Dans ce dossier, nous abordons les associations de cultures au potager. Oubliez les tableaux que l’on trouve sur le net : ils sont remplis de contradictions et nous compliquent plus la vie qu’autre chose. Les associations au potager sont donc des plantes que l’on fait pousser ensemble pour créer des synergies. Le principe est d’associer des plantes qui ont une action l’une sur l’autre. Sur le papier, ce genre d’association est très intéressant. En pratique en revanche, il est difficile de prouver leur véracité. En effet, un certain nombre de recherches ont été réalisées dans le domaine, avec de nombreux résultats. Le problème est que ces résultats ont pour l’instant été prouvés en laboratoire. Ils ne sont pas toujours applicables en réalité. De plus, bien que certaines de ces conclusions aient pu être vérifiées en réalité, elles ne donnent pas forcément les mêmes résultats selon les types de sols, les conditions de cultures, la pression des maladies, etc.
Voilà pourquoi nous avons abandonné cette méthode pourtant mise en avant sur tous les tableaux de bonnes et de mauvaises associations au potager. Nous ne faisons plus que des associations gain de place. Le principe est d’associer des plantes au port plus ou moins haut pour maximiser la photosynthèse sur une surface donnée en jouant sur les étages de végétation. Néanmoins, ces associations sont parfois difficiles à mettre en place, car elles peuvent demander beaucoup d’organisation en amont. En effet, il est nécessaire de gérer la production de plants pour avoir un bon timing. Il ne s’agit pas toujours de jeter un mélange de graine et de récolter une abondance de légumes !

Les fondamentaux de l'agencement au potager
Prenons l’exemple de la milpa, une association emblématique originaire d’Amérique Centrale consistant à cultiver sur la même surface maïs, courges et haricots. Dans cette association, les haricots se servent du maïs comme tuteur, le couple maïs-haricot fait de l’ombre aux courges et ces dernières couvrent le sol pour empêcher la pousse des adventices. Malheureusement, semer les trois en même temps ne permet pas de profiter de cette super association : le maïs ne croît pas suffisamment rapidement par rapport aux haricots, qui se retrouvent en manque de tuteurs. Il faut alors semer le maïs et attendre un mois avant de venir semer les haricots pour qu’ils ne gênent pas le maïs.
Nous pourrions aussi citer l’association ail/mâche qui permet de récolter de la verdure tout l’hiver pendant que l’ail croît tranquillement. Pour cette association, nous vous conseillons de planter des plants de mâche en même temps que vous plantez nos caïeux d’ail. Les plants auront donc dû être préparés quelques semaines en avance, afin d’être dans le bon timing.
Ce que nous vous conseillons donc, pour vos associations de cultures, c’est de vous détacher des livres traitant de cela et de les imaginer par vous-même en réfléchissant à la place future que prendra chaque plante lorsqu’elle sera développée. Puisque les effets des associations sont imprévisibles et très variables, nous vous conseillerions, pour vos associations, de retenir une règle générale : celle consistant à maximiser la photosynthèse. On cherchera alors à occuper toute la surface disponible avec des feuilles, situées à différents étages. Cette maximisation se joue également dans le temps. Par exemple, lorsque vous plantez vos pieds de tomates en mai, pourquoi ne pas réaliser un ou deux cycles de radis avant que vos tomates ne prennent toute la place ?
Les plantes utilisent l’énergie de la lumière pour séparer l’eau (H²O) en oxygène et en hydrogène. L’hydrogène, mélangé au carbone capté dans l’atmosphère, produit des sucres simples et donc de la matière. L’oxygène restant seul est rejeté dans l’atmosphère durant le processus. Ainsi, il nous paraît plus pertinent de se diriger vers des associations gain de place, qui semblent plus pragmatiques.
La photosynthèse
Stratégies pour une gestion efficace des cultures
Nous vous donnons ici quatorze conseils à mettre en pratique dans votre jardin potager afin de mieux réussir vos associations de culture. Suivez le guide, et n’hésitez pas à nous partager vos techniques personnelles. Trop d’associations de cultures tue l’association ! Si vous le pouvez, simplifiez-vous la vie et ne dépassez pas trois plantes dans vos associations. Cela permet de faciliter les interventions, c’est-à-dire les récoltes, désherbage, etc. Il est possible d’en rajouter, mais cela peut devenir un peu complexe. Préférez créer une nouvelle association, sur la même planche, avec des plantes différentes. Il est tout de même possible de rajouter quelques graines de plantes mellifères sur vos rangs par exemple.
