
L'intégration d'une mare en permaculture est bien plus qu'une simple question d'esthétique ; c'est une démarche profondément écologique qui enrichit la biodiversité, régule le microclimat et soutient un écosystème vivant. Une mare est un microcosme qui reflète la complexité et l’interdépendance de la nature, transformant un jardin en une oasis de vie et d'apprentissage.
Planification et conception : les fondations d'une mare réussie
Avant de creuser, il est essentiel d’observer attentivement votre jardin. Identifiez les zones ensoleillées, ombragées, les pentes naturelles, les zones humides existantes et les types de sol. Cette étape est cruciale pour comprendre comment l’eau interagit avec votre terrain. La permaculture adore les lieux naturels polyvalents, et un jardin d’eau répond totalement aux attentes du jardinier. Certains designs permacoles prévoient une mare dans un coin de jardin au sud, éloigné du verger, non loin d’un récupérateur d’eau.
La conception d’une mare en permaculture ne se limite pas à creuser un trou et à le remplir d’eau. Utilisez les principes de design en permaculture pour déterminer l’emplacement idéal de votre mare. Passez du temps à observer les cycles naturels de votre jardin. Où l’eau s’accumule-t-elle après la pluie ? Demandez-vous comment la mare peut se connecter aux autres éléments de votre jardin. Dans la permaculture, le zonage est essentiel pour placer les éléments en fonction de la fréquence de leur utilisation. Chaque élément doit remplir plusieurs fonctions.
Côté dimensions, tout est possible, mais il faut garder en tête que la taille du bassin doit être en rapport avec le reste du jardin. Une zone marécageuse, qui servira à évacuer le trop-plein d’eau, augmentera d’autant la superficie du jardin d’eau. Trop petite, une mare peut en outre être vulnérable aux aléas climatiques (réchauffement trop rapide en été, totalement prise dans la glace en hiver). Même une petite mare peut avoir un impact significatif sur la biodiversité.
La forme de la mare doit sembler aussi naturelle que possible. Évitez les formes géométriques strictes qui ne se trouvent pas couramment dans la nature. Si vous avez des structures comme des pergolas ou des treillis, pensez à la manière dont elles peuvent interagir avec la mare.
Le choix de l’emplacement peut parfois être une évidence. Cependant, quand le choix est moins évident, le design de permaculture met plusieurs outils à votre disposition pour définir l’emplacement qui conviendra le mieux selon vos objectifs et votre contexte. Il est intéressant d’installer des paliers lors du creusement. Vous aurez ainsi différentes températures dans la mare, ce qui permettra d'accueillir une diversité de végétaux aquatiques en fonction de ces différentes profondeurs. Enfin, les animaux tombés dedans pourront plus simplement remonter à la surface.
Construction de la mare : étapes clés et solutions d'étanchéité
La construction d’une mare en permaculture est un projet passionnant qui transforme votre jardin. Commencez par marquer le contour de la mare selon le plan que vous avez conçu. Il est idéal d’avoir une zone hors gel pour permettre l’hibernation de certaines espèces. Assurez-vous de créer une pente douce sur au moins un côté de la mare. Vous allez devoir creuser assez profondément, et la terre extraite peut être utilisée pour faire une butte, ajoutant du relief au jardin et permettant d'installer des végétaux qui aiment les sols drainants et chauds.

L'étanchéité de la mare est un point crucial. Seul un jardin doté d’une terre argileuse pourra se passer d’une bâche PVC pour créer son bassin. Si votre sol contient suffisamment d’argile (plus de 60 % d’argile), il peut naturellement retenir l’eau. L’étanchéité à l’argile peut être très intéressante dans ce cas. Cependant, dans les autres types de sol, cette solution nécessitera de faire venir de l’argile de l’extérieur (bentonite) en grande quantité, ce qui aura un coût financier et écologique non négligeable. Par ailleurs, la réussite d’une étanchéité à l’argile reste assez technique et n’est pas garantie sur le long terme. Il arrive souvent que de micro-fissures se créent au gré des changements de niveau d’eau de la mare, entraînant une perte d’étanchéité. Ceci dit, laisser varier le niveau d’eau d’une mare naturelle à fond argileux au fil des saisons peut être une stratégie choisie, créant des modifications du biotope qui attireront une biodiversité différente. Certains rongeurs peuvent venir gratter le fond de la mare par les côtés, et casser cette couche de bentonite. Les racines des plantes peuvent également dégrader cette couche d’argile bentonite.
