L'Ombre du Figuier : Un Adage aux Racines Profondes et aux Multiples Significations

L'expression « À l’ombre du figuier » transcende une simple description botanique pour incarner un riche éventail de significations symboliques, culturelles et historiques, en particulier dans le bassin méditerranéen. Elle évoque un sentiment de repos, de tranquillité et de sécurité, loin des tumultes de la vie quotidienne. Le figuier, arbre à la fois généreux en fruits et en ombre, est depuis des millénaires un lieu de refuge, de ressourcement, de méditation et de partage, profondément ancré dans les traditions littéraires, artistiques et religieuses.

Un figuier méditerranéen sous un ciel bleu

Étymologie et Noms du Figuier : Une Histoire Ancien des Mots

L'histoire du figuier est intrinsèquement liée à l'évolution de la langue française. Le terme « figuier », attesté vers 1200, dérive de « figue », qui apparaît dès 1170 sous la forme « fige ». Ce mot est lui-même emprunté à l'ancien provençal « figa », issu du latin classique ficus, désignant à la fois le fruit et l'arbre. Le latin vulgaire fica, formé sur le modèle de nombreux noms de fruits en -a, a donné l'ancien français « fie ».

Le terme « figue » a également donné naissance à des expressions idiomatiques, telles que « faire la figue », attestée dès 1210. Cette locution calque l'italien far la fica, où fica désigne en italien le sexe féminin, un sens qui est lui-même un calque du grec συ ̃κον (« id. »). L'expression « moitié figue, moitié raisin », apparue en 1487, aurait pour origine une fraude où des marchands vénitiens, qui achetaient du raisin de Corinthe rare et cher, auraient été victimes.

Le figuier est connu sous une multitude d'autres noms vernaculaires, reflétant sa présence étendue et son importance dans diverses régions : Ficus carica, Fidzié, Fièro, Figuier, Figuier comestible, Figuier commun, Higué, et des appellations plus spécifiques selon la couleur ou la variété du fruit.

Infographie sur l'étymologie du mot figue

Botanique : La Fleur Cachée et le Partenariat Unique

Le figuier, Ficus carica, est un arbre fascinant en raison de ses particularités botaniques. Serge Schall, dans Histoires extraordinaires de plantes et d'hommes, et Simon Klein, dans La Vie sexuelle des Fleurs, illustré par Loan Nguyen Thanh Lan, décrivent en détail les mécanismes de reproduction uniques du figuier.

Une Fleur qui s'Ignore : Le Sycone

Contrairement à la plupart des plantes à fleurs, les fleurs du figuier sont discrètes et ne s'exposent pas. Elles sont regroupées à l'intérieur d'un réceptacle charnu en forme de poire, qui n'est autre que ce que nous appelons la figue immature. Ce réceptacle est un sycone, un sac renfermant des centaines, voire des milliers de fleurs unisexuées (soit mâles, soit femelles). Le sycone possède une petite ouverture à sa base, l'ostiole, que l'on retrouve sur le fruit mûr. Cette « chambre close où se célèbrent les noces », comme l'écrivait André Gide, est la clé de la reproduction du figuier.

Les figuiers cultivés pour leurs fruits sucrés, originaires du bassin méditerranéen, ainsi que les figuiers tropicaux abondants dans les forêts, partagent cette particularité. Si les figuiers domestiqués sont souvent reproduits par bouturage, les figuiers sauvages et tropicaux ont développé un stratagème de reproduction des plus étonnants.

Le Stratagème du Blastophage : Une Symbiose Essentielle

La reproduction du figuier dépend d'une symbiose avec une toute petite guêpe, le blastophage (Blastophaga psenes). Ces guêpes ne sont pas attirées par l'apparence ou le parfum des fleurs comme de nombreux pollinisateurs, mais recherchent plutôt un nid, un endroit douillet et protégé des prédateurs pour y déposer leurs œufs et permettre aux larves de se développer. Le sycone de la figue offre ce gîte, et même le couvert.