Vous pouvez aussi envisager les associations au potager en faisant des successions culturales : une plante à cycle long peut voir plusieurs plantes à cycle court se succéder à ses pieds. On pourra, par exemple, semer des radis suite à la plantation des tomates. Quand ils sont récoltés, on enchaîne avec du basilic. Et au mois de septembre, on vient couper le basilic et on installe des navets, des laitues ou autre. Il est évident qu’en cultivant plus de plantes dans un même espace, votre sol aura besoin de plus de nutriments pour produire.
Essayez d’ajouter du compost ou un paillage à votre sol chaque année afin de nourrir vos légumes. Un sol déjà fertile nécessite 1 kg de compost mûr par an et par mètre carré. Cette quantité dépend des légumes, certains étant plus gourmands que d’autres. Cultiver en lignes droites ?! En permaculture où l’on recherche à imiter la nature ? Oui ! Du moins, c’est notre conseil. Chacun fait comme il le désire, mais planter/semer en rang représente un gain de temps considérable. Vous repérez les espèces plus facilement à la germination. Les distances entre les plantes associées sont plus faciles à calculer. Les récoltes sont plus aisées, les zones de cultures sont plus accessibles. Le désherbage est plus rapide, l’irrigation est plus aisée, etc.
L'importance capitale des légumineuses
Il est très utile d’installer dans vos associations au potager des plantes qui fixent l’azote atmosphérique. Ce sont les légumineuses. En mourant, ces plantes vont libérer de l’azote dans le sol, aidant les futures cultures à bien se développer. Les pois, haricots, et fèves sont les trois cultures potagères principales qui remplissent cette fonction. Si vous le pouvez, installez-en dans vos associations, cela ne fera que du bien à votre sol.
Associer ses cultures est une pratique intéressante lorsqu’elle est sensée. En effet, ce n’est pas une condition sine qua non de la réussite de vos cultures… Les associations de culture, comme toutes les pratiques, doivent être réfléchies ou pertinentes. Du moins acceptées et comprises par le jardinier : n’allez pas vous sentir coupable de faire 20m² de pommes de terre sans y glisser une culture associée.
Le sol… Celui-ci doit être couvert le plus possible durant l’année. Cela lui permet d’être plus vivant, de conserver sa fraîcheur et sa disponibilité en éléments nutritifs. Pour conserver votre sol couvert, remplissez-le de cultures nourricières ! Et, à défaut d’ensemencer toutes vos zones de culture, n’hésitez pas à ajouter un paillage quelconque si vous en avez. Néanmoins, l’avantage d’une couverture vivante est qu’elle est beaucoup plus productive qu’un potager paillé. Ainsi, ne vous dirigez pas systématiquement vers du paillage pour couvrir le sol. Il faut éviter, dans la mesure du possible, de faire se succéder plusieurs fois les mêmes espèces sur la même zone de culture. C’est ce qu’on appelle la rotation des cultures. Vos associations au potager réussiront mieux ainsi. Cela dit, si vous n’êtes jamais sujets aux maladies et que vous nourrissez convenablement votre sol, la rotation des cultures n’est pas une obligation.

Optimisation de l'espace et des rendements
Des plants plutôt que des semis pour réussir ses associations de culture ? Il est souvent utile de partir de plants, surtout pour les petits potagers. Vous gagnez plusieurs semaines d’occupation du sol. Associez des légumes qui poussent en hauteur avec un ou plusieurs légumes bas. Cela permet d’optimiser l’utilisation de l’espace. L’association emblématique des courges avec le maïs (et les haricots!) prend alors tout son sens. Plus vos légumes seront serrés, plus les calibres s’en ressentiront : une patate douce peut faire entre 150 grammes et …10 kilos. Pour une laitue, cela peut ne pas être un problème. Mais imaginez récolter de toutes petites betteraves ou carottes : c’est plus de travail en cuisine. Les petites carottes peuvent être cuites entières : c’est un vrai délice !
