Assainissement Non Collectif et Toilettes Sèches : Solutions Adaptées aux Contraintes Spécifiques du Terrain

Plan de Prévention des Risques d'Inondation

L'assainissement non collectif (ANC) représente une solution essentielle pour les habitations non raccordées à un réseau d'assainissement collectif. Cependant, la mise en œuvre de ces systèmes est souvent confrontée à une multitude de contraintes techniques et environnementales. Cet article propose d'explorer les défis fréquemment rencontrés et les solutions existantes pour adapter les installations d'ANC à diverses situations, en mettant un accent particulier sur la gestion des toilettes sèches, notamment en zones à risque.

Le Cadre Réglementaire de l'Assainissement Non Collectif

La conformité des installations d'ANC est encadrée par une réglementation stricte. Lors de demandes de certificat d’urbanisme, de déclaration préalable ou de projets de lotissement concernant une parcelle vierge à viabiliser, un avis de contrôle de faisabilité d’implantation d’ANC est requis. Il notifie si la parcelle est techniquement et réglementairement apte à recevoir un type spécifique de filière d’ANC. Pour les projets de construction, d'extension, de demande de permis de construire, de déclaration de travaux, de réhabilitation, de permis d’aménagement ou de lotir, un avis de contrôle de conception et d'implantation d’ANC est également nécessaire.

Ces contrôles sont obligatoires et périodiques : tous les 5 ans pour les installations non conformes et tous les 10 ans pour les installations conformes, afin de garantir le bon fonctionnement de toutes les installations d’ANC communales. Seules les installations d'ANC récemment contrôlées conformes par le SPANC (Service Public d'Assainissement Non Collectif) - contrôle de réalisation - et celles dont l’immeuble sera prochainement raccordé au réseau d’assainissement collectif - d’ici 2 ans - ne sont pas concernées par ce contrôle. Il n'y a aucune obligation pour l’usager d’adhérer à un service d’entretien, mais le principe de regrouper les demandes d’entretien permet de bénéficier d’un tarif plus intéressant avec une garantie sur la qualité de la prestation par le choix d’une entreprise agréée après consultation publique.

Les contraintes techniques pour la conception et le dimensionnement d'une installation d'assainissement individuel sont nombreuses. Certaines de ces contraintes limitent les solutions d’épuration possibles, tandis que d'autres remettent en question la faisabilité même de l’assainissement non collectif.

Assainissement Individuel et Petites Surfaces : Naviguer les Distances Réglementaires

Les Exigences de Distances

Selon la norme NF DTU 64.1, l’implantation d’une installation d’assainissement individuel doit respecter certaines distances minimales. Il est notamment requis de maintenir 3 mètres de toute limite de propriété et 5 mètres de tout ouvrage fondé, comme un bâtiment d’habitation ou une piscine. De plus, une distance minimum de 3 mètres est généralement requise par rapport à tout arbre. Ces distances réglementaires, lorsqu'elles sont appliquées sur des terrains de petite surface, peuvent rapidement compromettre la pratique de l’assainissement non collectif. Cela est valable à condition que la perméabilité du sol soit au moins égale à 10 mm/h.

Schéma des distances réglementaires en assainissement individuel

Solutions pour les Petits Terrains

Sur un terrain de petite taille, le défi majeur est de trouver suffisamment d'espace pour un système réglementaire. Si la parcelle est insuffisante, il est impératif d'étudier la possibilité d’évacuer les eaux usées sur une parcelle attenante, ou même plus éloignée, via une pompe de relevage par exemple. Si aucune autre parcelle n'est disponible, il peut être nécessaire de se rapprocher des propriétaires mitoyens pour envisager la mise en place d'une servitude d’épandage sur leur terrain.

En dernier recours, il faut avoir recours à des solutions alternatives, en concertation avec le SPANC. Ces solutions, bien qu'elles ne soient pas toujours strictement réglementaires, sont acceptables d'un point de vue technique et améliorent la qualité du traitement de l'eau. Par exemple, il est envisageable de mettre en œuvre une unité de traitement compacte (type microstation) dans une cave ou une petite cour, puis d’évacuer les eaux traitées dans un ruisseau ou un réseau pluvial. Certains produits, assemblables en kit, permettent ce type d’installation.

L'Assainissement Individuel sans Terrain : Stratégies d'Adaptation

Par définition, la pratique de l’assainissement individuel nécessite de disposer d’un minimum de terrain. Sans cela, il est impossible de concevoir une solution d’assainissement réglementaire. L'absence de terrain implique de penser "hors des sentiers battus" et de collaborer étroitement avec les autorités locales pour trouver des solutions innovantes et acceptables.

