
Dans le monde du jardinage, et plus particulièrement en permaculture, la gestion des "déchets" est une philosophie à part entière. Un principe fondamental stipule que "tout déchet est une ressource inexploitée". Cette maxime prend tout son sens lorsque l'on considère les tontes de pelouse et le Bois Raméal Fragmenté (BRF), deux matériaux souvent sous-estimés mais qui constituent un véritable "or vert" pour le potager. Finis les allers-retours à la déchetterie; il est temps de transformer ces résidus en alliés précieux pour la fertilité de votre sol et la prospérité de vos cultures.
La tonte de pelouse : Une ressource éphémère et azotée
Ne jetez surtout pas vos tontes de pelouse, de gazon, de prairie ! Voilà un paillage fortement intéressant à considérer bien plus comme une ressource qu’un quelconque déchet. Vous êtes prévenu, après cet article, vous ne verrez plus vos tontes comme une corvée d’aller-retour à la déchetterie. Au contraire, vous allez vite comprendre à quel point elles sont un véritable or vert pour le potager !
Composition et propriétés des tontes
D’abord, les tontes de prairie, gazon, pelouse sont avant tout de l’eau ! L’herbe verte en contient facilement 80% qu’elle puise dans le sol. Le reste est un alliage de molécules organiques, notamment de la cellulose. D’être verte, fraîche, la tonte a l’avantage premier de contenir aussi de nombreux sucres hydrosolubles et très énergétiques. Et de l’énergie, il en faut pour nos cultures potagères !
Prenez une poignée de tonte dans vos mains et vous comprendrez vite qu’elle contient peu de carbone. C’est mou, humide, tendre, vert, peu structuré, sans rigidité aucune. Comparez avec un brin de paille qui lui est rempli de carbone et c’est un monde d’écart. La tonte possède un rapport Carbone/Azote (C/N) autour de 10 à 15. Elle contient 10 à 15 fois plus de carbone que d'azote, alors que la paille contient 100 à 150 fois plus de carbone que d'azote.
Conséquence ? Les molécules sont bien moins durables, bien moins difficiles à être brisées, à être digérées par la vie du sol. Le carbone joue moins un rôle de solidité, de fixation des minéraux. En seulement quelques semaines, quelques mois, votre paillage disparaîtra pour être réduit à l’état de minéraux essentiels qui eux vont nourrir nos cultures. À l’inverse, d’être une matière organique peu stable, peu carbonée, la tonte n’apportera guère d’humus pour votre sol de demain. Ce sont les matières très carbonées qui sont grandement pourvoyeuses d’humus. Voyez cette ressource organique comme un sucre rapide plutôt qu’un sucre lent. Ces pommes de terre auront le temps de bénéficier d’une partie des minéraux présents dans cette tonte.
Modes d'utilisation des tontes
La précaution à prendre quand on parle de tontes est la forte proportion en eau. Si vous accumulez une épaisseur trop conséquente (plus de dix centimètres), rapidement vous allez générer un milieu manquant d’oxygène. Les tontes vont fermenter, vont monter en température. Vous risquez de brûler vos cultures si la tonte est placée trop proche des tiges. Une couche opaque va se former.
Pour éviter cette nuisance qui causerait des dommages aux plantations, il faut se limiter à de petites épaisseurs de paillage si l'herbe est étendue fraîche, mais une fois séchée, elle permettra d'effectuer un paillage plus conséquent, à la fois nutritif et protecteur pour nos protégées.
Ne jetez pas vos tontes de pelouse !!!
Plusieurs options s'offrent au jardinier :
- Utilisation fraîche en couche mince : Premièrement, utilisez la tonte juste après avoir tondu, sans séchage, en paillage. Il faudra alors respecter une épaisseur de quelques centimètres maximum (2 à 5 cm). Cela permet de limiter la pousse des adventices. En plein été, il sera intéressant d’apporter de la tonte fraîche pour justement apporter un peu d’humidité au sol. Vous ne remplacerez pas un arrosage, mais vous permettrez à une certaine humidité résiduelle de persister au niveau du sol. Ces céleris et laitues ont droit à leur petit apport pour empêcher les herbes de pousser sur le rang, et garder le sol frais.
