Exploration Musicale et Entrepreneuriale : De Londres à l'Héritage Prunier

Londres, métropole vibrante et carrefour des cultures, est un point de convergence pour les talents musicaux émergents et les héritages ancestraux. Dans cet article, nous plongerons dans l'univers de deux figures distinctes mais complémentaires : Eliott, un jeune producteur de musique électronique prometteur, dont le parcours londonien est jalonné de succès et de découvertes artistiques, et Peter Rebeiz, l'entrepreneur derrière Caviar House & Prunier, dont l'histoire intertwine luxe, gastronomie et passion pour la musique. Leurs récits, bien que différents, illustrent la richesse et la diversité des expressions créatives et commerciales qui fleurissent au cœur de la capitale britannique et au-delà.

Eliott : L'Ascension d'un Producteur de Musique Électronique à Londres

Eliott, un jeune talent originaire de la région de Montpellier, a fait de Londres son terrain de jeu musical. Après une expatriation familiale en 2014, destinée à immerger les deux adolescents dans un environnement anglophone, Eliott a rapidement trouvé sa voie dans la production musicale. Après trois années passées dans un collège public anglais, il obtient son GCSE, une étape cruciale pour son parcours.

Image d'Eliott en studio de musique à Londres

Un Parcours Académique et Artistique Éloquent

Son choix de s’orienter vers un BTEC « Music Production » au City of Westminster College s'est avéré judicieux, couronné de félicitations. Cette formation lui a permis d'acquérir les bases techniques essentielles à son art. Mais l'ambition d'Eliott ne s'arrête pas là. Il quitte, non sans une certaine émotion, le City of Westminster College pour intégrer la très sélective Point Blank Music School. Cette institution renommée, présente dans l’Est de Londres, mais aussi à Los Angeles et Ibiza, est un tremplin pour de nombreux artistes en devenir.

L'Aboutissement d'un Travail Acharné : L'EP "Out Of My Mind"

Pour valider son diplôme, Eliott a travaillé d’arrache-pied pour produire un album de quatre titres, disponible depuis juillet sur de nombreuses plateformes d’écoute, dont Apple Music, Spotify, YouTube et SoundCloud (une dizaine au total). Ce projet a bénéficié de l'accès aux studios d’enregistrement de l’école et des bons conseils de Stefano Della Casa, compositeur et directeur artistique. Sur cet opus, Eliott a nettement progressé en mixage et mastering. Il confie : « Il est beaucoup plus abouti que les premiers. J’ai aussi essayé de donner plus d’émotion, de plus travailler sur la structure des morceaux, les voix, les harmonies ».

Une collaboration notable sur cet album, comme sur les deux précédents, est la présence de Daniela, une jeune Portugaise de la même promotion qu’Eliott. Elle prête sa voix sur « Crazy for you », comme elle l'avait fait un an auparavant sur « Better with you ».

"Out Of My Mind" : Symbole de Liberté d'Expression et d'Inspiration

Eliott décrit « Out Of My Mind » comme le symbole de la liberté d’expression, un moyen de montrer que la créativité est essentielle dans la musique et au-delà. Ses inspirations sont multiples et personnelles : « Aimer une personne chère à son cœur, admirer les paysages depuis un train ou un avion, rêver et laisser son esprit vagabonder… tout cela fait partie de moi et m’inspire. Je ne peux jamais savoir quand la créativité vient, c’est toujours aléatoire et inexplicable. » Ce nouvel EP était l’occasion de créer quelque chose de différent mais qui le représente, avec des sons mélancoliques, modernes, progressifs, mais aussi puissants.

Influences et Style Musical : De l'Anjunadeep à la Deep House

Eliott avoue suivre de près le label Anjunadeep, qu’il considère comme « une vraie mine d’or ». C'est là qu'il a découvert des artistes exceptionnels tels que Lane 8, auteur de mélodies harmonieuses, progressives et très deep, ou encore CRi pour la structure de ses morceaux et ses effets qui rendent les sons plus vivants.