Le cycle de reproduction du blastophage, et par conséquent du figuier, s'étend sur deux types de floraison à deux saisons différentes :

  • En hiver : Le figuier produit de petites fleurs-figues (appelées caprifigues ou sycones mâles) qui contiennent des centaines de fleurs neutres (femelles stériles) et des fleurs mâles. Ces dernières forment un tunnel serré menant à l'ostiole. Les blastophages femelles pénètrent dans la fleur, perdant souvent leurs ailes en chemin. Elles pondent leurs œufs dans les fleurs neutres, puis meurent. Les œufs se développent en larves, qui se nourrissent des fleurs, puis se transforment en cocons et enfin en adultes : blastophages mâles et femelles. Les mâles émergent en premier, fécondent les femelles, puis meurent sans jamais quitter l'inflorescence. Les femelles, en sortant de l'inflorescence, traversent le tunnel de fleurs mâles, qui ont mûri et produisent alors du pollen. Les grains de pollen adhèrent au corps des jeunes blastophages femelles, qui s'envolent pour de nouvelles fleurs.
  • Au printemps : Le figuier forme de nouvelles inflorescences (ressemblant à de petites figues) composées cette fois d'un mélange de fleurs neutres et de fleurs femelles. Les blastophages femelles, poudrées de pollen, entrent dans ces fleurs et pondent dans les fleurs neutres. Ce faisant, elles déposent également des grains de pollen sur les fleurs femelles, permettant ainsi la fécondation croisée.

Variétés et Culture

Le figuier commun (Ficus carica) est un arbre de taille moyenne (3 à 5 m), pouvant atteindre 10 m de haut et de large pour certaines variétés. Son tronc est souvent tortueux, et son port buissonnant. Peu exigeant et robuste, il peut produire très longtemps, prospérant sur les sols rocailleux des régions sèches, s'insérant dans les interstices de pierre sur les bords des chemins et les murs des bâtisses. Cependant, il doit être épargné par la « mouche à figue » et la « cochenille-tortue », ses principaux prédateurs.

On distingue plusieurs types de figuiers selon leur mode de fructification :

  • Les unifères : Ils fructifient une seule fois en fin d'été. Les figues apparaissent sur le bois de l'année à l'aisselle des feuilles, seules les premières, situées en partie basse du rameau, arrivant à maturité. La récolte s'effectue à partir de début septembre, parfois jusqu'en novembre-décembre, nécessitant une chaude arrière-saison.
  • Les bifères : Ils offrent deux récoltes par an, une au printemps ou au début de l'été, l'autre en fin d'été ou à l'automne, selon la variété et le climat. Les figues apparues tardivement en position apicale sur les rameaux de l'année précédente ne chutent pas et passent l'hiver à l'état de petits bourgeons pour reprendre leur développement dès que la température devient favorable.
  • Les trifères (cimaruoli) : Les figues apparues en partie haute des rameaux de l'année continuent à se développer normalement en fin d'été pour arriver à maturité très tardivement et parfois seulement au printemps suivant.

Il existe de nombreuses variétés de figuiers, chacune avec ses spécificités :