Un moyen de serrer ses cultures sans pour autant récolter des mini-légumes est de fertiliser les cultures. Vous pouvez utiliser du compost ou des engrais biologiques comme les fientes de poules, le sang et la corne séchés, la cendre… Nous avons déjà pu observer sur une ferme un rendement de carottes de… 14 kilos au mètre carré ! Sur votre surface de culture, installez les végétaux de petite taille et ceux dont le cycle de culture est court sur les côtés. Les végétaux qui montent en hauteur, ou ceux dont le cycle de culture est long iront au centre de la zone de culture. Cette façon de procéder est la plus simple. Elle vous permet de ne pas avoir à enjamber des choux (ou pire, des pois palissés) pour récolter des laitues que l’on aurait plantées au centre.
Jouer sur les différents types de légumes (racines, feuilles ou fruits) et familles est intéressant. Car toutes les familles et tous légumes ne sont pas sensibles aux mêmes agresseurs. Vous pouvez tout de même associer des légumes de même type, c’est parfois plus simple : n’oubliez pas que la règle d’or pour les associations est de « ne pas se compliquer la vie ! » Association haricots nains/courges : un échec cuisant ! Ces plantes dépasseront les autres et offriront un peu d’ombre dans un potager en plein soleil. Sentez-vous libre d’expérimenter. La phytosociologie et les influences négatives et positives entre les légumes en sont encore à leurs débuts. Ainsi, il reste beaucoup de choses à découvrir ! Par exemple, pourquoi ne pas associer plantes annuelles et plantes vivaces, ou uniquement des plantes vivaces ?! Une rhubarbe placée au pied d’un fruitier profitera du soleil en début de printemps tant que l’arbre n’a pas fait ses feuilles par exemple.
Mécanismes biologiques : au cœur de la symbiose légumineuse
Associer de diverses cultures dans un jardin potager est une stratégie astucieuse pour maximiser la productivité de chaque parcelle de terre. Chaque plante, par sa seule présence, contribue au bien-être des autres, créant un écosystème où chaque élément joue un rôle clé. Mais comment cela fonctionne-t-il concrètement ? Certaines plantes, comme les légumineuses, sont capables de capturer l’azote de l’air et de l’enrichir dans le sol, favorisant ainsi la croissance des plantes voisines. C’est une forme de collaboration silencieuse, où chaque plante apporte son aide pour créer un environnement plus riche et plus équilibré.
Il existe deux grandes catégories d’associations : les associations allélopathiques, où certaines plantes exercent une influence, positive ou négative, sur leurs voisines par des substances chimiques naturelles, façonnant ainsi l’écosystème environnant. Le basilic dégage un parfum qui, en cuisine, ravit nos papilles et, au jardin, éloigne les moustiques et les mouches nuisibles. Particulièrement efficace contre la mouche blanche, ennemie des plants de tomates, il se révèle un compagnon idéal pour ces dernières. Un duo basilic-tomate offre non seulement un spectacle olfactif, mais assure aussi une protection mutuelle.
L’association des « trois sœurs » est un héritage aztèque, un trio formé par le maïs, le haricot et la courge. Dans cette guilde végétale, le maïs élève fièrement ses tiges, offrant un support au haricot grimpant. Ce dernier, en plus de sa nature volubile, enrichit le sol en azote, essentiel pour la santé du potager. Pendant ce temps, la courge étend ses larges feuilles, conservant ainsi la fraîcheur du sol. Cette association illustre une coopération exemplaire, où chaque plante contribue mutuellement à la prospérité de l’autre.
L’ail, puissant en arômes, s’avère un protecteur redoutable pour vos carottes et betteraves. Il repousse une multitude d’insectes, faisant de lui un garde du potager à la fois simple à cultiver et robuste. Attention l’ail ne fait pas bon ménage avec le chou ou les haricots. La bourrache, souvent étiquetée comme « mauvaise herbe », est en réalité une alliée précieuse pour vos courgettes. Elle repousse limaces et vers, tout en vivant en harmonie avec de nombreuses plantes du potager. Ce duo bourrache-courgette est un exemple parfait de l’association bénéfique, où chaque plante apporte ses propres forces pour protéger et enrichir l’autre. Les œillets d’Inde, avec leurs fleurs éclatantes, sont bien plus que de simples ornements, ils forment un rempart contre les nuisibles, spécialement quand associés à la pomme de terre. En créant une barrière protectrice autour de votre potager, ces fleurs colorent votre jardin tout en sauvegardant la santé de vos récoltes.