L’étanchéité avec géotextile et bâche ou liner est la plus simple à mettre en place quel que soit son sol, tout en garantissant une bonne étanchéité sur le long terme. Elle consiste en la pose à même le sol creusé ou juste recouvert d’une fine couche de sable, d’un géotextile anti-poinçonnant qui est là pour éviter de trouer la bâche qui viendra ensuite le recouvrir. Ce géotextile peut être remplacé efficacement en recyclant de vieux tapis ou morceaux de moquette qui joueront le même rôle. Une bâche ou un liner, spécial bassin, vient ensuite recouvrir le géotextile et assurer l’étanchéité de la mare. Concernant les matières pour les bâches de bassin, il est recommandé d’utiliser de préférence des membranes E.P.D.M. qui est la matière synthétique la plus écologique à ce jour. Il s’agit d’un caoutchouc synthétique inerte, recyclable, très résistant et dont l’empreinte carbone, même si elle n’est pas nulle, est quand même 2 à 3 fois moins élevée que d’autres matières pour bâches comme le P.V.C. Une bâche EPDM a une durée de vie de plusieurs dizaines d’années, jusqu’à 50 ans, contre une dizaine, quinzaine d’années pour une bâche PVC. Lorsque la mare est pleine, des tonnes d’eau exercent une pression contre la bâche, le géotextile prolonge sa durée de vie en la protégeant des petits cailloux tranchants.
Pour les mares de petites dimensions, il existe de nombreux modèles de bassins préformés étanches disponibles à l’achat. Ces bassins préformés se posent très simplement après avoir creusé un trou pour les accueillir et de préférence faire arriver leur surface au niveau du sol pour faciliter l’accès à la faune. Si la surface d’eau est légèrement surélevée par rapport au niveau du sol, il sera bon de penser à installer des “rampes” type tuiles ou morceaux de bois pour permettre par exemple aux salamandres de rejoindre l’eau. Sébastien a créé deux petits bassins préformés avec un budget très serré, moins de 100€, en récupérant du limon et du sable pour donner un aspect naturel, et 95% des plantes via un réseau de troc. Il a même récupéré des plantes dans des fossés ou des murets pour habiller le bord du bassin.
Nini a choisi des pierres pour les bords, ce qui est très esthétique. On peut également mettre des rondins de bois, ou ce que l'on trouve. Il est important d'installer la bâche sur les côtés, pour éviter que les plantes alentour et le sol n’aspirent l’eau par capillarité.
Créer une Mare de Jardin : 8 ERREURS! (j'ai merdé...😅)
Gestion de l'eau et remplissage : l'équilibre hydrique en permaculture
Une bonne gestion de l'eau est cruciale pour une mare naturelle. En permaculture, récupérer l’eau de pluie au niveau de toutes les structures où cela est possible (toitures, zones solides imperméables diverses) fait partie des stratégies clés pour capter et stocker l’énergie (ici l’eau) puis la faire circuler au mieux dans son système. La mise en eau d’une mare, quand elle reste de taille modeste, peut tout à fait se faire, par exemple, via le trop-plein de différentes cuves de récupération d’eau de pluie.
Quand on a des pentes sur son terrain, on peut également concevoir des systèmes de baissières (noues d’infiltration) sur les courbes de niveaux pour faciliter l’infiltration de l’eau dans le sol. Lors des épisodes pluvieux importants, toute l’eau ne s’infiltrera pas suffisamment vite et ces baissières devront comporter des trop-pleins qui peuvent aller se déverser, au final, dans votre mare.
Les prélèvements dans un cours d’eau sont soumis à des réglementations strictes. L’article 643 du Code Civil précise que le propriétaire d’un terrain où surgit une source formant ensuite un cours d’eau naturel, n’a pas le droit de la détourner au préjudice des usagers inférieurs. Il est donc important de noter qu’une mare ne pourra pas être alimentée par une source. Elle ne peut pas non plus être alimentée par un cours d’eau car la mare est une « eau close » (point d’eau stagnante qui ne circule pas) par opposition aux « eaux libres » qui constituent un biotope très différent. En revanche, il peut être possible de remplir votre mare ponctuellement via prélèvement dans un cours d’eau. Si vous n’avez pas d’autre option, il est conseillé de contacter votre mairie ou votre DDT (Direction départementale des territoires) car les restrictions peuvent varier. De manière générale, au niveau du code de l’environnement (articles L. 214-1 à L. 214-3), si le volume de prélèvement reste inférieur à 2% du débit du cours d’eau, il n’y a généralement pas de démarches particulières à faire (au-delà de ce seuil, une déclaration administrative, voire une demande d’autorisation seront nécessaires).
Pour ceux qui possèdent déjà un puits ou un forage, celui-ci pourra aider au remplissage de la mare ou aux réapprovisionnements d’appoints. Cela peut nécessiter l’usage d’une pompe généralement électrique pour remonter l’eau du puits. En période de sécheresse, il peut arriver que les prélèvements d’eau dans votre puits ou votre forage soient interdits ou restreints. Si vous n’avez pas encore de puits ou de forage, une installation à usage domestique est possible si vous avez de l’eau à une profondeur raisonnable sur votre terrain.
