Comprendre la floraison du noisetier : un cycle biologique fascinant

Le noisetier (Corylus avellana L.), membre de la famille des Bétulacées, est un arbuste aussi courant que surprenant. Souvent perçu comme un simple fournisseur de noisettes, il cache pourtant une complexité botanique remarquable, notamment en ce qui concerne son cycle de reproduction. La saison floristique peut démarrer très tôt : si les conditions sont favorables, les premières fleurs femelles commencent à apparaître dès la mi-décembre sur des sujets bien exposés et ensoleillés.

Illustration d'un noisetier en fleurs avec ses chatons mâles pendants et ses bourgeons femelles discrets

Une architecture florale unique : le caractère monoïque

Le noisetier, aussi appelé coudrier ou avelinier, est une espèce dite monoïque. Cela signifie que sur un même arbre, peuvent se côtoyer des fleurs mâles et des fleurs femelles. Toutefois, cette cohabitation ne permet pas l'autofécondation. Le noisetier est une plante anémophile, ce qui signifie que c'est le vent, et non les insectes, qui transporte le pollen pour assurer la fécondation des fleurs femelles.

La fleur mâle, appelée chaton, se développe dès le mois de juin jusqu’à l’automne avant de rentrer en dormance jusqu’à la floraison entre mi-décembre et mars. Un chaton mâle est au sens botanique un épi, une grappe de fleurs sessiles. À l'intérieur de chaque écaille et soudée à elle, on trouve une seconde écaille bilobée sur laquelle se trouvent insérées les étamines. Les fleurs mâles sont dépourvues de pétales et de sépales. Les étamines sont sub-sessiles, bifides et barbues. Chaque étamine bifurquée porte une anthère constituée de quatre sacs polliniques.

La discrétion de la fleur femelle

Si le chaton mâle est bien connu des possesseurs de noisetiers ou des promeneurs, peu de personnes ont vu la floraison femelle, ni même se sont interrogées sur la nature de celle-ci. Très discrètes, les fleurs femelles ne sont visibles que si l'on connaît leur existence. Elles sont regroupées en une inflorescence contenue dans un bourgeon mixte à ébauches florales terminales.

Seuls les stigmates des fleurs apparaissent au sommet du bourgeon en une houppe rouge vif, signe distinctif de leur épanouissement. Le bourgeon mixte contenant les fleurs femelles est composé d'écailles brun verdâtre serrées les unes contre les autres, qui protègent l'inflorescence. L'inflorescence est un épi court constitué de 5 à 6 bractéoles attachées le long d'un axe central. À l'aisselle de chacune des bractéoles, se trouvent deux fleurs femelles sessiles, entourées chacune par un involucre à deux ou trois lobes. Les fleurs femelles sont dépourvues de pétales et possèdent un ovaire infère.

Schéma anatomique du bourgeon mixte du noisetier montrant les stigmates rouges

Les défis de la pollinisation et la fécondation

La pollinisation du noisetier est un processus complexe. Sauf pour de rares cultivars, le pollen est auto-incompatible, c'est-à-dire qu'il ne féconde pas les fleurs femelles portées par l'arbre qui le libère. Il faut planter au moins deux variétés de noisetier pour obtenir une bonne fructification. De plus, beaucoup de variétés sont protandres : les fleurs mâles libèrent leur pollen avant que les fleurs femelles ne soient réceptives. Il faut alors planter des variétés dont les fleurs mâles des unes et les fleurs femelles des autres arrivent à maturité en même temps.

De janvier à fin mars, lors de la floraison, les chatons jaunissent et leurs écailles s'ouvrent pour libérer le pollen transporté par le vent. En quelques jours, le pollen déposé sur les stigmates progresse à l’intérieur du bourgeon pour permettre la croissance du tube pollinique. Cette croissance sera stoppée et ne reprendra que plusieurs semaines après la pollinisation. À la fin du printemps, à la faveur de températures élevées, le tube pollinique reprend sa croissance et féconde l’ovule, donnant naissance à l'amandon.

Pollinisation Noisetier Vent France 5 Au royaume de la forêt

Développement et lignification du fruit

Si la noisette a été pollinisée durant l’hiver, la coque entame son développement. Au début de l’été, une fois que l’amandon a fini sa croissance, la coque revêt sa robe brune, on dit qu’elle se lignifie. Le fruit est une nucule, une graine libre entourée d’une protection ligneuse. Les noisettes se récoltent généralement au mois d’août ou de septembre, bien qu'il soit possible de consommer des noisettes fraîches dès le mois de juillet.

Le noisetier est un arbuste qui peut atteindre 4 à 6 mètres de hauteur. Il préfère l’ombre ou la demi-ombre et ne tolère pas des sols trop acides. Il apprécie les expositions ensoleillées à mi-ombragées avec un sol frais mais non trempé et drainé. La taille doit être effectuée lorsque la sève de l'arbre est descendue, entre décembre et février. Il est conseillé de retirer les vieilles branches ou le bois mort et de couper les jeunes pousses pour éclaircir l’arbre.

Rôle écologique et utilité du noisetier

Au-delà de sa production fruitière, le noisetier est une plante très utile dans les haies. Il procure un abri et de la nourriture pour des oiseaux et quelques mammifères. L’écureuil participe à la dissémination des graines ainsi qu’à leur germination lorsque ce dernier prépare ses réserves hivernales. Le noisetier est également apprécié pour son côté mellifère en début d’année, ressource rare en cette période pour les insectes butineurs, bien qu'il ne produise pas de nectar.

Le regain d'intérêt pour le noisetier tient aussi en partie à la capacité de ses racines à se « mycorhizer », c’est-à-dire s’associer à un champignon, notamment la truffe. Rustique, le noisetier traverse les temps, résistant aux hivers les plus rigoureux. Historiquement, son bois très clair était utilisé en vannerie, pour la confection de tuteurs ou même de baguettes « magiques » par les Celtes. Aujourd'hui, il demeure un pilier de la biodiversité dans les jardins et les paysages ruraux de France.

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