent le cas dans les régions du sud de la France, au climat favorable, où il est fréquent de rencontrer des spécimens d'assez grande taille, qui peuvent atteindre jusqu'à 5 mètres de haut pour les plus grands. Dans les territoires aux hivers plus froids, le laurier-rose est plutôt planté dans des bacs hivernables sur les balcons et terrasses.

Une menace silencieuse : mécanismes de toxicité

Le laurier-rose est toxique pour de nombreux mammifères (dont l'Homme, les herbivores, les chiens, certains rongeurs comme les cobayes…) et les oiseaux, mais les équidés sont particulièrement sensibles à ses substances toxiques en cas d'ingestion, même en très faible quantité. Toutes les parties du laurier-rose sont toxiques (rameaux, feuilles, fleurs et fruits). Elles contiennent en effet des hétérosides cardiotoxiques à action digitalique (qui augmentent la force de contraction du cœur), dont essentiellement de l’oléandrine, une substance qui entraîne des troubles cardiaques. La toxicité est maximale dans les feuilles.

Il est crucial de comprendre que cette toxicité n'est pas un simple « trouble digestif ». Les composés du Laurier-rose perturbent l'équilibre électrolytique des cellules cardiaques, pouvant entraîner des arythmies potentiellement mortelles. Les toxines se diffusent dans l'eau, la rendant aussi dangereuse que la plante elle-même. Une simple mastication expose votre animal à un risque d'intoxication. Toutes les variétés et cultivars de Nerium oleander sont toxiques.

Schéma illustrant les effets des glycosides cardiotoniques sur le muscle cardiaque

Risques spécifiques pour les équidés

Bien que ses feuilles coriaces et son goût amer la rendent peu appétente, cette plante est très toxique pour le cheval en cas d’ingestion. Souvent mortelle même à très faible dose, l'intoxication est généralement accidentelle et fait le plus souvent suite à la consommation d'herbe fraîche ou de fourrages contaminés par des parties de la plante, plus rarement de plante sur pied ou d’eau où des feuilles/rameaux ont macéré. Chez le cheval, la dose létale est très faible, de l'ordre de 0,005% du poids vif de l’animal. Autrement dit, 25 g (soit une dizaine de feuilles) suffisent à tuer un cheval de 500 kg.

Malgré son absence dans les prairies, le laurier-rose demeure l’une des premières causes d’intoxications végétales chez les équidés. Si la plante fraîche est peu appétente, elle devient en revanche consommable une fois séchée dans les fourrages par exemple (perte des facteurs de répulsion). L’intoxication a généralement lieu suite à l'ingestion de foin / herbe pâturée contaminé(e) par certaines parties de la plante (notamment des feuilles, petits rameaux…). Lorsqu'elle est à la portée des chevaux, il arrive parfois que la plante fraîche soit consommée sur pied dans les jardins ou au paddock, par désœuvrement lors d'ennui ou par grapillage en cas de disette. Enfin, la consommation d’eau dans un abreuvoir où des parties de la plante (feuilles mortes, rameaux…) sont tombées peut éventuellement provoquer une intoxication atténuée. Certaines toxines percolent en effet facilement dans l’eau de boisson. De par son esthétisme, le laurier-rose est parfois utilisé pour fleurir les terrains de concours.

Symptomatologie et évolution clinique

La gravité des signes cliniques dépend de la quantité de substances toxiques ingérée, mais l’intoxication est très souvent mortelle. Le plus souvent, on observe une atteinte suraiguë. La dose létale étant très faible chez le cheval, l’ingestion de laurier-rose se conclut très souvent par une mort subite d’origine cardiaque, quelques heures voire quelques minutes après ingestion. Parfois, il s'agit d'une atteinte subaiguë. En cas de consommation de très faibles quantités, comme par exemple quelques morceaux de feuille, les chevaux peuvent manifester une forme subaiguë, avec apparition des premiers signes cliniques une à quatre heures après ingestion :

  • Troubles cardiovasculaires : troubles de la fréquence cardiaque engendrant une alternance d’accélérations (tachycardie) et de ralentissements (bradycardie) anormaux de cette fréquence, évolution vers des blocs auriculo-ventriculaires, puis fibrillation qui précède l’arrêt cardiaque.
  • Troubles nerveux : prostration, tremblements musculaires, convulsions, coma.
  • Troubles respiratoires : dyspnée (difficultés respiratoires).
  • Troubles digestifs : perte d’appétit, diarrhée parfois hémorragique, coliques.
  • Troubles cutanés : sudation importante, extrémités froides.