Il est déconseillé de remplir la mare avant l’hiver car l’eau pourrait pourrir en l'absence de vie. L'idéal est que la mare puisse être à l’ombre aux heures les plus chaudes de la journée en été, pour éviter un réchauffement trop rapide et un assèchement prématuré. Si vous utilisez de l'eau froide pour les réapprovisionnements, vous risquez de perturber le fonctionnement de la vie dans la mare.
Végétalisation de la mare : un rôle essentiel pour l'écosystème
L'aménagement des abords de votre mare naturelle et le choix des plantes sont cruciaux pour l'écosystème. Il y a des strates spécifiques pour les plantes aquatiques.
La strate hélophyte inclut les plantes ayant les racines dans peu d’eau ou dans des sols très humides, et la « tête » hors de l’eau. Certaines de ces plantes sont capables de supporter des fluctuations importantes de l’humidité du sol dans lequel elles poussent.
La strate hydrophyte inclut les plantes ne pouvant vivre qu’avec les racines constamment immergées dans l’eau.
Il n’y a pas que les nénuphars au bassin ! Acore calamus : ses racines rhizomateuses sont odorantes. Cresson de fontaine (Nasturtium officinalis) : permet de cuisiner la soupe de cresson, à la belle couleur verte, et riche en fer. Epiaires des marais (Stachys palustris) : cette vivace à la floraison rose est à réserver aux bassins un peu plus grands. Incontournables des bassins, les fleurs de nénuphar et d’iris assurent le spectacle aux beaux jours. On peut également citer le nénuphar jaune, Nymphaea lutea, sensible aux escargots aquatiques.
Il est vital d'évaluer la quantité de plantes au cas par cas selon la dimension de votre mare, en vous renseignant auprès de vos fournisseurs pépiniéristes sur la rapidité d’expansion des plantes choisies et la quantité de biomasse produite. Il est important d'éviter les plantes non indigènes et la massette, cette dernière étant très (trop) envahissante. Le myriophylle du Brésil (Myriophyllum aquaticum) et le myriophylle hétérophylle (Myriophyllum heterophyllum) sont classés parmi les EEE préoccupantes en Europe et sont à éviter absolument dans votre mare naturelle.
Installez vos plantes aquatiques en panier immergé pour contenir l’expansion des systèmes racinaires. Évitez d’acheter les plantes en jardinerie ; les gens qui ont des mares autour de vous pourront souvent vous dépanner, tant elles se reproduisent rapidement.
Faune de la mare : diversité et équilibre

La création d’une mare en permaculture est un projet enrichissant qui apporte de nombreux bénéfices écologiques. La mare naturelle, élément essentiel pour la biodiversité dans un jardin en permaculture, est un lieu de reproduction pour de nombreuses espèces animales dont de précieux auxiliaires du jardin. Le bienfait principal est clairement l’attraction de biodiversité, ce qui augmente la résilience générale de votre écosystème en lui permettant d’accueillir ou attirer au moins temporairement des animaux auxiliaires de premier ordre.
Qu’est-ce que l’on trouve comme faune dans une mare naturelle ? La première réponse qui nous vient souvent : des moustiques ! C’est un faux problème. En effet, les moustiques sont parfois présents dans une mare, mais mille fois moins que dans les flaques d’eau, récipients oubliés par les voisins ou nous-mêmes. L’avantage des mares, c’est qu’elles sont « biodiversifiées » et hébergent des prédateurs de moustiques. Les moustiques colonisent toujours les points d’eau en premier, mais ça se régule très vite, en 1 an ou 2, grâce aux libellules et autres prédateurs qui arrivent en renfort. Grenouilles, têtards, libellules, et autres larves d’insectes, un point d’eau est un véritable lieu de vie.
Les batraciens, capables de vivre dans et hors de l’eau, sont des animaux fascinants dont certains ont même des super-pouvoirs remarquables comme survivre à la congélation ! Ils sont aussi de bons auxiliaires du jardin qu’on apprécie voir arriver chez soi. Les mammifères sont aussi très nombreux à s’aventurer aux abords de la mare pour se baigner, se désaltérer ou se nourrir. Quant aux invertébrés, la diversité vivant de façon permanente ou temporaire dans et autour d’une mare naturelle est tout simplement hallucinante. Les libellules en sont un exemple, avec leurs couleurs adultes, souvent chatoyantes et vives, qui sont un émerveillement pour les yeux.
