
Le continent africain fait face à un défi environnemental majeur : la progression inéluctable du désert. Au Sahel, cette avancée est observée depuis plusieurs décennies, accompagnée d'une diminution des surfaces boisées, ce qui entraîne l’exode rural et la pauvreté. La permaculture émerge comme une solution innovante et durable pour inverser cette tendance, en transformant des terres arides en écosystèmes productifs et résilients. Cette approche, qui combine des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement avec une vision humaniste, est de plus en plus adoptée à travers l'Afrique, offrant un espoir concret face à la désertification.
La Grande Muraille Verte : Un rempart contre la désertification
Le défi est colossal : recréer une nouvelle forêt et l’étendre, en la faisant courir, telle une grande coulée verte, au travers de tout le continent africain. Conscients de l'urgence, 11 pays d’Afrique se sont rassemblés en 2004 et ont décidé ensemble de relever ce défi, en créant l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte. Ce programme ambitieux vise à lutter contre la désertification en plantant une bande de végétation sur plus de 7 000 kilomètres, traversant l'Afrique du Sénégal à Djibouti. Nous avons choisi de les accompagner dès 2012, en offrant notre soutien au Sénégal, un pays pionnier dans cette initiative.

Aujourd’hui, la mission est en cours : plus de 130 000 Dattiers du désert ont déjà été plantés, et le désert a reverdi sur plus de 45 000 hectares. Pour que la Grande Muraille Verte puisse perdurer, elle doit accueillir des espèces multiples. En effet, la biodiversité végétale augmente la résistance aux variations climatiques, aux insectes et aux maladies. Le Dattier du désert, par exemple, peut survivre deux ans sans apport d’eau, résiste aux feux de brousse grâce à son écorce épaisse et peut vivre au-delà de 100 ans en milieu hostile.
Le désert n’avance pas tout seul. Les causes de sa progression sont essentiellement les variations climatiques, comme les sécheresses, et l’activité humaine. Le Sénégal, en tant que pionnier dans le programme de la Grande Muraille Verte, a démarré les plantations dès 2008 dans le Ferlo, une région du nord-est située en plein cœur du Sahel. Le service des "Eaux et forêts" sénégalais est chargé de cette opération, de son contrôle, de son évaluation ainsi que de la sensibilisation des populations locales. Ce programme a la particularité de combiner protection de la biodiversité et vision humaniste. Dans la région du Ferlo, de nombreuses pépinières ont été mises en place en coopération avec les habitants. Les hommes préparent les gaines dans lesquelles les graines sont semées, se chargent de l’arrosage et surveillent les parcelles protégées et les jeunes arbres.

Au Sénégal, l’action s’étend au-delà de l’opération de replantation de cette grande forêt de Dattiers du désert. Ce nouveau couvert végétal, en favorisant la régénération des sols, a permis de créer huit pépinières et neuf jardins potagers et maraîchers. Dans le Ferlo, où l’accès aux soins est limité, la médecine traditionnelle reste une réponse essentielle. Documenter et transmettre les savoirs locaux sur les plantes, c’est renforcer l’autonomie des familles et encourager la préservation de cette flore utile. La création d’une parcelle pédagogique à l’école primaire de Widou Thiengoly permet aux élèves, encadrés par le personnel enseignant et l’équipe des Eaux & Forêts, d'apprendre la biodiversité du Sahel, de planter des arbres et de réaliser le suivi de leur parcelle. Sur ce projet, nous sommes partenaires du CNRS depuis 2012, soulignant l'importance de la recherche scientifique dans ces initiatives.
La permaculture au Sénégal : L'exemple de Gora N'Diaye
La permaculture suscite un véritable engouement en Afrique. Cette pratique agricole respectueuse de l’environnement est très répandue au Sénégal, où le pionnier s'appelle Gora N'Diaye. C'est un précurseur et un modèle pour les jeunes de la région. Une véritable révolution se déroule actuellement en Afrique, où de plus en plus de paysans se tournent vers la permaculture.
