L'Installation Maraîchère en Permaculture : Production Diversifiée et Résilience Face aux Défis Actuels

Panorama d'une ferme maraîchère en permaculture avec diversité de cultures

Le réchauffement climatique se fait de plus en plus ressentir, et l'année 2020 a confirmé cette tendance, fragilisant l'ensemble des productions agricoles. Face à ces aléas climatiques, associés à un contexte sanitaire exceptionnel et une situation économique difficile, renforcer la résilience de sa ferme devient indispensable. La diversification des productions, qui répondent différemment aux aléas climatiques et aux conjonctures des marchés, et qui varient selon les débouchés, permet de sécuriser le revenu des exploitations agricoles. La production de légumes de plein champ est une diversification intéressante pour les fermes en systèmes de grandes cultures et en polyculture-élevage, notamment en raison de l'évolution de la demande.

Les politiques publiques sont également porteuses, avec des mesures comme celles de la Loi EGalim, qui stipulent "50% de produits dits durables dont 20% de produits bio d'ici janvier 2022". Mettant en avant les enjeux de l’Agriculture Biologique, cette loi est une opportunité pour assurer le développement des échanges sur le territoire. Pour y répondre, le réseau FRAB-GABs d’AuRA accompagne les producteurs bio, les collectivités et les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) dans la structuration locale des filières, de la production à la commercialisation. De plus, l’allongement et la diversification des rotations apportent un intérêt agronomique global : la durabilité de la fertilité du sol, la gestion des ravageurs et/ou maladies étant intimement liées à la biodiversité présente sur la ferme.

Les Fondements de la Permaculture au Jardin

La permaculture, ou "agriculture permanente", s'inspire de la nature pour concevoir des systèmes de culture durables et régénératifs. Ce concept regroupe des techniques d’aménagement, de design et de culture ancestrales ainsi que novatrices, s'inspirant notamment du modèle d'agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka. Créer son jardin en permaculture offre de multiples avantages, répondant non seulement aux besoins individuels mais améliorant également l’environnement.

Principes Éthiques et Philosophie de la Permaculture

La permaculture est ancrée dans trois piliers éthiques fondamentaux : le soin de la terre, le soin des personnes et le partage équitable des ressources. Ces principes sont essentiels au processus durable de la vie et guident toutes les décisions prises dans le jardin. En appliquant ces principes, les jardiniers cherchent à créer des systèmes autosuffisants et résilients, qui contribuent à la santé et au bien-être de la communauté au sens large.

Les principes de la permaculture encouragent à observer et interagir avec la nature, à capturer et stocker l’énergie, à obtenir un rendement et à appliquer l’autorégulation et accepter les retours. Ces principes aident à concevoir des jardins qui répondent aux besoins humains tout en soutenant les écosystèmes naturels. Ils sont le fondement d’une agriculture et d'une culture permanentes, d’où le terme « permaculture ».

Les Bases Écologiques pour un Potager Durable

Un potager en permaculture repose sur des bases écologiques solides qui imitent les processus naturels. Cela inclut la création d’un sol vivant et fertile, riche en matière organique et en micro-organismes bénéfiques. La gestion de l’eau est également cruciale, avec des systèmes conçus pour capturer, stocker et redistribuer l’eau de manière efficace et durable. De plus, la diversité des plantes est encouragée pour créer un écosystème équilibré et résilient, capable de résister aux maladies et aux ravageurs tout en fournissant une abondance de récoltes.

En permaculture, chaque élément du jardin est conçu pour remplir plusieurs fonctions. Par exemple, un arbre peut fournir de l’ombre, des fruits, du support pour les plantes grimpantes et un habitat pour les insectes et les oiseaux. Cette approche multicouche permet de maximiser l’utilisation de l’espace et des ressources, tout en créant un environnement riche et productif.

Design et Planification Avant l'Action

Schéma d'un plan de ferme en permaculture avec différentes zones

Avant de planter la première graine, un design réfléchi est essentiel en permaculture. Cela commence par une observation attentive du site, en prenant en compte le climat, la topographie, la présence d’eau et les écosystèmes existants. Un des premiers conseils est de commencer par observer et analyser son terrain. Un maraîcher a partagé son expérience, expliquant comment il a appris de ses erreurs en plaçant initialement ses cultures maraîchères dans une parcelle en bas-fond, une "poche de froid" où les gels étaient plus fréquents et plus forts. Il a finalement réorganisé sa ferme, concentrant toutes les activités agricoles dans une même zone (maraîchage, ruches, poulailler et verger) après avoir acquis plus d'expérience et de connaissances du lieu.

