Le lierre commun ou lierre grimpant (Hedera helix de son nom scientifique) est une liane assez répandue en Europe. C’est probablement également le cas dans votre commune où il s’est surement installé un peu partout. Souvent stigmatisée et peu appréciée cette plante recèle pourtant d’atouts considérables sur les plans de la biodiversité et des changements climatiques. Découvrons comment cette plante peut devenir une ressource majeure pour votre commune.

Biologie et caractéristiques botaniques
Natif d’Europe, d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, le lierre grimpant est un arbrisseau persistant commun sous la plupart des climats tempérés. Il embrasse comme une parure naturelle les façades ombragées des maisons, les haies, les murets et les arbres. Son nom latin, Hedera Helix, signifie « qui s’enroule autour ». Avec ses lianes à petits crampons pouvant mesurer plusieurs dizaines de mètres, il peut grimper haut sur les bâtisses mais aussi ramper et couvrir les sols sur de grandes surfaces.
Les feuilles du lierre grimpant sont luisantes, coriaces, vertes et parfois panachées de jaune, de pourpre ou de blanc. Elles peuvent avoir de nombreuses formes : ovales, en forme de cœur, à trois ou cinq lobes. Ses fleurs jaune-vert portent cinq pétales regroupés en ombelles qui attirent les abeilles ainsi que les papillons à la fin de l’été. Le lierre grimpant produit également de petits fruits noirs non comestibles pour l’homme.
Le lierre fait partie des plantes polygames. Ses fruits sont globuleux, d’un diamètre de 8 mm. Ils arrivent à maturité au début du printemps et sont alors de couleur noire. Ils sont très toxiques pour l’Homme en consommation excessive. Ses feuilles sont alternes et coriaces. Elles vivent en général 3 ans et sont ensuite remplacées par d’autres. Elles restent vertes toute l’année. Les plus jeunes sont découpées en trois ou cinq lobes tandis que les plus âgées sont unilobées. Le lierre possède également des « racines » aériennes appelées crampons qui n’ont aucun rôle dans la nutrition de la plante. Elles n’ont qu’un rôle de fixation au support. Elles ont la possibilité de se transformer en racine vraie lorsque celui-ci devient humide.
Une réputation de "bourreau des arbres" injustifiée
Le lierre est une plante qui suscite souvent des débats sur son impact sur les arbres. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le lierre n'est pas une plante parasite. Il utilise les arbres auxquels il s’accroche uniquement comme support et concurrence rarement le houppier - le sommet de l’arbre - en restant sur sa partie centrale. Le lierre présente donc un risque structurel pour les arbres déjà fragilisés (tronc pourrissant ou endommagé). Par contre, il n’est pas problématique pour les arbres en bon état sanitaire. Dans certains cas, il se révèle même être un allié bénéfique.
Il est déconseillé de planter du lierre au pied des jeunes arbres, en particulier ceux de moins de 5 ans, car cela pourrait entraver leur croissance. Au lieu de cela, il est préférable de laisser le lierre s'installer naturellement sur des arbres matures propices. Le lierre ne cause en effet aucun dégât sur un tronc d’arbre. Il est d’ailleurs à souligner que le lierre reste toujours à l’intérieur du houppier, n’empêchant jamais son arbre hôte de réaliser sa propre photosynthèse. Si l’arbre sert de support de croissance au lierre pour qu’il puisse croître et trouver assez de lumière pour fleurir et se reproduire, le lierre protège quant à lui l’arbre des variations de températures, notamment hivernales.
Tout sur la symbiose entre les arbres et les champignons
Le lierre en milieu urbain : dépollution et isolation
Le caractère grimpant du lierre en fait une plante intéressante pour la conception d’un mur végétal. La plante ne présente pas de dangers pour les murs dont les joints sont en bon état, en effet, il va s’accrocher aux aspérités sans pouvoir l’endommager. Attention à ne pas confondre le lierre avec la Vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) qui est une espèce exotique envahissante et une menace pour l'environnement.
Il apporte du vert tout au long de l’année. Son feuillage vert foncé, contrasté par des nervures blanchâtres, a l’avantage d’être persistant. Il permet donc de garder de la couleur tout au long de l’année. Le lierre permet de végétaliser des façades entières sans aménagement onéreux, ni à l’installation ni à l’entretien. Contrairement aux préjugés, le lierre n’attire pas l’humidité, au contraire ! Il assèche les murs car ses ventouses absorbent l’humidité alentour car, comme toutes plantes, le lierre a besoin d’eau pour se développer.
Le lierre a une capacité d’absorption des particules qui équivaut à 6 grammes par an et par mètres carré (Dunnett et Kingsbury 2004). Afin que le lierre puisse absorber autant de particules qu’un arbre adulte il ne suffit alors que de 23 mètres carrés de façade. Il semblerait également, et ce n’est pas là chose anodine en milieu urbain, que les feuilles de lierre soient plus chargées en plomb et en cadmium que ne l’est le reste de la plante. Tout comme les renouées du Japon absorbent les métaux lourds, le lierre aurait donc aussi cette propriété intéressante à son arc. D’après une étude sur le sujet il faudrait 150 mètres carré de surface foliaire pour couvrir les besoins annuels en oxygène d’une personne moyenne.
