La fenaison, ou récolte des foins, est une pratique agricole ancestrale et fondamentale, qui consiste à transformer l'herbe des prairies en foin pour nourrir le bétail pendant les périodes où l'herbe fraîche est rare ou inexistante. Ce processus délicat, qui englobe la coupe, le séchage et le stockage du foin, requiert une attention particulière à chaque étape pour maximiser la qualité de la récolte et éviter les pertes. Du choix de la date de la coupe jusqu’aux conditions de stockage, chaque décision impacte directement la valeur nutritionnelle et la conservation du fourrage.

En agriculture, la fenaison est une opération cruciale qui mobilise des équipements spécifiques et une expertise pointue. Le foin, principalement constitué de graminées et/ou de légumineuses issues de prairies naturelles, permanentes ou temporaires, se caractérise par un taux de matière sèche (MS) élevé, avoisinant les 85%. Cette méthode de conservation par voie sèche est essentielle pour l'alimentation des animaux d'élevage, notamment les équidés. La qualité du foin est déterminée par de nombreux facteurs interdépendants, tels que le moment de la coupe, les conditions météorologiques, les techniques de séchage et de stockage, et le taux d'humidité de l'herbe coupée.
Une fenaison ultra-moderne à Hoéville
Les Étapes Clés de la Fenaison
La fenaison implique une série d'étapes rigoureuses, chacune ayant son importance pour la réussite de l'ensemble du processus.
1. La Préparation du Terrain et le Choix des Espèces Fourragères
Avant même la coupe, la préparation du terrain est primordiale. Le choix des espèces à implanter pour produire les fourrages doit être dicté par les besoins spécifiques de l'élevage (fourrage d'entretien, d'engraissement) et leur adaptabilité aux conditions pédoclimatiques locales. Il est essentiel de connaître son parcellaire et d'analyser les types de sol, qui peuvent varier considérablement même sur de petites surfaces.
Les graminées sont souvent privilégiées pour leur croissance rapide et leur robustesse, acceptant une grande variété de conditions environnementales et climatiques. Parmi les plus connues figurent la fétuque, le ray-grass anglais ou italien (souvent semé pur), le dactyle et la fléole, ainsi que la houlque laineuse. Elles sont particulièrement appétentes à un stade précoce d'épiaison.
Les légumineuses, quant à elles, sont appréciées pour leur richesse en protéines et leur capacité à fertiliser naturellement le sol. La luzerne et le trèfle violet sont les légumineuses prairiales les plus couramment utilisées. Cependant, elles sont plus sensibles que les graminées, ce qui souligne l'importance de la diversité des espèces pour limiter les pertes en cas de maladies spécifiques.
Des pratiques culturales comme le labour, la fertilisation azotée ou les systèmes de drainage sont adaptées à la problématique de chaque parcelle, nécessitant l'expérience de l'éleveur.

Fertilisation Azotée et son Impact
La fertilisation azotée est un levier important pour favoriser la croissance des plantes. Chez les graminées, l'engrais azoté augmente la précocité (production plus rapide en matière sèche) et la productivité (production totale plus importante par cycle végétatif). Si la valeur nutritionnelle du fourrage dépend principalement du stade de végétation, du mois et du numéro de cycle exploité de la parcelle plutôt que du niveau de fertilisation azotée, une croissance accélérée signifie que le stade épiaison est atteint plus tôt dans la saison, entraînant une baisse plus rapide de la valeur du fourrage. Cependant, le rendement (quantité de fourrage récoltée) s'en trouve augmenté, ce qui peut allonger les opérations de fanage si la masse végétale est plus importante.
Le Rôle du Hersage
Les effets bénéfiques du hersage sur la pousse de l'herbe sont un sujet de discussion, dépendant des espèces présentes, du niveau d'hygrométrie du sol et du matériel utilisé. En revanche, le hersage est unanimement reconnu pour niveler le sol, ce qui diminue significativement les risques de pollution du fourrage par de la terre (taupinières) ou des crottins pendant la fauche ou les fanages.
2. Choisir le Bon Moment pour la Coupe : La "Fenêtre Météo"
Le moment de la coupe est fondamental pour garantir la qualité du foin. L'idéal est de couper l'herbe au stade optimal de croissance, souvent juste avant la floraison ou au début de l'épiaison, pour maximiser la teneur en nutriments et les valeurs énergétiques et protéiques. La valeur alimentaire du fourrage diminue avec l'avancement du stade de fauche, car les tiges, moins riches en éléments nutritifs digestibles, se développent au détriment des feuilles plus tendres.