- Utilisation séchée en couche plus épaisse : Deuxième option, prenez le temps de faire sécher un peu la tonte pour faire évaporer la trop forte teneur en eau. L’idéal sera de l’étaler en andin sur une zone de stockage d’appoint, cela sur une épaisseur d’un maximum de dix centimètres. Une à deux fois par jour, il vous faudra oxygéner l’ensemble, remuer et en quelques jours vous aurez comme du foin (si ce n’est que les herbes sont fauchées moins hautes et contiennent généralement moins de carbone). Vous pourrez ainsi répandre cette tonte séchée en bien plus grande épaisseur, facilement sur dix à vingt centimètres.
- Tontes régulières par petites couches : Une autre méthode consiste à tondre votre jardin en plusieurs fois, et rajouter chaque fois une petite épaisseur (5 cm) sur vos planches. Déposez directement l’herbe coupée aux pieds de vos plantes et de vos arbres au fur et à mesure de la tonte.
- Paillage désherbant en couche épaisse : Le problème est la solution ! Si vous utilisez ce pouvoir désherbant pour créer de nouvelles zones de culture, en disposant une grosse épaisseur de tonte sur une prairie, vous allez détruire en partie les plantes poussant en dessous, grâce à la montée en température de la tonte. Après un bon mois, vous pourrez finir de désherber et planter directement dans votre terre nettoyée !
- Mélange avec des feuilles : Au potager d’Olivier, on a la chance d’avoir un vaste terrain enherbé avec quelques arbres voisins comme des tilleuls et des érables. Quand il tond, il récupère souvent quelques feuilles avec la tonte. Cela a pour avantage de procurer un paillage légèrement oxygéné, aéré par les feuilles plus rigides, plus dures, plus carbonées que ne l’est la tonte. Ainsi, il peut facilement faire sécher ce résultat de tontes et feuilles broyées ou le mettre directement en paillage au potager sur une épaisseur de quatre à cinq centimètres.
Quand et combien de tontes utiliser ?
La période pour utiliser cette ressource sera tout simplement en adéquation avec sa disponibilité. En effet, les tontes arrivent en grande partie au printemps et ce sera une période idéale pour les répandre en paillage au potager. En été, bien souvent la ressource diminue avec une forte chaleur, une humidité moins présente, des pluies plus rares.
En réalité, ce sera surtout la quantité que vous aurez de disponible qui déterminera la quantité que vous utiliserez ! Selon la surface à tondre, votre climat, la fréquence des pluies, la température, on parle souvent d’une surface vingt fois plus grande à tondre que celle qui pourra être paillée ! Alors, ne comptez pas que sur cette ressource sauf si vous veniez à avoir un très grand terrain en complément de votre potager.
Côté quantité, un bon paillage à base de tonte uniquement correspond à peu près à un bac de tondeuse par mètre carré de potager. C’est approximatif, les bacs ne font pas tous le même volume, mais vous le verrez facilement : toute la surface est recouverte avec une bonne épaisseur. Pour un potager de presque 200 m² cultivés, il faudrait 4000 m² de surface à tondre, ce qui est très loin d’un espace enherbé de tout juste 300 m² qui est déjà un grand luxe.
Pour ses tontes, Olivier choisit des parcelles pour lesquelles l’épaisseur des autres paillages (résidus de cultures, broyat, foin, paille…) est la moins conséquente. C’est aussi beaucoup "au feeling" selon l’endroit qui s’y prêtera le mieux, selon les cultures implantées, selon les semis de pleine terre à venir. Inutile de trop pailler une parcelle qui va accueillir un semis dans les jours à venir.

Tontes et biodiversité : Une approche équilibrée
Presque par évidence, essayez de ne pas tondre l’entièreté de votre espace de prairie, de pelouse. De laisser pousser l’herbe, les plantes, les fleurs, vous allez favoriser un hébergement pour la biodiversité. Tout comme ces feuilles mortes que l’on ramasse parfois et qu’il est utile de laisser en partie pour les macroorganismes, qu’ils puissent s’y cacher, s’en nourrir. C’est pareil avec les tontes.
Non ! Les ronces n’arrivent pas à s’installer si on fauche au moins une fois par an. C’est dans ces espaces laissés sauvages que les insectes et en particulier les auxiliaires pourront rester et prospérer dans votre jardin. Vous aurez donc des bénéfices directs, à savoir une meilleure prédation des ravageurs de culture par les auxiliaires. Et au final, vous pourrez quand même récupérer une bonne partie de cette matière lorsque vous réaliserez votre fauche annuelle.