Cependant, il ne souhaite pas s’enfermer dans un seul registre. « En travaillant différents types de musiques, je me suis aperçu que ce qui me correspondait le mieux c’était la House. C’est là où je m’exprime le mieux, avec des tonalités plus orientées Deep House, Melodic House ou Progressive House. » Il intègre volontiers des sons des années 80, des sons latinos, et diverses influences pour enrichir ses productions. Pour lui, cet EP est symbolique, car c’est la première fois qu’il trouve enfin son propre style.

Privilèges et Hommages : L'Ancrage Lyonnais de CONFLUENCE

Expatrié à Londres depuis 2014, Eliott reconnaît être privilégié. « Je n’aurais jamais eu cette chance et ces opportunités en restant à Montpellier. Ou alors beaucoup plus tard ! » Son nom d'artiste, CONFLUENCE, rend un hommage appuyé à sa ville de cœur, Lyon, la métropole où il est né. L'inspiration lui est venue lors d'une traversée de la ville à vélo avec des amis : « Nous sommes partis de la Croix Rousse et en longeant les magnifiques quais du Rhône nous sommes arrivés dans le quartier Confluence en pleine mutation. Là j’ai pris une grande claque. J’ai été comme transcendé, notamment en marchant à proximité du nouveau musée des confluences, installé à l’endroit où se rejoignent le Rhône et la Saône. »

Pour Eliott, Confluence est plus qu'une jonction entre deux cours d’eau ; c’est aussi la rencontre de plein de choses : des pays, des hommes, des passionnés, des courants musicaux. Une source intarissable de créativité. Il a également adopté CONFLUENCE car c’est un mot qui se prononce très bien en français et en anglais.

Son dernier album est à découvrir d'urgence, mais il est aussi possible de se régaler de titres plus anciens, comme son remix de « Moderat » qui frôle les 30 000 écoutes sur SoundCloud, ou « Life Time », un morceau qu’il a toujours plaisir à réécouter. « Même après huit mois, cela continue de me transporter. » On espère évidemment revoir Confluence sur scène à Londres dès la rentrée, peut-être dans le club Ma Dame à Notting Hill où il s’est déjà produit à plusieurs reprises, ou pourquoi pas lors d’un événement prestigieux comme en octobre dernier, où il était aux platines dans la boutique Guerlain des Champs-Élysées pour accompagner le lancement de la chaussure Le Coq Sportif - La Petite Robe Noire. Les photos de son travail sont souvent l'œuvre d'Alice Menguy.

Caviar House & Prunier : Un Voyage Entrepreneurial entre Luxe et Musique

L'histoire de Caviar House & Prunier est intrinsèquement liée à la figure de Peter Rebeiz, un entrepreneur passionné qui a su transformer un héritage familial en un empire du luxe, tout en tissant des liens profonds avec le monde de la musique. Son parcours, jalonné d'anecdotes et de rencontres, est un témoignage de résilience et de vision.

Portrait de Peter Rebeiz avec des boîtes de caviar en arrière-plan

Les Racines Familiales et l'Expansion du Caviar Iranien

Peter Rebeiz se replonge sans peine dans son enfance et retrace avec nostalgie son parcours. Il mentionne à maintes reprises son père, Georges Rebeiz, consul libanais à Copenhague. Ce dernier fut, à l’époque du shah, l’un des grands précurseurs de l’importation de caviar iranien en Europe. Un homme visionnaire, habile mais borné, qui n’a jamais voulu apprendre le danois, même en vivant dans la capitale. Peter se souvient encore avec délectation du plaisir qu’il ressentait, alors petit enfant, à déguster le caviar ramené par son père.

À la fin des années 1960, Georges Rebeiz ouvrira une première échoppe dans l’enceinte du Grand Passage à Genève. C’est suite à l’incendie qui ravagea le premier étage de l’actuel Globus que la décision judicieuse de s’implanter à l’aéroport de Cointrin fut prise en 1972. Un choix qu’il n’aura pas à regretter, puisqu’aujourd’hui encore cet espace génère le plus grand chiffre d’affaires du groupe.

