L'art des formes jardinées : Maîtrise et techniques des arbres fruitiers en palmette

La culture des arbres fruitiers en palmette, une pratique ancestrale souvent associée au terme « espalier », représente l'une des formes les plus sophistiquées et gratifiantes de l'arboriculture. Ces arbres fruitiers, formés et taillés pour croître à plat contre un support vertical comme un mur ou un treillage, tirent leurs origines des jardins monastiques du Moyen Âge. L'arboriculture fruitière en formes jardinées vise à produire les meilleurs fruits possibles dans un volume réduit, tout en exprimant la plasticité naturelle de l'arbre, ce qui offre au jardinier une opportunité de recherche esthétique constante.

Schéma illustrant la structure d'une palmette en U simple contre un mur

Fondements et avantages de la culture en espalier

Les arbres fruitiers en palmette trouvent leur place dans tous les jardins, grands ou petits. Plantés le long de murs bien exposés, ils permettent la culture d’arbres fruitiers exigeants en chaleur pour la maturation de leurs fruits, comme les poiriers. Comme ils ne prennent pas beaucoup de place, ces arbres taillés se cultivent également en grands bacs sur les terrasses bien exposées ou les balcons ensoleillés. En horticulture, l’espalier est le nom d’une forme d’arbre, le plus souvent fruitier, obtenue par une technique de taille permettant d’avoir un arbre à forme plate. La technique était populaire au Moyen-âge en Europe pour décorer les murs, mais son origine est plus ancienne et pourrait dater de l’Égypte antique.

L’arboriculture en formes jardinées s’organise autour d’un ensemble de savoirs et de savoir-faire spécifiques : ceux de la taille de formation et de fructification. La taille de formation permet non seulement de donner une apparence aux arbres, mais aussi de disposer les branches charpentières à un écartement suffisant pour que la fructification s’établisse et se maintienne, sur toute leur longueur, parfaitement éclairée et aérée.

La physiologie de l'arbre : Comprendre la sève

Pour conduire un arbre à produire des fruits, il est crucial de comprendre la dynamique végétale. En période de végétation, sur la plupart des arbres fruitiers, la sève montante (brute) favorise le développement des parties supérieures des branches au détriment de leur base. On sait donc que le bourgeon qui poussera plus vite qu’un autre sera au-dessus de celui-ci, qu’il sera également mieux alimenté que celui qui est en dessous. La sève descendante (élaborée), quant à elle, est gorgée de sucre. Elle participe à la fois à élaborer les fruits et à nourrir l’arbre.

Deux facteurs sont essentiels dans le processus de la mise à fruit : la richesse des tissus en azote (N) et leur richesse en hydrates de carbone (C). Si N est fort et C faible, alors les arbres croissent très vigoureusement, mais ne portent pas de fruits. Si N est limité et C abondant, alors les arbres fleurissent abondamment et ont une croissance acceptable. Le jardinier doit donc modérer l'apport d'azote pour les arbres jeunes ou approchant le stade de fructification.

Techniques de formation : Du scion à la structure

Le scion est un jeune sujet de fruitier qui n’a pas encore subi de taille de formation. Ils ont 1 an après greffage et se présentent comme une tige érigée. Pour débuter, il convient de planter un scion, mais pas trop vigoureux.

La création du cordon horizontal

En automne, le scion sera planté verticalement. En été, il faudra courber doucement le scion sur un fil de fer tendu horizontalement à 40 cm au-dessus du sol. Le cordon sera alors fixé sur le fil de fer avec quelques attaches. En hiver, on sera étonné de constater que de nombreux yeux à bois se sont transformés en boutons à fleurs. Au printemps, la sélection se fera par ébourgeonnement. En fin d’été, on palissera les extrémités des rameaux en formant les coudes qui deviendront le futur U. Il faut impérativement respecter des distances de 30 cm entre chaque branche charpentière.

La pyramide ailée

La formation de cette forme demande des baguettes en infrastructure de soutien pour palisser les ailes de la forme. Les branches sont implantées par étages espacés de 50 cm. Pour obtenir les premières branches, on réservera cinq yeux échelonnés autour de l’axe central. Au lieu de tailler directement au-dessus de l’œil de flèche, effectuer une taille « à l’onglet ». Cette taille consiste à couper le scion à 10 cm au-dessus de l’œil de flèche et à éborgner sur sa longueur. On obtient ainsi un moignon inactif qui sert à palisser le bourgeon destiné à prolonger le tronc.