Si vous avez une prairie fleurie plutôt qu’une pelouse, tant mieux ! C’est beau, diversifié et représente un hôtel cinq étoiles pour la biodiversité. Néanmoins, il faudra faire attention à vos tontes lorsque les fleurs sont en graines. Vous risquez d’emmener toutes ces graines dans votre potager. L’idéal est de pailler par-dessus avec d’autres paillages pour éviter toute germination par la suite. Ou sinon, vous saurez prendre le temps de désherber par moment votre terre pour éviter trop de concurrence d’herbes et de plantes indésirables. Guillaume avoue que c’est quelque chose auquel il ne prête guère attention. Ainsi, il tond à n’importe quel moment, tant qu’il a besoin de paillage, et il ne s’est jamais retrouvé envahi d’une herbe en particulier.
Tontes et compostage
Pour composter, il faut toujours raisonner dans un équilibre carbone/azote autour de 25 à 30. Vous vous souvenez pour les tontes ? On est beaucoup trop bas avec un rapport carbone/azote de 10 à 15. Les tontes sont trop azotées, trop humides, trop peu rigides. En automne, vous aurez peut-être facilement accès à des feuilles mortes qui feront l’affaire. Une poignée de feuilles pour deux poignées de tontes et le tour est joué. Au printemps, vous pourrez trouver quelques brindilles, des feuilles mises de côté à l’automne, un peu de foin, paille, broyat, sciure, carton… Vous obtiendrez alors au final un beau compost végétal plus concentré encore en énergie que ne peut l’être un simple paillage de surface.
Pourquoi ne pas diversifier vos pratiques et user d’une partie de vos tontes pour du paillage et une autre partie en compost ? Mais privilégiez tout de même le paillage. L’énergie ira directement et entièrement au sol, à un moment où il en a bien besoin.
Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) : La richesse de la forêt dans votre jardin

Le Bois Raméal Fragmenté (BRF), une technique écologique et économique venue du Canada, est une véritable révolution. Ce mélange de copeaux de bois frais est la clé pour reproduire la richesse de l'humus forestier dans son jardin. Le BRF, c’est moins - voire plus du tout - de labour, d’arrosages, d’engrais, de pesticides, pour des plantes en pleine santé sans rien faire ! Et tout ça gratuitement !
Définition et bienfaits du BRF
Le Bois Raméal Fragmenté - ou BRF - est un mélange de résidus de broyage de rameaux de bois frais et de jeunes branches. À sa sortie du broyeur, il est rapidement répandu sur le sol en couche épaisse. Riche en lignine, nutriments, sucres, protéines, celluloses, tanins, il va reproduire le cycle naturellement présent en forêt. En se décomposant, il attire les champignons qui eux-mêmes attirent la pédofaune du sol. Une symbiose se met en place. Le cycle de vie de la pédofaune engendre la vie et la mort d’êtres vivants qui restituent à la terre leur eau biologique, c’est pourquoi la terre est souple et toujours légèrement humide. De l’humus se crée : une matière souple, saine, aérée, riche en carbone organique, qui absorbe et retient l’eau.
Les qualités du BRF sont nombreuses :
- Restauration des sols : Le BRF restaure les sols de culture épuisés. Votre terre devient fertile, facile à manipuler, souple. Elle ne réclame plus de labourage.
- Économies d'eau et d'intrants : Vos cultures s’épanouissent avec moins - voire plus du tout - d’apport d’eau, d’engrais et même de pesticides.
- Protection contre les "mauvaises herbes" et les maladies : En effet, les mauvaises herbes et les maladies sont neutralisées dans ce sol.
- Amélioration de la structure du sol : Contrairement au foin ou aux feuilles mortes qui se décomposent rapidement sans vraiment structurer le sol, le BRF agit comme une éponge : il retient l’humidité, limite l’érosion et améliore la capacité du sol à stocker les nutriments. En se décomposant, il stimule l’activité des champignons et micro-organismes, qui transforment la matière en humus fertile. Résultat ? Un sol plus vivant, plus stable et surtout plus riche, capable de nourrir les plantes sur le long terme.
Les limites du BRF et comment les gérer
Le BRF peut entraîner des dérives : coupes massives d’arbres verts en forêt, nombre croissant de broyeurs en déchetterie… Cela pourrait toutefois être évité : les broyeurs peuvent être achetés dans le cadre d’une association de jardiniers, les entreprises peuvent louer leur broyeur, les élagueurs peuvent fournir des copeaux de bois…
Il est important de noter que le BRF ne peut être composté.
