La culture du blé : de la semence à la récolte

Le blé, membre éminent de la famille des Poacées et du genre Triticum, est une plante qui accompagne l'humanité depuis près de 15 000 ans. Avec près de 5 millions d'hectares en France, le blé tendre (Triticum aestivum) constitue la principale espèce cultivée sur le territoire. Cette culture millénaire, pilier de l'agriculture française, exige une maîtrise technique rigoureuse pour transformer le grain semé en une récolte valorisable, qu'il s'agisse de meunerie, d'alimentation animale ou d'usages industriels.

Schéma illustrant le cycle complet du blé, du semis à la récolte

Les fondements du semis et l'implantation

La réussite d'une culture de blé commence par le semis, une étape dont le succès dépend de la praticabilité de l'implantation. Il est primordial d'intervenir dans des conditions de ressuyage satisfaisantes pour ne pas pénaliser la levée de la culture. La période disponible varie selon les milieux et les systèmes de culture. Semer plus tôt que préconisé expose surtout la culture à des accidents de sortie d’hiver comme le gel ou l'excès d'eau.

Pour le blé d'hiver, la période de semis commence généralement fin octobre et peut s'étendre jusqu'à la mi-novembre, selon les régions et les conditions climatiques. À l'opposé, le blé de printemps se sème de février à mars. La date de semis des variétés dépend de leur précocité et de leur alternativité. Les variétés « tardives » nécessitent de la vernalisation et/ou des journées longues pour faire leur transition florale et s’engager vers la montaison, tandis que les variétés précoces n'ont pas de tels freins et arrivent à épi 1 cm très vite si la température le permet.

Gestion de la densité et du peuplement

Dans un contexte pédoclimatique donné, toutes les variétés ont le même optimum de peuplement, même si elles vont, par la suite, élaborer leur rendement différemment. En semant précocement, la culture dispose de beaucoup plus de temps pour taller. À l'inverse, les semis plus tardifs s'exposent à des pertes de pied pendant l'hiver. Pour chaque pédo-climat, il existe un optimum de densité de semis, en fonction des risques de pertes liés au sol et au froid hivernal.

Dans des climats océaniques comme en Bretagne, Normandie ou Picardie, avec des sols de limons assez fertiles, il est possible de baisser la densité, car dans ces milieux, le niveau de tallage est bon avec des régressions de talles relativement faibles. Dans des situations argilo-calcaires ou en Champagne, les sols sont moins favorables à l'établissement du peuplement. Il est inutile d'essayer de contrebalancer un effet variétal à faible épi par une densité plus forte : la culture s’autorégulera. ARVALIS met à disposition un outil gratuit pour déterminer la dose à semer, car les préconisations régionales, basées sur des essais pluriannuels, sont souvent « sécuritaires ».

Physiologie et développement de la plante

Le cycle de vie du blé est une aventure biologique fascinante. Le germe développe une première partie s’ancrant dans le sol pour former les racines, et une autre pointant vers la surface. La température minimale de germination des graines est de 3° C. Les premières pousses sont visibles après dix jours à peine. Le rythme d’émission des feuilles est réglé par des facteurs externes comme la durée du jour et le rayonnement.

Des bourgeons se forment à l’aisselle des feuilles et donnent des pousses, des tiges latérales creuses appelées talles. Chaque talle primaire donne des talles secondaires. Au moment du plein tallage, la plante est étalée et a un port retombant. La tige s’allonge ensuite de façon télescopique : un nœud marque chaque étape de sa croissance. À 2 ou 3 centimètres du sol, le premier nœud est repérable au toucher sur le maître-brin, où s’ébauche déjà l’épi.

Diagramme des stades phénologiques du blé (tallage, montaison, épiaison)

La gestion des risques et la protection des cultures

L'hiver est une période déterminante pour le tallage. En sortie d'hiver, le stade épi 1 cm marque le passage entre la phase de végétation et de reproduction. À ce stade, le gel d'épi doit absolument être évité. Ce risque est contrôlé au moment du semis en adaptant la précocité montaison de la variété aux conditions locales.

Le salissement des céréales est une préoccupation croissante. Un désherbage d'automne permet de limiter le développement des adventices, avec des solutions comme le chlortoluron. Concernant les maladies, il est possible de lutter avec des interventions chimiques au printemps, mais aussi en amont avec des mesures agronomiques. Pour la septoriose et les rouilles, la résistance variétale limite l'usage des produits phytosanitaires. De même, le choix d'une variété résistante à la cécidomyie orange évite que les larves ne se développent au détriment du grain.

La qualité du grain et la récolte

La récolte est l'aboutissement de ces mois de travail. Elle doit s'effectuer avec des grains présentant une humidité au maximum à 14 % pour éviter les risques d’échauffement et de fermentation dans les cellules de stockage. La qualité du grain, critère déterminant pour la commercialisation, est appréciée à travers le poids spécifique (PS), le taux de protéines, la force boulangère et le temps de chute de Hagberg.

Entretien et réglages des Moissonneuses-Batteuses.Partie 2 : Les réglages

La moitié de la production française de blé est exportée. Les lots collectés sont qualifiés à partir de la grille de classement des blés basée sur la qualité physique du grain. La meunerie, débouché majeur, transforme ces grains en farine pour le pain, les biscuits et les viennoiseries, tandis que le blé dur est réservé à la semoule et aux pâtes. Pour chaque céréale collectée, une contribution à la recherche variétale (CRIV) est prélevée, permettant de financer des solutions adaptées aux changements climatiques et à l'évolution des besoins de la société.

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