Le Parcours de Peter Rebeiz : Entre Suisse et Paris

Celui qui avoue être sentimental nous raconte les nombreux concours de circonstances qui lui ont permis de vivre de belles rencontres. Son histoire avec la Suisse débute en 1974, lorsque son père l’inscrit à l’École Nouvelle à Lausanne. Ne parlant que peu le français, le jeune Peter est envoyé tous les jours suivre des cours à l’institut anglophone pour filles Brillantmont. Entouré de 300 demoiselles - pour 4 garçons - le Danois garde un très bon souvenir de ce premier séjour helvétique.

Un séjour interrompu de manière assez abrupte par son père débarquant un jour en catastrophe. Ce dernier, dû à ses origines libanaises et à ses rapports de travail avec certains dirigeants du Proche-Orient, venait de recevoir des menaces d’enlèvement provenant d’extrémistes appartenant à l’OLP. Il n’en faut pas plus pour que le patriarche décide de retirer son fils de l’établissement lausannois pour l’envoyer incognito à Paris. Interne alors à l’École des Yvelines, l’institution change son nom dès l’arrivée de l’expatrié en École internationale des Yvelines. Trois mois plus tard, c’est une autre menace caustique : celle de partager sa chambre avec le fils de Jean-Bedel Bokassa, l’un des pires dictateurs africains. Heureusement, la colocation se termine sans heurt.

L'Émergence d'une Idée : Le Caviar dans le Monde Bancaire

De retour à Copenhague, l’adolescent est enrôlé dans le service militaire pour une période de deux ans. L’armée terminée, il part à Genève dans le but d’effectuer un stage dans une banque tout en poursuivant le soir des études à Webster University. C’est durant son stage, où il s’ennuie par ailleurs à mourir, qu’il a l’idée de proposer des boîtes de caviar à la vente aux clients et aux employés de la banque. Un succès qui en amène un autre : celui d’importer 100 kilos de caviar pour tous les clients de l’Hôtel Richemond, un accord négocié avec Victor Armleder, alors propriétaire du cinq-étoiles situé non loin des rives du lac à Genève.

La réussite de cette expérience sera un bon motif pour donner son congé à la banque et une occasion unique de se lancer dans ce business de niche, en dépit de la désapprobation de Georges Rebeiz. Toutefois, père et fils collaborent rapidement ensemble. Cela commence par l’ex-compagnie aérienne Swissair à laquelle ils fournissent le caviar servi en première classe. Au début des années 1980, l’entreprise devient le plus gros fournisseur de ce mets exceptionnel dans les compagnies aériennes. Dans le même temps, un bureau voit le jour rue Cavour, juste avant l’inauguration en 1986 de l’enseigne place de la Fusterie, à l’emplacement où elle se situe encore actuellement. En l’espace de trois ans, les ventes de caviar passent de 20 à 70 tonnes.

Le Déclic : La Création de Sélections de Caviar et le Caviar Impérial

La demande, presque impossible à satisfaire, pousse Peter Rebeiz à créer un concept innovant : des sélections de caviar. Il en vend ainsi provenant de différentes espèces d’esturgeons. C’est en Iran, pays où il est plus facile pour lui de négocier avec la jeune génération, qu’il découvre de nombreuses catégories de cet « or noir ». C’est là qu’il déniche, entre autres, le caviar « couleur dorée », autrefois réservé au shah, qui deviendra « le caviar impérial ». À nouveau contre l’accord de son père, le visionnaire en commande 500 kilos qui trouveront preneur en moins de deux mois.

C’est le déclic : pour qu’un produit devienne exceptionnel, il faut raconter un beau récit. « La magie du caviar n’est autre que des œufs de poisson avec une belle histoire. » Avec ce nouveau concept, la boutique de la Fusterie devient rapidement la vitrine de l’excellence, alors que les compagnies aériennes, qui paient moins cher, reçoivent le caviar moins recherché.

La Crise du Caviar Sauvage et le Virage vers l'Élevage

La surpêche, le manque de transparence et la bataille entre les pays qui exploitent sans vergogne la mer Caspienne vont sonner le glas de cette industrie. La chute du mur de Berlin et ses conséquences sur l’ouverture des pays de l’Est ont dévoilé au monde l’état catastrophique de cette réserve naturelle, cet espace magique où vivent plus de 27 espèces d’esturgeons, déclarés en danger d’extinction dès 1997 par les Nations Unies.

