Nuisances et enjeux environnementaux : Le défi des installations de traitement des déchets et de compostage

La gestion des déchets organiques et des boues de stations d’épuration constitue un enjeu majeur de notre société contemporaine. Si le compostage est une solution écologique pour valoriser la matière organique, les installations industrielles dédiées font régulièrement l'objet de vives contestations. Entre nuisances olfactives persistantes, risques sanitaires potentiels et difficultés de régulation administrative, les riverains se retrouvent souvent en première ligne, contraints de mener de longs combats pour faire valoir leur droit à un environnement sain.

Schéma illustrant le processus de compostage aérobie et les sources potentielles de nuisances olfactives

Les réalités du terrain : Entre odeurs pestilentielles et lassitude des riverains

Depuis dix ans, l'air de la commune de Gignac est teinté d'odeurs pestilentielles émanant de l'installation de compostage de boues des stations d'épuration. Ce jeudi 17 mars, une installation de compostage de boues des stations d'épuration à Gignac a été mise en demeure par la préfecture de l'Hérault. De récents contrôles ont mis en lumière des anomalies dans le processus de traitement des boues. Désormais, Compost Energie n'a plus le droit de faire entrer des déchets. La plateforme de compostage dispose d'un mois, à compter du 10 mars, pour réaliser les travaux et ne plus indisposer les riverains.

Dire le soulagement des Gignacois est un euphémisme. « Les odeurs posent problème à la clientèle, surtout l'été, raconte la serveuse d'un restaurant. L'été, on ne peut même pas aller sur la terrasse et ouvrir les fenêtres la nuit alors qu'il fait très chaud », renchérit un habitant. Avec les vents dominants, il y a toute la partie Sud de Gignac qui est touchée par les odeurs.

Cette situation n'est pas isolée. Au hameau Rabaute, à Péreille, les Villar, riverains de l'usine de retraitement des boues située dans la zone artisanale de Pichobaco, à Villeneuve-d'Olmes, sont fatigués. Fatigués d'attendre que le problème qui leur pourrit la vie depuis des années soit résolu. « Ce sont des odeurs excrémentielles et acides, comme le vinaigre ou l'ammoniaque », décrit Louis Villar. Pourtant, les institutions aussi essaient de faire bouger les choses. Saisis par leurs administrés, les maires de Péreille et Villeneuve-d'Olmes, Georges Sanchez et Gérald Sgobbo, ont eu un entretien au SMDEA avant l'été.

Les limites du traitement technique et la question des responsabilités

Le traitement des boues et des déchets verts nécessite une rigueur technique absolue pour éviter la fermentation anaérobie, source principale des mauvaises odeurs. Lors du compostage, la matière organique se dégrade de manière aérobie, c’est-à-dire en présence d’oxygène. Une très grande quantité de bactéries, champignons microscopiques et levures en tout genre se développent. Si les matières sont trop humides ou trop compactées, cela ralenti l’activité biologique et la faune du compost, vivant grâce à l’oxygène, meurt. Des bactéries anaérobies, vivant sans oxygène prennent le relai.

À Sorgues, le Syndicat Intercommunal de Transport et de Traitement des Eaux Usées (SITTEU) a dû réagir face aux plaintes : « Dans le courant de l’été, une panne a été détectée sur le dispositif de désodorisation et des réparations menées en urgence ont été opérées de manière très rapide avec des effets immédiats mais sans doute encore insuffisants. » La cause principale est liée au procédé de production de ce compost qui est issu d'un mélange des boues produites par le traitement des eaux usées et des déchets verts. Les contraintes imposées par la loi ne favorisent pas une gestion souple, qui plus est lorsque la règlementation nous oblige de réduire la quantité de déchets verts depuis plus de 2 ans, ce qui implique inévitablement une proportion plus importante de boues odorantes.

Fabrication de compost, à l'échelle locale !

L'impact sur la qualité de vie et la valeur immobilière

La persistance des nuisances modifie durablement le quotidien des habitants. À Martinvast, depuis février 2022, l'association Les Petits composteurs s'est installée au lieu-dit de La Duquesnerie. Elle transforme des déchets alimentaires des restaurateurs du Nord Cotentin pour en faire du compost. De sa terrasse, Paulette Depasse voit très clairement les locaux de l'entreprise Les Petits composteurs et les tas de déchets en décomposition. « Ça sent même à l'intérieur, fenêtres fermées. On ne peut pas ouvrir les fenêtres de la maison tellement ça sent mauvais », déplore la retraitée.

Un voisin, qui préfère rester anonyme, est excédé : « Cela devient invivable. Je ne peux plus jouer avec mon fils dehors, on ne peut pas étendre de linge, ni manger sur la terrasse ». Déménager ? Impossible. « Nos maisons ont perdu 30% de leur valeur, affirme-t-il. Si l'on ne peut pas vendre nos biens immobiliers, comment partir ? ». La solution, c'est que les Petits composteurs déménagent, loin des habitations, affirme le maire, Jacky Marie.

Risques environnementaux et gestion des sols : Le cas de La Crau

Au-delà des odeurs, la gestion des déchets peut cacher des risques plus profonds, notamment liés à la pollution des sols. Une tractopelle est venue. Elle a déplacé des monticules de terre et a creusé des trous. Sans précaution particulière. Lieu-dit Maraval, à La Crau, le long de la RD58. Quelques parcelles semblent à l’abandon. Le projet immobilier a buté sur la vigilance et la ténacité de quelques voisins, alarmés de découvrir des déchets, mis au jour pendant les premiers travaux.

Prélevés au hasard, « 13 échantillons sur 14 contenaient de l’amiante », avait établi un rapport d’expertise judiciaire en 2017. L’expert préconisait de « ne pas manipuler les matériaux concernés », sous peine d’un « risque particulièrement important de propagation des fibres d’amiante dans l’air ». Le point sensible est que ces travaux ont été directement exigés par le parquet de Toulon, dans le cadre d’une procédure de classement sous condition de régularisation. Le parquet semble ne pas connaître l’état de contamination de ce terrain. Après le début de l’enquête de Var-Matin, le parquet de Toulon a changé de pied et annoncé vendredi 16 janvier avoir « fait suspendre » les travaux ordonnés.

Carte de localisation des zones industrielles et sites de compostage dans le Var

Perspectives techniques pour la réduction des nuisances

Pour les installations de plus petite taille, comme les composteurs électromécaniques, des solutions techniques existent. Concernant le composteur électromécanique, du fait des faibles quantités traitées, les installations ne sont pas considérées comme étant classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Le ventilateur du composteur crée une dépression à l’intérieur de la machine à composter. En l’absence de réglementation, le bon sens convient de réduire la nuisance olfactive vis-à-vis du voisinage.

Lorsque le composteur BigHanna est installé dans une zone dégagée, l’évacuation de l’air peut se faire par-dessus les toits. Utiliser un biofiltre est une possibilité lorsqu’il faut néanmoins réduire les odeurs, par exemple lorsque le composteur industriel est situé en zone urbaine. L’air est propulsé dans le biofiltre et est filtré par un lit d’écorce traité aux enzymes. Cela réduit significativement les odeurs produites. L’humidité étant un facteur pouvant produire des odeurs, il est nécessaire d’ajouter au compost des matières absorbantes ou matières sèches. Celles-ci permettent d’absorber l’excès d’humidité. Pour les déchets ménagers, compter 6% en poids. Pour les déchets alimentaires de restauration, ajouter 10 à 20% en poids.

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