La planification inclut également la sélection des plantes adaptées au climat et au sol, la mise en place de systèmes de gestion de l’eau et la création de structures comme les treillis ou les pergolas. Pour économiser de l’énergie et des déplacements, il est nécessaire d’organiser le jardin par zones. La zone 1, la plus fréquentée, est le lieu d’emplacement pour les cultures et arbres fruitiers ayant besoin d’un arrosage régulier, tandis que la zone la plus éloignée est la plus sauvage. En prenant le temps de planifier, on peut s’assurer que chaque action est alignée avec les principes de la permaculture et contribue à la création d’un jardin durable et productif.

Créer un Sol Vivant et Fertile

La vitalité d’un potager en permaculture repose sur la santé de son sol. Un sol vivant et fertile est la fondation sur laquelle repose toute la biodiversité du jardin. Cela implique des techniques spécifiques de préparation et d'entretien.

Techniques de Compostage et de Paillage

Le compostage est un processus biologique contrôlé qui transforme les matières organiques en un amendement de sol riche en nutriments. Des techniques comme le compostage en lasagnes, qui alternent des couches de matériaux verts et bruns, optimisent la décomposition et la production de compost de qualité. La culture en lasagnes est une méthode qui consiste à superposer des couches de matières organiques et de compost pour créer un sol riche et fertile. Cette méthode permet non seulement d’optimiser l’espace vertical mais aussi d’améliorer la qualité du sol sans labour. En pratique, la culture en lasagnes peut être démarrée à tout moment, sur une parcelle vide ou un sol de mauvaise qualité, sans désherbage préalable. Les matériaux comme les déchets de taille, les feuilles, la paille, et même le marc de café peuvent être utilisés.

Le paillage, quant à lui, est une méthode complémentaire qui conserve l’humidité, régule la température du sol et supprime les mauvaises herbes. Il est recommandé de pailler le sol pour qu’il soit toujours couvert. Le mulch peut être composé de paille, de brindille, d’herbe de tonte, de feuille, de déchets de cuisine ou de carton. Le bois raméal fragmenté (BRF), des déchets de taille d’arbuste broyés en petits morceaux, peut aussi être utilisé pour couvrir la surface du sol. En permaculture, le sol ne doit jamais être nu.

Pour enrichir le sol en éléments nutritifs, l’utilisation d’engrais verts, comme les haricots qui fixent l’azote, est une excellente pratique. De plus, l’intégration de fumier et de matière organique nourrit les plantations. Cette approche organique favorise la santé des végétaux et stimule l’activité des micro-organismes bénéfiques du sol.

Gestion de l’Eau et Irrigation Raisonnée

Système de récupération d'eau de pluie pour un potager en permaculture

Une gestion efficace de l’eau est primordiale dans un potager en permaculture. L’eau, source de vie, est considérée en permaculture comme un flux énergétique. L’objectif est de capturer, stocker et redistribuer l’eau de manière à imiter les cycles naturels. Des techniques comme la récupération de l’eau de pluie des toitures et son stockage en citerne, ou la collecte via une mare dans le potager, sont toutes bonnes. L’eau de pluie peut être collectée dans des contenants pour réaliser des économies. Un arrosage maîtrisé évite les gâchis d’eau et d’énergie humaine.

L’irrigation goutte à goutte permet d’optimiser l’utilisation de l’eau. L’irrigation doit être effectuée de manière à ce que l’humidité soit comparable à celle d’une éponge humide, ni trop mouillée ni trop sèche, pour favoriser la vie microbienne et éviter le gaspillage. La stratification des plantes et la création de microclimats peuvent également contribuer à une gestion efficace de l’eau. En planifiant la disposition des plantes selon leurs besoins en eau, on peut réduire la quantité d’eau nécessaire et créer un système plus résilient.

La Vie Microbienne du Sol: Un Trésor à Préserver

Le sol n’est pas simplement un support pour les plantes; c’est un écosystème vivant, plein de micro-organismes bénéfiques qui jouent un rôle crucial dans la nutrition des plantes et la santé du sol. La présence de bactéries, champignons, protozoaires et invertébrés est essentielle pour la décomposition de la matière organique et la création d’un sol riche et structuré. Ces organismes aident à transformer les déchets organiques en nutriments disponibles pour les plantes. Avoir un sol vivant est indispensable pour un potager en permaculture résilient et productif !