Un pilier de la biodiversité locale
Le lierre nourrit de nombreux insectes butinants à la fin de l’automne car c’est le seul présentant beaucoup de pollen et de nectar à cette époque, grâce à ses fleurs tardives. Étant également le premier à produire des fruits dès le mois de mars il permet aux premiers migrateurs de se repaître de ses baies avant d’installer leur nid entre ses feuilles accueillantes. De nombreuses espèces d’oiseaux s’y côtoient et s’y reproduisent. Outre les oiseaux quelques mammifères peuvent y trouver un refuge.
Le lierre étant une des plantes à fleurir le plus tard dans la saison, il est essentiel pour bon nombre de pollinisateurs qui préparent tardivement leur hiver. On y retrouve très souvent de nombreuses espèces de papillons, de mouches, de guêpes et d’abeilles. Une espèce d’abeille sauvage lui est même inféodée, c’est la collète du lierre (Colletes hederae) qui a besoin du lierre pour survivre. Même les chauves-souris y trouvent leur compte alors que l’on pensait pendant longtemps que le lierre obstruait pour elles les cavités qu’elles affectionnent.

Sa fructification tardive et longue est très intéressante pour les oiseaux qui y trouvent aussi un refuge dans les rameaux aériens. Bien plus efficaces et naturelles que des boules de graisse pour aider les oiseaux, ces derniers ne peuvent cependant pas en consommer à outrance. En effet, les fruits du lierre grimpant sont passablement toxiques et ne se décomposent pas entièrement dans le système digestif des passereaux, les principaux animaux qui en sont friands. En réalité, seuls les graines ne se décomposent pas, mais la pulpe des fruits est quant à elle digérée alors qu’elle est justement riche en lipides (32%) et en protéines (5%).
Pratiques de jardinage et entretien
Le lierre est une plante très rustique et d’une vigueur exceptionnelle. Il pousse rapidement dans le jardin, et s’adapte bien à la culture en pot à l’intérieur. Peu exigeante, cette liane tous terrains pousse dans toutes les régions de France et est idéale pour couvrir les murs, les clôtures ou les sols. En tant que couvre-sol efficace, son caractère rampant, associé à son feuillage dense et opaque, en font une plante très utile qui empêche la croissance de plantes adventices dans un parterre.
Surveillez votre lierre et taillez-le régulièrement pour éviter qu’il ne s’étende plus qu’il ne devrait. Sur un mur, rabattez les lierres de temps en temps pour limiter leur épaississement. La plante sera ainsi plus touffue, avec des rameaux plus nombreux, ce qui la rendra plus belle. Point de vue arrosage, le lierre aime l’humidité. Toutefois, il ne demande que très peu d’arrosage en période de croissance, et n’a pas besoin d’être arrosé en hiver.
Le lierre est très rustique et peu sensible aux maladies. Toutefois, il peut souffrir des conditions de cultures : ses feuilles noircissent en cas de sur-arrosage, se dessèchent quand l'air est trop sec, pâlissent face à un soleil trop intense en été. En intérieur, évitez de le placer derrière une vitre exposée au soleil pendant cette période. Si votre variété panachée verdit, elle est soit suralimentée, soit en manque de lumière. Éliminez les parties vertes et stoppez les apports d’engrais. Le lierre peut être attaqué par les pucerons, les cochenilles farineuses ou les acariens comme l’araignée rouge. Les coccinelles régleront souvent le problème de manière naturelle.
Symbolique et usages médicinaux
De la famille des Araliacées, l’Hedera tire son nom du latin haerere : être attaché. Les vertus du lierre sont connues depuis si longtemps qu’il porte avec lui son lot de symboles et de légendes. Il figure même dans la mythologie grecque où le Dieu Dionysos, fils de Zeus, fut protégé par la plante lors d’une apparition orageuse de ce dernier. Dès lors, Dionysos garda une couronne de lierre toujours sur lui. Pour les Romains, le lierre était associé à Bacchus, le dieu de la vigne, aux buveurs et aux poètes.
Le lierre grimpant n’est pas seulement une plante ornementale d’extérieur et d’intérieur appréciée pour la plantation privée et l’aménagement paysager public, il est aussi cultivé pour une utilisation en tant qu’herbe médicinale sous forme d’extrait sec ou liquide de ses feuilles. Il contient de nombreux phytocomposants tels que des saponines triterpènes, des sortes de « savons naturels » qui le protégeraient des agressions, des stérols, des acides phénoliques comme l’acide rosmarinique et des flavonoïdes tels que la rutine. Toutefois, l'utilisation médicinale du lierre est strictement réservée aux herboristes avertis.