Au Sénégal, Gora N’Diaye, disciple de l’agronome français René Dumont, a acheté il y a 18 ans, pour une bouchée de pain, trois hectares d’une terre que l’on disait alors incultivable. Il se souvient : « Mais oui, on m’a pris pour un rêveur. Quand ils ont vu que je plantais des cocotiers, ils se sont dits mais de quelle planète il vient, il va perdre tout son argent ici. » Aujourd'hui, tout pousse sur ce qui n’était qu’un désert : cocotiers, manioc, fruits, agrumes, tomates, poireaux, salades. Il a fallu restaurer longuement la fertilité de cette terre. « Cet endroit était un terrain de football pour le village, le sol blanc comme le sable de mer. Donc vouloir y faire de l’agriculture, c’était une utopie. » L’eau était la clé : « Oui, l’eau c’était le plus important, sans eau pas de miracle, il y a environ 8 ou 9 puits ici, chaque puits fait maximum 7 mètres de profondeur. » Il a ainsi créé un microclimat favorable à la vie, pour les êtres humains, les végétaux et les animaux.

Sa ferme est un exemple de culture durable qui garantit des récoltes toute l’année grâce à des petits écosystèmes qui respectent la biodiversité. L'humidité est retenue, ce qui permet à ces écosystèmes de favoriser l’apparition d’autres cultures végétales sans recours aux pesticides ni engrais chimiques. Pour se débarrasser des insectes nuisibles, à Kaydara, on pratique la lutte biologique. Mamadou, un jeune de 23 ans qui travaille aux côtés de Gora N’Diaye, explique : « La lutte biologique consiste à assembler des plantes qui s’aident mutuellement, par exemple on va planter des poireaux à proximité de carottes car on sait que les mouches n’aiment pas les odeurs des poireaux donc elles n’attaqueront pas les carottes. Ça les éloigne et c’est naturel. »
Mamadou est un pur produit de cette ferme qui est également devenue une école, il y a tout appris. Chaque année, 20 jeunes sont formés ici à l’agro-écologie. Philomène, tout juste 25 ans, a abandonné ses études à l’université pour venir apprendre les techniques de la permaculture. Elle témoigne : « Parce que je vois qu’à l’université, on ne fait que de la théorie alors qu’ici c’est de la pratique et je me sens bien à l’aise. » Mohamed, 27 ans, est devenu autonome après sa formation. Ce jeune possède son propre champ, une parcelle d’un hectare donnée par Gora N’Diaye pour le lancer. Après des années à errer dans le nord de l’Afrique, Mohamed a enfin trouvé un sens à sa vie : « Comme la plupart de mes amis, je suis parti parce que je n’avais aucun espoir. Mais maintenant ça va, j’ai trouvé ma voie. Le matin quand je me réveille, j’ai quelque chose à faire, chaque jour. » L’objectif maintenant ce n’est pas seulement de produire, mais c’est aussi de donner l’exemple, en opposition aux monocultures comme celle du mil ou de l’arachide qui ont appauvri les sols et abîmé les écosystèmes.
La permaculture en Jordanie : Un laboratoire en conditions extrêmes
Comment le désert est devenu un jardin géant au Maroc?
Le design au service de l'abondance, même dans des conditions extrêmes. Le récit de voyage de Jean-Cédric Jacmart, fondateur de la ferme de Desnié, illustre parfaitement cet aspect. En tant que designer en permaculture, il souhaitait découvrir ce que la permaculture pouvait faire de mieux dans des conditions extrêmes. Avec le réchauffement climatique qui s’affiche clairement partout dans le monde et des apprentis permaculteurs dans son école, porteurs de projets d’installation dans le sud de la France ou dans des pays de plus en plus chauds tels que l’Espagne, l’Italie, le Portugal ou le Maroc, il lui semblait opportun de pouvoir saisir toutes les ficelles qui permettent de créer ou de recréer des écosystèmes abondants là où la vie tend à disparaître. Rien de tel qu’une immersion in situ.