Un des principaux inconvénients du paillis de BRF est la faim d’azote, même si elle sera moindre qu’avec des copeaux de bois secs. Cette faim d’azote a lieu en surface du sol, en début de dégradation, car les bactéries et micro-organismes qui décomposent la matière organique carbonée prélèvent l’azote présent en surface du sol, sous sa forme minérale, pour l’utiliser comme « carburant » en quelque sorte dans leur processus de décomposition. L’azote prélevé n’est donc plus disponible en surface pour les jeunes plantes cultivées qui peuvent montrer des signes de carences comme le jaunissement du feuillage, des baisses de rendements les premiers mois après la mise en place du paillage de BRF ou encore des difficultés à croître.
Cependant, pas d’affolement outre mesure avec la faim d’azote, car elle ne se produit qu’en surface, cela ne dérangera donc pas les plantes vivaces déjà bien installées. Et pour ne pas en subir les effets au potager où cela peut poser problème, il suffit d’anticiper l’installation de son paillage de BRF pour que celui-ci soit déjà bien décomposé au moment où on devra y installer les jeunes et fragiles plants potagers !
Notre expérience nous a prouvé que certains ravageurs appréciaient tout particulièrement ce paillis chaud et humide. Vous veillerez alors à ne pas mettre cette couche épaisse de BRF trop près du tronc des arbres, arbustes, et plus généralement des collets des végétaux afin de permettre leur respiration. Pour les arbres notamment, vous pourrez laisser un espace d’environ 30 cm entre le tronc et votre paillage épais de BRF. Vous pouvez aussi, selon les dimensions des arbres à pailler, installer cette couche épaisse de BRF uniquement en cordon tout autour de l’arbre sur la ligne d’égouttement de celui-ci.
Comment obtenir et utiliser le BRF
- Dans votre jardin : Entre novembre et mars, vous avez effectué la taille de vos arbres et arbustes. Que faire de tous ces déchets de taille ? Brûler le bois mort et récupérer les cendres pour enrichir les cultures. Et le bois vert ? Conservez pour le BRF tous les rameaux de bois verts et les jeunes branches de feuillus, de moins de 7 cm de diamètre. Privilégiez les bois nobles : chêne, châtaignier, érable, hêtre, acacia… Évitez les grosses branches et le bois des résineux : pin, épicéa, thuya… Broyez-les et récupérez à la sortie du broyeur dans un grand sac ou une bâche. N’attendez pas pour l’utiliser au jardin ou au potager !
- Chez les élagueurs : Vous pouvez récupérer auprès d’élagueurs professionnels soit des rameaux de bois, soit des copeaux de bois. Étant donné qu’ils payent une taxe pour pouvoir se débarrasser de leurs déchets de taille dans les déchetteries, ils sauront tout à fait disposés à vous les céder gratuitement. N’hésitez donc pas à prendre contact avec les élagueurs de votre commune.
Juste après le broyage, épandez sans attendre le BRF sur votre sol de culture en couche épaisse d’au moins 3 cm. En février, griffez légèrement le sol pour incorporer le BRF à la terre de surface. Et mettez en place vos plants ou semez directement dessus au printemps.
On ne fait pas un bon BRF au hasard. On utilise de jeunes rameaux de l'année, et uniquement avec des branches d'arbres feuillus (noisetier, châtaignier, tilleul, chêne, etc…). Enfin, le "vrai" Bois Raméal Fragmenté doit être composé de résineux que de 20 à 25% maximum. Pourquoi cette composition ? Parce que les jeunes rameaux feuillus sont riches en nutriments et en sucres solubles, ce qui favorise la vie microbienne et la fertilité du sol. Les résineux, en trop grande quantité, apportent beaucoup de tanins et de lignine, ce qui ralentit leur décomposition et peut acidifier le sol.
Le paillage : Un couteau suisse pour le jardinier permaculteur

Si tu veux un jardin riche et productif, tu dois être capable de recréer ce cycle naturel de régénération au sein même de ton jardin ! C'est la raison pour laquelle la question du paillage est essentielle. Si tu es ici, c'est que tu es dans la bonne démarche, mais tu te demandes probablement comment pailler ? Quand ? À quoi ça sert ? Quel paillage choisir ? Quel paillage est adapté à ton sol ? Où en trouver ? Pas de panique. J'aimerais également te rappeler le principe de permaculture n°5 : "Utiliser et valoriser les ressources et les services renouvelables".
En permaculture, un principe dit que "un élément doit remplir plusieurs fonctions et qu'une fonction doit être remplie par plusieurs éléments". C'est-à-dire que tu vas faire en sorte d'intégrer à ton jardin un maximum d'éléments qui ont plusieurs fonctions. Bonne nouvelle, le paillage est un excellent couteau suisse pour ton jardin. C'est-à-dire qu'à lui seul, il remplit tout un tas de fonctions.