  • Un figuier unifère tardif, à figues triangulaires, violacées très foncées avec un pédoncule rouge désaxé. Précoce, charnue, juteuse et rafraîchissante, elle se consomme avec sa peau fine. Plantation en octobre-novembre, récolte de septembre à novembre-décembre.
  • Un figuier autofertile très productif, de petit ou moyen développement, au port d'abord érigé puis étalé. Ses fruits de petite taille, à la peau jaune-vert, sont très doux, savoureux, avec une chair rosée sucrée et parfumée, ferme et fondante. Récolte vers la mi-août. Résistance au froid : -12°C.
  • Un figuier adapté aux régions du Midi, produisant très tardivement (mi-août à fin octobre) de gros fruits bleu-noir aplatis, à chair rouge, sucrée et parfumée.
  • Un figuier à développement important avec un système racinaire puissant et étendu, donnant des fruits tardifs (septembre à novembre) de bonne taille, à peau verte se piquant de brun, et à chair vert pâle, mielleuse et sucrée.
  • Un figuier très précoce et productif, rustique, pouvant atteindre 7 mètres de hauteur en climat doux. Ses figues piriformes et violettes sont de taille moyenne, les figues-fleurs étant plus rebondies.
  • Une variété bifère autofertile résistante aux gelées et à l'humidité, produisant en début et fin d'été de grosses figues allongées jaune-brun à maturité.
  • Un figuier vigoureux et autofertile à très grosses figues-fleurs rondes gris-violet en juillet, et une seconde récolte en septembre-octobre de figues à chair rose juteuse, charnue et sucrée.
  • Un figuier autofertile et unifère d'origine japonaise, de petite à moyenne taille (environ 3 m), au port très compact, idéal pour la culture en pot ou les petits jardins. Production précoce (début août) de figues d'été noir-violet à chair rose dorée, douce et sucrée.
  • Un figuier autofertile et bifère à petit développement, au feuillage clairsemé. Figues-fleurs mûres en juillet, figues d'automne entre fin août et octobre, de taille exceptionnelle, à peau jaune-vert et chair très sucrée et charnue.
  • Un figuier unifère et productif à petit développement, offrant de grosses figues noires à chair rouge orangé clair, supportant bien l'humidité et dont la maturité peut se prolonger jusqu'aux premières gelées.
  • Un figuier bifère et autofertile résistant au gel jusqu'à -30°C, très cultivé dans le nord-est. Fruits de taille moyenne en été et petite taille en automne, à peau brun-rouge et chair goûteuse.
  • Une variété bifère particulièrement résistante au froid, découverte dans les années 1980 à Chicago, donnant de grosses figues-fleurs en juillet et des plus petites en septembre-octobre.

Tout savoir sur le figuier : variétés, culture et multiplication

Vertus Médicinales et Usages Traditionnels : Un Remède Ancien

Le figuier a une longue histoire d'utilisation en médecine traditionnelle. A. B., auteur des Vertus des plantes - 918 espèces (1906), décrit les propriétés thérapeutiques du Ficus communis.

Propriétés des Figues et du Latex

Les figues sont reconnues pour leurs vertus adoucissantes et pectorales. Les figues sèches sont considérées comme plus digestives que les fraîches, en raison de leur teneur en eau visqueuse. Le suc laiteux des feuilles de figuier est un « rongeant » efficace contre les cors et les verrues. Dilué dans l'eau, il est détersif pour les plaies et les ulcères.

Usages Populaires et Croyances

Adolphe de Chesnel, dans son Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires… (1856), et Alfred Chabert, dans Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897), rapportent des croyances intéressantes.

Dans plusieurs localités du Midi, on pense que brûler du bois de figuier dans une maison où se trouve une nourrice peut tarir son lait ou le rendre dangereux. Une autre croyance, déjà relevée au XVIe siècle, veut qu'un taureau furieux soit apaisé sur-le-champ si on l'attache à un figuier. En Dauphiné, au XIXe siècle, on croyait que le figuier engendre les poux, une propriété également attribuée à d'autres fruits doux et sucrés comme la cerise, mais de manière moins constante.

Dessin d'une figue coupée avec son latex

Croyances Populaires et Médecine Magique : Un Arbre Protecteur et Guérisseur

Marie-Charlotte Delmas, dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (2016), consacre un article au figuier, révélant la richesse de ses associations magiques et médicinales.

Protection et Divination

Les Béarnais plantent un figuier devant leur maison pour la protéger, ainsi que ses habitants. Ses branches sont parfois utilisées pour confectionner des baguettes divinatoires, notamment celles des sourciers dans le Lauraguais. Dans le Gard, pour guérir les animaux ensorcelés, on les frappe avec un bâton de figuier sauvage tout en leur faisant traverser trois portes sur le seuil desquelles sont placées des vestes tournées à l'envers.

Croyances Liées à la Culture

Dans le Mentonnais (Alpes-Maritimes), des croyances spécifiques entourent la culture du figuier. Il est recommandé de le planter le troisième jour de la vieille lune, sous peine de le voir se casser ou rester sans fruits autant d'années que de jours avant cette date. Si l'arbre est malade, on le guérit en brûlant quelques-unes de ses branches sous lui. On raconte également que la décollation de saint Jean-Baptiste eut lieu sous un figuier, ce qui expliquerait pourquoi ses branches se « décollent » et qu'il ne faut pas y grimper.