Exploitation des Parcelles Adjacentes ou Alternatives

La première piste est d'explorer la possibilité d'utiliser une parcelle attenante. Cela peut impliquer des négociations avec les voisins pour établir une servitude d'épandage. Une servitude est un droit qui permet à un propriétaire d'utiliser une partie du terrain d'un autre propriétaire pour un usage spécifique, dans ce cas, pour l'évacuation des eaux usées traitées. Cette démarche nécessite un accord formel et peut impliquer des compensations financières ou d'autres arrangements.

Dans certains cas, si une parcelle plus éloignée est disponible, une pompe de relevage peut être utilisée pour transporter les eaux usées vers le système de traitement. Ce système ajoute une complexité technique et des coûts d'entretien, mais il peut être la seule solution viable.

Solutions Compactes et Innovations Technologiques

Lorsque les options de terrain sont inexistantes, des solutions alternatives, souvent basées sur des technologies compactes, deviennent prépondérantes. Les microstations d'épuration sont des exemples de ces systèmes. Elles sont conçues pour être installées dans des espaces très restreints, comme une cave ou une petite cour. Ces unités traitent les eaux usées de manière intensive et peuvent permettre un rejet direct dans un milieu récepteur (ruisseau, réseau pluvial) si les standards de qualité sont atteints.

Il est important de noter que l'approbation de telles solutions par le SPANC est cruciale. Les produits assemblables en kit facilitent ce type d'installation, offrant une flexibilité précieuse. L'objectif est toujours d'améliorer la qualité du traitement de l'eau, même si les solutions ne rentrent pas parfaitement dans le cadre des réglementations traditionnelles. La concertation avec le SPANC est ici essentielle pour valider la démarche et s'assurer de la pertinence technique et environnementale de la solution choisie.

Installation et pose micro station 5EH sans épandage

L'Assainissement Individuel en Zone Inondable : Garantir la Permanence du Traitement

Caractérisation du Risque et Cadre Réglementaire

En régions Occitanie et PACA, de nombreux terrains sont inondables en raison de la remontée de nappe, du débordement de cours d'eau ou du ruissellement. Ce phénomène tend à s'accentuer avec l'imperméabilisation des sols liée à l'urbanisation et l'intensification des épisodes de précipitations méditerranéennes. Le rôle du bureau d'études est de caractériser le risque au cas par cas, afin de garantir durablement le bon fonctionnement de l'installation et donc la qualité du traitement.

En zone inondable, le choix du système d’assainissement non collectif dépend de l'importance du risque, évalué en étudiant le Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) communal. Celui-ci précise notamment la cote des plus hautes eaux sur le secteur d'étude, qui conditionne le choix des ouvrages, leur cote d'implantation, ainsi que celle des éventuels coffrets d’alimentation électrique.

Solutions Techniques Adaptées

Dans ce contexte, la principale difficulté est de garantir la permanence du traitement tout en évitant la destruction physique et/ou l'intrusion d'eau au sein de l'unité de traitement.

  • Faible risque d'inondabilité : En cas de faible risque, un système d'assainissement non collectif classique par tranchées d'infiltration peut être prescrit. Il est alors essentiel d'intégrer un clapet anti-retour pour éviter l'intrusion d'eau dans la fosse septique en amont, protégeant ainsi le système.
  • Risque plus élevé : Si le risque est plus élevé, les systèmes totalement étanches de type microstation sont généralement les mieux adaptés. À ce jour, seule la microstation Innoclair est agréée pour une pose en zone reconnue inondable (PPRI ou Atlas des Zones Inondables). Le fabricant s’engage sur l’absence de risque de déformation de son produit en cas d'inondation et garantit une remise en service sans frais supplémentaires.

Gestion des Remontées de Nappe Phréatique Hors Zone Inondable

Même hors zone inondable, si le terrain est concerné par un risque de remontée de nappe phréatique, l'installation d'assainissement non collectif traditionnelle adaptée associe une fosse septique toutes eaux à un tertre d'infiltration hors-sol. Cette solution est applicable sous réserve que le sol soit suffisamment perméable pour infiltrer les eaux à la base du tertre.

Il est également possible d'envisager la mise en œuvre d'une filière de traitement de type microstation ou filtre compact, qui offre une plus grande flexibilité en matière d'implantation et de résistance aux variations du niveau de la nappe.