La diversité microbienne est également un indicateur de la santé du sol. Un sol vivant est un sol qui respire, qui filtre l’eau et qui soutient une multitude de processus vitaux. Pour préserver et enrichir cette vie microbienne, il est important d’ajouter régulièrement de la matière organique au sol, d’éviter les produits chimiques nocifs et de pratiquer des rotations de cultures et des associations de plantes bénéfiques.

Maximiser l'Espace et la Productivité

La permaculture vise à optimiser l'utilisation de l'espace pour une production maximale, tout en favorisant la biodiversité.

La Culture en Lasagnes et en Planches

La technique de la culture en lasagnes est, comme mentionné, une méthode efficace pour créer un sol riche et fertile sans labourer. Pour faciliter les itinéraires techniques et les passages des outils, il est recommandé de travailler en planches. Chez Thomas Delauge, spécialisé dans la production de légumes de plein champ de conservation, tous les légumes sont semés/plantés à 60-70cm sur des planches surélevées, réalisées au vibroplanche, pour faciliter le ressuyage et le réchauffement du sol, s’ils ne sont pas buttés.

Association de Plantes et Biodiversité

Tableau des associations de plantes bénéfiques en permaculture

La permaculture permet de cultiver des variétés de végétaux au même endroit. L’association de plantes est une stratégie clé pour maximiser l’espace et la productivité. En combinant différentes espèces, on peut créer des synergies qui profitent à l’ensemble du jardin. Par exemple, faire pousser des oignons à côté de tomates est tout à fait possible. La variété d'espèces présentes va laisser moins d'espace aux mauvaises herbes pour pousser, un phénomène appelé allélopathie positive. Les plantes, cultivées ensemble, s'échangent des nutriments qui contribuent à une meilleure pousse. Elles forment également des barrières physiques et chimiques qui évitent à leurs voisines d'attraper des maladies. Le compagnonnage est la méthode qui consiste à associer des espèces de plantes en fonction de leur caractère bénéfique les unes pour les autres. Par exemple, le chou-fleur est à associer avec les oignons, les salades, les épinards et la mâche.

Cependant, certaines associations peuvent être nocives, notamment si les légumes se nourrissent des mêmes nutriments (ex: pommes de terre et tomates, oignons et choux) ou si des espèces plus volumineuses empêchent le bon développement de leurs voisins. De même, les essences (phytoncides) émises par certaines familles de plantes pour se protéger contre les parasites peuvent être dangereuses pour d'autres familles. Une réflexion approfondie est donc nécessaire pour des associations réussies.

Verticalité et Structures Grimpantes

L’exploitation de la verticalité est une autre manière d’optimiser l’espace. L’utilisation de structures grimpantes permet de cultiver des plantes en hauteur, libérant ainsi de l’espace au sol pour d’autres cultures. Cela peut inclure des treillis pour les tomates, des tuteurs pour les haricots, ou des pergolas pour les vignes. Expérimenter le potager vertical en permaculture est une façon de densifier et associer les cultures au potager.

La Diversification des Productions en Maraîchage Bio de Plein Champ

La diversification en maraîchage est une stratégie gagnante pour dynamiser une ferme et améliorer son impact environnemental. Elle permet de renforcer la résilience de la micro-ferme en multipliant les sources de revenus et en diminuant les impacts météorologiques, les ravageurs ou d’autres facteurs sur les productions.

Cultures Légumières Spécifiques et Itinéraires Techniques

En plein champ, ce sont principalement des légumes racines/bulbes qui sont cultivés : betteraves, carottes, navets, oignons, ou des légumes feuilles : poireaux, choux, salades. Afin de se développer correctement, en contrôlant ravageurs et maladies et en assurant calibre et aspect pour la commercialisation, les légumes doivent être chouchoutés ! La fertilisation et les interventions culturales sont précises et adaptées à chaque culture.

Une intégration des Légumes de Plein Champ (LPC) doit s’envisager dès la conception de sa rotation. Intégrer des légumes entre des céréales ou des prairies présente de gros avantages au niveau de la gestion des sols, des maladies, ravageurs et adventices. Maxime Pioteyry, par exemple, a choisi la complémentarité entre LPC et céréales avec transformation. Il cultive des courges, pommes de terre et poireaux, en rotation avec du blé transformé en farine, du colza transformé en huile et ses luzernes sont semées dans l’orge sous couvert. Sa stratégie pour la gestion des taupins dans les pommes de terre intègre les rotations, le grattage du sol l’été avant (car les pontes s’effectuent l’été), un semis de moutarde brune ayant un effet nématicide, des applications de purin de fougère pour un effet répulsif, et un épandage de tourteau de ricin.