Philippe Jourde nous partage ses connaissances sur un petit mammifère exceptionnel : la musaraigne. Trop souvent confondues avec les souris, elles sont pourtant bien différentes et bien plus aidantes au jardin, car la musaraigne n’est pas un rongeur, elle ne s’attaque donc pas aux racines des végétaux, aux fruits ou aux légumes. Elles vous débarrasseront, bien sûr, des moustiques, mais aussi des noctuelles, ces papillons de nuit dont les dégâts au potager peuvent être très importants (ex d’espèces : noctuelle de la tomate, noctuelle du chou, noctuelle gamma, noctuelle terricole, noctuelle mineuse…). Sur ces périodes de nourrissage, la quantité d’insectes capturés en une journée, par une mésange charbonnière par exemple, pourra avoisiner les 900. L’introduction de poissons dans une mare peut avoir des effets en cascade sur l’écosystème local, attirant de nouveaux prédateurs et contribuant à la biodiversité. Cependant, installer des poissons dans sa mare naturelle peut être problématique. Gambusies, tétras, poissons rouges, guppys ou ide mélanote aussi appelé poisson moustique sont déconseillés dans une mare naturelle dans laquelle on souhaite héberger un maximum de biodiversité. Les poissons dégradent le milieu en enrichissant trop la mare en sels minéraux et en la salissant, ce qui peut obliger à utiliser des systèmes de filtration électriques. Les poissons seront donc à éviter si l’objectif est avant tout de favoriser la biodiversité.
Entretien de la mare en permaculture : actions saisonnières
Faut-il entretenir une mare naturelle ? Oui, mais de manière ciblée. Si vous constatez une prolifération d’algues, cela peut souvent être le signe d’un excès de nutriments dans l’eau ou d’un manque de prédateurs naturels. Par exemple, une prolifération d’algues filamenteuses est un problème commun dans les mares. Pour gérer les algues filamenteuses ou les algues unicellulaires, il faut les retirer le plus régulièrement possible, mais aussi et surtout surdoser l’implantation de plantes oxygénantes comme les cératophylles, les laisser se multiplier durant un temps, jusqu’à ce que le tout se rééquilibre. Mais aussi, appauvrir l’eau, en commençant par éviter les poissons, et les roches calcaires directement dans la mare. Un ami en Bretagne a résolu le problème des algues filamenteuses dans sa grande mare en introduisant des carpes amour (Ctenopharyngodon idella), qui sont connues pour leur appétit pour ce type d’algues.
En automne, tous les 2 ans environ, on pratique un curage partiel du fond de la mare. L’objectif est d’enlever les excès de vase et autres matières organiques accumulées au fil des saisons. Il est important de ne pas abaisser de façon trop importante le niveau d’eau à la belle saison. En hiver, à l’ombre d’un arbre, vous serez confronté à un problème d’envasement si vous n’enlevez pas tous les ans les feuilles qui tombent dans l’eau.
Les avantages et les défis des mares temporaires
Les mares temporaires, ce sont celles qui s’assèchent en été, voire plusieurs fois dans l’année, quand ce sont des fossés ou de simples flaques. Les points d’eau temporaires sont présents dans la nature, ils sont même majoritaires. En réalité, la plupart des mares s’assèchent en été si elles sont peu profondes et en plein soleil : une végétation spécifique la recouvre en période sèche qui ensuite sert de nourriture aux habitants aquatiques. Cependant, les mares temporaires peuvent être délétères pour la faune, car des milliers d’œufs de batraciens peuvent sécher en plein soleil. Le cycle des batraciens intervient au printemps généralement, et ces derniers étant de plus en plus secs, cela peut vite être dangereux pour ces espèces. Le changement climatique et la disparition de la biodiversité justifient donc de remplir sa mare en été pour ne pas la laisser s’assécher totalement.
Une mare naturelle ne pourra, dans l’idéal, pas être une réserve d’eau pour servir d’arrosage. Si vous souhaitez en savoir plus, nous vous proposons un article sur l’économie et le stockage de l’eau pour le potager.
Au-delà de l'écologie : la mare comme lieu de ressourcement
La mare naturelle apporte aussi une dimension esthétique indéniable à votre jardin. La mare, reflétant le ciel, invite à la rêverie et l’émerveillement. C'est également un formidable outil pédagogique qui nous reconnecte à la nature et la magie de la vie. On pourrait passer des heures à regarder le ballet des différents insectes s’y abreuvant. Ce lieu peut être simple, une baignoire enterrée de récupération par exemple, mais aussi très élaboré et graphique. Même avec un peu de temps et des matériaux de récupération, il est possible de créer un point d'eau qui attirera la biodiversité. Harmony, par exemple, a transformé une vieille baignoire enterrée en un point d'eau qui est désormais noyé sous la végétation et adoré par les insectes. Les lentilles d'eau, bien que généralement à éviter, peuvent être utilisées pour fertiliser le potager si elles sont ramassées régulièrement.

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