Sous l’impulsion d’importateurs de caviar dont faisait partie Peter Rebeiz, l’organisation cherche à réglementer la pêche alors en libre-service. Elle deviendra illégale et la vente d’esturgeons interdite dès 2006. Aujourd’hui, le commerce de bélugas, d’osciètres ou de sévrugas sauvages provient uniquement de la contrebande. Une prise de conscience qui bouleverse cette industrie de niche et par là même l’entreprise des Rebeiz. C’est le moment de trouver une alternative à la mer Caspienne.

Quand l’amateur de bonne chère découvre que la France produit, elle aussi, du caviar, il est fasciné. Et une idée lui traverse l’esprit : l’élevage serait-il mieux que le naturel ?

Cap sur l'Élevage : L'Alliance avec Prunier

Le saumon d’élevage, fumé de manière artisanale à la ferme Balik, est un bon exemple. Rachetée par Caviar House en 1993, cette entreprise basée dans les Alpes suisses produit l’un des meilleurs saumons fumés du monde. Une autre illustration est le vin : il s’agit bien de raisins d’élevage qui sont mis en fût pour produire les différents crus. Alors pourquoi pas le caviar ?

La solution arrive un peu par hasard lors d’une rencontre impromptue en 2003 avec Pierre Bergé, grand mécène et cofondateur d’Yves Saint Laurent. Il est alors propriétaire de la maison Prunier et d’une pisciculture dans l’estuaire de la Gironde. Un mariage est rapidement prononcé : désormais Prunier produira le caviar et Caviar House le commercialisera.

Alors que, là encore, son père tente de le dissuader de fusionner, un concours de circonstances marque à nouveau le parcours de l’entrepreneur. Adolescent, Georges Rebeiz avait effectué un stage de six mois dans la maison Prunier à Paris, aujourd’hui classée monument historique. Tel un conte de fées, les nouveaux associés retrouvent par hasard dans la cave à vins de l’établissement situé rue Victor Hugo un agenda rempli d’annotations de Simone Prunier, la fille d’Émile, le fondateur de l’enseigne et premier importateur de caviar en France au début du siècle passé. Il s’agit d’extraits de son livre écrit en 1932.

Impossible, toutefois, de mettre la main sur ce livre ni de savoir quel est son contenu. Après d’infructueuses recherches chez les antiquaires et les bouquinistes du monde entier, Peter Rebeiz découvre au bout de trois mois que sa mère, qui habite toujours à Copenhague, en détient un exemplaire dans sa cuisine. Coïncidence ou hasard de la vie, il avait bel et bien grandi avec ce livre de recettes à côté de lui. L’ouvrage fut aussi l’occasion pour le gastronome de connaître le récit de la dynastie Prunier et du caviar français. Et de découvrir par ce même biais l’importance de la France dans l’histoire du caviar. L’Hexagone aurait ainsi produit le célèbre mets avant les Iraniens ! Une légende fascinante que Peter Rebeiz décide d’exploiter en vendant désormais des œufs d’esturgeon « made in France ».

Pour l’heure, l’entreprise produit six tonnes de caviar par année qui représentent 70% de ses ventes, les 30% restants provenant d’autres élevages. Aujourd’hui, la France est le pays qui vend le plus de caviar au monde, alors que les Suisses sont ceux qui en consomment le plus par tête d’habitant.

