Prévention des troubles musculosquelettiques et gestion de la pénibilité en maraîchage diversifié

La pérennité de la filière maraîchère repose aujourd'hui sur une transformation profonde des conditions de travail. Dans le cadre du Sival, Maët Le Lan, directrice de la station expérimentale d’Auray, a exposé des recherches cruciales sur la pénibilité du travail en maraîchage diversifié, un secteur où l'évaluation des risques est devenue un impératif pour assurer la survie des exploitations. Longtemps, les producteurs ont eu « la tête dans le guidon », occultant la fatigue physique au profit de la productivité. Cependant, la prise de conscience collective, amorcée par des témoignages d'agriculteurs menaçant de quitter le métier si rien ne changeait, a forcé une mise à plat des pratiques. Aujourd'hui, il est admis que sans une réduction drastique de la pénibilité, le renouvellement des générations et la fidélisation des salariés deviennent des défis insurmontables.

Schéma illustrant l'impact des troubles musculosquelettiques sur la productivité agricole

L'émergence d'une méthodologie d'évaluation des risques

Le maraîchage diversifié est confronté à une réalité brutale : le secteur est concerné par au moins 7 des 10 facteurs de risques décrits dans le Code du travail, notamment les postures pénibles, les vibrations mécaniques et le travail répétitif. Historiquement, il n'existait pas de grilles de pénibilité ou de protocoles établis pour quantifier ces contraintes. L'équipe de la station d’Auray, en collaboration avec la MSA et le RMT Travail en agriculture, a dû partir de presque rien pour construire des outils d'évaluation.

L'approche méthodologique repose sur une analyse geste par geste. Chaque tâche est scrutée et classée selon un code couleur : « acceptable », « non recommandé » ou « à éviter ». Ce travail colossal, qui consistait initialement à filmer et décortiquer chaque mouvement, a été modernisé grâce à l'intégration de combinaisons connectées fournies par l'entreprise E-Mage-IN 3D. Ces dispositifs permettent d'automatiser le recueil d'informations, offrant une précision inédite sur la sollicitation articulaire et musculaire des opérateurs.

L'innovation technologique au service de la santé

La mécanisation et la robotisation représentent des leviers majeurs pour transformer le quotidien des maraîchers. Des outils allant de l'exosquelette Exoviti aux cobots polyvalents comme le Toutilo ou le Romanesco, jusqu'au robot autonome Oz de Naïo technologies, ont été minutieusement comparés à la réalisation manuelle des tâches. Les résultats sont nets : si certains outils induisent des transferts de pénibilité - par exemple, le passage de la charge du dos vers les épaules lors de l'utilisation d'un exosquelette -, ils améliorent tous globalement le score de pénibilité.

Infographie comparant l'effort physique entre désherbage manuel et robotisé

Le désherbage, qui représente environ 30 % du temps de travail en maraîchage diversifié, illustre parfaitement ce progrès. L'utilisation d'outils comme le robot Romanesco améliore très nettement la situation de l'opérateur, bien que l'investissement financier soit conséquent, avoisinant les 45 000 euros. Cette transition technologique s'inscrit dans une demande croissante pour des équipements de haute technologie qui concilient productivité, confort et sécurité, tout en répondant aux nouvelles exigences environnementales.

Les enjeux de la fidélisation et du renouvellement des générations

La crise des vocations est une conséquence directe de la pénibilité. Les données sont alarmantes : un tiers des maraîchers cessent leur activité dans les six ans après leur installation, un taux presque deux fois supérieur à la moyenne des autres filières agricoles. Parallèlement, le recrutement devient un casse-tête permanent. En 2014, 30 % des recrutements étaient jugés difficiles par les exploitants ; ce chiffre a grimpé à 60 % aujourd'hui.

Pour inverser cette tendance, la station expérimentale d'Auray explore désormais de nouveaux horizons, au-delà de la simple mécanisation. L'organisation du travail est au cœur des réflexions : il s'agit de s'éloigner du modèle « chantier par chantier » pour varier les tâches et respecter le principe selon lequel « la meilleure posture, c'est celle qui change tout le temps ». La charge mentale, exacerbée par le stress lié à la maîtrise d'outils technologiques complexes, est également étudiée à l'aide de lunettes connectées et de capteurs de rythme cardiaque.

Voici ma routine d'échauffement avant une séance de fractionné :

Prévention et auto-entretien du corps

La Mutualité sociale agricole (MSA) joue un rôle moteur dans la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS), qui représentent plus de 93 % des maladies professionnelles en agriculture. Pour accompagner les travailleurs, une application mobile gratuite a été développée, proposant des programmes d'échauffement et d'étirements personnalisés. Dix minutes par jour suffisent : 5 minutes avant l'activité pour préparer le corps et 5 minutes après pour favoriser la récupération.

Ces exercices, déclinés en courtes vidéos de 15 à 30 secondes, ciblent des zones critiques : cardio, rotation du bassin, cervicales, épaules, coudes et cuisses. Cette approche préventive est complétée par des fiches pédagogiques destinées aux établissements agricoles, visant à sensibiliser la communauté éducative aux enjeux de la santé et de la sécurité au travail (SST). L'objectif est clair : démontrer que si le maraîchage est un métier exigeant, la pénibilité n'est pas une fatalité.

Vers une culture de la sécurité proactive

L'évolution du matériel agricole montre que la recherche de productivité ne peut plus se faire au détriment de l'intégrité physique. Les risques liés au machinisme, tels que les renversements ou les accidents liés aux éléments mobiles, font l'objet d'une vigilance accrue. Le choix d'équipements adaptés, la formation systématique à la conduite et la maintenance préventive sont devenus les piliers de la stratégie de réduction des accidents.

Schéma des principaux facteurs de risques professionnels en maraîchage

La complexité des causes des maladies professionnelles, combinant facteurs physiologiques et psychosociaux, impose une démarche intégrée. Le bien-être et la qualité de vie au travail ne sont plus des sujets tabous, mais des indicateurs de performance et de durabilité pour les exploitations. En combinant innovation technologique, réorganisation du travail et sensibilisation à l'entretien du corps, la filière maraîchère se donne les moyens de transformer son image et de sécuriser son avenir, prouvant que la technique et l'humain peuvent avancer de concert pour une agriculture plus soutenable.

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