À 1100m d’altitude, Thomas Delauge à Freycenet la Tour (43) produit des légumes de conservation bio sans irrigation. Son itinéraire technique est bien rodé, avec 1 culture par an, pas de serre, pas d’irrigation. Pour s’adapter aux sols froids au printemps, il sème/plante tous les légumes à 60-70cm, sur des planches surélevées pour faciliter le ressuyage et le réchauffement du sol, s’ils ne sont pas buttés. Il attend que la température du sol atteigne 15°C pour les carottes.

Côme, chef de culture légumes plein champ

Les Cultures les Plus Rentables et la Planification

De nombreux éléments entrent en jeu dans l’exploitation d’une ferme maraîchère financièrement viable. Il est essentiel d’avoir un approvisionnement abondant et constant en légumes de haute qualité que les clients aiment et achètent régulièrement. Apprendre à planifier des plantations successives est une compétence essentielle si l’on veut maximiser ses revenus, car cela permet une récolte continue. Les cultures comme les carottes fraîches, les betteraves, la rabiole, les radis d’été, le mesclun de qualité, les épinards (rentables en hiver car ils peuvent résister à de fortes gelées), et la laitue Little Gem sont considérées comme très rentables. La roquette est également une verdure appréciée.

Le collectif Auvabio, par exemple, propose à ses producteurs de planifier leurs mises en culture pour assurer leurs ventes. Il s'agit d'un double engagement : le producteur s’engage à mettre en culture une ou des production(s) et à l’entretenir pour assurer ces volumes de légumes engagés ; et de son côté, Auvabio s’engage à vendre pour le producteur cette quantité de légumes à un prix « plancher ».

Matériel Adapté aux Grandes Cultures et Précision Maraîchère

Généralement, les exploitations en grandes cultures ou élevage sont équipées en matériel, ce qui est un gros avantage. Les premiers travaux du sol sont efficaces, se font rapidement et sont souvent associés à la fertilisation. Cependant, si le matériel utilisé en grandes cultures permet un travail rapide et efficace, quand il s’agit de précision sur des légumes, c’est une autre affaire ! Terrence Vernière, maraîcher bio à Puy-Guillaume (63), utilise une herse étrille de 12m de large pour un travail rapide, mais l’inconvénient est qu'il ne peut être réalisé qu’une seule fois. Faire demi-tour sur des petites surfaces ou slalomer entre les légumes n’est pas évident.

L’enjeu est alors d’adapter le matériel présent sur la ferme. Au final, la clé de l’efficacité est la standardisation du système, tout doit être calculé en fonction des voies du tracteur et le matériel doit suivre : du travail du sol en passant par la fertilisation, semis/plantation, binage/buttage et récolte. Pour accompagner les productions biologiques de plein-champ, des entreprises développent du matériel de pointe, permettant un entretien efficace et rapide des cultures. Des démonstrations ont été organisées, présentant le matériel de SabiAgri, Toutilo, Naio Technologie et Terrateck.

La Diversification au-delà des Légumes de Plein Champ

La diversification ne se limite pas aux légumes de plein champ et peut inclure d'autres ateliers pour une résilience accrue de la ferme.

Petits Fruits et Vergers

Il est temps de mettre de la couleur et de la gourmandise dans votre jardin ou votre exploitation ! Les petits fruits, tels que les fraises, les framboises, les groseilles, les mûres, les myrtilles ou les cassis, sont des trésors de saveurs. Leur culture est généralement assez simple, bien que certaines espèces puissent nécessiter des soins spécifiques. Il est important de choisir des variétés adaptées à la région et au type de sol, et de les installer dans un endroit ensoleillé et bien drainé. La récolte se fait généralement à la main, ce qui nécessite de la main d'œuvre. Ils peuvent être vendus frais ou transformés en confitures, compotes, sirops ou sorbets.

La création d'un verger au sein de l'exploitation diversifie la production avec des fruits frais, savoureux et locaux. Pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers, abricotiers, pêchers, il y en a pour tous les goûts. Il est important de choisir des variétés pollinisatrices et de respecter les distances de plantation. La récolte se fait à la main, directement sur l’arbre pour les fruits vendus en direct ou au sol pour ceux destinés à la transformation. Un verger favorise la biodiversité et contribue à la création d’un écosystème équilibré, propice au développement des cultures et à leur protection.