Pour les chevaux adultes sédentaires, un foin plutôt fibreux, récolté à un stade plus avancé, peut être approprié pour satisfaire les besoins d'ingestion en matière sèche tout en limitant l'apport d'énergie.
Il est impératif de surveiller attentivement les prévisions météorologiques et de choisir une période de temps sec, idéalement une "fenêtre météo" de 4 à 5 jours de beau temps consécutifs. Cela permet d'éviter que l'herbe coupée ne soit exposée à la pluie, ce qui pourrait compromettre sa qualité en favorisant le développement de moisissures. De nombreuses applications de météo agricole performantes offrent aujourd'hui des prévisions précises jusqu'à 5 jours.
La coupe est généralement conseillée en fin de matinée, vers 10-11h, juste après la levée de la rosée. L'herbe sur pied évacue plus rapidement l'humidité nocturne que l'herbe coupée trop tôt le matin.

Le Déprimage : Une Technique pour Améliorer la Qualité
La réalisation d'un déprimage (pâturage rapide par les équidés dans les parcelles de fauche en début de printemps) ou d'un premier pâturage permet d'éliminer les épis des plantes les plus précoces et retarde l'arrivée des graminées au stade épiaison, stade à partir duquel la valeur nutritionnelle des plantes commence à diminuer. Cette pratique améliore la qualité des fourrages récoltés plus tardivement sur ces parcelles. Il est donc judicieux de repérer les parcelles les plus précoces pour les faucher en premier lieu ou les faire déprimer.
3. Le Fauchage : Première Étape de la Récolte
Le fauchage consiste à couper l'herbe au moyen d'une faucheuse attelée au tracteur, équipée de disques horizontaux ou de couteaux. La hauteur de coupe est un élément crucial : il est conseillé de ne pas couper trop bas, idéalement entre 6 et 8 cm minimum. Une coupe trop basse (< 5 cm) augmente le salissement du fourrage par la terre et les restes de crottins. De plus, le foin plaqué au sol sèche moins vite, l'humidité favorisant le développement de champignons et de bactéries. Une hauteur de coupe résiduelle de 6-7 cm est un bon compromis pour optimiser le rendement, éviter de ramasser de la terre, et permettre à la prairie de redémarrer rapidement tout en facilitant le séchage en laissant passer l'air sous l'andain.
Utilisation des Faucheuses-Conditionneuses
Les faucheuses classiques laissent un andain large et plat au sol. Les faucheuses-conditionneuses, en revanche, réalisent des andains plus étroits et plus hauts qui favorisent une meilleure circulation de l'air, et donc un séchage plus rapide. Les systèmes de conditionnement visent à accélérer la vitesse de dessiccation des fourrages par une dégradation mécanique de la structure de la plante (pliage, frottement, laminage ou brossage) pour accélérer l’évacuation de l’eau.
Les faucheuses avec conditionneurs à rouleau, lorsqu'elles sont utilisables, sont préférables car elles écrasent la tige et accélèrent l'évaporation de l'eau. À l'inverse, les machines avec conditionneur à fléau sont à éviter car elles peuvent engendrer jusqu'à 11% de pertes et sont agressives pour les cultures fragiles comme le trèfle ou la luzerne. Ces dernières nécessitent des faucheuses à barre de coupe pour une coupe plus douce.

4. Le Séchage : Une Phase Cruciale pour la Qualité du Foin
Le séchage est l'étape la plus critique pour éviter la formation de moisissures et préserver les qualités nutritionnelles du foin. L'objectif est de faire passer le taux d'humidité de l'herbe fauchée de 75% à moins de 20% (idéalement 15%) le plus rapidement possible. Un taux de matière sèche de 80 à 85% est visé pour une conservation sans risque d'échauffement. Avec des conditions météorologiques optimales, il faut prévoir entre 3 et 6 jours pour atteindre ce taux.
Le séchage de l'herbe se fait en deux temps : une phase rapide, dans les quelques heures suivant la fauche, où l'eau est perdue par les stomates des feuilles ; et une phase lente, pendant laquelle l'eau restante est évacuée à travers la cuticule. Pour maximiser la dessiccation rapide, il est essentiel de faner énergiquement dans les 2 heures après la fauche, et si le temps est beau, de refaire un deuxième fanage en milieu d'après-midi le jour même.
Le Fanage
Le fanage consiste à retourner l'herbe fauchée grâce à une faneuse attelée au tracteur. L'objectif est d'accélérer la dessiccation de la matière végétale en augmentant la surface d'échange entre l'air et les végétaux (aération). Plusieurs passages sont souvent nécessaires pour accélérer et uniformiser le séchage.
Il est recommandé d'étaler l'herbe coupée en couches fines et de la retourner quotidiennement pour assurer un séchage homogène et uniforme. À mesure que les feuilles sèchent, elles deviennent cassantes. Si le temps est ensoleillé et séchant, le fanage peut être renouvelé le jour même. Les 2ème et 3ème jours, il est préférable de faner le matin ou le soir, lorsque l'air est plus frais, pour éviter de brasser un foin trop sec dont les brins pourraient casser. De même, le fanage doit être de plus en plus doux à mesure que le foin sèche pour limiter la perte des feuilles, qui sont les principales sources de matières nutritives (énergie et azote) de la plante.
L'Andainage
Une fois suffisamment sèche, la récolte peut être andainée. L'andainage, réalisé grâce à une andaineuse attelée au tracteur, sert à rassembler la matière en tas allongés surélevés, appelés "andains", en vue du bottelage. L'andaineur permet de regrouper l'herbe séchée avant le pressage. Adapter la vitesse et la méthode d'andainage en fonction de la culture permet de minimiser les pertes et de maintenir la qualité du fourrage.
Une alternative intéressante consiste à andainer la récolte préalablement fanée pour la nuit, lorsque le séchage est bien avancé (environ 40% d'humidité). Cette pratique peut être bénéfique en cas de forte rosée matinale ou de temps pluvieux, car la forme de l'andain protège le végétal de l'humidité.