Protection du sol et régulation thermique
Appliquer un paillage dans son jardin ou son potager, c'est avant tout appliquer une couverture par-dessus son sol. Une couverture qui le protège du froid et du gel en fin de saison. De plus, cette couverture agit comme un isolant efficace en été pour maintenir ton sol frais et humide. D'ailleurs, même si, selon moi et aussi surprenant que cela puisse paraître, en été le meilleur paillage reste "la mauvaise herbe". Effectivement, j'ai pu constater qu'avoir la main lourde sur un paillage qu'on vient, en plus, arroser généreusement en pleine canicule, peut être contre-productif. Pourquoi ? Car les micro-organismes du sol ont besoin d'air pour vivre et pour continuer leur travail de décomposition de matière organique. Pour se transformer en bonne terre, la matière organique a besoin de ces micro-organismes.
Nous venons de voir que ton paillage a un impact sur la température de ton sol. Nous avons vu qu'un paillage protège ton sol des grandes oscillations de températures extérieures. Toujours dans cette notion de "protection", ton paillage protège également le sol de la pluie, des coulées et des ruissellements d'eau. Pareil pour le vent. On appelle ces phénomènes : l'érosion. L'érosion est un processus naturel par lequel les matériaux de la surface terrestre, comme le sol, les roches, et les sédiments, sont dégradés et transportés d'un endroit à un autre par l'eau, le vent, la glace, etc. Pour schématiser, le paillage réduit l’impact des gouttes de pluie qui, sans lui, frappent directement le sol et le désagrègent. Il freine également les flux d'eau en surface, évitant d'emporter le sol à son passage.
Préservation de l'humidité
L'eau, c'est le nerf de la guerre. Le paillage joue un rôle essentiel ici, car il préserve l'humidité en diminuant l'évaporation de l'eau. Tout ça, pour préserver le jardinier permaculteur de moult corvées d'arrosages… Un autre truc concernant l'humidité de ton jardin : plus il fait chaud et venteux, plus ton jardin sèche vite. Effectivement, la chaleur accélère le réchauffement de l'air, du sol et de l'eau qu'il contient. Cet assèchement débute en surface et a pour conséquence d'accélérer l'assèchement en profondeur et de diminuer la capacité de la plante à faire de la photosynthèse, car plus l'air est sec, plus la photosynthèse est ralentie. Mais quand le vent souffle, pour conserver l'eau, elle ferme ses stomates. Ce qui a pour conséquence qu'elle ne peut plus absorber le dioxyde de carbone de l'air pour faire sa photosynthèse.
Fertilisation du sol et vie microbienne
En haut de cet article, je parlais de paillage vivant, de matière organique. Quoi qu'on en dise, le paillage joue un rôle essentiel dans la fertilisation des sols. C'est lui qui nourrit la vie du sol, et le produit de tout ça : c'est une terre fertile. Fertile, car c'est grâce au travail des micro-organismes du sol que les nutriments deviennent assimilables par les plantes. Exemple : pendant des millions d'années, la vie du sol n'était pas capable de digérer la matière organique. C'est ce qui a donné le charbon. Dans son livre "Le génie du sol vivant", Victor Renaud nous rappelle que c'est grâce à la vie du sol que ce dernier est fertile. Cette phrase est fausse, car ce sont les cellules qui constituent notre organisme. Pour les plantes, c'est pareil. Ce sont les micro-organismes du sol qui font que la plante existe. Ce sont les micro-organismes qui font le travail de transfert de réserve nutritive vers les plantes. Le sol est un organisme vivant à part entière.

Limitation des adventices
J'ai failli l'oublier celle-là ! La traditionnelle mauvaise herbe. D'ailleurs, s'il y a bien une raison pour laquelle le paillage est entré dans les mœurs des jardiniers aux débuts des années 2000, c'est bien pour se débarrasser de cette mal-aimée. Si tu me découvres, saches que j'ai un penchant pour cette dernière. Pour germer, une graine a besoin d'un certain taux d'humidité, d'une certaine température et d'une certaine intensité lumineuse (et possiblement d'un tas d'autres trucs qu'on ne maîtrise pas encore). C'est la raison pour laquelle quand tu appliques une bonne couverture de sol, elle se retrouve privée de lumière, et donc, ne germe pas. C'est ainsi que, en tant que jardinier paresseux, on en arrive à pailler le plus possible. Bref, plante serré et paille généreusement ton jardin pour diminuer l'arrosage et le désherbage. Travailler moins, gagner plus.
