Le Parc du Morvan et la Plaquette de Paillage : Une Synergie pour la Préservation et le Développement Durable

Le Parc naturel régional du Morvan, un territoire où la forêt recouvre environ la moitié du territoire, est un écrin de biodiversité et de paysages en constante évolution. Au cœur des préoccupations de gestion de ce patrimoine naturel, la plaquette de paillage forestière et bocagère émerge comme un outil multifonctionnel, essentiel tant pour la valorisation énergétique que pour la préservation écologique et agronomique du territoire. Ce matériau naturel, issu de l'exploitation raisonnée des ressources ligneuses, incarne la synergie entre les objectifs de développement durable et la volonté de maintenir l'équilibre délicat des paysages morvandiaux.

Paysage forestier du Morvan avec des arbres

La Forêt Morvandelle : Un Patrimoine en Évolution et une Ressource Stratégique

La forêt morvandelle, composante essentielle du paysage, est le théâtre de profondes mutations. Le Parc s'attache à éviter les modifications radicales et l’uniformisation du paysage, notamment à travers le maintien des fonds de vallée ouverts et des préconisations sylvicoles. Ces dernières s’accompagnent d’une volonté de plus grande maîtrise du foncier forestier par les collectivités.

En 1999, un « Cahier de recommandations à l’usage des sylviculteurs pour une approche paysagère de la production en forêt morvandelle » a été édité par la Préfecture de Région Bourgogne. Bien que tombé dans l'oubli suite aux tempêtes de cette même année, son contenu est toujours d’actualité et peut être mis à profit dans les documents de gestion forestière. Sur la base de ce cahier, des fiches techniques ont été conçues et sont disponibles auprès du Parc ou du CRPF. Elles abordent des sujets cruciaux tels que la réalisation de la première éclaircie en peuplement résineux sur versant, la réalisation d'une coupe rase sur versant, le choix et la répartition des essences pour un projet de reboisement, le traitement d'une lisière de peuplement résineux, et le traitement d'un élément particulier dans le paysage.

L’acquisition foncière est également un outil majeur de maîtrise du paysage pour le Parc. Des outils existent pour aider les collectivités à acquérir du foncier, notamment forestier. Le Parc agit en partenariat avec la Safer pour accompagner les communes dans l’acquisition des biens sans maître, ou encore pour suivre les transactions grâce à la plateforme Vigifoncier. Des outils financiers sont également à disposition des communes pour acquérir du foncier. La réglementation des boisements, outil de gestion de l’espace, est élaborée en partenariat avec le Conseil Départemental de la Nièvre, et le Parc peut accompagner les communes dans la création ou la révision de leur réglementation.

La gestion concertée en site classé, comme sur les sites du Mont Préneley et du Mont Beuvray, est menée conjointement par le Parc et le CRPF, avec une animation auprès des petits propriétaires forestiers privés. Ces actions visent à garantir une exploitation durable et respectueuse des enjeux paysagers et environnementaux.

L'Arbre Isolé : Un Symbole du Paysage Morvandiau et ses Multiples Bienfaits

Élément emblématique des paysages de la région, l'arbre isolé, dont la silhouette se démarque au milieu d’un champ ou au bord d’une route, possède des bienfaits écologiques et agronomiques souvent sous-estimés. Conscient de l'amenuisement de leur population, le Parc naturel du Morvan a lancé un programme de plantation de 100 arbres isolés sur des parcelles agricoles.

Arbre isolé dans un champ du Morvan

Olivier Thiebaut, chargé de mission paysage et urbanisme au parc, explique que "les arbres isolés sont issus d’anciennes haies" qui délimitaient autrefois les parcelles de culture. Ces vestiges sont aujourd'hui menacés par l'âge et par les phénomènes climatiques tels que le vent et les tempêtes. Au-delà de leur valeur paysagère indéniable, ces arbres sont également bénéfiques d'un point de vue agronomique et écologique. "Ils contribuent à la qualité du bocage du Morvan, à l’ombrage du bétail et au fourrage", précise Olivier Thiebaut. De plus, "ce sont également des habitats intéressants pour certains oiseaux, comme par exemple la pie-grièche à tête rousse", une espèce protégée qui apprécie les milieux dégagés.

Le projet, financé par la région Bourgogne-Franche-Comté et la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), invite les agriculteurs à se porter candidats. Le Parc prend en charge la fourniture des arbres, la protection contre le gibier, le paillage et le barbelé. Les agriculteurs volontaires, de leur côté, fournissent les piquets de clôture et assurent la plantation ainsi que l’entretien. Pour garantir la réussite du projet, le Parc propose des essences adaptées au territoire granitique et déjà présentes dans le Morvan, privilégiant celles qui supporteront les sécheresses, en prévision des changements climatiques. Un maximum de 10 arbres par agriculteur est instauré, afin de permettre au plus grand nombre de bénéficier du dispositif.

