Guide complet : Bien commencer en permaculture

La permaculture est bien plus qu'une simple méthode de jardinage ; c'est une philosophie de vie qui s’inspire de la nature pour concevoir des systèmes durables, résilients et efficaces. Le mot permaculture est la contraction de deux mots anglais : "permanent" et "agriculture". Ces termes ont été employés pour la première fois en 1910 par un agronome américain, Cyril G. Hopkins, dans son livre Soil Fertility and Permanent Agriculture. Cette expression signifie que l'on utilise des méthodes de culture permettant à la terre de conserver sa fertilité sans avoir recours à des intrants. Le terme "permaculture" a quant à lui été utilisé pour la première fois en 1978 dans le livre Permaculture One de Bill Mollison et David Holmgren.

Schéma illustrant le cycle de vie d'un jardin en permaculture

Les fondements éthiques et les principes de conception

L'agriculture permanente consiste à mettre en place un système durable afin de se nourrir sans épuiser les ressources de la terre pour continuer à cultiver le plus longtemps possible sans causer des dégâts. Auparavant centrée sur l'agriculture uniquement, la permaculture est dorénavant fondée sur 3 thèmes : le respect des éléments de la nature, le respect de l'humain et le partage équitable. Il s'agit d'un concept systémique visant à mettre en place un système durable.

David Holmgren, l'un des co-fondateurs de la permaculture, a énoncé 12 principes qui la régissent :

  1. Observer et interagir
  2. Stocker l'énergie
  3. Obtenir une récolte
  4. Appliquer l'auto-régulation et accepter la rétroaction
  5. Favoriser les ressources renouvelables
  6. Ne pas produire de déchets
  7. Concevoir en partant du général pour arriver aux détails
  8. Intégrer plutôt que séparer
  9. Utiliser des solutions lentes et à petite échelle
  10. Favoriser la diversité et s'en servir
  11. Valoriser les bordures
  12. Être créatif face au changement

L'observation : étape primordiale pour débuter

Observer et interagir et protéger la biodiversité, tels sont les mots-clefs dans la permaculture. Prendre connaissance du milieu dans lequel la plantation se fera est primordiale pour le développement des plantes. Avant d'intervenir, de planter ou de travailler le sol, on observe ! L'idée étant de comprendre l'environnement pour créer un équilibre biologique. Le soleil : où se lève-t-il ? Le vent : d'où vient-il ? L'eau : comment circule-t-elle ? Le sol : est-il sableux, lourd, argileux, pauvre, riche ?

La permaculture implique nécessairement de prendre en compte cet environnement. C’est la seule façon de s’assurer que vos plantes s’épanouiront dans leur écosystème. Certains permaculteurs conseillent même de ne rien planter la première année. Une année d’observation, avec un carnet de notes pour parfaitement comprendre le système naturel dans lequel vous allez débuter en permaculture.

Division du jardin en zones

Avant de vous lancer, vous devez d'abord penser à l'organisation de votre jardin. La permaculture fonctionne sur un système de zones, sachant que plus un élément est utilisé souvent et nécessite de l'attention, plus il doit être placé dans une zone proche de la maison :

  • Zone 0 : La maison, au centre du système.
  • Zone 1 : Éléments nécessitant une attention quotidienne (cuisine extérieure, herbes aromatiques, plantes en pots, serre).
  • Zone 2 : Cultures nécessitant un passage tous les deux jours (potager, massifs de fleurs, petit poulailler).
  • Zone 3 : Verger, arbres fruitiers, haies (récolte annuelle).
  • Zone 4 : Animaux plus gros (porcs), forêt pour le bois mort.
  • Zone 5 : Parties naturelles sans entretien (domaine de la petite faune : hérisson, crapaud, lézard).

Carte de zonage d'un jardin en permaculture

Préparation et soin du sol

Entre terre pauvre et robuste, il faut commencer par évaluer l’état du sol et lui apporter les fertilisants naturels nécessaires. D’abord, vérifiez la couleur du sol : lorsque la terre est foncée, cela signifie qu’elle est en bonne santé. Pour vérifier la nature du sol, prenez un bout de terre humide et si une boule se forme entre vos mains, cela peut signifier qu’elle contient de l’argile.