Esthétique et autonomie
Quoi qu'on en dise, la question de l'esthétique a son importance. Même dans une démarche permaculturelle où, contrairement à une démarche de jardin classique où l'on va chercher à "faire beau", on va s'intéresser à son jardin en termes d'utilité et d'efficacité. En permaculture, on cherche à diminuer toutes les énergies qu'on doit importer de l'extérieur. C'est la raison pour laquelle je t'invite ici à réfléchir comment est-ce que tu pourrais produire ton propre paillage ? Pas de panique, tu trouveras déjà quelques pistes dans les différents paillages que je vais te présenter.
Choisir le bon paillage : Azoté ou carboné ?
Avant de parler des paillages organiques, petits rappels sur la différence entre un paillage azoté et un paillage carboné. Un paillage carboné est riche en carbone : il se compose de matières sèches et dures comme la paille, les copeaux de bois, les feuilles mortes ou le carton. Un paillage azoté, lui, est riche en azote : il vient de matières vertes et fraîches comme les tontes de gazon, les résidus de légumes ou les feuilles jeunes. L’idéal ? Un mélange des deux !
J'en profite du coup pour te faire un rappel sur ce qu'est la faim d'azote. En gros, c’est ce qui se passe quand tu utilises uniquement un paillage riche en carbone, comme la paille ou les copeaux de bois. Étant riches en carbone, ces matières ont tendance à affamer les micro-organismes du sol, plutôt friands en azote. Ce qui a pour conséquence d'épuiser le stock d'azote de ton sol.
Les paillis de courte durée de vie (azotés)
Les paillis de courte durée de vie sont composés de feuilles tendres (tilleul, noisetier, robinier, charme, prunus, etc.), de tontes, de brindilles vertes ou encore de fougères. Riches en azote, ils se dégradent en quelques semaines et produisent un humus actif et nutritif. Utilisez-les partout, mais surtout sur les cultures à cycle court, au potager ou pour les plantes annuelles, afin de nourrir le sol.
- Tonte de pelouse : Comme tu le sais, la tonte de pelouse est une ressource (presque) gratuite (ça coûte quand même l'effort de la couper !). De plus, c'est une ressource qu'on trouve dans tous les jardins sans exception. L'inconvénient, c'est qu'on n'en trouve pas toute l'année. Mais tu peux compléter cette carence hivernale par des feuilles mortes ! Un autre inconvénient, c'est que ça se dégrade assez vite. Ne compte pas sur le gazon pour apporter de la structure et de l'azote durable pour ton sol. Enfin, si tu tonds ton gazon lorsqu'il est arrivé en graines, sache que pailler ton potager avec, va inévitablement déposer ces graines sur ton sol. Si tu tonds un parterre de pissenlit ou de plantain et que tu aimes utiliser ces plantes, ce n'est pas un problème. Par contre, si tu tonds un parterre de ray-grass anglais, gare aux mauvaises herbes si tu l'étales au potager. Pour les allées, me dirais-tu ? Certes, la pelouse chauffe, et ça peut être un problème si tu pailles des plantes sensibles à la chaleur (dans ce cas évite le contact direct du paillage avec tes plantes), mais dans d'autres cas, c'est un avantage. Le paillage de gazon réchauffe ton sol et prépare à accueillir les premières germinations de laitue, de carottes ou de radis. Les légumes feuilles, comme la laitue ou les épinards ont une croissance rapide, gourmande en azote. Pour ces derniers, la tonte en guise de paillage leur conviendra parfaitement !
- Foin : Le foin, c’est de l’herbe coupée et séchée qui sert principalement à nourrir les animaux, comme les vaches, les chevaux ou les chèvres. C'est un paillage très apprécié. Il est facile à manipuler, facile à trouver et il conserve bien l'humidité. Un paillage efficace à court terme : Il protège le sol du dessèchement, limite la croissance des mauvaises herbes et conserve l’humidité, surtout en été. Un potentiel abri à limaces et escargots : Comme tous les paillages, le foin peut rapidement se transformer en un nid à limaces. Le foin reste un bon paillage pour passer l'hiver, mais n'oublie pas qu'il se dégrade rapidement.