La Musique, Essentielle : L'Amitié avec Claude Nobs et le Montreux Jazz Café

L’épicurien Peter Rebeiz a fait la connaissance de Claude Nobs à bord d’un avion pour Zurich. Nouvel aléa de la vie : tous deux avaient rendez-vous à la ferme Balik, alors propriété d’Hans Kübel avant qu’il ne la cède à Caviar House en 1993. La coïncidence ne s’arrête pas là : enfant, l’amateur de musique, fan de Deep Purple et de son célèbre « Smoke on the Water », avait accroché au mur de sa chambre à coucher un poster du premier Montreux Jazz Festival. Les deux hommes lient rapidement des liens solides. « Nous avions les mêmes passions : la bouffe et la musique. »

Photo de Peter Rebeiz et Claude Nobs

Dès lors, depuis 1991, Peter Rebeiz est présent au festival, mettant à disposition caviar et saumon Balik pour les artistes en backstage et pour les invités du Picotin, le célèbre chalet de feu Claude Nobs perché sur les hauteurs de Caux. Quant au fondateur du Montreux Jazz, il fut le meilleur ambassadeur de la maison genevoise, offrant à chacun de ses voyages des cœurs de saumon Balik aux personnalités qui l’accueillaient aux quatre coins du monde. Une amitié, un même appétit et un même désir qui poussa les deux hommes à vouloir exploiter le Montreux Jazz comme marque. L’idée étant avant tout d’apporter une nouvelle source de revenus pour le célèbre festival.

En 2005, le premier Montreux Jazz Café s’ouvre à l’aéroport de Genève. Suivent l’aéroport de Zurich et Harrods à Londres. En septembre de cette année, un nouveau MJC verra le jour à la gare de Lyon à Paris, puis à l’EPFL en 2014. Et afin de soutenir la relève musicale, l’entrepreneur a fait construire un studio d’enregistrement à la ferme Balik. La traditionnelle bâtisse, qui fut un temps le refuge de Peter Rebeiz - il y habita et y vit naître ses trois enfants -, accueille chaque année les lauréats d’un concours mis sur pied lors du festival de jazz. Par la suite, les jeunes chanteurs en herbe ont l’occasion d’enregistrer un disque dans ce cadre idyllique qui allie plaisirs culinaires et création artistique.

Musicien à ses heures - il joue du piano depuis l’âge de 5 ans - Peter Rebeiz se veut aujourd’hui l’un des gardiens de l’œuvre de Claude Nobs. Et pour allier ses deux passions, il réalise actuellement un film documentaire sur l’histoire du caviar et son lien avec la musique de l’Empire russe. Le DVD, qui comporte de nombreuses interviews, dont celle de Nicolas Romanov, descendant direct de la famille impériale, sortira à la fin de cette année.

Le Monde de la Musique Classique et l'Héritage des Prunier

Au-delà des parcours individuels d'Eliott et de Peter Rebeiz, le nom "Prunier" résonne également dans l'univers de la musique classique, notamment à travers le personnage de Prunier dans l'opéra de Giacomo Puccini, "La Rondine". De plus, l'histoire de la musique ancienne est riche de figures comme Geneviève Thibault de Chambure, dont la passion pour les répertoires oubliés et les instruments anciens a laissé une empreinte indélébile.

Giacomo Puccini et "La Rondine" : Le Rôle de Prunier

Dans le cadre d'une émission dédiée à Puccini à l’occasion du centenaire de sa mort, il est intéressant de noter la présence de personnages nommés Prunier dans ses œuvres. Par exemple, dans "La Rondine", un extrait de l'Acte I, "Chi il bel sogno di Doretta", met en scène des personnages comme Magda, Yvette, Bianca, Suzy, Gobin, Périchaud, Crébillon et Prunier. Angela Gheorghiu, Patrizia Biccirè, Patrizia Ciofi, Monica Bacelli, Toby Spence, Riccardo Simonetti, Enrico Fissore et William Matteuzzi (dans le rôle de Prunier) ont interprété ces rôles sous la direction d'Antonio Pappano avec l'Orchestre Symphonique de Londres. Cela démontre l'omniprésence du nom Prunier, ou de ses homonymes, dans des contextes variés, de la gastronomie à l'opéra.

Affiche de l'opéra

Une programmation musicale riche accompagne ces réflexions, incluant des œuvres de Giacomo Puccini comme "O mio babbino caro" chanté par Maria Callas, ou "Crisantemi" interprété par le Quatuor Modigliani. Cette diversité musicale souligne l'ampleur de l'héritage puccinien et la manière dont sa musique continue de résonner.