L'Assainissement Individuel sur Terrain en Pente : Adapter les Systèmes

Schéma de l'assainissement sur terrain en pente

Il n’y a pas de contre-indication à la réalisation d’un assainissement individuel sur un terrain en pente. Cependant, l'inclinaison du terrain impose des adaptations spécifiques pour assurer l'efficacité et la pérennité de l'installation.

Pentes Modérées (Jusqu'à 10% de Déclivité)

Jusqu’à 10% de déclivité, si la nature du sol s'y prête, il est possible de mettre en œuvre tous types de systèmes d'assainissement traditionnels. Cela inclut les tranchées d'infiltration, les lits d'épandage, ou les filtres à sable. L'écoulement gravitaire reste alors généralement suffisant pour le bon fonctionnement des installations.

Pentes Importantes

Si la pente est plus importante, plusieurs stratégies peuvent être adoptées :

  • Terrassement : Il est possible de prévoir des travaux de terrassement en déblai/remblai pour réduire la pente localement, préalablement à la mise en œuvre de l'installation. Cela permet de créer une plateforme plus horizontale où le système d'assainissement pourra être installé de manière stable. Dans le cas de la création d'une plateforme, un nouveau contrôle des valeurs de perméabilité pourra être nécessaire pour s'assurer de la qualité du sol remanié.
  • Systèmes Compacts : Une autre solution consiste à mettre en œuvre uniquement les systèmes les plus compacts. C'est le cas de toutes les filières agréées par le Ministère de l'Écologie, comme les microstations ou les filtres compacts. Ces systèmes nécessitent une surface d'emprise réduite et sont donc plus faciles à intégrer sur des terrains accidentés. Le filtre à sable, dans la famille des filières d'assainissement "traditionnelles", peut également être adapté, souvent en version verticale drainée, pour minimiser l'emprise au sol et gérer les contraintes de pente.

L'expertise d'un bureau d'études est cruciale pour évaluer la faisabilité technique et économique de ces options, en tenant compte de la géologie du site et des contraintes réglementaires.

L'Assainissement Individuel sur Sol Argileux : Un Défi Majeur

Types de sols et perméabilité

Le sol argileux est probablement le facteur le plus limitant pour la pratique de l’assainissement non collectif en raison de sa faible perméabilité. Un terrain est considéré argileux si sa perméabilité est comprise entre 0 et 30 mm/h. Il est essentiel de distinguer trois classes de perméabilité pour déterminer la solution d'assainissement la plus adaptée.

Classes de Perméabilité et Solutions Associées

  • Perméabilité de 15 à 30 mm/h : Dans cette fourchette, l'épuration peut être assurée par le sol en place, au moyen d'une fosse septique et d'un champ d'épandage. Cependant, en raison de la perméabilité relativement faible, les linéaires d'épandage peuvent être importants, nécessitant une surface de terrain conséquente.
  • Perméabilité de 10 à 15 mm/h : À ce niveau de perméabilité, l'épuration ne peut plus être assurée efficacement par le sol en place. Seuls des systèmes traitant les eaux indépendamment du sol peuvent être installés. Cela inclut :
    • Le filtre à sable vertical drainé : Ce système permet un traitement des eaux en milieu artificiel, avec une infiltration potentielle des eaux traitées dans le sol, bien que les surfaces requises restent importantes.
    • Les filières agréées : Il s'agit des microstations ou des filtres compacts, qui offrent un traitement biologique ou physico-chimique des eaux usées avant leur éventuelle infiltration ou rejet.
  • Perméabilité de 0 à 10 mm/h : Dans ce cas de très faible perméabilité, l'infiltration d'eaux, y compris traitées, est à proscrire. Les eaux traitées doivent alors être évacuées vers un exutoire superficiel (cours d'eau, fossé) après avoir atteint des normes de qualité très élevées. Il est important de noter que dans certains départements comme le Gard et l'Hérault, où la prolifération des moustiques inquiète, ce rejet est soumis à des règles de plus en plus contraignantes, exigeant des traitements encore plus poussés pour éviter toute stagnation d'eau.

Face à ces contraintes, seule une étude de sol approfondie permet de définir la solution technique et économique la plus adaptée à la nature du sol, aux contraintes de l'habitat et aux souhaits du propriétaire. Des entreprises spécialisées comme LG2A peuvent accompagner les propriétaires en réalisant cette étude de sol obligatoire dans les départements du Gard, de l'Hérault, du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône.