Poules Pondeuses et Micro-Pousses

L'intégration d'un atelier de poules pondeuses est une autre forme de diversification. Elles sont non seulement une source d’œufs frais et savoureux, mais elles contribuent également à l’équilibre écologique et à la fertilité du sol. Leurs fientes enrichissent le sol. Il est important de choisir les bonnes races et d'aménager un poulailler sécurisé et bien isolé, avec un espace de promenade clôturé. Les poules limitent la prolifération des insectes et recyclent les déchets organiques. Placer des points d’eau sous la serre est très utile pour contenir la chaleur en journée et réchauffer la serre le soir venu. En construisant un poulailler à côté de votre serre, celle-ci est plus vite réchauffée par la chaleur générée par les poules.

Les micro-pousses sont de jeunes pousses de légumes, d’herbes aromatiques ou de plantes comestibles, récoltées juste après l’apparition des premières feuilles. Elles sont délicieuses, nutritives et peuvent être cultivées sous serre ou en intérieur avec de la lumière artificielle. Cette activité, relativement simple et peu coûteuse, peut compléter des périodes creuses en maraîchage. Il est important de se former avant d’investir dans du matériel et des semences.

Culture de Champignons et Production de Semences/Plants

La culture de champignons comestibles est une autre diversification possible. Saveurs, texture, valeur nutritionnelle et respect de l’environnement, les champignons ont tout pour plaire. Elle peut se faire en intérieur ou en extérieur, avec un environnement spécifique (température et humidité contrôlées). Choisir des variétés comme les pleurotes, shiitakes, champignons de Paris ou truffes.

Produire ses propres semences et plants offre une plus grande autonomie et diversifie l'activité. Il est important de comprendre les bases de la reproduction des plantes et de la pollinisation, de sélectionner les variétés à multiplier et de récolter les semences au bon moment. La production de plants est moins technique et plus abordable, avec les graines de tomates comme bon début. Cela permet de maîtriser la qualité et la traçabilité des produits, tout en préservant la diversité génétique des plantes.

Création d'une Pépinière

Créer une pépinière permet de cultiver et commercialiser des espèces et variétés de plantes adaptées à la région, en privilégiant les espèces locales et les variétés anciennes pour préserver la biodiversité. Une pépinière doit être installée dans un endroit ensoleillé, bien drainé et protégé des vents forts, avec un espace suffisant pour la croissance des plants. La commercialisation peut se faire sur place, sur les marchés locaux, ou via des magasins spécialisés. Cela diversifie l'activité et élargit l'offre de produits et services.

Les Enjeux Humains et Organisationnels

Au-delà des aspects techniques, la réussite d'une installation maraîchère en permaculture repose également sur des facteurs humains et organisationnels.

L'Importance du Collectif et de la Formation

« Ces journées sont indispensables avant se lancer et bénéficier de tous ces retours d’expérience » témoigne Thomas Jourdain, qui installe une production légumière sur une ferme en polyculture élevage en Haute-Loire. Si des agriculteurs s’entraident déjà, des collectifs importants comme Auvabio se développent fortement. Le collectif est toujours plus fort : « Grâce à Auvabio, j’ai produit des carottes et des betteraves cette année, alors que j’étais parti uniquement sur la pomme de terre. Au final, j’ai raté mes pommes de terre, sans le collectif, j’aurai été en difficulté » affirme Thomas Jourdain.

Afin d’appréhender ces questions points par points et d’accompagner chaque agriculteur à développer des itinéraires techniques adaptés, la FRAB AuRA a construit avec Gilles Lèbre, maraîcher au BiauJardin depuis 40 ans, une formation spécifique. Réparties en 5 modules sur 4 semaines, elle permet à chacun de monter en compétences entre chaque module et d’intégrer ses apprentissages à son système. Cette formation a d'abord été organisée en visioconférence, puis retravaillée avec Bio 63. De même, un ingénieur reconverti a choisi de compléter ses connaissances en permaculture par un BPREA (Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole) pour justifier de sa Capacité Professionnelle Agricole et obtenir des aides à l’installation.

La Réflexion sur les Débouchés et la Conservation

Bien penser son projet pour se lancer dans la diversification est indispensable ! Préparer sa diversification se termine obligatoirement par réfléchir à ses débouchés : avant de se lancer, quand et comment vendre la production ? Se retrouver avec plusieurs tonnes de navets ou de betteraves ne s’écoulent pas forcément facilement.