La Plaquette Forestière : Une Solution Énergétique et un Alliée du Sol

Traditionnellement exploitée à des fins énergétiques, la forêt morvandelle a vu le flottage des bois de chauffage à destination de la capitale être pratiqué jusqu’au XIXe siècle. Aujourd’hui, la demande en bois-énergie - et en plaquettes forestières en particulier - est croissante, offrant des perspectives de développement pour le territoire et ses environs. Des chaufferies bois automatiques fonctionnent depuis 1983 dans le Morvan, la première étant celle de Château-Chinon, suivie par Millay en 1993 et la Maison du Parc en 1997.

Installation de chaufferie à plaquettes forestières

Concernant les nuisances atmosphériques, si toute combustion entraîne une certaine nuisance, celle du bois est réduite grâce à l’arrivée sur le marché d’appareils à combustion à haute température, limitant les émissions de gaz à effet de serre. Les chaudières bois automatiques ont des rendements de combustion d’environ 88%, très proches des chaudières au fioul ou au gaz. De plus, les nouvelles générations de poêles, inserts et chaudières à bois bûche ont le label « flamme verte ».

Le bois-énergie répond à des besoins spécifiques de chauffage et de production d’eau chaude sanitaire. L’idéal est d’évoluer vers des solutions mixtes, couplant la réduction des besoins énergétiques (isolation, ventilation, optimisation de l’enveloppe du bâtiment) et l’utilisation d’autres sources d’énergie renouvelables comme le solaire thermique pour l’eau chaude sanitaire et le solaire photovoltaïque pour l’électricité spécifique. L’utilisation rationnelle de la forêt pour satisfaire des besoins énergétiques de chaleur doit passer par un équilibre indispensable entre la production énergétique et la production des milieux forestiers.

Transport de plaquettes forestières - Activités Mauffrey

Sur le plan économique, la plaquette de bois offre un avantage significatif. Le coût du kWh pour la plaquette de bois est d’environ 2,5 centimes € TTC, contre environ 3,5 centimes € TTC pour le bois bûche, 10,62 centimes € TTC pour l’électricité, 7 centimes € TTC pour le fioul, et 11 centimes € TTC pour le propane. Un autre repère éloquent : 1 m³ de bois déchiqueté (plaquettes) fournit autant d’énergie que 100 litres de fioul. Il est intéressant de noter qu'un stère de bois fournit 1,2 à 1,5 m³ de plaquettes, soulignant l'intérêt économique du bois-énergie. L'offre en bois-énergie est solide, avec 13 producteurs identifiés dans ou à proximité du Morvan pour le bois plaquette, largement en mesure de satisfaire la demande actuelle. Pour le bois bûche, la filière est en pleine mutation, avec des moyens logistiques de plus en plus performants pour répondre aux besoins locaux et extérieurs.

Au-delà de son usage énergétique, la plaquette forestière se révèle être un excellent paillage végétal naturel, parfaitement adapté pour les massifs. Composée de petites branches, elle est 100% naturelle et possède une longue durée de vie. Ce produit n’est pas inerte ; son action se prolonge dans le temps, restituant à la plante différents nutriments à chaque étape de sa décomposition, ce qui lui confère un effet fertilisant important. Il améliore ainsi la structure des sols et protège les plantes contre les maladies. La plaquette forestière freine le développement des mauvaises herbes et protège le sol des changements de température, permettant également de limiter l’arrosage en gardant l’humidité. Après la mise en place du paillage, certains végétaux peuvent montrer temporairement des signes de fébrilité (manque de vigueur, jaunissement des feuilles), mais cette étape n’est que transitoire, due à la captation de l’azote par les champignons, qui le restituera ensuite à la plante. Ce paillage aide à prévenir l'acidification des sols et diminue l'évaporation de l'eau, limitant ainsi les besoins en arrosage. Ce produit, pesant moins de 30 kg, ne nécessite pas de conditions de transport particulières et est livré directement à l'adresse indiquée lors de la commande.

La Mobilisation du Bois et la Desserte Forestière : Des Enjeux Cruciaux pour le Territoire

La mobilisation du bois englobe toutes les étapes d’abattage des arbres, de débardage, de transport et de commercialisation des bois. Les objectifs du Parc en la matière sont multiples : protéger et renforcer les infrastructures, garantir la multifonctionnalité des chemins, assurer une exploitation exemplaire et favoriser un dialogue constructif entre entrepreneurs de travaux forestiers, communes et propriétaires.