L’évolution, défavorable, est en général assez rapide. En général, lors d'apparition des symptômes, il est trop tard pour mettre en œuvre un traitement. Il n’existe par ailleurs pas de traitement spécifique et/ou d’antidote connu disponible pour les équidés. En début d’intoxication, un traitement symptomatique et éliminatoire peut être tenté, avec un lavage gastrique et administration de charbon activé, associés à une fluidothérapie intraveineuse.

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Prévention et gestion en milieu équestre

Les seuls moyens pour limiter les risques d’intoxication au laurier-rose sont la maîtrise de l’environnement dans les infrastructures équestres et leur voisinage proche, ainsi que la vigilance des cavaliers et détenteurs d'équidés. Aucun arbuste et aucune partie de la plante ne doivent se trouver à la portée des chevaux. Il est impératif de ramasser la totalité des résidus de taille/tonte et de les emmener à la déchetterie. Ne jamais les distribuer aux chevaux pour s’en débarrasser, en vert comme séchés (car la plante reste toxique même après dessication) !

Surveiller régulièrement la propreté des points d'abreuvement (abreuvoirs, bacs à eau…) en contrôlant notamment l’absence de parties de la plante (feuilles mortes…) dans l’eau de boisson. Toujours rester vigilant, en particulier lors de sorties en compétition, où le laurier-rose est souvent utilisé comme plante ornementale. Bien informer et sensibiliser le public est essentiel pour faire connaître la plante et les risques qui y sont liés aux cavaliers et détenteurs de chevaux.

Le Laurier-rose et le contact humain

Le Laurier Rose est-il toxique au toucher ? La réponse est oui, il est bel et bien toxique au toucher, bien que le danger soit lié à la sève. Rien ne se passe si l'on effleure simplement la plante, car il n’y a ni aiguilles ni poils urticants sur les feuilles. En fait, c’est la sève de la plante qui est hautement toxique. Parmi ses réactions, une sensation de brûlures peut apparaître. Sachez que la sève pénètre dans l’organisme par la membrane cellulaire. De véritables brûlures chimiques, proches des brûlures au 3ème degré, apparaissent. Lorsque vous le taillez, pensez à mettre des gants. C’est un réflexe simple, mais la plupart des blessures au toucher viennent de l’entretien de la plante.

Des pratiquants amateurs de phytothérapie utilisent parfois de l’eau de Laurier Rose afin de calmer certains maux comme les rhumatismes. Ne faites pas cela. La prise en charge suite à une intoxication au Laurier Rose, qu’elle soit cutanée ou par voie orale, doit se faire dans les plus brefs délais. Toutes les espèces sont concernées par l’intoxication : les herbivores, les chiens, les chats, les rongeurs ainsi que les oiseaux. Chez le chien et le chat, des nausées et des vomissements apparaissent dans les 2h après ingestion et peuvent durer plusieurs jours. Douleurs abdominales, salivation et diarrhée parfois hémorragique peuvent être observées. Le pronostic est sombre sans traitement. Il est meilleur si le traitement est précoce mais reste réservé les trois premiers jours.

Infographie sur les gestes de sécurité lors de la taille des plantes toxiques

La prudence est de mise si vous souhaitez conserver cet arbuste malgré la présence d'animaux. La seule mesure réellement sûre est de l'exclure totalement de leur environnement. Pour les chats, qui sont d'excellents grimpeurs, cette solution est moins fiable. En intérieur, il est fortement déconseillé d'introduire un Laurier-rose, même en pot sur un balcon, en raison des risques de chute de feuilles. Placez les branches et feuilles coupées dans un sac poubelle fermé, hors de portée des animaux, et ne les utilisez jamais pour le compost ou comme litière.

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