Médecine Magique

Le lien du figuier avec l'allaitement est vraisemblablement dû à la ressemblance de son suc avec le lait. Dans le Vaucluse, on enterre le placenta de la femme qui vient d’accoucher sous un figuier pour qu'elle ait beaucoup de lait ; dans le Tarn, c'est le cordon ombilical de l’enfant qui est enfoui. Dans la Montagne Noire, il faut éviter de brûler du bois de figuier dans la maison d’une nourrice, car cela nuirait à la qualité de son lait. Le suc blanc des figues est également souvent employé pour faire sécher les verrues.

Le procédé de guérison par transfert du mal est utilisé pour faire disparaître les dartres : on enfouit une figue dans le sol et on l’y laisse neuf jours. Si elle est pourrie au terme de ce délai, les dartres auraient disparu.

Symbolisme : Du Sacré au Profane, de la Reconnaissance au Scandale

Le symbolisme du figuier est d'une richesse et d'une ambivalence remarquables, traversant les époques et les cultures. Madame Goyet, dans Le bouquet du sentiment, ou, Allégorie des plantes et des couleurs (1816), et l'abbé Casimir Magnat, dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (1855), en offrent des interprétations variées.

Reconnaissance, Hospitalité et Abondance

Pour Madame Goyet, le figuier symbolise la reconnaissance et l'hospitalité. Originaire d'Asie et d'Europe méridionale, cet arbre est jugé intéressant tant par la bonté que par la quantité de ses fruits. Les Athéniens lui vouaient une grande vénération, plaçant ses branches devant leurs portes comme présage d'un heureux retour de voyage. On en offrait en sacrifice d'expiation dans les villes affligées de la peste ou d'autres épidémies. Il fut consacré à Mercure et couronnait Saturne. Les anciens racontent que Cérès, ayant reçu l'hospitalité d'un Athénien, lui fit présent d'un figuier en récompense. Platon, surnommé philosukos (« amateur de figues »), les recommandait aux philosophes et aux athlètes pour leur valeur énergétique, les qualifiant de « Nourriture des athlètes par excellence ».

Scandale et Ambiguïté Religieuse

L'abbé Casimir Magnat, dans une perspective catholique, associe le figuier au scandale, citant l'Évangile de Matthieu (XVIII, 6, 7) : « Celui qui scandalise un petit enfant mériterait qu'on suspendît une meule de moulin à son cou et qu'on le jetât au fond de la mer. Malheur au monde à cause des scandales, car il est nécessaire qu'ils arrivent, cependant malheur à l'homme par qui le scandale arrive. »

Cette dualité symbolique est très présente dans les textes religieux.