Avantages agroécologiques de la famille des Fabacées
Assurer une production saine et abondante dans un espace parfois réduit relève trop souvent du casse-tête pour le jardinier amateur. Or, il dispose d’alliés puissants et polyvalents qui lui fourniront bon nombre de services agroécologiques : les plantes de la famille des légumineuses. Celles-ci sont en effet capables de fixer l’azote atmosphérique au niveau de leurs racines : elles contribuent ainsi à améliorer la fertilité et la structure des sols. Elles permettent aussi d’attirer dans le jardin de nouveaux auxiliaires et peuvent faciliter la gestion des herbes indésirables.
Que ce soit dans le croissant fertile, en Égypte ou en Amérique centrale, l’agriculture a émergé accompagnée de la domestication de légumineuses. Aujourd’hui, l’agroécologie prône la réintroduction d’une plus grande diversité d’espèces cultivées comme une stratégie clé pour tenter de s’affranchir des intrants de synthèse en général et des produits phytosanitaires en particulier. Ces associations de plantes constituent un vaste domaine de recherche et d’expérimentation qui reste encore assez méconnu, libre donc au jardinier de tester et d’identifier les associations mutuellement bénéfiques.
Les légumineuses utilisent leur capacité de fixation symbiotique de l’azote atmosphérique, lorsque l’azote est rare à l’origine dans le sol ou bien lorsqu’il le devient comme dans le cas d’une association. Dans cet exemple, la tomate est une plante gourmande qui va rapidement puiser l’azote minéral du sol et obliger ainsi la légumineuse à exprimer son plein potentiel de fixation symbiotique pour subvenir à ses besoins en azote. La fertilité des sols est améliorée à court et à moyen terme. Pendant leurs cycles, les légumineuses relarguent autour de leurs racines des composés riches en azote et rapidement disponibles pour les autres plantes de l’association. Une légumineuse annuelle peut ainsi relarguer jusqu’à 15 % de son azote total durant son cycle de développement.
Pour valoriser durablement ce phénomène de transfert d’azote, il est possible d’implanter des légumineuses pérennes : la luzerne, le sainfoin, le lotier corniculé, le mélilot officinal, les trèfles violet, hybride, blanc et souterrain, ou encore des espèces ligneuses comme le robinier faux-acacia. Par ailleurs, les légumineuses développent souvent des systèmes racinaires puissants et profonds. Ce type de systèmes racinaires favorise un décompactage du sol important et en profondeur, augmentant la porosité du sol et améliorant l’infiltration de l’eau et de l’air.

Régulation des ravageurs et gestion de la biodiversité
L’association de cultures complexifie la structure du couvert, augmente la diversité botanique et peut ainsi induire une confusion aussi bien visuelle qu’olfactive chez certains ravageurs. Cette complexification va altérer la capacité des insectes à trouver la plante hôte et donc à se développer dans ces mélanges. D’autre part, l’association d’espèces végétales est susceptible non seulement d’attirer de nouveaux auxiliaires, mais aussi d’augmenter leur pérennité dans le jardin.
Une équipe de recherche (INRA) en grandes cultures a montré, que l’association de féverole et de colza permettait d’allonger le temps de présence au champ d’un parasitoïde du puceron cendré. Il est souvent préférable d’introduire des légumineuses locales, car le nectar qu’elles fournissent est souvent plus accessible aux auxiliaires de la région. Il est donc important pour le choix de l’espèce de légumineuse de tenir compte de plusieurs paramètres à la fois : la quantité et l’accessibilité des ressources en pollen et nectar, et la synchronisation entre le pic d’activité des ravageurs et la période de floraison des fleurs de la légumineuse.
En 2017, l’INRA a publié une étude sur les effets des légumineuses, sur la régulation des plantes indésirables et sur le rendement de la culture associée. Cette étude a produit des résultats très encourageants. Dans 52 % des situations étudiées, le résultat était « gagnant-gagnant », c’est-à-dire que les adventices étaient contrôlées et le rendement amélioré. Grâce aux associations de plante, le sol est presque recouvert par les cultures. Seule une petite fraction du rayonnement est perdue en atteignant directement le sol ou bien captée par les adventices. La ressource lumineuse étant limitée, le développement des adventices est réduit.