Le Morvan est caractérisé par un réseau dense de routes et de chemins dont l’entretien coûteux revient aux collectivités locales et aux propriétaires privés. Le gabarit de ces voies n’est pas toujours compatible avec le passage des engins forestiers, et les périodes d’exploitation sont dépendantes des conditions météorologiques qui régissent la portance des sols. Un dialogue est donc nécessaire entre entrepreneurs et communes afin de maintenir la voirie en bon état pour tous les usagers.

Le Parc peut accompagner les propriétaires, qu'ils soient publics ou privés, aux côtés du CRPF, dans leurs projets de création ou de rénovation de dessertes forestières ou de routes stratégiques du bois. Pour minimiser l'impact sur les cours d'eau, des kits de franchissement temporaires (tubes PEHD) sont prêtés gratuitement aux entrepreneurs par le Parc et le CIPREF (association des entrepreneurs de travaux forestiers de Bourgogne). Ils sont disponibles notamment à la Maison du Parc à Saint-Brisson, sur simple prise de contact préalable.

Un guide de bonne pratique est également mis à disposition des communes. Il contient des rappels législatifs concernant la déclaration des chantiers d’exploitation en mairie, la limitation de tonnage, et d'autres informations essentielles pour une gestion forestière respectueuse de l'environnement et des infrastructures locales.

Le Bocage Morvandiau : Un Écosystème Précieux et une Source de Plaquettes Bocagères

Composé d’une mosaïque de prairies entourées de haies et associant des mares, des cours d’eau et des bosquets, le bocage est une composante incontournable du paysage du Morvan que le Parc s’attache à préserver. Aujourd’hui intimement lié à l’élevage, le bocage englobe une diversité d’habitats remarquables et accueille une grande variété d’espèces. Sa position, à l’interface des activités humaines et de la nature, en fait un élément recoupant des enjeux à la fois économiques, écologiques, paysagers et patrimoniaux.

Le Parc œuvre donc à la préservation du bocage sous ses différentes formes et en utilisant diverses approches. Face au constat que l’entretien des haies basses taillées au carré coûte très cher (environ 400 €/km), le Parc accompagne les agriculteurs et les collectivités pour redonner au bocage une valeur économique tout en travaillant à préserver sa valeur d’avenir, dans la recherche d’un équilibre agroécologique. Sont ainsi examinés le chauffage bois alimenté par des plaquettes bocagères (petits morceaux de bois homogènes issus du déchiquetage du bois) ou les possibilités de réduction de la dépendance à la paille par paillage des bâtiments d’élevage avec ces mêmes plaquettes. Le Parc accompagne les porteurs de projet dans ces démarches, valorisant ainsi une ressource locale et renouvelable.

Afin de faire connaître le bocage et promouvoir son rôle et son importance, le Parc met en place un programme d’actions de sensibilisation auprès du grand public et des scolaires, avec des sorties nature et le programme « À la découverte de mon bocage » auprès des collégiens.

Dans le cadre du Contrat global « Cure-Yonne » et des Contrats territoriaux « Arroux-Mesvrin-Drée » et « Aron-Morvan », le Parc mène une action de restauration des mares et de la ripisylve auprès des propriétaires et exploitants agricoles volontaires.

Mares et ripisylve en milieu bocager

Une tradition agricole ancienne est également mise en avant : depuis 2009, dans le cadre des ateliers de l’Écomusée du Morvan, le Parc organise en mars, sur 25 villages, des journées de formation au plessage de haies vivantes. Fait très rare en France, une centaine d’anciens agriculteurs transmettent leur savoir-faire pour coucher et entrelacer les arbustes, entre des pieux, qui continuent à pousser pour former ainsi une barrière efficace pour les bovins. De nombreuses vieilles pléchies de 100 à 200 ans s’observent en Morvan, témoins de cette tradition agricole qui a façonné le paysage bocager.

Depuis 1993, le Parc a mis en place un programme de préservation des vergers et des variétés fruitières du Morvan. Différentes actions ont ainsi été mises en place telles que la création de vergers conservatoires, la réalisation d’études sur les variétés fruitières anciennes ou encore l’organisation régulière de stages pratiques. Toutes ces initiatives contribuent à la richesse et à la durabilité du territoire du Morvan, où la plaquette de paillage, qu'elle soit forestière ou bocagère, joue un rôle de plus en plus central dans une approche intégrée de la gestion des ressources naturelles.

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