  • Dans la Bible : Le figuier est le premier arbre nommé, sa feuille trilobée masquant le sexe du premier couple après le péché originel (Genèse 3). On lit aussi dans la Genèse 1, 7-11 : « Que la terre verdisse de verdure : des herbes portant semence et des arbres fruitiers donnant sur la terre des fruits contenant leur semence. » Il apparaît comme un symbole de vie et de fertilité. Cependant, il est aussi l'arbre maudit par Jésus pour son absence de fruits hors saison (Matthieu 21:18-22, Marc 11:12-14), et l'arbre auquel Judas se serait pendu (bien que d'autres textes mentionnent un sureau). Pour les chrétiens du Moyen-Âge, la figue retrouve toute son ambiguïté : remède qui sauva le roi Ézéchias, elle est aussi le fruit de l’arbre auquel Judas se serait pendu. Son ambivalence symbolique conduit Hildegarde de Bingen à la discréditer : « le fruit de cet arbre ne vaut rien à manger pour le bien-portant, parce qu’il lui donne le goût du plaisir et de l’orgueil. » Ainsi, l’obscurantisme de cette période envoie la figue, le fruit défendu, rejoindre la roquette du jardin ou la truffe souterraine parmi les nourritures sataniques. Dans la religion chrétienne, le figuier représente la Synagogue qui, n'ayant pas reconnu le Messie de la Nouvelle Alliance, ne porte plus de fruit.
  • Dans l'Islam : La sourate 95 du Coran, appelée al-Tīn (« Le Figuier »), contient le serment « Par le figuier et l'olivier », en référence au lieu de naissance de Issa (Jésus), fils de Maryam (Marie).
  • Dans l'Égypte ancienne : Le figuier sycomore, ou Figuier des pharaons (Ficus sycomorus), était l'arbre de la déesse du ciel Nout, source de lumière et de régénération. Il abritait Hathor, qui, selon certains textes, créa le monde. Le figuier assurait le boire et le manger des défunts, et les pharaons étaient inhumés dans des sarcophages faits de son bois. La figue était l'un des fruits du paradis pour les Égyptiens, un fruit d'immortalité donné par la Dame du Sycomore (Neith, Nephtys, Isis ou Hathor) aux âmes des défunts représentées par des oiseaux perchés sur l'arbre. Cléopâtre, grande amatrice de figues, ordonna de disposer l’aspic choisi pour son suicide dans une coupe de figues. Son cercueil était taillé dans le bois du figuier.
  • Dans la mythologie grecque : Le figuier est un don de la déesse Déméter au Grec Phylatos pour le remercier de son hospitalité. Il devient l'arbre de Dionysos et est associé au bouc.
  • Dans la fondation de Rome : Les jumeaux Romulus et Rémus, rescapés des eaux du Tibre, auraient été allaités par la louve à l'ombre du figuier Ruminal. Cet arbre est devenu un symbole protecteur de la cité, et un figuier était symboliquement présent sur le Forum romain, sur le site du Lacus Curtius. Pline l'Ancien mentionne qu'un figuier et un plant de vigne auraient poussé spontanément à cet endroit, auxquels on ajouta un olivier pour parfaire la trilogie méditerranéenne.

Illustration de Romulus et Rémus sous le figuier Ruminal

Du Profane et des Grivoiseries

Profitant de son ambiguïté anatomique, la figue est associée au scrotum et son intérieur charnu, au sexe féminin depuis l’Antiquité, se prêtant à de nombreuses grivoiseries et sous-entendus triviaux. En grec, le mot sykadzein (cueillir les figues) s'employait aussi pour « tâter » (les figues pour savoir si elles sont mûres), mais dans un sens obscène, car dans la figue, les Grecs voyaient l'image du scrotum. Le mot sikon désignait également les petites excroissances charnues (par exemple, aux paupières), le mons Veneris, et sikea, une ulcération, une tumeur, les « fics ». On rapporte qu'il existe encore aujourd'hui des Berbères qui n'emploient pas ce mot dans la conversation courante et le remplacent par « khrif », l'automne.

Le mot sycophante, littéralement « révélateur de la figue », était injurieux, s'appliquant aux délateurs dans la justice athénienne.

Utilisation dans l'Art et la Littérature

Longtemps symbole de la vie rustique et frugale, la figue est demeurée un fruit de base de l’alimentation des plus anciennes civilisations. Dans les tableaux représentant la débauche ou la luxure (comme la Joyeuse compagnie de Bartolomeo Passerotti), la figue est là pour en accentuer le thème. En revanche, dans le tableau Saint Sébastien d'Andrea Mantegna, le figuier suggère l'idée de salut, faisant allusion à la guérison d'Ézéchias.

Le figuier a inspiré de nombreux artistes, symbolisant souvent la tranquillité et le repos. Dans la littérature, plusieurs auteurs ont utilisé l’image du figuier pour évoquer des thèmes de paix et de sérénité, de refuge, de sagesse et de méditation. Il est un lieu de repos loin de la chaleur du soleil, un refuge dans des moments difficiles, mais aussi un lieu de rassemblement pour partager des repas et des histoires. Les penseurs et philosophes se sont souvent retirés sous les figuiers pour méditer. Des écrivains comme Hemingway et Camus ont fait du figuier un symbole de refuge. Victor Hugo, dans Les Misérables, utilise l’ombre du figuier comme cadre à des réflexions profondes sur la nature humaine et la rédemption. Marcel Proust, dans À la recherche du temps perdu, et Paul Valéry, dans Le Cimetière marin, emploient ce symbole pour évoquer l'introspection et la connexion avec la nature.