Le voyage avait plusieurs objectifs, conformément au grand principe « un élément, plusieurs fonctions ». Notamment celui de rencontrer le permaculteur charismatique et mondialement reconnu : Geoff Lawton. Ce fut aussi l’occasion d’analyser la méthode pédagogique anglo-saxonne et de la comparer à celle des facilitateurs francophones. Finalement, entre Bill Mollison, le co-fondateur de la permaculture, et Jean-Cédric, il y aurait Geoff, son élève et ami de longue date. Cette perspective était réjouissante car il serait proche de la « source » de celui qui est parvenu à structurer le concept de la « permanent culture ». Les PDC (Permaculture Design Course ou Cours de Conception en Permaculture) créent également des opportunités pour faire des rencontres internationales et tisser un réseau mondial de premier ordre. Et comme on dit en anglais, « last but not least », ce fut l’occasion de découvrir la Jordanie, le royaume hachémite.
Le désert de Wadi Rum atteste la présence de dessins, d'inscriptions gravées et de vestiges archéologiques témoignant de 120 siècles d'occupation humaine. Le domaine de Nadia Lawton, la femme d’origine Palestinienne de Geoff, se trouve dans un camp de réfugiés à Jawasari, à 45 km de la capitale Amman. Ce camp a été établi après la Guerre israélo-arabe de 1948-1949 pour héberger les réfugiés palestiniens qui ont été forcés - ou qui ont choisi - de quitter la Palestine après la création de l'État d'Israël. Au loin, à environ 10 km, on distingue dans une brume de chaleur la mer morte qui s’étale entre Israël, la Cisjordanie et la Jordanie. La nuit, on peut voir scintiller les villes en Palestine à environ 6 km. Nous sommes ici sur l’endroit habité le plus bas de la planète, soit à moins 422 mètres sous le niveau de la mer. Au mois d’août, la température extérieure est suffocante et elle avoisine les 50°C. La région est aride et elle est principalement constituée d’un sol caillouteux et poussiéreux. Il y a ici et là de la végétation éparse et les quelques zones vertes sont des champs irrigués de manière artificielle. La région est très pauvre et les familles ont beaucoup d’enfants pour notamment compenser la mortalité infantile. Nous sommes clairement dans une zone où la vie s’apparente davantage à de la survie. L’eau, c’est la vie. Lors d’une balade dans un oued asséché, il y avait cette grenouille dans une petite flaque !

La mission du « Permaculture Research Jordan » est multiple. Le premier objectif est d’être un site de démonstration en permaculture en zone désertique pour pouvoir exposer qu’il est possible en quelques années seulement d’enrayer la désertification dans des endroits où le sol (humus) a disparu par l’érosion et la salinisation. En effet, les mauvaises pratiques agricoles et pastorales sont légions sur la planète. Le deuxième objectif est de former et de sensibiliser les Jordaniens et les acteurs du monde agricole du Moyen-Orient, y compris les agronomes et les pouvoirs publics, à des pratiques respectueuses de l’environnement, à créer de la résilience et à offrir un avenir soutenable pour les populations. Les techniques enseignées permettent de créer de l’abondance à partir de cailloux ! C’est tout simplement incroyable. La question posée est : comment créer du sol tout en limitant au maximum l’utilisation de l’eau, cet or bleu précieux ? Le troisième objectif est d’enseigner des PDC à tous les porteurs de projets et/ou aux futurs facilitateurs en permaculture. L’argent récolté est ainsi réinjecté dans l’écosystème économique local et permet de financer l’aménagement constant du site et de rémunérer le gardien, les ouvriers du site et les matériaux de construction.
Geoff nous convie à une balade pour nous narrer l’histoire du lieu et la spécificité de la végétation locale. En venant d'Amman, le dernier tronçon de route qui mène à la propriété est surprenant. La route n’est pas terminée et l’ami Jordanien qui me conduit doit quitter des tronçons de rues en macadam vers des morceaux de terrains vagues, le tout dans le noir quasi total. Lorsque nous arrivons devant le portail du domaine, il est tard et la chaleur est encore étouffante. Le gardien m’accueille très gentiment et me mène à ma chambre. Stupéfaction ! La chambre est dépourvue de lit et de mobilier. Il y a juste une ampoule au plafond et il fait au moins 35°C. Malgré la fatigue, il faut dormir rapidement.
