Le Laurier-Rose : Histoire, Toxicité et Horticulture d'un Emblème Méditerranéen

Le laurier-rose, ou Nerium oleander en latin, est une plante méditerranéenne très appréciée pour sa floraison généreuse et colorée en été. Connu pour sa beauté et sa résistance, il est idéal pour apporter une touche de charme à votre jardin. Le laurier-rose est ainsi appelé parce que ses fleurs évoquent des grappes de roses. A l’instar du laurier-sauce utilisé dans les plats mijotés, du laurier-palme ou du laurier-cerise des haies, son nom est sans équivoque. Le laurier-rose est aussi appelé Oléandre, dérivé d'Olea (olivier) car ses feuilles vert olive foncé évoquent cet arbre mythique. Il n'existe qu'une seule espèce de laurier-rose dans la famille des Apocynacées, dont font aussi partie la pervenche, le jasmin étoilé, le Dipladenia ou le Frangipanier. On trouve le laurier-rose à l'état naturel en Espagne, sur la rive sud de la mer Méditerranée et jusqu'en Asie.

fleurs de laurier-rose en grappes

Une présence historique marquée par le mythe et le danger

Dès le Ier siècle après J.-C., le grec Dioscoride en fait une description dans son De Materia Medica. Le laurier-rose, décrit et nommé par Carl von Linné en 1753, est une espèce d'arbuste de la famille des Apocynacées. Tantôt symbole de beauté et douceur, ou de beauté, modération, gloire et génie, le laurier-rose est une espèce connue depuis très longtemps. Il y a un ancien récit mentionné par Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle, qui a décrit une région Pontus en Turquie où le miel avait été empoisonné. Un gouverneur romain de Carthage en Afrique du Nord aurait été mordu par un serpent venimeux. Le laurier-rose était un arbuste d'ornement très populaire dans les jardins romains péristyle. Il est souvent représenté sur les peintures murales de Pompéi et ailleurs en Italie.

On dit que Adam, pour protéger le jardin d'Eden après avoir mangé la pomme, avec Eve, craignant la venue prochaine d'animaux sauvages aurait fait sortir de terre des arbustes dont les fleurs avaient la couleur du corps de Eve : rose. Il aurait versé sur les feuilles un poison mortel qui figerait le coeur. Cette barrière fleurie les aurait ainsi protégés du pire : être dévorer par les félins et les serpents. On dit que des envahisseurs il y a fort longtemps saccagèrent de nombreuses contrées laissant désolation et malheur sur leur passage. Rien ne pourrait les arrêter. Maîtres du monde, ils s'étaient emparés des plus belles richesses, des terres mais aussi des femmes. L'une d'entre elle était sacrée et gardienne d'un trésor. Lorsque l'armée des barbares voulut s'emparer de son domaine extraordinaire d'une beauté inégalée avec des plantes et des arbres merveilleux, elle fit brûler toutes les terres alentour et tous les arbres. Lorsque les barbares approchèrent de son domaine en feu, ils furent tous pris de convulsions, de toux, d'étouffement. La plupart moururent sur place dans d'atroces souffrances. Pendant le Moyen-Age, cette plante était fréquemment utilisée lors des rituels de magie noire, ce qui, au fond, en dit assez sur ses propriétés mortelles.

La tragédie de 1808 : une légende napoléonienne

Pour la petite histoire, lors de la campagne d'Espagne en 1808, près de Madrid, des soldats de Napoléon auraient été gravement intoxiqués après avoir fait un feu de bois de laurier-rose et dégusté des brochettes. Nous sommes en 1808, aux portes de Madrid. Des soldats de l'armée de Napoléon en bivouac ont la mauvaise idée de faire cuire un agneau sur une branche de laurier rose, l'une des plantes les plus toxiques que la terre puisse porter. Jusqu'en 1808 avant l'Espagne, Napoléon fut vainqueur partout. Lors d'un bivouac des troupes napoléoniennes, des soldats firent rôtir des agneaux sur des broches de laurier-rose. Loué pour sa beauté et son parfum, le laurier-rose est aussi connu pour sa grande toxicité. Au début du XIXe siècle, il aurait ainsi causé la mort d'une douzaine de soldats ayant utilisé ses tiges comme broches à rôtir.

