Les plantes envahissantes représentent un défi croissant pour la biodiversité, les écosystèmes et même la santé humaine dans nos paysages. Ces espèces, qu'elles soient indigènes ou introduites, ont la capacité de se propager rapidement et de dominer un écosystème, entraînant des conséquences néfastes. Il est donc essentiel de comprendre ce qui les caractérise, les menaces qu'elles représentent et les stratégies de gestion pour les contrôler et les prévenir.

Qu'est-ce qu'une plante envahissante et pourquoi est-elle problématique ?
Une plante envahissante est une plante indigène ou introduite qui a la capacité de se propager rapidement et de dominer un écosystème. Le terme "adventice", du latin "vient du dehors", désigne une plante introduite, bien qu'il soit souvent employé pour une plante qui croît spontanément dans les milieux modifiés par l'homme. La distinction est subtile, car la plupart des adventices sont des plantes introduites.
Le terme plus familier de "mauvaise herbe" a un sens malherbologique, désignant une "plante indésirable". Cette définition reste vague, mais il convient de considérer qu'une plante appelée mauvaise herbe s'est installée dans un lieu après la mise en place d'une activité humaine et qu'elle est devenue nuisible pour celle-ci de façon directe ou indirecte. Il est important de noter que toutes les plantes que nous appelons "mauvaises herbes" ne le sont pas forcément ; elles ne le deviennent qu'à partir d'un certain seuil d'infestation. Si une espèce est présente sans provoquer de compétition avec la culture et sans être dommageable, on parle d'espèce mineure. En revanche, lorsqu'elle empêche le bon développement de la culture par des interactions chimiques et biologiques (nuisance directe) ou lorsqu'elle altère la qualité de la récolte ou augmente la pénibilité du travail (nuisance indirecte), elle est considérée comme une espèce majeure.
Ces plantes deviennent généralement envahissantes ou gênantes en développant un certain nombre d’adaptations de leur reproduction (nombre de graines, mode de fécondation…) et de leur physiologie (croissance, compétitivité…). D'autre part, certaines plantes adventices peuvent avoir une utilité pour l'homme (alimentaire, médicinale, textile…) ou pour la culture (amélioration de la structure du sol, apports d’éléments organiques).
L'impact sur la biodiversité et les écosystèmes
Les plantes envahissantes peuvent étouffer les autres plantes en compétition pour les ressources, ce qui entraîne une diminution de la biodiversité. En éliminant les plantes indigènes, ces espèces peuvent perturber les chaînes alimentaires et réduire les habitats disponibles pour la faune sauvage. Souvent, les animaux herbivores ou phytophages (mammifères, insectes, …) ne sont pas adaptés à leur consommation. Ils souffrent donc de perte de ressources alimentaires et désertent les surfaces concernées. Sur la planète, les invasions biologiques constituent une menace de disparition pour beaucoup d’espèces rares.
Une espèce invasive, par sa démographie galopante, est capable de couvrir de vastes zones géographiques. Ainsi, elle peut "faire de l’ombre" à de nombreuses autres espèces plus sporadiques et appauvrir les écosystèmes.
Les répercussions sur la santé humaine
Les plantes envahissantes peuvent également avoir des effets néfastes sur la santé humaine. Certaines de ces herbes graminées produisent des allergènes qui peuvent provoquer des réactions allergiques chez les personnes sensibles. Par exemple, le pollen de certaines herbes graminées peut déclencher des symptômes d'allergie tels que des éternuements, des démangeaisons et des problèmes respiratoires.
De plus, certaines espèces, comme la Berce du Caucase, peuvent provoquer de graves "brûlures" lors de contacts sur la peau, posant ainsi de sérieux problèmes de santé publique.

Identifier les plantes envahissantes : une étape cruciale pour leur gestion
Pour pouvoir contrôler les plantes envahissantes, il est essentiel de pouvoir les reconnaître. Elles ont tendance à se développer rapidement et à former des touffes denses. Elles ont souvent des racines profondes et des rhizomes ou des stolons qui leur permettent de se propager rapidement. Les plantes envahissantes sont souvent très compétitives et peuvent étouffer les autres plantes en compétition pour les ressources.
Exemples d'espèces envahissantes courantes
Il existe de nombreuses espèces envahissantes courantes. Le chiendent (Agropyron repens), par exemple, est une herbe graminée envahissante qui a des tiges dressées et des feuilles plates et étroites.