Dès le lendemain matin, Geoff et son assistant Damien Bolher, entament le premier chapitre du cours de design, tel qu’il est indiqué dans l’œuvre incontournable de Bill Mollison, « A designer’s guide ». En préambule au cours, Geoff démonte les mythes et fantasmes qui rodent encore autour du mouvement de la permaculture, telle que la croyance qu’en permaculture tout devrait être gratuit. En classe, il y a un échantillon vivant de la diversité humaine internationale qui s’intéresse aux solutions que la permaculture apporte à l’humanité. Il y a des apprentis qui viennent d’une quinzaine de pays tels que l’Australie, les Etats-Unis, le Canada, l’Inde, la Jordanie, la Belgique, la Suède, le Danemark, l’Ethiopie, l’Algérie, le Portugal, la Palestine, l’Allemagne, la France et l’Angleterre.
Du haut de ses 62 ans, Geoff a une énergie débordante et son cours est passionnant. Pendant 10 jours, avec son assistant Damien, Geoff va dessiner inlassablement sur le tableau blanc un cours qui s’apparente par moments à des tableaux parfois techniques et parfois dignes d’une académie de dessin. En effet, la permaculture est une philosophie, un art et une science. Malgré les nuits torrides, l’inconfort de la salle de cours et des chambres, la salle de douche sommaire et les toilettes sèches envahies par les mouches, les hordes de chiens errants qui aboient pendant la nuit… et sans compter un inconfort du système digestif pour certains stagiaires occidentaux, le groupe s’accroche et tient bon, tant les formateurs que la matière enseignée sont passionnants. Le 24 septembre, Geoff entre en classe et nous annonce le décès, à l’âge de 88 ans, de Bill Mollison, son ami et son mentor. Il faut souligner que Bill Mollison, avec l’aide de son élève David Holmgren, a lancé un mouvement qui pourrait bien contribuer à guérir la planète. Pour preuve, il a reçu en 1981 le Right Livelihood Award, communément appelé en français « prix Nobel alternatif », qui récompense les personnes ou associations qui travaillent et recherchent des solutions pratiques et exemplaires pour les défis les plus urgents de notre monde actuel.
Difficile d’imaginer que moins de 7 ans avant ma visite, l’endroit où je me trouve n’était qu’un morceau de désert aride. Le premier défi, c’était de capter un maximum d’eau quand il y a des averses et de la laisser s’infiltrer toujours au même endroit pour créer des poches humides sous la surface du sol. Ils ont donc créé des baissières sur les courbes de niveau du terrain. La baissière (swale en anglais) est une sorte de tranchée dépourvue de pente pour que l’eau ne puisse pas s’en échapper par ruissellement ou par accélération. Par définition, lorsqu’il y a accélération de la vitesse de l’eau, celle-ci emporte la matière organique et les minéraux hors du système. Ensuite, ils ont planté des arbres de part et d’autre de la baissière, notamment des Leucaena, petits arbres tropicaux à croissance rapide, utilisés pour diverses applications : bois de chauffage, fibres, fourrage pour le bétail. Il s’agit principalement d’essences d’arbres pionniers, fixateurs d’azote et très productifs en termes de production de feuillages et de branches. D’autres part, des arbres fruitiers ont été plantés tels que les dattiers et des oliviers. En grandissant, les arbres empêchent progressivement le soleil d’atteindre le sol et réduisent ainsi l’évaporation.

L’objectif étant d’élaguer régulièrement les arbres pour y amener de la matière organique (du mulch) sur le sol pour qu’elle se décompose dans cette zone humide. Petit à petit, les feuilles et les branches mortes se décomposent. Apparaît ensuite les champignons dont le mycélium crée une substance cireuse qui repousse et emprisonne le sel et le rend inerte et insoluble. Les bactéries et les insectes rendent ensuite le sol vivant.