Le Figuier dans l'Histoire

Le figuier, Ficus carica, est un des plus anciens fruitiers domestiqués, avec des archéologues ayant identifié des figues vieilles de 9 400 avant J.-C. dans la vallée du Jourdain, confirmant qu'il est le plus ancien fruit cultivé par l'homme.

  • Antiquité : Déjà cultivé par les Assyriens 3000 ans avant J.-C., le figuier était vénéré chez les Égyptiens qui le dénommaient « l’arbre de Nout », symbole de fécondité. La figue, avec le pain, la bière de céréales et le fromage de chèvre, était à la base du repas dans la vallée du Nil et continuait à nourrir les défunts. En Crète, vers 1600 av. J.-C., le figuier était également important.
  • Grèce antique : Homère (VIIIe siècle av. J.-C.) mentionne l'olivier dans l'Odyssée, mais le figuier était également très présent.
  • Rome antique : Caton le censeur produisait des figues fraîches de Carthage pour démontrer la proximité de l'ennemi. Horace attribue au figuier l'origine du mot « foie » (ficatum), depuis qu’Apicius gavait ses oies avec des figues et du miel pour obtenir un foie gras raffiné. Pline l'Ancien relate la technique de greffe de l'olivier, et mentionne également les figuiers du Forum romain. Il rapporte que Crassus, au moment de s'embarquer pour l'expédition contre les Parthes, entendit des marchands de figues crier « caunées », ce qu'il prit pour un bon augure, mais qui lui fut fatal.
  • Moyen-Âge : Malgré son discrédit par Hildegarde de Bingen, la Provence conserva la fierté de la figue de Marseille, bénéficiant d'une dispense de taxe par François Ier.
  • Renaissance et Époque moderne : En 1600, Olivier de Serres relève les très nombreuses variétés de figuiers cultivées dans le royaume de France. Louis XIV, grand amateur de figues, encouragea son jardinier, Jean-Baptiste de la Quintinie, à planter près de sept cents figuiers de diverses variétés au Château de Versailles, créant une « Figuerie ». La région d'Argenteuil a longtemps entretenu la culture du figuier en région parisienne. Nicodème Tessin le Jeune rapporte que le jardinier envoyait chaque jour, en saison, quatre mille figues posées dans des paniers, enveloppées dans des feuilles de vigne pour les séparer, afin qu'elles arrivent au château sans meurtrissure.

Le Figuier face à l'Olivier : Deux Piliers Méditerranéens

Le figuier et l'olivier, deux arbres emblématiques du bassin méditerranéen, partagent une histoire ancienne et un symbolisme profond, bien que distincts.

L'olivier sauvage (oléastre) apparu en Anatolie vers 14000 avant J.-C., a suivi un parcours similaire au figuier. De croissance lente, il connaît une longévité exceptionnelle. Il est limité à une hauteur d'environ 5 mètres, mais conserve ses qualités de résistance grâce à ses feuilles persistantes capables de se rétracter en période de sécheresse.