Les organismes du sol ont particulièrement besoin d’apports de matière organique pour se nourrir. Cette matière organique peut être fournie par l’implantation d’une plante de couverture comme un trèfle par exemple. Il a été montré que sous les couverts végétaux, la quantité de vers de terre était beaucoup plus importante que sous un sol nu. La couverture végétale offre donc le gîte et le couvert à la faune du sol. D’autre part, certaines de ces plantes, le trèfle par exemple, sont dites mycorhizotrophes. Elles ont une affinité particulière avec les champignons mycorhiziens naturellement présents dans les sols. Très vite, ces plantes entrent en symbiose avec les champignons mycorhiziens indigènes et deviendront de véritables petites « unités de production » de ces champignons, dont les mycéliums iront ensuite coloniser les pieds de tomates notamment.
Mise en pratique : méthodes d'implantation et choix des variétés
L’implantation de légumineuses peut se faire selon trois agencements : l’implantation synchronisée (les deux cultures sont semées en même temps), l’implantation de la culture d’intérêt dans une légumineuse semée avant, ou l’implantation de la légumineuse dans la culture d’intérêt. Pour qu’une association soit particulièrement bénéfique, il est nécessaire de choisir des espèces et des variétés dont les architectures racinaires et aériennes seront complémentaires. Ces complémentarités permettent une meilleure occupation dynamique de l’espace et donc une meilleure interception du rayonnement et assimilation des éléments du sol.
Il faut bien distinguer les légumineuses alimentaires (petits pois, haricots, fèves, pois chiches, lentilles, soja) des légumineuses fourragères ou de couverture (luzerne, trèfle, lotier, sainfoin, lupin, vesce). Pour réussir son association, il est conseillé de choisir des espèces avec des vitesses d’implantation, des architectures aériennes et racinaires, des cycles de croissance complémentaires et des besoins nutritifs différents. Favorisez la diversité des espèces végétales au jardin et établissez des plans de cultures afin de ne pas implanter les mêmes familles aux mêmes endroits chaque année.
Une attention particulière doit être portée à la mise en place des nodules : ils sont sensibles aux stress environnementaux (acidité du sol, salinité, températures extrêmes, sécheresse extrême). Le travail du sol doit être mesuré : si le travail est trop important et profond, cela perturbera les couches de sol contenant les bactéries qui ne seront alors plus en contact avec les légumineuses à mettre en place. Planter plusieurs espèces de légumineuses pour une meilleure chance de nodulation est une excellente stratégie, car cela permet d’augmenter les chances que les bactéries du sol correspondent à votre espèce végétale. Si vous voyez qu’une plante légumineuse se développe bien dans votre terrain, vous pouvez prendre un peu de terre au pied de celle-ci pour ensemencer une autre plantation du même type.
Vers une agriculture durable : la symbiose Rhizobiaceae
Il a fallu attendre la fin du 19e siècle pour des découvertes majeures. En effet, deux chimistes allemands, Hermann Hellriegel et Hermann Wilfarth, découvrirent en 1888 que les nodules sur les racines de légumineuse étaient le siège de la fixation d’azote. On entend souvent le terme « légumineuse » mais on ne sait pas toujours ce qu’il signifie exactement. Cette grande famille comprend à l’heure actuelle 946 genres et plus de 24 000 espèces de plantes allant des formes herbacées à des arbres et même des lianes. Cette famille de plantes est particulièrement connue pour ses propriétés de fixer l’azote atmosphérique grâce à des nodules racinaires issus d’une symbiose avec une bactérie du sol.
Ces bactéries sont capables de métaboliser l’azote atmosphérique (N2) et de le convertir en composés azotés assimilables par la plante (ammoniac NH3) améliorant ainsi sa croissance. En échange la bactérie bénéficie des composés carbonés (nutriments sous forme de sucres : malate) produits par la plante via la photosynthèse et d’un « hébergement ». A noter que la symbiose entre les plantes légumineuses et les bactéries Rhizobiaceae n’est pas obligatoire. Les plantes de légumineuses germent et se développent sans Rhizobiaceae et peuvent continuer leur cycle de vie sans aucune association.
