Le mildiou est le cauchemar des jardiniers, la terreur des tomates et des autres solanacées potagères. L’agent qui en est responsable est un champignon parasite qui attaque tous les organes de la plante : feuilles, tiges, fruits, tubercules. Les taches foliaires sont identiques sur tomate et pomme de terre : brunes, huileuses et irrégulières, elles s’étendent très rapidement par temps doux et humide. À un stade plus avancé, elles apparaissent également sur les tiges. Les tissus atteints deviennent brun foncé et se dessèchent. Si l’attaque n’est pas enrayée, elle se poursuit sur les fruits : taches vert-brunâtre à jaune marbré de brun, bosselées sur les tomates ; taches superficielles brunes et grises, déprimées sur les tubercules de pommes de terre, gagnant ensuite en profondeur et provoquant le pourrissement.
Les résultats récents confirment ce que de nombreux agriculteurs espéraient : les phosphonates de potassium représentent une arme fiable contre le mildiou de la pomme de terre.

Nature et mécanisme d’action des phosphonates de potassium
Les phosphonates de potassium proviennent de l’acide phosphoreux. Dérivés de l’acide phosphoreux (H3PO3), les phosphonates se distinguent des phosphates (H3PO4) par leur structure chimique et leur comportement biologique. La forme active est l’ion phosphite (H2PO3‑). Après application foliaire, il devient systémique. Il se déplace dans la plante. Il atteint les racines et les tubercules.
En revanche, contrairement aux phosphates, il n’est pas directement assimilable comme source de phosphore nutritionnel par la plante. Le mécanisme exact reste partiellement expliqué, mais plusieurs études ont levé un coin du voile sur leurs mécanismes inhibiteurs. Selon les travaux de Smillie et al. (1989), Grant et Guest (1991) et Mayton et al. (2008), ils interfèrent directement avec le métabolisme phosphaté des oomycètes en perturbant des processus cellulaires essentiels. Cela freine la sporulation et la germination des sporanges. La croissance mycélienne se ralentit.
Par ailleurs, cette substance minérale provoque le dessèchement des hyphes du pathogène en agissant sur la pression osmotique des cellules, l’équilibre ionique et le pH. Un autre auteur, Machinandiarena et al. (2012), a, pour sa part, mis en évidence une action d’induction des défenses des plantes. Il a observé une activation de la voie de l’acide salicylique, qui est cruciale pour les défenses systémiques acquises. La plante produit alors des phytoalexines, des molécules luttant contre l’agent pathogène. On parle aussi de « priming », c’est‑à‑dire une mise en état d’alerte des défenses immunitaires.

Sécurité, résidus et profil toxicologique
Les autorités sanitaires ont examiné le sujet. L’Efsa et l’Anses ont publié des éléments rassurants. L’ion phosphite présente un profil toxicologique favorable. À court terme, il présente une faible toxicité aiguë. Les travaux disponibles n’ont pas mis en évidence d’effets chroniques ou génotoxiques avérés.
Cependant, comme le phosphite n’est pas métabolisé et donc pas utilisé comme source de phosphore pour la nutrition de la plante, il est transporté et accumulé vers différents organes, y compris vers les tubercules. Cela entraîne la présence de résidus de phosphite dans le produit récolté. Toutefois, les études montrent que, si l’on respecte les usages et les doses recommandées, les quantités mesurées restent compatibles avec les limites maximales de résidus (LMR) en vigueur. En outre, comme le phosphite est très soluble dans l’eau, il est lessivé lors de certains procédés industriels. Lors d’extractions d’amidon, une part est lessivée.
Preuves d’efficacité en Europe
Des essais à long terme confirment l’intérêt des phosphonates. En France, les équipes d’Arvalis ont testé un produit commercial à base de phosphonates de potassium pendant plusieurs années. Elles ont évalué des années de forte et de faible pression, ainsi que plusieurs variétés, autant sur une variété sensible (Bintje) que sur des plus résistantes (Magnum, El Mundo). Les résultats sont constants : l’association d’un fongicide à dose réduite et de phosphonates donne une protection comparable à une application de fongicide à pleine dose.
Le mildiou : un champignon bien encombrant - ARVALIS-infos.fr
Ces renseignements obtenus par les équipes françaises ne sont pas isolés. En Suède, trois années d’expérimentations (2012-2014) menées sur des microparcelles ont donné des résultats similaires. Après avoir testé l’efficacité de différentes stratégies : fongicides seuls, phosphonates seuls et associations, les Suédois ont démontré que la combinaison de demi‑doses de fongicide et de phosphonates de potassium offre une efficacité et des rendements équivalents au schéma classique en pleine dose. Le résultat est identique, quel que soit le fongicide considéré (Shirlan, Ranman Top, Rêvus) ou le niveau de sensibilité de la variété. Ces conclusions sont corroborées par d’autres travaux conduits en Allemagne et aux États‑Unis.
Intégration dans une stratégie de lutte raisonnée
Les phosphonates sont un outil complémentaire, pas une solution unique. Voici quelques principes simples à appliquer :
- Respectez toujours l’étiquette et les doses recommandées.
- Privilégiez l’association : demi‑dose de fongicide + phosphonates donne souvent de bons résultats.
- Choisissez des variétés avec une meilleure résistance au Phytophthora infestans, ce qui permet de réduire encore la pression chimique.
- Alternez les modes d’action des fongicides pour limiter le risque de résistances.
- Surveillez les résidus et adaptez les usages si nécessaire, surtout avant récolte.
Les phosphonates de biocontrôle s’utilisent de façon préventive. En cas de faible pression, l’usage seul de phosphonates est possible, mais il est toutefois recommandé de les associer avec un fongicide partenaire de contact à dose réduite, afin de compléter l’efficacité sur feuilles et d’assurer une protection optimale des plantes. Parmi les substances actives utilisées pour limiter les capacités d’adaptation des champignons pathogènes, les phosphonates de potassium, combinés aux multisites comme le soufre et/ou le cuivre, assurent le rôle de « breaker ». Cela signifie que ces associations cassent la dynamique de lutte contre le champignon, permettant d’exercer moins de pression de sélection sur les molécules à risque et de maintenir l’efficacité des programmes.

Bénéfices, limites et perspectives économiques
Les points forts sont clairs : les phosphonates réduisent la sporulation du pathogène, stimulent les défenses de la plante, permettent de diminuer la quantité de fongicide utilisée et limitent la pression de sélection. À cela s'ajoutent des avantages pratiques : les faibles contraintes réglementaires facilitent le confort d’utilisation, avec des délais de rentrée courts de 6 heures.
Cependant, il existe des limites pratiques. Le phosphite s’accumule dans les tubercules. Il ne remplace pas complètement un programme phytosanitaire. Le respect des doses reste essentiel pour rester dans les LMR et garantir la sécurité alimentaire. Sur le plan économique, l’utilisation des phosphonates à 2 L/ha génère un léger surcoût comparativement aux références conventionnelles, à efficacité identique. Il est important de noter que l’utilisation de ces produits compte dans l’IFT biocontrôle mais pas dans l’IFT général. La lutte contre le mildiou nécessite de combiner ces nouvelles solutions avec des leviers agronomiques classiques : sélection de plants sains, rotations sans solanacées, gestion de l’humidité et évitement des excès d’azote.
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