  • Dans la Bible : L'olivier, l'arbre le plus cité, apparaît plus tardivement que le figuier dans la Genèse, lorsque la colombe apporte un rameau d'olivier à Noé, signant la fin du déluge et la réconciliation de Dieu avec les hommes. Le roi David considérait son huile comme son trésor le plus précieux.
  • Égypte antique : L'olivier est discret dans l'Antiquité sumérienne et égyptienne, mais symbolise la quatrième lettre des premiers alphabets, et Isis aurait enseigné sa culture. Son huile était employée pour les rituels, l'éclairage des temples et l'embaumement.
  • Grèce antique : L'olivier est essentiel dans la mythologie grecque, notamment lors de la lutte entre Poséidon et Athéna pour la protection de la ville d'Athènes. Athéna fit naître un arbre immortel permettant de nourrir et de soigner les hommes, que Zeus déclara « le don le plus utile à l'humanité ». Cet olivier sacré de l'Acropole renaîtra après l'incendie d'Athènes, promettant de futures victoires. Théophraste, élève d'Aristote, rédigea des manuels techniques pour sa culture. L'huile d'olive était un produit d'importation, et Ulysse se glissa sous un olivier greffé et un olivier franc nés du même tronc. L'olivier symbolise la force, la sagesse et la victoire ; lors des Jeux olympiques d'Athènes, les vainqueurs recevaient des couronnes d'olivier et des jarres d'huile d'olive, appréciée pour ses qualités gustatives, médicinales (cicatrisante, traitement des contusions) et pour les soins préparatoires aux épreuves. Le bois dur de l'olivier était utilisé pour fabriquer la massue d'Hercule ou le lit de Pénélope, initiant la symbolique de la fidélité conjugale. Solon (VIe siècle av. J.-C.) édicta des lois protégeant les oliviers, dont l'arrachage pouvait être puni de mort.
  • Rome antique : Les premiers colons phocéens créèrent Massalia (Marseille) au VIe siècle av. J.-C. et adaptèrent l'olivier au littoral méditerranéen de la Gaule. Le blé, la vigne et l'olivier symbolisent la santé, la prospérité et la paix dans le monde romain. Dédié à Minerve, l'olivier connut une large diffusion dans l'Empire romain, comme en témoigne la profusion des amphores. Columelle invitait à la culture de l'olivier : « Qui laboure ses oliviers, les prie de donner du fruit ; qui les fume, le demande ; qui les taille, l’exige. »

L'olivier, autofertile, peut vivre plus de 1000 ans s'il est épargné par le froid. Il se développe sur des terrains secs et arides mais bien drainés, bénéficiant de chaleur et d'ensoleillement, caractéristiques du climat méditerranéen. Ses racines ont une capacité exceptionnelle de succion de l'eau en profondeur. La dendrochronologie est difficile à appliquer à son tronc noueux et irrégulier. Un dicton provençal dit que « l’olivier ne meurt pas sans héritier », car il produit des rejets (souquets) à partir de sa souche, porteurs du même génome.

L'olive doit échapper à ses prédateurs : la mouche de l'olivier, la teigne, la cochenille ou la pyrale. L'huile d'olive provient de la pulpe du fruit pressée à froid, sans solvant. Elle contient de grandes quantités d'acides oléiques gras monoinsaturés, contribuant au succès du régime crétois. Dans la Grèce antique, l'huile d'olive était utilisée comme pommade pour traiter les courbatures, les ulcères ou le choléra. Riche en acides protéiques, phénols, sels minéraux, vitamines A, B, C et E, l'olive est un fruit d'hiver cueilli à partir de novembre. L'huile d'olive a des effets cholagogues et laxatifs, et sa teneur en vitamine A, vitamine E (150 mg/kg) et en acides gras mono-insaturés lui confère des propriétés bénéfiques, notamment sur le plan cardiovasculaire. Ses feuilles ont un effet diurétique, hypotenseur et vasodilatateur lié à l'oleuropéine. L'apport calorique de l'huile d'olive est de neuf calories par gramme.

L'Espagne produit le quart de la production mondiale d'huile d'olive, l'Italie en est la plus grande consommatrice, mais le Grec en utilise le plus, près de vingt litres par an par habitant. La Tunisie, la Turquie et la Syrie complètent la liste des grands pays producteurs.

Carte de répartition des figuiers et oliviers en Méditerranée

Les Communications avec les Défunts (VSCD) : L'Inouï Sous l'Ombre de la Réflexion

L'expression « à l'ombre du figuier » peut également évoquer, dans un sens métaphorique, un espace de réflexion et d'intimité où des expériences profondes et inexpliquées se manifestent. C'est dans ce cadre que peuvent être abordés les « vécus subjectifs de contact avec un défunt » (VSCD), ou « communication avec les défunts » (CAD). Ces expériences, bien que souvent reléguées au domaine des impressions ou des affabulations par les sceptiques, sont pour ceux qui les vivent des moments de soulagement et de connexion sensible, réelle, avec leurs proches décédés.