L’atmosphère terrestre est composée de 78 % environ de diazote (N2), c’est-à-dire d’azote sous forme gazeuse. Les plantes ne sont pas en capacité d’utiliser cette forme d’azote alors que l’azote est un nutriment très important. Il rentre en effet dans la composition de tous les acides aminés et les acides nucléiques. L’azote représente ainsi un facteur limitant pour la croissance et le développement des plantes. L’apport des composés azotés sous forme de fertilisants comme les nitrates représentent un coût significatif pour l’agriculteur et ont un impact sur l’environnement.
Les mécanismes par lesquels les bactéries et les légumineuses choisissent leurs partenaires ne sont pas encore complètement compris à l’heure actuelle. Il existe toute une variété de bactéries Rhizobiaceae et c’est un véritable univers que l’on découvre lorsque l’on commence à s’intéresser à ces bactéries. Toutes les bactéries de cette famille ne sont pas compatibles avec toutes les espèces de légumineuses. La plupart des légumineuses peuvent être associées à différentes espèces de bactéries même si l’efficacité ne sera pas la même en terme de résultat pour la plante. Mais certaines sont beaucoup plus restrictives dans leurs rôles d’hôtes. Cela pose bien sûr quelques difficultés à une légumineuse si elle est introduite dans un nouveau milieu qui n’est pas celui d’origine.

Dynamiques évolutives et gestion des partenaires
En milieu naturel, suite à l’introduction de légumineuses dans un nouvel environnement, certaines bactéries indigènes sont capables d’évoluer et d’acquérir les « outils » nécessaires pour mettre en place une nouvelle symbiose. Cette plasticité, ou potentiel d’adaptation est dû à l’organisation particulière de leur génome. Cela ne veut pas dire pour autant que l’efficacité de la symbiose en terme de fixation d’azote est au rendez-vous. En contexte agricole, il est courant d’utiliser les bactéries pour inoculer des semences (application sur les graines ou directement dans le sol) afin de mettre en place le plus tôt possible la symbiose la plus efficace en termes de rendement.
Il faut bien sûr disposer de la bonne variété de bactéries qui s’associent avec la culture mise en place et que les conditions climatiques et pédologiques conviennent aux bactéries inoculées. En général, ces bactéries sont sélectionnées pour être compétitives face aux bactéries indigènes déjà présentes dans le sol. Elles ont tendance à dominer et dans certains cas elles prédominent toujours après 5 voire 15 ans suite à l’inoculation. Comme dans toute coopération, il arrive que le contrat ne soit pas toujours respecté. Il y a à la fois des coûts et des bénéfices pour la plante hôte ainsi que pour les bactéries. Parfois, la bactérie installée ne fournit pas sa part (pas de fixation d’azote).
Comment cette coopération bactérie-légumineuses a-t-elle pu se maintenir au cours de l’évolution si le bénéfice n’est pas mutuel ? Les bactéries « tricheuses » produiraient ainsi des nodules non fixateurs, ce qui ne donnerait aucun avantage à la légumineuse hôte tout en ayant un coût pour la plante. Dans un cas de « flagrant délit de triche », la plante peut mettre en place un système de sanction. C’est ce qui a été observé dans le cas du soja et de sa bactérie au cours d’une expérimentation. Le soja pénalise ainsi la bactérie qui échoue à fixer l’azote dans les nodules racinaires. Les conséquences pour la bactérie sont au niveau de son succès reproductif qui diminuait alors de moitié. Un des mécanismes de sanction serait la diminution d’apport d’oxygène à la bactérie.
Perspectives pour les cultures associées
Si l’on cultive ensemble une légumineuse et une céréale, on utilise de manière plus efficiente l’azote, l’eau et la lumière que si l’on cultive séparément ces deux espèces. La céréale sert de tuteur à la légumineuse, et la légumineuse fournit à la céréale une partie de l’azote dont elle a besoin. C’est intéressant en bio car l’azote est souvent le facteur limitant. Le pois protéagineux semé en automne verse souvent durant la phase de maturation, ce qui entraîne un enherbement tardif et rend la récolte difficile. En culture associée avec une céréale, le pois ne verse pas et la culture est propre. La meilleure céréale est l’orge, car elle murit en même temps que le pois.