Méthodes de Séchage : Au Sol ou en Grange
Il existe deux principales manières de faire sécher le fourrage :
- Le séchage au sol : L'herbe coupée est laissée directement sur le pré. Son taux d'humidité initial d'environ 80% doit être réduit à moins de 20% avant le bottelage pour une conservation optimale. Cela nécessite de la retourner plusieurs fois avant de la rassembler en andains.
- Le séchage en grange : L'herbe coupée est partiellement séchée sur le pré avant d'être ramassée en vrac avec un char et stockée dans un séchoir en grange. Grâce à de l'air chaud soufflé depuis le bas du séchoir à travers le foin, sa teneur en eau diminue de 40% à 13% en seulement 2 à 4 jours. Ce système est couramment utilisé dans les régions de montagne où les journées sont plus fraîches qu'en plaine, rendant le séchage au sol plus difficile. Le séchage en grange est considéré comme une méthode de pointe pour obtenir un foin de haute qualité, en visant 56 à 60% de matière sèche avant le séchage artificiel. Cela permet d'obtenir un fourrage plus riche en protéines et moins fibreux, car récolté plus tôt dans la saison.
5. Le Bottelage et le Stockage : Assurer la Conservation
Le pressage/bottelage peut avoir lieu dès que le fourrage a atteint environ 85% de MS. La botteleuse (ou presse) ramasse l'andain, comprime la matière végétale séchée et lie la botte (ou balle) avec du fil ou du filet. Les andaineurs et les presses doivent être en bon état pour éviter les pertes de foin et garantir un compactage optimal.
Après le bottelage, il est très important de laisser les bottes au minimum 15 jours au champ si possible, sauf en cas d'intempéries importantes. Une fois ramassées, les bottes doivent être stockées dans un endroit sec, bien ventilé et à l'abri de la pluie, idéalement dans une grange. Le taux d'humidité du foin lors du stockage doit être inférieur à 20% pour éviter les risques de moisissures et d'échauffement, qui peuvent provoquer des incendies. La vérification de la température du foin avant son pressage et son stockage est cruciale, et les meules ne doivent être stockées que si la température est inférieure à 45°C.

6. Les Différences entre Foin, Regain et Ensilage
Il est essentiel de distinguer les différentes formes de fourrage :
- Les foins : Il s'agit de la première fauche de l'année d'une prairie, correspondant à sa première utilisation après la pause hivernale. Dans les régions de montagne, les foins sont généralement réalisés entre mai et juin. Il est crucial de ne pas effectuer cette première coupe trop tôt afin de permettre aux plantes de produire des graines et d'assurer la reproduction des espèces qui composent la prairie.
- Les regains : Ils désignent toutes les coupes d'une prairie effectuées après la première fauche. En général, dans les régions de montagne, les agriculteurs réalisent deux à trois coupes sur leurs parcelles. Les foins de repousse sont souvent plus faciles à réussir car le fourrage est moins abondant, facilitant l'évacuation de l'eau. Pour les espèces non remontantes, ces foins sont d'une très grande valeur nutritive et très appétents. Moins riches en fibres, ils n'offrent cependant pas le même potentiel de rumination que ceux de première coupe.
- L'ensilage : C'est une méthode de conservation du fourrage basée sur la fermentation. L'herbe coupée n'est que partiellement séchée (environ 50% de teneur en eau) avant d'être andainée et bottelée par une botteleuse qui enveloppe les balles de plastique. Ces balles rondes d'ensilage, souvent visibles autour des fermes, ont moins besoin d'être stockées à l'abri car le plastique assure une protection. L'absence d'échange avec l'air provoque une fermentation anaérobique à l'intérieur de la balle, un moyen efficace de conserver le fourrage, même très humide. Leur stockage est plus aisé, elles supportent mieux d'être entreposées en bord de champ.

