La télévision française des années 1980 a trouvé l’un de ses visages les plus emblématiques le 12 février 1981, à 20h30, sur TF1. Ce soir-là, une jeune femme arrive au volant de sa Renault 5, une cafetière à la main, dans un lycée de banlieue. Son prénom : Joëlle, son nom : Mazart. Interprétée par Véronique Jannot, qui possédait déjà une longue histoire avec le petit écran, le personnage devient rapidement célèbre sous le surnom de « Pause Café ». Ce feuilleton, produit et réalisé avec une justesse rare, a su capter les aspirations, les tourments et les rêves d'une jeunesse en pleine mutation.

Une assistante sociale au cœur du système
Le pitch est simple mais puissant : Joëlle Mazart, jeune assistante sociale, est nommée pour son premier poste dans un lycée plutôt tranquille de la région parisienne. Dès son arrivée, elle va se confronter au proviseur du lycée, un homme intègre qui ne jure que par le règlement. La confrontation entre Jacques François (le proviseur) et Véronique Jannot (Pause café) domine évidemment le feuilleton.
Le proviseur, encore un peu giscardien, en costard très gris, aime l’ordre et la tradition. À l’opposé, la jeune Joëlle, en jean, T-shirt New-York ou chemise de base-ball, incarne une modernité qui dérange. Ça ne passe pas, comme quand Pause Café, enfin Mademoiselle Mazart, affiche sur la porte de son bureau des informations de préventions qu’elle considère cruciales, alors que sa direction tente de cantonner la drôle de dame dans des travaux bien peu passionnants, du genre remplir les dossiers de bourse, parce que "les bourses c'est du sociaal".
Joëlle Mazart, que l’on confond presque à une lycéenne, a bien envie de faire bouger les choses avec l’ambition d’adoucir les injustices sociales et de tenter le tout pour le tout pour aider ces lycéens à trouver leurs voies et leur permettre de bien « entrer dans la vie ». Comme la comédienne le chantait d'ailleurs dans le générique d'ouverture de la série : "On entre dans la vie, sans frapper les trois coups, le destin est servi sans compter avec nous …"
générique pause café New tv.flv
Un miroir sensible de la jeunesse des années 1980
Pause Café est une série qui, il y a 40 ans, avait pour ambition de tendre un miroir sensible sur la jeunesse de l’époque. Adaptée d’un livre très documenté du très à gauche Georges Coulonges, également scénariste de Pause Café, la série observe une société en pleine mutation où la jeunesse veut aller au bout de ses rêves, comme le chante Goldman à la même époque.
Nous faisions la connaissance de lycéens marquants : Alain, Gérald, Laetitia, Trapèze, Nelly ou Dupeyron. On les aimait bien pour leur curiosité, leurs rêves d’émancipation, mais pour leur insolence aussi. "Ah ça c'est sûr, ah ça c'est sûr !" Cette réplique de Grégoire Dupeyron, interprété par le bien nommé Jacques Bachelier, est devenue culte.
Parmi ces élèves, on découvre au casting un jeune Marc Lavoine dans le rôle d'Alain, un très bon élève, fan de cinéma, qui en cours d’histoire évoque le film vu la veille. Marc Lavoine a déjà le regard qui tue, bien avant qu’il chante qu’elle a les yeux revolver. On fait également la connaissance du futur cinéaste Martin Provost dans le rôle de Gérald.

L'évolution du personnage et la postérité
Le feuilleton a connu plusieurs déclinaisons : Joëlle Mazart, puis Pause-Café, Pause Tendresse. Si la série a été vue et revue, le personnage a fini par évoluer. Dans le dernier volet en 1989, sur une TF1 désormais privatisée, Joëlle s’y est embourgeoisée et s’est éloignée de la militante qu’elle était dans la France mitterrandienne d’avant le tournant de la rigueur.
Ce personnage de série a créé des vocations et a popularisé le métier de travailleur social auprès d’une jeunesse qui avait bien besoin de rêver. Comme le soulignait Alain B., Pause café est un excellent feuilleton avec un bon scénario, de bons comédiens et surtout une excellente musique. La série a marqué trois générations.
Quarante-cinq ans plus tard, l'aura de Joëlle Mazart demeure intacte. Le festival Séries Mania a d'ailleurs consacré une soirée spéciale à cette fiction devenue culte. Véronique Jannot, aujourd'hui âgée de 68 ans, continue d'incarner cette assistante sociale que tout le monde rêvait d'avoir. Pour redécouvrir cet univers, les trois séries sont disponibles sur la plateforme de l'INA, MADELEN, permettant aux nouvelles générations de comprendre pourquoi ce rendez-vous télévisuel a tant compté dans l'imaginaire collectif français.

Le casting, riche et varié, comprenait des noms tels que Georges Werler, Jacques Canselier, Jean-Marie Richier, Serge Sauvion, Jean-Claude De Goros, Antoine Mosin et Jean-Pierre Fragnaud, qui ont tous contribué à donner vie à cet établissement scolaire où chaque pause café devenait un moment de vérité, d'écoute et d'humanité. En se penchant sur ces épisodes, on réalise à quel point la fiction peut, lorsqu'elle est portée par une écriture sincère et un engagement artistique, dépasser son cadre temporel pour devenir un témoignage sociologique intemporel.