Les paillis de longue durée de vie (carbonés)
Les paillis de longue durée de vie sont les paillis de feuilles coriaces (platane, lierre, érables, laurier-sauce…), de copeaux de bois, d’écorces, de tailles d’arbre et de haies, de coques de noix et noisettes…. Riches en lignine, ils peuvent mettre un an ou plus à se dégrader. Ils ne sont pas très nourriciers, mais structurent durablement le sol et sont stables. Utilisez-les plutôt pour les plantes pérennes : arbres, arbustes, massifs de vivaces, pour structurer le sol.
- Feuilles mortes : Comme le gazon, les feuilles mortes sont quasi gratuites et tu peux en trouver dans (presque) tous les jardins riches et sains. L'avantage, c'est que tu en trouveras dans les périodes où le gazon se fait rare, et vice-versa comme on l'a vu plus haut. Pareil, ce n'est ni un avantage, ni un inconvénient : c'est une caractéristique. Exemple : si ton but c'est d'appliquer un paillage qui vient protéger et nourrir ton sol sur le long terme, dans ce cas préfères les feuilles à décomposition lente comme le platane, le chêne ou le châtaignier. Autres "vrais inconvénients" qui ont failli m'échapper : c'est que les feuilles ont tendance à s'envoler au moindre coup de vent.
- Paille : La paille est ce qu’il reste des tiges des céréales (blé, orge, avoine…) après la récolte des grains. On l’utilise souvent comme litière pour les animaux, car elle absorbe bien l’humidité, mais aussi comme paillage au jardin. Le fait que la paille soit constituée de tiges creuses en fait un super isolant (idéal pour passer l'hiver). Pourquoi elle isole mieux que le foin ? Si la paille que tu récupères provient de cultures conventionnelles, elle peut contenir des résidus de fongicides (utilisés pour la conservation du grain) ou d’herbicides (utilisés pour faciliter la monoculture). Pour éviter ces risques, mieux vaut choisir de la paille issue de cultures biologiques ou bien se renseigner sur son origine avant de l’utiliser au jardin.
- BRF (Bois Raméal Fragmenté) : C’est un paillage naturel fait de petits morceaux de jeunes branches fraîchement broyées. L'avantage du BRF, c'est que tu n'as pas besoin de mettre trop épais. L'inconvénient, c'est qu'il est long à se dégrader et qu'il peut, lui aussi, provoquer une faim d'azote. Le BRF est une bénédiction si tu as un sol pauvre, léger et sableux.
Paillis riches et structurants
Oui, on peut considérer le compost, le lombricompost et les fumiers comme des paillages. D'ailleurs, dans la forêt, on appelle ça l'humus. L'avantage de ce paillage, c'est qu'il enrichit ton sol en nutriments, ce qui en fait un excellent paillis pour ton potager et tes arbres fruitiers. Si tu cultives des pommes de terre, tu peux aussi faire une sorte de culture en lasagnes en alternant des couches de gazon frais et de compost, dans lesquelles tu plantes tes patates. Question : si enrichir son sol avec du compost, du lombricompost et du fumier fonctionne si bien et ressemble au modèle de la nature, pourquoi ne pas en mettre de partout ?! Le fumier de cheval : c'est la base ! Enfin, n'oublions pas que l'excès n'est jamais bon dans la nature. Un écosystème sain est un écosystème où il n'y a pas de déchets. Où toutes les ressources sont utiles pour les uns et pour les autres. Où chaque ressource est présente en quantité suffisante pour ne pas devenir un déchet.
Pour finir, sache que ces paillis très riches ont tendance à vite sécher au soleil et à former une croûte qui peut empêcher l'eau de pluie de pénétrer correctement dans le sol. De plus, cet assèchement peut aussi appauvrir le compost en nutriments, ce qui lui enlève tout son charme. Pour remédier à ça, tu peux ajouter un paillage carboné par-dessus comme la paille ou du foin.
- Paille de chanvre : Fut un temps, la paille de chanvre était à la mode. Aujourd'hui, c'est moins le cas, mais est-ce vraiment un bon paillage ? Réponse : oui. J'ai testé la paille de chanvre à de nombreuses reprises et ça fonctionne plutôt bien. Le seul hic, c'est que comme le compost et compagnie, c'est une denrée rare. Même très rare ! Tu en trouves dans les jardineries, mais ça peut vite devenir chère. Après, si tu as des agriculteurs qui cultivent le chanvre autour de chez toi (comme dans la Drôme et l'Ardèche), ça peut être une ressource intéressante. La paille de chanvre est également facile à appliquer. Dernière remarque en ce qui concerne la paille de chanvre : un peu comme le compost, c'est un paillage qui a tendance à former une croûte en séchant. Par contre, ça ne pose pas de problème en ce qui concerne l'infiltration de l'eau, au contraire !