Un exercice de design en petits groupes a été réalisé. La phase initiale était l'observation. Geoff nous a fait réaliser un compost selon la méthode de compost à chaud de Berkeley, indispensable pour apporter de la matière organique au jardin potager. La recette pour les pays chauds est composée des éléments suivants : « Green, Brown, Manure ». En d’autres mots, vous devez faire un tas d’au moins 1 mètre cube en couches successives de matière organique verte et fraîche (40%), de matière sèche carbonée (50%) et de fumier ou fientes de volatiles azotée (10%). Le tout devant être arrosé pour déclencher le processus qui permettra le développement rapide de bactéries qui commenceront à dégrader la matière organique. Lorsque le monticule fait environ 1,5 mètre de haut, il faut le bâcher pour réduire l’évaporation inhérente au climat local. Après trois à quatre jours, il va chauffer et il faut le retourner tous les deux jours.
Les poules du centre de formation se nourrissent exclusivement des déchets de cuisine qui sont compostés par tas dans le poulailler. Les tas finissent par se décomposer et seront exportés ultérieurement dans les jardins. Il fait tellement chaud que les poules ont le bec ouvert pendant la journée comme le ferait un chien assoiffé. Au-dessus des planches de culture du jardin, les armatures de serres tunnels servent de support pour les voiles d’ombrage. Les plants sont repiqués au travers d’un paillage et, coup de bol pour eux, ils n’ont pas de mulots qui risquent de s’y loger. Les techniques d’irrigation au goutte-à-goutte sont similaires à ce que nous utilisons ici à la ferme de Desnié. Seul bémol en terme de design, le lieu ne possède pas de réservoir en béton enterré pour pouvoir stocker de l’eau pendant plusieurs mois sans évaporation. Nadia a fait construire un lagunage (phyto-épuration) qui récupère et filtre les eaux grises pour arroser les jardins. Par définition, les eaux usées produites par les activités domestiques (douches, cuisine) sont considérées comme grises et ont vocation à être réutilisées après avoir subi un traitement.

L’élevage de moutons est une transhumance quotidienne. En tant qu’éleveur de moutons, je dois dire que ma situation est tout simplement paradisiaque comparativement à mes collègues Jordaniens. Par manque de pâturages, les bergers du coin sont obligés de transhumer chaque matin vers la vallée en contrebas avant que la chaleur ne dépose sa chape de plomb sur le troupeau. À dos d’ânes, ils conduisent leurs bêtes sur des distances de plusieurs kilomètres pour aller glaner de la verdure et de l’eau dans des zones plus verdoyantes. En fin de journée, le troupeau revient au domicile des bergers et les moutons seront parqués dans des enclos entourés de branches de Gleditsia Triacanthos ou d’Acacia Farnesiana, pourvues de longues épines acérées. D’ailleurs, dans le jardin de Geoff et Nadia, il est vivement conseillé d’ouvrir l’œil car il n’est pas rare qu’un promeneur puisse s’enfoncer une telle épine dans le pied au travers d’une chaussure !
Si vous jetez un coup d’œil à une carte, vous vous apercevrez que ce petit pays de plus de 9 millions d’habitants est entouré de voisins pas toujours très calmes : Arabie Saoudite, Syrie, Irak, Israël, Palestine et tout en bas l’Égypte par la pointe du golfe d’Aqaba. Je dois reconnaître que les Jordaniens sont très accueillants et ce, dès l’accueil aux douanes… ce qui n’est pas le cas pour la plupart des pays de la région que j’ai visités auparavant.
Lors des deux jours de pause pendant le PDC, j’ai eu la chance de visiter de véritables joyaux culturels ou des sites aussi insolites que splendides. En compagnie de quelques stagiaires, je me suis rendu à Pétra qui est une ville troglodyte située au milieu d'escarpements rocheux, inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Ensuite, nous sommes allés passer une nuit à Wadi Rum, paysage désertique comportant des canyons, des arches naturelles, des falaises et des grottes, situé au sud de l'Arabah. Nous avons aussi visité la ville antique de Jerash, fondée à la fin du IVe siècle av. J.-C et conquise par les Romains en 63 av. J.-C. Comme à Pétra, nous avons testé l’acoustique exceptionnelle des amphithéâtres romains. En conclusion, si vous envisagez de faire un PDC avec Geoff Lawton et que vos moyens financiers ne vous permettent pas d’aller jusque chez lui à Zaytuna Farm en Australie, la Jordanie reste une belle option qui en plus, réduira votre empreinte carbone comparativement au voyage vers le continent Océanique.