Dessin stylisé d'une ombre de figuier

L'Expérience Spontanée et ses Formes

Les VSCD sont des expériences spontanées, survenant sans l'intermédiaire d'un médium et le plus souvent dans les premiers jours ou semaines après le décès. Ces contacts avec les défunts sont rapportés par des personnes que l'on pourrait qualifier de « normales », ne se sachant douées d'aucun don paranormal. Les variations sont multiples, mais le sens global exprimé demeure fondamentalement le même : une impression d'être entouré de chaleur, une onde bienfaisante, un sentiment de paix, de joie et d'amour infini.

Les VSCD les plus courants se classent en plusieurs typologies :

  • Sensitif : Évocation d’une sensation inédite « d’enveloppement d’amour » et de chaleur intense, un sentiment de paix et de joie infini.
  • Tactile : On se sent touché par une présence qui parfois peut reproduire un geste familier du défunt. Sophie, la compagne d'un ami décédé, a ressenti fortement la présence physique de son compagnon dans son lit pendant environ cinq minutes, comme s'il la tenait dans ses bras.
  • Symbolique : Manifestations à travers des papillons, des oiseaux ou des arcs-en-ciel. Un oiseau qui cogne à la fenêtre le matin des funérailles peut être interprété comme un signe. La symbolique du papillon, dans la mythologie grecque, où l'âme acquiert des ailes de papillon, prend une dimension encore plus forte dans les dessins d'enfants ayant vécu en camps de concentration, où des papillons sont souvent représentés malgré la mort omniprésente.
  • Physique : Une lumière ou un appareil électrique qui s’allume ou s’éteint, une montre qui s’arrête définitivement à l’heure du décès. Un téléphone qui sonne en affichant le numéro de la personne décédée, sans personne au bout du fil, est un exemple troublant rapporté.
  • Visuel : Vision partielle ou complète du défunt.
  • Olfactif : Une odeur évoquant le défunt.
  • Rêves et intuitions : Le VSCD peut survenir aussi dans un rêve où le défunt transmet un message, ou une communication avant l’annonce du décès. Des personnes ont raconté avoir reçu la visite d'un défunt sans savoir qu'il était mort, éprouvant une forte sensation de présence ou une intuition du décès dans un rêve, alors qu'elles se trouvaient à des centaines de kilomètres du lieu du décès.
  • À travers le végétal : Une plante offerte par un frère décédé qui refleurit le lendemain de son décès, alors qu'elle était morte et sans soin depuis des mois, est un exemple surprenant.

Des Chiffres Parlants mais Peu de Recherches

L’expérience du « vécu subjectif de contact avec un défunt » ne serait pas si rare. Des études indiquent que 25% des Européens et 20 à 44% des Américains déclarent l’avoir éprouvée. En Europe, une large enquête menée dans 13 pays sur la télépathie, la clairvoyance et le contact avec les morts révèle des différences significatives par pays, avec des réponses positives variant entre 9% et 41% des sondés (l’Islande en tête avec 41%, la France à 24%). En moyenne, un quart des Européens reconnaît avoir eu un contact direct avec un être décédé. Aux États-Unis, les estimations prudentes annoncent 20% de réponses positives, mais certaines estimations avancent un pourcentage beaucoup plus élevé, notamment chez les parents et les enfants en deuil, les veufs et veuves.

Malgré ces chiffres élevés, la recherche dans ce domaine n'en est qu'à ses balbutiements. Le psychiatre français Christophe Fauré, spécialiste de la fin de vie et du deuil, constate qu'« à ce jour, il n’existe aucune équipe de chercheurs qui répertorient, de façon systématique, les récits de VSCD, en écartant ce qui est de l’ordre du psychiatrique (hallucinations, délires d’interprétations etc.) pour ne s’en tenir qu’à des faits tangibles. Les voies d’investigation sont désormais ouvertes… »

Le partage d'expériences personnelles de VSCD est une manière d'en attester, car beaucoup de gens craignent de passer pour des illuminés.

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