Geneviève Thibault de Chambure : Pionnière de la Musicologie

Geneviève Thibault de Chambure (1902-1975) est une figure hors du commun de la musicologie et de la musique ancienne. Depuis sa disparition, son œuvre multiple n’a cessé de nourrir la recherche musicologique et organologique. Son nom reste attaché à celui de deux institutions patrimoniales nationales : la Bibliothèque nationale de France et le Musée de la Musique.

Fondatrice de la Société de musique d’Autrefois (SMA) en 1926, elle œuvra pendant des décennies pour faire connaître des répertoires oubliés. Elle appuya cette recherche sur une collection insigne de partitions anciennes commencée dès l’âge de vingt ans et dont l’ampleur couvre la musique vocale et instrumentale française, allemande et italienne du XVIe au XVIIIe siècle. Elle ajouta à cette passion des manuscrits et des livres de musique celle des instruments anciens, constituant la plus grande collection jamais formée en France dans ce domaine.

Un colloque international consacré aux trésors de sa collection aura lieu en 2025, d’une part, à la Fondation Royaumont, du 13 au 15 juin et, d’autre part, à la Fondation Les Arts Florissants, à Thiré en Vendée le 22 août. Cet événement réunira musicologues, facteurs d’instruments et interprètes pour rendre hommage à cette figure cinquante ans après sa disparition.

La Société de Musique d'Autrefois (SMA) et les Répertoires Oubliés

Florence Gétreau, Directrice de recherche émérite au CNRS, présentera « La Société de musique d’Autrefois ». Fondée le 18 décembre 1926 par le comte de Courville, le commandant Le Cerf, Geneviève Thibault, Eugénie Droz et la baronne de Lamberterie, cette société avait pour but « l’exécution et la publication de la musique ancienne ». Elle souhaitait « faire à chaque concert une sorte d’exposition chronologique et rétrospective d’œuvres exceptionnelles ». Elle proposa deux concerts annuels, l’un de musique profane, l’autre de musique sacrée, jusqu’en 1932.

Après une interruption de deux décennies, G. Thibault, ayant épousé le vicomte Hubert Pelletier de Chambure en avril 1931 et l’ayant suivi en Indochine où ils fondèrent une famille, la SMA reprit ses activités de 1953 à 1975. Mme de Chambure développa à nouveau ses activités de musicologue puis de Conservatrice du Musée Instrumental. Cette communication montrera comment les répertoires exécutés reflétaient souvent les choix musicaux et instrumentaux qui caractérisent la collection qu’elle constituait parallèlement. Il sera également question des musiciens actifs dans le cadre de ces concerts, des instruments anciens ou reconstitués sélectionnés et souvent spécialement remis en jeu par des facteurs et luthiers. La SMA fut le creuset où, à partir de 1970, une nouvelle génération d’interprètes se fit connaître avant d’incarner le renouveau des musiques anciennes des dernières décennies du XXe siècle.

La Collection d'Instruments Anciens : Luths, Cornets à Bouquin et Musettes

La session d'organologie du colloque mettra en lumière des instruments exceptionnels de la collection Chambure. Joël Dugot et Sebastian Kirsch aborderont « La collection de luths (provenances, restaurations, copies modernes) et l’étude de cas d’un théorbe vénitien Renaissance baroquisé (E 980.2.321) ». Ils mettront en évidence l’importance de cette collection, décrivant et commentant les instruments les plus significatifs par leurs qualités historiques et organologiques. Ils distingueront les instruments « anciens » (antérieurs au XIXe siècle), les « pseudo-instruments » du XIXe siècle et les instruments du XXe siècle, en détaillant leur type, époque de conception, degré d’authenticité, histoire et provenance, ainsi que leur éventuelle occurrence lors des concerts de la SMA.

Martin Kirnbauer présentera « Les cornets à bouquin italiens de la collection Chambure (E. 979.2.16 à E. 979.2.32 ; E. 980.2.164) ». Ces instruments, tombés dans l’oubli après un essor rapide et une brève période de rayonnement, sont particulièrement prisés par les collectionneurs en raison de leur rareté. La collection Chambure permet de mieux saisir les enjeux liés au fait de collectionner des cornets à bouquin.