Geoff Lawton, né en Angleterre en 1954, est un consultant, un facilitateur et un designer en permaculture de renommée mondiale. Il a suivi son premier PDC en 1983 avec Bill Mollison, le co-fondateur de la permaculture. Depuis 1985, il a réalisé des milliers de missions, de design et de formations sur tous les continents et sur près de 50 pays différents.
La permaculture en Mauritanie : Combattre la malnutrition
Un agriculteur espagnol cultive depuis plusieurs années fruits, légumes et céréales dans la banlieue de la capitale de Mauritanie, Nouakchott. Selon l’ONU, 43,9 % de la population active de Mauritanie a souffert d’un retard de croissance pendant l’enfance. Le pays se trouve dans une zone désertique, au croisement du Sahara et du Sahel. La crise économique a fait exploser les prix des denrées alimentaires et les pluies sont faibles depuis plusieurs années.

Carlos Gil Casado, agriculteur espagnol, s’est installé près de la capitale Nouakchott il y a dix ans. À 17 km de la ville, là où la terre est la plus aride, il fait pousser tomates, aubergines, gombos et autres feuilles d’hibiscus. Comment cultiver un sol composé majoritairement de coquillages concassés ? Carlos Gil Casado explique : de l’engrais naturel, une hydratation au goutte-à-goutte, et surtout une plante brise-vent. Décidément, la permaculture permet de vaincre tous les obstacles. Il utilise du malafalfa pour protéger ses plantations, une grande herbe du Nicaragua.
L’Espagnol ne fait pas pousser ses concombres simplement pour le plaisir. Il dispense des formations au maraîchage aux Mauritaniens intéressés. Sa ferme est devenue ferme pédagogique. Au début de la formation, chacun reçoit une parcelle d’environ 10 m2. Au bout des sept mois, les apprentis montent leur plan d’affaires, se regroupent en coopérative et cultivent des terres de plus en plus grandes. De plus, des agriculteurs alentour se mettent à copier le modèle de Carlos Gil Casado, démontrant la capacité de la permaculture à se propager et à transformer des communautés entières.
La permaculture au Maroc : Faire revivre des terres arides
Un paysage aride se dessine autour de Brachoua, petit village marocain d'une soixantaine de familles. La pluviométrie y est faible, et les températures élevées. Rien ne semble pouvoir y pousser correctement, sans gros travaux d'irrigations importants. La permaculture est l'antithèse de la monoculture, procédé agricole actuel le plus répandu dans le monde. Grâce à ces techniques, Brachoua a su faire revivre sa terre. Chaque famille dispose d'un potager bio.
Stéphane, un photographe basé à Perpignan, a documenté cette transformation. À 22 ans, il décide de découvrir l'Asie et l'Océanie, où il fait ses premiers pas dans le photoreportage. Il a obtenu le D.U. de photojournalisme à l'Université de Perpignan et remporte la même année "découverte" au Festival Off - Visa pour l'image avec son reportage en Iran. Son documentaire sur la Permaculture au Maroc est relayé par de nombreux médias et atteint 500 000 vues sur les réseaux sociaux. Les saisons estivales, il est le photographe de l'Office de Tourisme d'Argelès-sur-Mer dans les Pyrénées-Orientales où il sublime le territoire niché entre mer et montagnes. Il a travaillé pour le média indépendant Made In Perpignan en 2020 et intègre le Studio Hans Lucas en 2019, ce qui lui permet de publier ses photographies dans la presse nationale et internationale. Son travail met en lumière l'impact positif de la permaculture sur la vie des habitants de Brachoua et la régénération de leur environnement.

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