En permaculture, la terre n’est jamais retournée ni bêchée. Le bêchage profond casse les couches du sol et fatigue inutilement. On va donc utiliser des outils qui respectent le sol, comme la fameuse « grelinette® », autrement appelée biofourche ou aérobêche. L'objectif ici est d'obtenir de l'humus, grâce à des engrais naturels (comme le fumier), du compost…

Le paillage : un allié indispensable

Le paillage n'est pas une technique en soi, mais il est primordial en permaculture. Peu importe la méthode que vous choisirez, il est fortement recommandé de pailler votre sol. Cette couche permet de nourrir le sol et de favoriser la rétention d'eau, évitant ainsi l’arrosage des cultures. Vous pouvez utiliser des engrais verts, des feuilles mortes, des rameaux d’arbre broyés (BRF), des tontes de gazon séchées ou du carton.

Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) est issu de rameaux jeunes, de moins de 2 ans, qui ont été broyés. Ce broyage permet aux champignons de pénétrer rapidement dans le bois et de le digérer. Ce BRF étalé à la surface du sol rend le sol fertile.

Méthodes de culture et compagnonnage

Il existe de nombreuses manières de cultiver au-dessus du sol pour ne pas épuiser ses ressources :

  • La culture sur buttes : Améliore le confort du jardinier et la qualité du sol.
  • Le potager en trou de serrure (Keyhole garden) : Idéal pour les jardins plus petits, il permet de cultiver grâce au compostage des déchets alimentaires au centre.
  • Les carrés de culture : Permettent de cultiver sur des surfaces réduites (terrasse, balcon) en rapprochant les plantes.

Privilégiez le compagnonnage, méthode qui consiste à associer des plantes qui se protègent mutuellement. Parmi celles-ci, les tomates et le basilic qui renforce le goût des tomates et éloigne les moustiques. La règle de base est de ne pas cultiver des plantes d'une même famille côte à côte.

Permaculture : création et évolution d'une butte autofertile

Biodiversité et gestion des nuisibles

Permaculture rime avec l'absence de pesticide. Vous pouvez lutter naturellement contre les nuisibles présents dans votre potager. À commencer par l’usage des insecticides et répulsifs naturels fabriqués à partir de savon de Marseille ou de vinaigre blanc. La présence de certains insectes est nécessaire comme les abeilles. En plus des bienfaits qu’ils procurent pour la biodiversité, celles-ci peuvent contribuer à renforcer le potager et à le protéger des autres parasites. Installez un hôtel à insectes pour attirer les pollinisateurs et auxiliaires (chrysopes, syrphes, staphylins, carabes).

Optimiser les ressources : l'eau

Récupérer les eaux de pluie dans des contenants ouverts permet non seulement de disposer d’eau pour l’arrosage, mais aussi d’attirer des oiseaux qui viendront y boire et vous débarrasser des insectes indésirables. Des réservoirs placés un peu partout dans le jardin vous feront économiser efforts et déplacements. Si vous vous trouvez dans une région plutôt sèche, il est recommandé d’installer des puits d’humidification : plantez des fagots de bois imputrescibles dans le potager pour maintenir une humidité constante en profondeur.

Conseils pour bien débuter sans se décourager

La bonne attitude pour bien commencer son jardin en permaculture est de ne pas céder à la précipitation. Commencez petit, puis étendez-vous. S’adapter au rythme de la nature et accepter de ne pas tout contrôler dans son jardin est essentiel. Souvent, les débutants ne savent pas par quoi commencer, quoi faire en premier… et c’est normal.

Ne vous laissez pas submerger. La planification, la conception (ou design) sont une part essentielle en permaculture. Plutôt que d’imaginer le plan dans sa tête, la meilleure solution est de dessiner un plan de son futur jardin ou potager. En mettant sur papier une première esquisse, vous allez peut-être vous rendre compte que certaines choses ne vont pas ou n’ont pas de sens. Il n’y aura qu’à utiliser votre gomme pour modifier cela. La permaculture est un processus vivant qui s'installe et s'améliore au fil des saisons. Tout ne peut pas marcher, donc il faut s'adapter. Et surtout, prendre du plaisir à jardiner.

tags: #permaculture #bien #commencer