Guide complet sur le paillage et le mulch : Optimiser la santé du sol et la productivité du jardin

Le jardinage moderne, notamment à travers les principes de la permaculture, place la gestion du sol au cœur de ses préoccupations. Si vous avez lu notre article général sur le paillage, vous savez qu’un mulch organique adapté au contexte de votre jardin est bénéfique pour le sol et certains végétaux. L’offre de paillages, très grande, rend parfois difficile le choix d’une couverture appropriée à votre jardin en permaculture. Quelles sont ses caractéristiques et spécificités ? Quel est l’intérêt d’utiliser ce type de paillage ? Un sol nu, la nature ne connait presque pas. Sur un sol nu va facilement se créer une « croute » sous l’effet de la pluie. Le paillage évite ce phénomène pour la simple et bonne raison que la pluie ne tombe pas directement sur le sol, elle est amortie par le paillage.

Schéma illustrant le fonctionnement d'une couche de mulch sur le sol : protection contre l'érosion, rétention d'humidité et activité biologique

Les fondamentaux du mulch et du paillage

Le terme de paillage, ou mulch, recouvre différentes couvertures du sol qui visent à protéger ce dernier contre le dessèchement. En français, le mot « paillage » est dérivé du latin « paleare » (tas de paille). Le nom « mulch » quant à lui vient du moyen haut allemand « Molwic » qui signifie à peu près « souple » ou « assouplir ». Ainsi, un paillis aux fibres compostées souples permet de limiter l’évaporation de l’eau. Qu'ils soient de nature organique, minérale ou synthétique, tous les paillis facilitent considérablement la tâche du jardinier. D'abord, le paillage limite l'évaporation de l'eau au pied des plantes et retient l'humidité, ce qui permet d'espacer les arrosages. Ensuite, il gêne le développement des "mauvaises herbes" : installé sur un sol propre, sur une épaisseur suffisante, il réduit considérablement le désherbage. Enfin, il protège le sol de l'érosion par l'eau de pluie et le vent, et préserve du gel hivernal les bulbes et les racines des plantes sensibles.

Pour définir le mulch, on peut dire qu'il s'agit d'un couvre-sol, une couverture qui peut être à la fois protectrice et nourricière. Très utilisé en permaculture, le mulching, que l'on classe rapidement sous le terme paillage, est une technique reine. Si nous observons la nature, nous nous apercevrons qu'elle déteste les sols "nus", il y a toujours un processus de recouvrement du sol qui s'enclenche. Ce fonctionnement naturel permet la dégradation de la matière organique par la faune présente dans le sol.

Les écorces de bois : spécificités et usages

En fonction de la présentation choisie, l’écorce de bois pourra se décomposer plus ou moins vite. Le conditionnement se fait en sac de 5 à 100 litres que l’on peut se procurer dans le rayon jardin des grandes surfaces et dans les différentes enseignes de jardinerie. Mais l’idéal reste de s’en procurer près de chez soi pour éviter que ces écorces traversent la France avant d’arriver dans votre jardin.

Les écorces de pin ont un pH compris entre 4 et 7 en fonction de leur degré de compostage. Contrairement à d’autres paillis organiques tels que la paillette de chanvre, la tonte ou le lin, le paillage d’écorce de pin est assez lourd. L’écorce de pin possède une structure feuilletée qui offre un grand pouvoir d’absorption de l’eau estimé à 80% de son poids. L’écorce peut être une aide précieuse pour aider à la gestion des eaux autour de vos bâtiments. Attention, si vous trouvez un sac d’écorce de pin pas cher, pensez à vérifier qu’il affiche la norme AFNOR. Avec ses jolies nuances rouges-brunes, l’écorce de pin est parfois choisie pour son rendu esthétique. En plus d’apporter une bonne couverture, ce paillis de pin crée un décor coloré que certains jardiniers apprécient particulièrement.

Les écorces de pin broyées plus ou moins finement sont faciles à trouver en jardineries, et elles sont assez esthétiques. Elles résistent bien à la décomposition et peuvent tenir plusieurs années. En revanche, elles acidifient le sol : elles sont à réserver pour les plantes acidophiles (bruyères, fraisiers, rhododendron, azalée…) ou les sols calcaires. On peut les trouver sous forme colorée, si vous aimez les contrastes de couleurs. Les écorces de feuillus ne sont pas acidifiantes, mais elles sont plus cher que le pin, et durent moins longtemps (1 ou 2 ans) : à réserver aux petites surfaces. Les écorces de pin sont donc déconseillées au potager de plantes annuelles / bisannuelles. C’est un paillage qui ne convient que moyennement aux sols en pentes. Sur un sol pouvant subir de petites inondations temporaires, les écorces auront tendance à flotter et donc peut-être à se faire la malle si elles sont emportées par des écoulements d’eau trop importants !