À première vue, l’association de la féverole et de l’avoine est moins intéressante que celle du pois et de l’orge, car la féverole en culture pure concurrence mieux les adventices que le pois protéagineux. Mais l’avoine associée à la féverole peut encore augmenter ce pouvoir suppresseur des adventices. Avec une association de féverole et d’avoine, le risque de perte économique due aux dégâts éventuels d’hivernage ou de pucerons est plus faible, puisqu’il reste pour la récolte le partenaire non-affecté.
Qu’il s’agisse de féverole et avoine ou de pois et d’orge, l’objectif est de produire le pourcentage le plus élevé possible de protéagineux à la récolte. Il est donc recommandé de n’apporter aucune fumure azotée et de semer 80 % de légumineuse et 40 % de céréale. Il y a des cas où on peut encore augmenter la proportion de légumineuse et diminuer celle de la céréale. En permaculture, chaque plante n’est pas seulement là pour produire : elle interagit, protège, nourrit ou attire. Associer les légumes, c’est composer un écosystème harmonieux, efficace, et surtout résilient. Contrairement à une culture en lignes séparées, l’association de légumes favorise la biodiversité et permet au jardin de mieux s’autoréguler.
Raison 1 : Prévenir les maladies. Les maladies cryptogamiques (comme le mildiou ou la rouille) se propagent plus facilement dans des cultures homogènes. En diversifiant les plantes et en les associant intelligemment, on crée des « ruptures » dans les chaînes de propagation. Certaines plantes, comme le basilic ou l’ail, émettent des composés naturels antifongiques. D’autres, comme l’œillet d’Inde ou la tanaisie, repoussent les insectes porteurs de maladies.
Raison 2 : Symbiose et bénéfices. Certaines plantes se rendent mutuellement service. C’est ce qu’on appelle une symbiose fonctionnelle : les légumineuses (haricot, pois, fève) fixent l’azote de l’air et enrichissent le sol. Des plantes hautes comme le maïs offrent un support naturel à des grimpeuses comme les haricots. D’autres attirent des auxiliaires de culture : les capucines attirent les pucerons loin des légumes, la bourrache attire les abeilles.
Raison 3 : Préservation du sol. En variant les systèmes racinaires (profonds, superficiels, étalés), les associations évitent l’appauvrissement localisé du sol et favorisent sa structure. Le couvert végétal diversifié limite aussi l’érosion, la battance et le dessèchement, tout en abritant les vers de terre et la microfaune du sol.
Raison 4 : Optimisation de l’espace. Associer des légumes permet de cultiver plus sur une même surface, sans forcément épuiser le sol. On peut par exemple semer des radis entre les rangs de carottes ou planter de la laitue sous les tomates. Cela permet une occupation du sol à plusieurs étages, et une meilleure gestion de la lumière, de l’humidité et de la concurrence.
Raison 5 : Atténuation du stress climatique. Un potager diversifié amortit les chocs. Une plante haute protège une plus fragile du vent, une autre couvre le sol pour limiter l’évaporation lors des fortes chaleurs. La diversité crée un microclimat localisé, bénéfique à l’ensemble du système.
Raison 6 : Meilleure gestion des ravageurs. Les monocultures attirent des ravageurs spécifiques. En associant plusieurs légumes, on brouille les pistes. Certaines plantes agissent comme plantes-pièges, d’autres comme répulsifs naturels. Par exemple, le basilic repousse les moustiques et certains moucherons, la menthe éloigne les fourmis et pucerons, la ciboulette peut faire fuir la mouche de la carotte.
Comprendre pourquoi certaines plantes s’aident mutuellement permet d’utiliser intelligemment l’outil association legume potager. Les bonnes associations ne relèvent pas du hasard : elles reposent sur des mécanismes biologiques bien identifiés en agronomie et en permaculture. L’allélopathie, par exemple, où certaines plantes libèrent dans le sol des substances chimiques qui influencent la croissance des plantes voisines, est un aspect fondamental. Le fenouil, par exemple, inhibe la croissance de nombreuses cultures ; il peut ralentir le développement des tomates, poivrons ou haricots. C’est pourquoi ton outil association legume potager classe le fenouil parmi les mauvais compagnons de nombreuses cultures. En somme, la diversité au jardin est la clé pour créer un écosystème productif et résilient.
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