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Caractéristiques botaniques et toxicité

Toutes les parties de la plante contiennent de l'oléandrine, un hétéroside cardiotoxique, dont l'ingestion est fatale à faible dose ; en effet, quelques feuilles peuvent tuer un adulte. Les propriétés chimiques du laurier-rose ont fait l'objet de plusieurs études pharmacologiques, qui ont permis de mettre en évidence son composé le plus caractéristique, l'oléandrine, présente dans toutes les parties de la plante. Ainsi, l'ingestion de quelques feuilles suffit à tuer animaux et êtres humains. Malgré le danger, à la fin du XIXe siècle, on va jusqu'à envisager l'utilisation du laurier-rose en médecine pour sa supposée action tonique sur le cœur. La sève blanche du laurier-rose est toxique et peut irriter la peau : il est donc indispensable de se protéger avec des gants et manches longues au moment de la taille.

Le laurier-rose est un arbuste assez vigoureux, dont l’opulente floraison estivale s’étale sur une longue période, entre juillet et septembre. Ses fleurs sont constituées d'un long tube surmonté d'une fine corolle frangée, entourée de 5 lobes étoilés. Elles sont regroupées en grappes très généreuses pouvant dépasser les 70 fleurs ! Il existe de nombreuses variétés de laurier-rose à fleurs étoilées simples ou doubles, allant du rose au rouge, jaune, orangé, saumoné ou blanc. Certaines sont parfumées.

Évolution horticole au XIXe siècle

Plantés en pleine terre dans les régions méditerranéennes et en caisse ou pot dans les régions plus froides, on retrouve notamment des lauriers-roses dans le jardin royal des plantes de Nancy dans la seconde partie du XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, de belles collections de lauriers-roses sont présentées dans les expositions horticoles, et de nouvelles variétés font leur apparition sur le marché. À Paris, le jardinier-fleuriste Michel Frédéric Mabire (1806-1859), établi rue de Lourcine, s'illustre particulièrement avec ses lots de Nerium et de Rhododendrum. Il remporte en 1840 un prix pour la plus belle plante en fleur la mieux cultivée à la dixième exposition publique des produits de l'horticulture, organisée par la Société royale d'horticulture de Paris, pour son Nerium Mabiri (ou Nerium Mabirii) obtenu deux ans plus tôt. Cette variété de laurier-rose à fleurs blanches disposées en pyramide est commercialisée en France dès les années 1840 mais aussi à New-York ou Londres dans les années 1850 et 1860. Le même fleuriste obtient le Nerium cupreum en 1841, et possède également dans sa collection des Nerium carneum, Nerium grandiflorum, Nerium luteum, Nerium odorum, etc. À la même époque, M. Grangé-Fougouin, horticulteur à Orléans, lance une souscription pour la commercialisation de son Nerium Jeanne d'arc, également à fleurs blanches.

gravure ancienne montrant des variétés de laurier-rose

Guide de culture et entretien moderne

Le laurier-rose doit être planté en plein soleil dans un sol drainant, permettant un bon écoulement de l'eau, et enrichi de compost ou de fertilisant naturel. En pleine terre, il est peu exigeant et plutôt résistant à la sécheresse s’il est bien enraciné. Il appréciera toutefois quelques arrosages en cas de canicule prolongée, et des arrosages abondants et espacés les premières années. En pot, c’est un peu différent : l’arrosage doit être régulier au printemps et généreux en été. N’oublions pas que son nom latin « Nerium » vient du grec Nérion, qui désigne l'eau ! Dans la nature, le laurier-rose est d’ailleurs plus présent et prolifique à proximité des rivières asséchées en été et dans les fonds de vallées assez frais, que dans les rocailles arides.

Côté exposition, il préfère le sud ou l'ouest, au chaud, à l’abri des vents froids du nord et pourquoi pas, protégé par un mur voire des plantes persistantes. Côté aménagement, le laurier-rose peut se révéler très utile pour cacher un vis-à-vis car il forme des haies bien fleuries, ce qui est rare pour une plante à feuillage persistant. On peut aussi l’utiliser isolé ou en massif, en îlots groupés ou même en petit arbre lorsqu'il est formé sur tige.