Nathalie Machon, professeure d'écologie urbaine au Centre d'Écologie et des Sciences de la Conservation (CESCO) du Muséum national d’Histoire naturelle, nous éclaire sur ces espèces végétales exotiques et envahissantes. Elle explique que l'Herbe de la Pampa (Cortaderia selloana) est considérée comme exotique car elle provient d'un autre continent (Amérique du Sud) et envahissante car lorsqu'elle est plantée quelque part, elle produit une multitude de graines très mobiles qui lui permettent de se re-semer par milliers, y compris dans des milieux naturels, loin de là où elle a été plantée. Elle est alors capable de perturber l’équilibre des écosystèmes qui la reçoivent, d’appauvrir la biodiversité en remplaçant beaucoup d’autres espèces rares et fragiles, et d’affamer les animaux qui n’ont pas la capacité de s’en nourrir. De ce fait, il est dangereux de propager sciemment cette plante.
Parmi les plus récalcitrantes et dangereuses, il y a celles qui posent de graves problèmes de santé publique, comme les ambroisies, très allergisantes, ou la Berce du Caucase. Il y a aussi celles qui transforment les écosystèmes naturels, comme le robinier faux-acacia qui modifie le cycle de l’azote et perturbe gravement la flore des sous-bois. De même, la Jussie (Ludwigia sp.) envahit les plans d’eau au détriment de toutes les autres espèces qui les peuplent.
Dans les milieux urbains, de nombreuses invasives profitent de plantations volontaires ou du croisement de nombreuses voies de communication pour s’introduire dans les milieux déjà très perturbés par les activités humaines. Ainsi, elles s’installent durablement et étendent rapidement leur aire de distribution. Arbres à papillon (Buddleia), Séneçon du Cap, Renouée du Japon (Reynoutria sp.), Ailanthes sont parmi les plus connus. Leur force est d’envahir des milieux vulnérables, fragilisés par une pression humaine particulièrement destructrice (artificialisation, pollution, …). Leur présence est rarement néfaste pour l’écosystème urbain qui est déjà très dégradé dans les villes. En revanche, leur gestion peut être difficile pour les jardiniers car les méthodes de lutte sont souvent peu efficaces.

Stratégies de lutte contre les plantes envahissantes
Il existe plusieurs méthodes de lutte contre les plantes envahissantes. Il est important de choisir la méthode de lutte qui convient le mieux à votre situation et de l'appliquer de manière cohérente pour obtenir les meilleurs résultats.
Méthodes de lutte mécanique
Les méthodes de lutte mécanique consistent à éliminer physiquement les plantes envahissantes. L'arrachage manuel consiste à retirer les herbes graminées envahissantes à la main. La tonte régulière peut aider à contrôler les plantes envahissantes en les empêchant de produire des graines et en limitant leur croissance.
Méthodes de lutte chimique
Les méthodes de lutte chimique consistent à utiliser des herbicides pour éliminer les plantes envahissantes. Les herbicides sélectifs sont conçus pour tuer les plantes envahissantes sans nuire aux autres plantes. Les herbicides non sélectifs sont conçus pour tuer toutes les plantes qu'ils touchent. Ils sont souvent utilisés pour éliminer les herbes graminées envahissantes dans les zones non cultivées ou les allées.
Méthodes de lutte biologique
Les méthodes de lutte biologique consistent à utiliser des organismes vivants pour contrôler les plantes envahissantes. Certains insectes et animaux se nourrissent des plantes envahissantes. Planter des espèces de plantes concurrentes peut également aider à contrôler les plantes envahissantes.
Les plantes invasives et les gestionnaires
Prévention : la clé d'une gestion durable
Pour éviter que les plantes envahissantes ne se propagent dans votre jardin ou dans des milieux naturels, il est essentiel de mettre en place des pratiques de gestion appropriées.
Bonnes pratiques de jardinage
Une bonne gestion du jardin peut aider à prévenir la propagation des plantes envahissantes. Évitez de sur-arroser votre jardin, car cela peut favoriser la croissance des plantes envahissantes. Appliquez une couche de paillis organique sur le sol de votre jardin pour empêcher les plantes envahissantes de germer. Pratiquez la rotation des cultures dans votre jardin pour éviter l'épuisement du sol et réduire les risques d'infestation par les plantes envahissantes.
Contrôle des semences et des outils
Le contrôle des semences est un aspect important de la prévention de la propagation des plantes envahissantes. Évitez d'acheter des semences de mauvaise qualité ou provenant de sources non fiables. Nettoyez régulièrement vos outils de jardinage pour éviter la propagation des graines de plantes envahissantes. Évitez de laisser les plantes envahissantes produire des graines dans votre jardin.
Il ne faut pas apporter de plantes d’autres pays car elles peuvent devenir invasives plus ou moins rapidement, même si dans leur pays d’origine, elles n’ont pas ce caractère envahissant qu’elles peuvent prendre sur notre territoire. En connaissant bien la flore de nos régions et leur dangerosité potentielle, il est possible d’éviter leur culture et ainsi leur propagation.