Toilettes Sèches et Compostage : Principes et Pratiques en Zones à Risque

Compostage de toilettes sèches

Les toilettes sèches, qui fonctionnent sans apport d’eau de dilution ou de transport, sont une solution écologique et économique pour la gestion des déjections. Elles sont autorisées par dérogation aux articles 2 et 3 de l'Arrêté du 7 septembre 2009, modifié par l'Arrêté du 7 mars 2012, à la condition qu’elles ne génèrent aucune nuisance pour le voisinage, ni rejet liquide en dehors de la parcelle, ni pollution des eaux superficielles ou souterraines.

Le traitement des résidus médicamenteux, qui est absolument nul dans le cycle traditionnel du WC à eau et de l’assainissement collectif, et qui se rejette systématiquement en rivière, perturbant gravement tout le milieu aquatique superficiel et le cycle de l’eau potable, est considérablement amélioré par l'usage des toilettes sèches. En évitant de rejeter nos déjections dans le cycle aquatique et en les traitant par un cycle terrestre par compostage, on résout de manière significative ce problème majeur. Même si le compostage des matières de Toilette Sèche à litière ne traitait que 50% du problème, ce serait déjà 50% de mieux et de gagné sur les solutions traditionnelles actuelles, totalement inefficaces !

Exigences Réglementaires Concernant les Toilettes Sèches

Les toilettes sèches sont composées d’une cuve étanche recevant les fèces ou les urines. La cuve est régulièrement vidée sur une aire étanche conçue de façon à éviter tout écoulement et à l’abri des intempéries. En cas d’utilisation de toilettes sèches, l’immeuble doit être équipé d’une installation conforme à l'arrêté pour traiter les eaux ménagères. Le dimensionnement de cette installation est adapté au flux estimé des eaux ménagères.

L’article 17 de l’Arrêté du 7 septembre 2009 indique que le réceptacle collecteur des toilettes sèches doit être vidé "sur une aire étanche conçue de façon à éviter tout écoulement et à l’abri des intempéries." Pendant un certain temps, cette notion d’aire "étanche" a pu être ambiguë, certains techniciens SPANC comprenant que les aires de compostage devaient être étanches au sol.

L'Aire de Compostage et le Contact avec le Sol

Contrairement à une mauvaise lecture et interprétation du texte réglementaire, l'imposition de réaliser le compost domestique de Toilette Sèche sur aire étanche au sol est souvent aberrante et même néfaste pour un petit compost domestique. C’est justement cela qui produirait les « lixiviats » (rejet liquide noir infâme) que l’on cherche à éviter !

La première règle d’or du compostage est qu'il se fait en contact direct et intime avec la terre. Le processus biologique d’une très grande complexité a lieu grâce à la faune microscopique et macroscopique qui vit naturellement dans le sol. Le cycle de vie de ces organismes comporte des passages dans le sol et aussi dans le compost qui se trouve au-dessus. Il y a donc un échange continuel entre les deux.

Ainsi, l'aire de compostage peut être en contact avec le sol, à condition bien entendu de ne pas rejeter de liquides dans les eaux de surface. La pratique de composter dans une cuve étanche risque de créer les fameux écoulements qu’on voulait justement éviter. De plus, le compost n’est jamais couvert d’une feuille de plastique et ne se fait pas dans un trou. Ces techniques privent le compost de la faune aérobie du sol et de l’air. "À l’abri des intempéries" ne signifie pas non plus "toit étanche" !

Installation et pose micro station 5EH sans épandage

Exceptions pour les Zones à Enjeux Sanitaires ou Environnementaux

Le Guide d’Accompagnement des SPANC mentionne une exception prudente pour "les zones à enjeux sanitaire ou environnemental". Dans ces zones, les techniciens devront "vérifier l’étanchéité de l’aire de compostage (notamment à proximité des ressources en eau potable)".

Ainsi, en situation de nappe affleurante, en zone inondable, dans les périmètres de protection de captages d’eau potable ou à moins de 35 m d’un puits déclaré d’eau destinée à l’alimentation, il ne sera pas possible de réaliser une aire de compostage en contact avec le sol. Les « zones à enjeux sanitaire ou environnemental » sont également situées à proximité d’une pisciculture, d’une conchyliculture ou à moins de 35 mètres en amont d’un captage d’eau potable. Dans ces cas précis, des aménagements spécifiques garantissant une étanchéité absolue de l'aire de compostage sont indispensables pour prévenir tout risque de contamination.

Il est primordial pour les utilisateurs de toilettes sèches de bien comprendre ces nuances réglementaires et de consulter le SPANC local pour s'assurer de la conformité de leur installation et de leur pratique de compostage, en particulier dans les zones sensibles.

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