Tu as tout un tas d'autres paillages que je ne vais pas citer comme la peau de mouton, les chutes de toile de jute, de la sciure de bois, etc. Toutes les matières organiques (ou presque) sont bonnes à utiliser en paillage.
Astuces et bonnes pratiques pour le paillage
Il peut être utile de mélanger et/ou alterner ces différents paillis pour équilibrer les apports et éviter des excès nuisibles tels que :
- l’accumulation de bois, qui se dégrade lentement et est peu nourrissant ;
- l’acidification des sols due à l’épandage régulier de résidus de conifères ;
- la dégradation trop rapide de résidus riches en eau et fins (tontes de gazon) ;
- l’entretien ou la propagation de maladies, dus à l’utilisation sur place (ou sur des plantes de la même espèce) de débris de végétaux malades.
Voici quelques astuces supplémentaires :
- Désherbez avant de pailler. Les vivaces indésirables (chiendent, pissenlit, liseron, etc.) doivent être éliminées (racines et rhizomes compris), car le paillis n’empêchera pas leur pousse.
- Faites, si possible, un léger apport de compost avant le paillage.
- Faites de préférence légèrement sécher les paillis riches en eau (gazon, herbe, etc.) avant de les épandre.
- Étendez des couches de paillis de 3 à 5 cm environ (davantage pour les feuilles mortes) aux pieds des plantes, sur un sol ameubli et décompacté.
- N'enfouissez pas le paillis.
- Ne recouvrez pas le collet des plantes.
- Arrosez une fois le paillage mis en place.
- Rajoutez du paillis pour conserver l’épaisseur initiale.
- Ne paillez pas par vent fort car le paillage risque de s’envoler.
- Ne paillez pas quand le sol est gelé car le paillis freine le réchauffement.
- Le paillis peut aussi être laissé sur place, sans manutention (tonte laissée sur le gazon, mais il faut que les débris soient très fins et la couche peu épaisse).

La production autonome de paillage
En permaculture, le zonage est généralement un zonage géographique sur tes habitudes de déplacements au sein de ton lieu de vie. Mais tu peux aussi le retrouver en dehors de ce dernier, au sein de tes habitudes de déplacements. Pour trouver du paillage gratuitement, prends le temps de faire cette analyse sous forme de tableau ou simplement de liste. Commence par lister tous les lieux en te concentrant sur chaque zone. Ensuite, réfléchis pour chaque lieu si tu peux trouver du paillage gratuit (ex : carton, taille de végétaux, paille, foin, papier kraft, feuilles mortes, etc…).
Petit conseil pratique : lorsque vous taillez vos arbres ou haies, ayez toujours en tête les périodes de taille plus favorables aux oiseaux pour éviter de les perturber dans leurs nidifications - jamais entre mars et fin août.
Complémentarité des paillages et amendements
Dans certaines situations, il sera difficile d’imaginer pouvoir satisfaire les besoins de certaines cultures qu’à partir d’un paillage de tontes. Surtout celles les plus gourmandes, poivrons, aubergines, tomates, choux et autres cultures de plein été. De plus, il y aura une part d’aléatoire comme bien souvent quand on jardine de façon biologique, quand on jardine par le sol. Si celui-ci est humide, oxygéné, idéalement texturé de sable, limon, argile, il saura bonifier au mieux un apport de tontes.
Au potager d’Olivier : il complète ses paillages avec bien d’autres apports pour maintenir à la fois une fertilité en nutriments et développer un humus stable dans son sol. Il apporte des composts grossiers de fumiers, de végétaux, parfois même des engrais organiques pour répondre ponctuellement aux besoins des cultures les plus gourmandes. Il a parfois un sol sec de par son climat, qui ne fonctionne pas suffisamment pour libérer de la richesse minérale. Alors parfois il faut l’aider. Avec un sol constamment humide, souvent l’alliage de paillages et composts suffit à nourrir toutes les cultures du potager. Parfois même, un épais paillage diversifié de matières azotées et carbonées (tontes, feuilles, foin, paille, broyat…) se suffit de lui-même.
Prenez le temps de pailler et nourrir votre sol avec vos tontes de pelouses. Cela évitera des trajets à la déchetterie ou même au compost. Simplement épandu sur le sol en faible ou plus grosse épaisseur selon le taux d’humidité, ce paillage gratuit ne pourra qu’apporter un effet bénéfique à votre potager.