Cadre réglementaire et initiatives pour une gestion collective
La Loi Biodiversité n°2016-1087 du 8 août 2016, par son article 149, renforce le code de l’environnement pour la régulation des espèces exotiques envahissantes (EEE). En complément du règlement européen (retranscrit dans le droit français par l’arrêté du 14 février 2018, l’arrêté du 10 mars 2020 et les arrêtés du 2 mars 2023 (TREL2138499A et TREL2138495A)), elle permet d’établir des listes nationales d’interdiction d’introduction dans les milieux naturels ou sur le territoire national. La stratégie nationale a vocation notamment à nourrir ces listes nationales. Depuis juillet 2022, 114 espèces dont 49 espèces végétales sont définies comme envahissantes. Parmi celles-ci, une seule est spécifiquement française, l’herbe de la pampa (Cortaderia selloana).
Un plan d’action pour prévenir l’introduction et la propagation des espèces exotiques envahissantes prolonge et approfondit la stratégie nationale pour la période 2022-2030. C’est ainsi le cas pour la Jussie (Ludwigia sp.), la Renouée (Reynoutria sp.), le Baccharis ou encore le Rosier rugueux (Rosa rugosa) dans le Nord. Ces mesures visent à limiter les impacts négatifs non seulement sur l'environnement, mais aussi sur les activités économiques (baisse des rendements en agriculture) et pour les activités touristiques et de loisirs.
Listes de plantes soumises à recommandations
La liste de plantes soumises à recommandation (restrictions partielles d’utilisation) recense les plantes qui ne sont envahissantes que dans certains milieux où elles peuvent avoir des impacts négatifs. Elles ont cependant des aspects positifs importants pour les utilisateurs.
Implication des professionnels et du grand public
La filière du végétal est particulièrement concernée, que ce soit les producteurs qui importent et commercialisent certaines de ces plantes, ou les collectivités territoriales et paysagistes qui les utilisent. C’est pourquoi Plante & Cité, en partenariat avec la Fédération des Conservatoires Botaniques Nationaux, a lancé depuis 2011 un programme sur la gestion préventive des plantes exotiques envahissantes. En 2011-2012, les professionnels ont été interrogés via une enquête afin d’évaluer leur perception des plantes invasives. En parallèle, des fiches actions décrivant des mesures de bonne conduite ont été réalisées. Plante & Cité avec le soutien de VALHOR, a publié en 2019 un recueil d’expériences sur la gestion des plantes envahissantes. Ce recueil se base sur une cinquantaine de retours de professionnels des Jardins, Espaces Végétalisés et Infrastructures vertes.
Le programme "Sauvages de ma Rue" se base sur la participation volontaire de particuliers, associations, écoles, collectivités… qui établissent la liste des espèces qui poussent dans les espaces publics des villes et l’envoient sur le site dédié. Avec les données recueillies par les observateurs, les chercheurs comprennent mieux les facteurs qui favorisent une bonne qualité de biodiversité. La participation est donc essentielle pour enrichir les connaissances scientifiques et orienter les politiques de gestion urbaine. Elle permet également de sensibiliser le grand public à la richesse de la flore spontanée en ville, de renforcer le lien entre les citoyens et leur environnement, et de promouvoir des pratiques respectueuses de la biodiversité au quotidien. Le site internet de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (MNHN/OFB) est une mine d’informations sur les espèces invasives.

Sensibilisation et éducation pour une meilleure prévention
La participation à des programmes d’initiation à la botanique permet de se familiariser avec ces notions et de favoriser les espèces locales les plus intéressantes pour l’ensemble de l’écosystème. Les programmes de sciences participatives déclinées dans Vigie-Nature du Muséum national d’Histoire naturelle et surtout "Sauvages de ma Rue" apportent ces informations essentielles pour pouvoir favoriser la biodiversité de notre quartier d’habitation par exemple.
Des initiatives comme la jardinerie Willemse, spécialiste de la vente de plantes en ligne, contribuent à informer les jardiniers. Retrouvez un large choix de plantes d’extérieur, graines, bulbes, arbustes et rosiers, rigoureusement sélectionnés par leurs horticulteurs. Basée dans le Nord, Willemse SAS livre en France, en Belgique et au Luxembourg. Depuis plus de 50 ans, leur jardinerie en ligne inspire tous les jardiniers, du débutant au plus expérimenté, en leur offrant des plantes de qualité et des conseils d’entretien adaptés aux saisons. Découvrez également leurs pages d’inspiration jardin pour trouver des idées et des solutions créatives.