La conservation des légumes doit également être prévue : en caisse, en sac, en vrac… ; ancienne étable, ancien camion, chambre froide neuve… ; ventilé, sec, humide… de nombreuses techniques existent et doivent être réfléchies pour chaque légume et selon les capacités de la ferme. Un bon stockage, c’est l’assurance de vendre ses légumes sur une plus longue période et à un meilleur prix. « Je pense que l’erreur que nous avons tous fait un jour, c’est de préparer nos conditionnements à l’avance en espérant gagner du temps, alors que quelques mois plus tard, chaque sac a perdu des kilos d’eau… » explique Claude Laurent.

Les Différents Modèles de Fermes Maraîchères Bio

Le nombre d’exploitations maraîchères bio a doublé en dix ans, tandis que les surfaces dédiées à la production de légumes bio ont triplé. Cette augmentation s’est conjuguée avec une diversification des modèles technico-économiques. Une typologie a été développée pour dégager des tendances et proposer une base d’analyse de cette diversité, permettant d'adapter les conseils techniques et créer des référentiels économiques. Cette classification est proche de celle existante dans le monde du légume en général : maraîchers de ceinture verte, producteurs serristes, légumiers de plein champ et producteurs d’endives.

Les fermes maraîchères bio ont ensuite été classées sur deux axes : l’axe biotechnique (degré de recours aux intrants extérieurs pour la gestion des maladies, ravageurs et adventices, la fertilisation, et le travail du sol) et l’axe socio-économique (ancrage territorial et insertion dans un marché mondial). L'étude a montré une grande diversité de pratiques agricoles. Les microfermes ont la valeur la plus élevée pour l’index biotechnique, suggérant qu’elles ont plus recours aux services écosystémiques et dépendent moins des intrants que les autres types. Elles ont un fort ancrage territorial, caractérisé notamment par la vente directe dans un rayon proche de la ferme.

Les maraîchers de taille moyenne ont un ancrage territorial équivalent aux microfermes et un équilibre entre pratiques agroécologiques et usage d’intrants externes. Les grands producteurs sont aussi dans un équilibre entre approche agroécologique et recours aux intrants, mais leur ancrage territorial est plus faible, étant plutôt insérés dans un marché de large échelle. Les fermes les plus agroécologiques du type maraîchers spécialisés en plein champ peuvent atteindre des index biotechniques équivalents à certaines microfermes. Le recours aux intrants externes augmente avec la surface cultivée en légumes jusqu’à environ 15 ha.

Une surface de plus de 34 000 ha était cultivée en 2019 avec des légumes bio, dont 4 000 ha en conversion, une progression de +20 % par rapport à 2018. Cette surface a doublé en cinq ans, principalement par l’expansion du maraîchage de plein champ bio, notamment mis en place par les céréaliers en diversification (pommes de terre, courges, carottes, choux notamment). Les producteurs spécialisés sous abri ont en moyenne deux tiers de leur surface de légumes sous abri.

Bio "Agroécologique" vs. Bio "Conventionalisé"

Le développement de l'agriculture biologique (AB) soulève la question d'une possible bifurcation entre une AB qui suit les principes et l’esprit de l’AB et une AB qui s’en tient au seul respect du cahier des charges. On entend parler d’une AB « agroécologique » qui s’opposerait à une AB « conventionalisée ». Celle-ci substituerait des intrants de synthèse par des intrants autorisés en AB sans fondamentalement reconcevoir le système agricole. L’étude a positionné l’ensemble des fermes étudiées sur un axe biotechnique, montrant une continuité plutôt qu'une bifurcation. Les légumiers de plein champ utilisent principalement des engrais produits localement.

Un autre débat classique oppose les « bio historiques », garants des valeurs de l’AB, aux « bio récents », parfois considérés comme attirés principalement par ce marché porteur. L'étude ne constate pas cela, puisque la plupart des pratiques les plus agroécologiques ont été observées dans les exploitations les plus jeunes. La comparaison entre les fermes bio dès leur création et celles converties à l’AB semble avoir plus de sens dans cette étude. Les maraîchers récemment installés sur de petites ou moyennes surfaces ont souvent de fortes valeurs écologiques, proches de celles des pionniers de l’AB.

Il est essentiel de bien définir ses objectifs, de les mettre par écrit, de se faire accompagner par des acteurs locaux et de se former pendant la période d'installation. Cela inclut le design en permaculture, mais aussi le maraîchage, l'arboriculture, l'élevage, la boulangerie, l'apiculture, etc. Il est conseillé de privilégier les petits systèmes intensifs et les solutions lentes, de commencer petit et d'étendre progressivement son projet.

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