Comparaison visuelle entre écorces de pin (acidifiantes) et écorces de feuillus (neutres) au pied d'une plante

Panorama des paillis organiques et leurs propriétés

Les paillis végétaux sont biodégradables et présentent le gros avantage de nourrir le sol : en se décomposant, ils apportent de l’humus, riche en matière organique. Revers de la médaille : comme ils se dégradent, il faut les remplacer régulièrement. Ils sont adaptés à la plupart des plantes, à l’exception des plantes xérophiles (appréciant un terrain sec), qui risqueraient d’être gênées par un excès d’humidité. Les paillis organiques créent aussi un milieu favorable aux insectes et micro-organismes bénéfiques à la santé du sol, ainsi qu’aux champignons.

Coques de cacao et cosses de sarrasin

Les coques de fèves de cacao sont un déchet de chocolaterie. Leur utilisation contribue ainsi à la valorisation des déchets, et leur jolie couleur brune met bien en valeur les plantations. En outre, elles sont très riches en substances nutritives pour le sol. Principaux inconvénients à signaler : leur coût, leur tendance à se souder entre elles, et leur faible durée de vie. Les cosses de sarrasin ne sont pas disponibles partout : elles sont plus faciles à trouver en Bretagne, près des lieux de culture. Leur apport en matière organique n’est pas négligeable, et elles constituent une intéressante barrière contre les escargots et les limaces. En revanche, elles attirent les oiseaux, qui ont tendance à disperser les cosses pour y grapiller quelques résidus de graines.

Paille, lin et chanvre

La paille de céréales (blé, etc.) est très accessible, tant du point de vue de son prix que de sa disponibilité (auprès des agriculteurs, bio de préférence, pour éviter de contaminer votre jardin avec des résidus de pesticides et d’engrais chimiques). Elle se dégrade très vite (quelques mois) et nécessite un remplacement fréquent. En revanche, elle tient bien sur les pentes. Les paillettes de lin, plutôt bon marché, se présentent sous forme de brindilles, qui peuvent permettre de créer des contrastes grâce à leur couleur claire. Elles sont légères et aident à améliorer la structure des sols lourds après enfouissage. Inconvénients : elles se décomposent assez vite, et offrent une faible résistance au vent au moment de la mise en place. Pour éviter que les brindilles s’envolent, arrosez immédiatement pour améliorer la cohésion de l’ensemble. Les paillettes de chanvre (ou chènevotte), de couleur claire elles aussi, sont réputées plus écologiques que le lin, car la culture du chanvre ne nécessite quasiment aucun pesticide ni engrais. Elles sont aussi plus lourdes que le lin, plus durables, et sont généralement exemptes de graines.

Les différents paillages 💡 au potager - les techniques, avantages et inconvénients.

Paillages minéraux et solutions de récupération

Les paillis minéraux (ou inertes) sont plus durables que les paillis végétaux, puisqu’ils ne se décomposent pas. Pour cette raison, ils s’avèrent généralement plus économiques que la plupart des paillis végétaux du commerce. En revanche, ils n’améliorent pas la fertilité du sol et retiennent moins l’humidité. Ils sont intéressants pour les plantes xérophiles, les rocailles, le jardin minéral, ou sur les sols déjà très riches.

  • Pouzzolane : La pouzzolane ou "pierre de lave" est une roche poreuse et légère, composée de scories volcaniques. On la trouve dans le Massif Central. Sa couleur, variant du rouge au noir, est très décorative.
  • Ardoise : L’ardoise réduite en petits morceaux constitue également un élégant paillage, qui confère un style contemporain au jardin. Elle est résistante mais assez lourde.
  • Autres matériaux : Brique broyée, gravillons, galets, autant de matériaux minéraux qui peuvent également convenir pour le paillage. Enfin, le verre broyé et poli, aussi appelé cassin, peut convenir pour de petites surfaces.

Paillages de récupération

Songez que vous pouvez tout à fait pailler à coût nul avec des matériaux végétaux de récupération. Rameaux et petites branches broyées ou BRF (si vous avez un broyeur) et partiellement compostées, feuilles mortes (passées à la tondeuse pour les feuilles de grande taille) et tontes de gazon (séchées pour éviter la fermentation et le développement de moisissures, et sans graines !), et enfin, pour les petites surfaces ou les bacs, des coques de noix, des noyaux d’olives. Ces différents matériaux de récupération ont l’avantage d’être économiques, de permettre le recyclage des déchets végétaux, et d’être disponibles sur place !