Vincent Robin se penchera sur « La musette inachevée (E.980.2.388) de la collection Chambure : notes sur un modèle unique du XVIIIe siècle ». Bien qu’incomplète, cette musette constitue, en raison de l’homogénéité de sa facture, un modèle de référence. Son état permet d'observer les éléments tels qu'après le tournage et avant les autres étapes de fabrication, mettant en évidence la division du travail au sein d’un atelier. Ce type de musette correspond probablement à une « musette du cinq », de tessiture plus grave que l’ordinaire, considérée par Nicolas Chédeville comme la plus harmonieuse. L'étude de ce spécimen offre l’occasion d’étudier l’évolution de l’usage des matériaux, comme l’emploi de l’ivoire supplantant progressivement celui du bois.

La Viole de Michel Collichon et les Origines de la Septième Corde

Matteo Di Capua et Andreas Linos exploreront « La viole de Michel Collichon, Paris, 1683 (E. 980.2.667) : aux origines de la septième corde, découvertes biographiques, nouvelle approche des méthodes constructives ». Ce joyau de la collection Chambure est considéré comme l’une des basses de viole françaises les plus importantes du XVIIe siècle. La découverte récente de documents d’archives renouvelle la connaissance de son auteur et de ses instruments. La mise en relation entre ces éléments historiques et une étude approfondie de ses méthodes constructives a permis d’avancer une nouvelle hypothèse sur l’emmanchement caractéristique de ses violes. La viole de 1683 est la plus ancienne basse signée et datée, à sept cordes, ayant conservé son manche d’origine. Bien que Monsieur de Sainte Colombe ait été considéré comme l’inventeur de la septième corde, de nouvelles recherches interrogent cette affirmation, ouvrant la possibilité d’écrire un nouveau récit des origines de la septième corde.

Un moment musical offert par Mattéo Di Capua et Andreas Linos est également prévu, enrichissant l'expérience du colloque.

La Musique Chinoise Ancienne et la Modernité

Dans un tout autre registre, le concert « Nuages flottants sur l’eau qui s’écoule » (Xingyun liushui) s’inspire des éléments musicaux anciens de Chine, à travers des créations et des arrangements originaux. Des pièces traditionnelles telles que « Chanson du pays de Chu (Chuge) », « Trois Variations sur les Fleurs de Prunier (Meihua Sannong) », « Mélodie du prunier d’au-delà du ruisseau » (Gexi Meiling), des œuvres contemporaines comme « Poèmes chantés du bambou » (Zhuzhi ci) ou « Rencontre entre la passion et l’indifférence », et même une pièce de jazz intitulée « Amis », sont interprétées par des instruments anciens chinois comme le xiao, le di, le xun, le guqin, et un instrument d’origine occidentale comme le piano.

Des artistes de renom participent à cette exploration musicale : Zhang Weiliang (张维良), professeur au Conservatoire des musiques nationales de Chine, concertiste de flûte bambou verticale à encoche « xiao 箫 », flûte bambou traversière « di 笛 » et ocarina « xun 埙 ». Il est reconnu pour son exploration de nouvelles sonorités et a collaboré avec des réalisateurs comme ZHANG Yimou et CHEN Kaige. Cheng Hongyu (成红雨) est une guqiniste établie en Allemagne, héritière d'une vision artistique intégrant les éléments occidentaux à la tradition chinoise. Jin Yuejiao (金月姣), pianiste concertiste, professeure à l’Université centrale des Minorités, se produit sur les scènes nationales et internationales. De jeunes talents comme Kang Zihan (康子涵), flûtiste chinois, et LI Zhihan (李芝含), interprète de flûte traversière chinoise et de flûte verticale, contribuent également à la richesse de cette scène. Rainer Granzin, pianiste, organiste et compositeur allemand, apporte également sa touche à ce métissage musical.

Cette convergence de cultures et d'époques musicales, des répertoires oubliés de l'Europe ancienne aux mélodies contemporaines chinoises, démontre la richesse et la diversité de l'expression musicale à travers le monde.

Instruments de musique traditionnels chinois

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