Qualité Nutritionnelle du Foin et Besoins des Animaux
Un "bon" foin est un fourrage de bonne qualité sanitaire (absence de poussières, moisissures, bactéries et autres agents pathogènes) dont les valeurs nutritionnelles (teneurs en énergie, protéines et minéraux) correspondent aux besoins des animaux. Les valeurs énergétique et protéique du fourrage dépendent de la digestibilité de la matière organique et de la teneur en matières azotées. Plus le couvert végétal est fauché à un stade avancé, plus la valeur alimentaire du fourrage récolté diminue. La composition de la plante évolue : son taux de cellulose (et de lignine) augmente, rendant les matières azotées moins digestibles.
La qualité nutritionnelle du fourrage dépend notamment :
- De sa composition floristique : Une proportion plus importante de légumineuses augmente la valeur en protéines. Les graminées n'ont pas toutes les mêmes valeurs alimentaires ; le ray-grass, la fétuque et la fléole ont des valeurs énergétiques supérieures.
- Du stade de végétation au moment de la coupe : La précocité est variable selon les espèces. Schématiquement, la montée en graines des différentes graminées est plus ou moins tardive dans la saison et influe sur la valeur alimentaire de la plante.
- De la saison, des conditions pédoclimatiques et de la fertilisation réalisée sur la prairie.

L'analyse en laboratoire des fourrages permet de connaître leurs valeurs alimentaires afin de raisonner l'affectation de ces derniers en fonction des besoins des équidés.
- Pour les animaux à forts besoins (poulinières en fin de gestation, en lactation, poulains en croissance, chevaux de compétition), un foin à haute valeur alimentaire (énergie, protéines, calcium et phosphore) sera privilégié (valeurs hautes : > 0,5 UFC et > 50 g de MADC/kg de MS). Un fourrage récolté au stade feuillu, début d'épiaison, est idéal pour ces animaux. À ce stade, la plante est plus riche en eau, nécessitant davantage de retournements et une durée de séchage plus longue.
- Pour les animaux à besoins modérés (chevaux à l'entretien, au repos, travail léger), un foin plus fibreux, d'une qualité nutritionnelle plus faible, sera plutôt recherché (valeurs faibles : < 0,5 UFC et < 40 g de MADC/kg de MS). Il correspondra davantage à un régime peu calorique adapté aux animaux sujets à l'embonpoint.
Une fenaison ultra-moderne à Hoéville
Pertes par Émiettement
Au cours des différentes manipulations (fauche, fanage, andainage, pressage), les parties les plus fragiles et les plus sèches de la plante - les feuilles - se détachent et tombent au sol. Comme ce sont les parties les plus riches en sucres et en protéines, cela diminue d'autant la valeur alimentaire du fourrage. D'après des essais de la chambre d'agriculture de la Creuse, les pertes par émiettement peuvent ainsi varier de 5 à 25%, voire 30% pour les légumineuses, selon l'intensité des manipulations. Le fanage doit être de plus en plus doux à mesure que le foin sèche pour limiter ces pertes.
Les Enjeux Actuels de la Fenaison
La fenaison est souvent un véritable casse-tête, notamment lors d'années pluvieuses, comme cela a été le cas dans de nombreuses régions. Les conditions météorologiques imprévisibles peuvent retarder le début des récoltes, le foin ayant besoin d'être suffisamment sec pour bien se conserver après la coupe. L'adaptation est donc une qualité essentielle pour les agriculteurs.
L'organisation des chantiers mérite d'être anticipée pour prévoir l'ordre de fauche des parcelles et le matériel le plus adapté. En amont des chantiers, il est indispensable de vérifier que le matériel de fenaison est en état de marche et adapté au débit du chantier attendu. Les chantiers "enchaînés", où l'on fauche et fane quelques parcelles le premier jour dès qu'un créneau de beau temps se présente, puis d'autres parcelles les jours suivants si le beau temps persiste, permettent d'obtenir des foins de meilleure qualité en décalant les travaux de fanage, andainage et bottelage.

Malgré les défis, une bonne fenaison assure non seulement un fourrage de haute qualité pour les animaux, mais contribue également à la rentabilité de l'exploitation agricole. C'est un mode de récolte économique qui permet de sécuriser les stocks fourragers de l'exploitation. Le foin, par sa richesse en fibres, est indispensable pour équilibrer les rations à risque acidogène et permet aux animaux une meilleure rumination, tout en sécurisant les stocks de fourrages (graminées et légumineuses) chaque année.