Gestion de la fertilité et interactions biologiques

Le maintien de la fertilité des sols est un enjeu majeur : sur une parcelle mulchée chaque année, la décomposition du mulch s’opère en continu. Le bois broyé peut être à l’origine de problèmes de faim d’azote (blocage de l’activité microbienne en surface et retard au démarrage de la culture). Pour cette raison, le bois broyé peu composté n’est utilisé que sur les vivaces (asperges, artichauts, rhubarbes…) et parfois sur les passe-pieds. Le BRF (bois raméal fragmenté) est une technique de mulch et de restauration des sols particulière, utilisant des rameaux de l’année broyés lors de la montée de sève.

Le gazon, tant qu’il n’est pas enfoui dans le sol, n’engendre pas de faim d’azote et ne cause aucun trouble sanitaire. S’il est appliqué alors que la culture est déjà en place, il ne doit pas être chaud au moment de l’application. Certaines cultures sont plus difficilement compatibles que d’autres avec un mulch. Par exemple la carotte demande un sol nu et bien affiné pour le semis et est délicate à mulcher une fois démarrée. En mars/avril, le mulch accroît le risque de gelée blanche sur les cultures gélives. Entre deux cultures, si le mulch est trop décomposé, la planche est reprise par un travail superficiel avec des outils manuels.

Diagramme représentant le cycle de l'azote et l'impact du bois broyé (faim d'azote) dans le sol

Toiles et films de protection : quand les utiliser ?

Toile végétale tissée, feutre, film plastique peuvent également être envisagés. Ils permettent de couvrir de vastes surfaces, mais sont assez peu esthétiques. En outre, il est beaucoup plus facile de les mettre en place avant la plantation : à éviter pour les massifs déjà installés. En revanche, au potager, ou pour protéger le pied des jeunes arbres et arbustes, ils peuvent s’avérer intéressants. Autre avantage, ils retiennent la terre sur les terrains en pente et peuvent s’utiliser pour les berges d’un plan d’eau. Le film plastique est économique, durable, et il permet au sol de se réchauffer plus rapidement au printemps : voilà pour les atouts. Néanmoins, ce type de paillage est plutôt à déconseiller : non biodégradable, peu écologique, inesthétique, il nuit à la vie du sol en détruisant les micro-organismes.

Le papier journal ou le carton sont une autre solution, très économique, qui maintiennent une bonne humidité et sont très efficaces contre les mauvaises herbes. Il faut cependant les renouveler chaque année car ils se décomposent rapidement, et prévoir éventuellement une couche supplémentaire de paillis végétal ou minéral pour masquer le papier ou le carton.

Méthodologie et bonnes pratiques de mise en œuvre

Répartissez le paillage le plus régulièrement possible à la surface du sol. Veillez à ce que la couche de paillage ne soit pas trop épaisse au risque d’asphyxier le sol et de favoriser le développement des moisissures. Il faut environ dix litres de paillage par mètre carré et par centimètre d’épaisseur. Selon les plantes, la couche sera de quatre à huit centimètres. Ce volume peut être supérieur pour des allées ou des surfaces plus grandes. Arrosez bien votre paillage lors de son installation pour éviter qu’il ne s’envole et pour faire en sorte qu’il commence à participer de la vie du sol.

Dans les principes de Permaculture, on tente d’obtenir un maximum de production de nourriture en dépensant le moins d’énergie possible. Pour y arriver il faut toujours se poser les bonnes questions en amont, définir ses objectifs et partir du bon pied. Au niveau du sol, nous chercherons donc à le perturber le moins possible afin de préserver ses habitants, conserver sa fertilité maximum, et surtout de l’aggrader. Le mulch est une « couverture de sol » qui remplit de nombreux rôles et peut se présenter sous plusieurs formes. Avant toute intervention, nous vous recommandons toujours de tout faire pour en apprendre un maximum sur votre sol.

N’oubliez pas qu’avant de choisir un paillage, il est important d’observer les ressources disponibles dans votre jardin ou à proximité : il y a de fortes chances que vous trouviez une source de paillage organique là où d’autres verraient un déchet. Le principe de permaculture est clair : tout déchet est une ressource inexploitée ! Garder l’eau dans le sol est une bonne chose… mais pas trop. Comme le dit le proverbe : « On voit la paille dans l’œil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien ». S’il faut faire attention à ne pas étouffer vos jeunes plants avec votre paillis, vous pouvez aussi en rajouter au fur et à mesure. Les paillages sont réellement pleins d’avantages, c’est un fait, et leur choix doit toujours être dicté par une observation fine de votre écosystème local.

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