Techniques de rempotage et fertilisation

L'idéal est d'utiliser un terreau pour plantes du sud ou méditerranéennes. Si vous faites le mélange vous-même, associez un peu de terre de jardin à du terreau puis ajoutez un peu de graviers ou billes d'argile pour drainer. Si vous plantez votre laurier-rose dans un pot, pensez à mettre une bonne couche de drainage au fond. En finition, mélangez du compost ou fertilisant naturel en surface et, dans l'idéal, ajoutez du paillage pour limiter l'évaporation. Pensez à laisser en haut du pot une hauteur libre suffisante pour des arrosages copieux, à effectuer dès le rempotage. En bac, réduisez les arrosages et maintenez la plante plus au sec dès la fin de l'automne, afin de marquer une période de repos hivernal. Ce sont surtout les lauriers-roses en pot qui ont besoin d’engrais pour bien fleurir et rester verts.

Protection hivernale et gestion des nuisibles

Une fois bien implanté, le laurier-rose abrité des vents froids peut résister à des températures d'environ -10 à -15°c selon les variétés, sur une période pas trop longue. Il résistera un peu moins au froid s'il est cultivé dans un pot, qu'il sera préférable de rentrer en pièce non chauffée avant les fortes gelées. Si l’hiver est rude, les laurier-rose en bacs devront être rentrés sous une véranda, un garage ou toute autre pièce non chauffée. Si vos laurier-rose restent dehors, il faudra les protéger des fortes gelées à l’aide d’un voile d'hivernage enveloppant la plante et le pot et en la plaçant dans un coin abrité. Le voile pourra être maintenu à l’aide d’un tuteur au-dessus du feuillage.

Aspergez vos laurier-rose à grande eau lors de certains arrosages en été, surtout en bac. Cela permettra de nettoyer leur feuillage et d’éviter l'installation de petites araignées minuscules. Ces acariens aiment le temps très sec et provoquent une décoloration avec de petits points jaunes sur les feuilles, qui sont autant de piqures. Les cochenilles à boucliers marrons peuvent aussi se coller sur les feuilles et rameaux des laurier-rose en pot, affaiblissant dangereusement la plante. Il convient alors de pulvériser un produit lustrant pour plantes vertes en aérosol par exemple, tous les 15 jours jusqu'à disparition totale des petites bêtes.

schéma sur la taille et l'entretien du laurier-rose

La taille : un geste pour la floraison

Vous pouvez pincer, c'est à dire raccourcir un peu l'extrémité de ses pousses au printemps. Cette manipulation provoquera l’apparition de plusieurs petites branches (ramification) qui multiplieront d'autant le nombre de grappes de fleurs en été. Vous pouvez également effectuer une taille d'entretien en fin d'hiver. Si votre laurier-rose est assez vieux, supprimez ou raccourcissez les vieilles branches et enlever les plus frêles. Pour raccourcir une plante trop haute ou la rendre plus compacte, réduisez la longueur des branches des 2/3 de leur hauteur environ, en laissant un peu de feuillage. Ce que l'on a constaté ces dernières années, c'est que le laurier-rose se plait dans les villes au microclimat protecteur et qu’il s’adapte de mieux en mieux à la plantation près des murs et des bâtiments, au moins sur toute la façade ouest de la France et en région Parisienne.

Le laurier-rose dans le paysage végétal contemporain

Avoir une qualification dans le domaine de la beauté, c'est possible à l'université de Corse. Le laurier-rose est une plante qui mérite une place de choix dans votre jardin. Sa floraison spectaculaire et son feuillage persistant apportent une touche méditerranéenne et élégante à tout espace extérieur. Avec la collaboration de France 5, de Stéphane Marie et de l’émission, l’histoire des plantes SILENCE, ça pousse ! a commencé en 2016. Un groupe de PME familiales et coopératives, spécialisées dans le végétal, a uni ses compétences pour élaborer les produits de la marque SILENCE ça pousse!.

Il est important de garder à l'esprit que la nature, bien que magnifique, comporte des risques. Le laurier-rose, bien que très populaire, est une belle plante qui cache bien ses propriétés mortelles. En effet, l'ingestion d'une simple feuille peut provoquer des troubles cardiaques fatals chez l'enfant et l'adulte. Il convient de manipuler ces arbustes avec précaution, notamment lors de la taille, pour éviter tout contact direct avec la sève toxique. Cette vigilance s'applique également à d'autres plantes ornementales courantes dans nos jardins, dont certaines possèdent des mécanismes de défense chimique tout aussi redoutables. La compréhension de ces espèces permet non seulement de mieux les cultiver, mais aussi d'apprécier leur place dans l'histoire, la mythologie et l'aménagement paysager.

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