Diagramme des étapes de taille d'une pyramide ailée avec les distances de 50 cm

La taille de fructification et gestion des coursonnes

La taille décrite ici dérive de la méthode dite « trigemme ». Elle consiste à tailler toujours à « trois yeux ». Le principe de la taille consiste à anticiper comment les bourgeons se développent, puis de raccourcir chaque branche, en ne laissant que la longueur nécessaire pour qu’un bourgeon à fleurs se développe au printemps suivant.

On recherche à la fois l’allongement de chaque branche charpentière et le développement des yeux latéraux portés sur le prolongement taillé. Ce développement des yeux latéraux doit donner des ramifications courtes, nombreuses et si possible d’égale vigueur, appelées « coursonnes ».

Distinction des organes

  • Le gourmand : rameau vertical d’une très grande vigueur qui a tendance à déséquilibrer la forme de l’arbre en tirant à lui toute la sève.
  • Le rameau à bois : il ne porte que des yeux à bois sur toute la longueur.
  • La brindille : rameau à bois de longueur réduite (10 à 30 cm) terminée par un œil à bois.
  • Le bouton à fleurs (lambourde) : organe légèrement gonflé, ovoïde, recouvert d’écailles, contenant une inflorescence. C’est le résultat de la transformation d’un dard de l’année précédente.

La pollinisation et le cycle de vie

Le rôle de la reproduction est prédominant pour la mise à fruits. Au printemps, les arbres fruitiers fleurissent, puis les fruits apparaissent. Ils enferment une ou plusieurs graines qui proviennent des ovules contenus dans le pistil de la fleur. Pour que les ovules se transforment en graines, il a fallu que le pistil (organe femelle) soit pollinisé avec du pollen provenant des étamines (organe mâle) d’une fleur de la même espèce. La majorité des arbres fruitiers nécessitent une pollinisation croisée pour produire des fruits.

Arbres fruitiers : Pollinisation et Fructification

Comparaison des formes de conduite

Le choix d’une forme d’arbre fruitier dépend essentiellement, pour le jardinier amateur, de la place dont il dispose et de son savoir-faire.

  • Haute-tige : Tronc de 1,80 à 2 mètres. L'arbre vit longtemps, produit beaucoup, mais prend énormément de place.
  • Demi-tige : Tronc de 1,20 m permettant de passer plus facilement en dessous de l’arbre.
  • Gobelet et fuseau : Arbres fruitiers présentant un « mini-tronc » et dont les tiges se charpentent à 30-50 cm du sol. Votre fruitier sera plus compact et ne fera pas de haut tronc.
  • Haie fruitière : Idéale pour les petits jardins, elle permet une mise à fruits rapide et facilite toutes les opérations de taille et d’entretien. La haie fruitière est un excellent pare-vue qui délimite bien un jardin.

La technique pour conduire à sa formation consiste à contraindre les branches principales dites charpentières et leurs petites ramifications (coursonnes) sur lesquelles feuilles et fruits pousseront. Les arbres à pépins, cognassiers, poiriers, pommiers sont les arbres principalement menés en espaliers, mais il est également possible de conduire les pruniers, pêchers, abricotiers, cerisiers, nectariniers, figuiers. Il faut veiller à ce que l'arbre soit sur un porte-greffe peu vigoureux et adapter sa plantation selon l'exposition la plus favorable.

Comparaison visuelle entre un arbre haute-tige et une palmette en espalier

Le verger constitue l’un des espaces les plus étendus du jardin. Pour William Christie, la fonction nourricière du jardin est aussi essentielle pour le corps que pour l’esprit. Les allées du verger sont bordées de pommiers taillés en double cordon horizontal ; le cercle central est constitué de poiriers taillés en palmette verrier. En somme, que ce soit pour le plaisir des sens, la production utilitaire ou la recherche d'une œuvre d'art horticole vivante, la maîtrise des formes jardinées permet de transformer chaque espace, aussi restreint soit-il, en un véritable jardin des délices.

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