L’environnement, c’est l’affaire de tout le monde - encore faut-il savoir de quoi on parle! La permaculture, qui vient du terme « agriculture permanente », se base sur l’idée d’observer la nature et de l’imiter pour mettre en place des pratiques plus durables. Texte corédigé en collaboration avec Nicolas Valente, Chargé de communications en environnement au RNCREQ et ex-agent de projet Éco-quartier Lachine.

Fondements et philosophie de la permaculture
En permaculture, tout est conçu pour favoriser la diversité, les liens entre les différents systèmes et l’abondance en vue de l’autosuffisance. Les plantes et les animaux, lorsqu’ils sont respectés et que leurs besoins sont comblés, peuvent fournir différents services. Par exemple, en aménageant un jardin avec des arbres fruitiers et des poules pondeuses, on crée de la beauté, on ajoute des sources de nourriture (à partager avec la faune sauvage), on protège le sol du soleil pour fournir un peu de fraîcheur à nos poulettes. Elles produisent un engrais naturel pour nos fleurs, arbres et légumes.
Cette forme de culture se construit dans un souci de respect global : respect de la nature (faune et flore) au présent et au futur. Ainsi, on évitera de bouleverser son fonctionnement naturel. On agrémentera notre quotidien tout en pensant aux générations futures, pour leur léguer un environnement sain, autonome et productif. Avant d’agir, il est important de comprendre le rôle des choses dans notre système : prendre le temps d’observer, avec empathie et compassion, tout ce qui nous entoure, insectes, faune, flore, humains, décors naturels, constructions humaines, etc. On se renseigne sur leurs besoins et leurs apports pour mieux intervenir.
« En permaculture, chaque chose qu’on intègre doit avoir une ou plusieurs fonction(s). On doit en avoir analysé les besoins, les apports et les rejets avant de les intégrer au système. S'il s'agit d'ajouter des poules pondeuses dans un jardin, il faut d'abord analyser comment elles vivent, de quoi elles ont besoin en été comme en hiver, comment les protéger des prédateurs, quoi leur donner à manger, est-on capable de produire cette nourriture ou devra-t-on l'acheter, réfléchir à la gestion de leurs déchets, mais aussi à leurs comportements naturels (gratter le sol, jaqueter). Il faudra évaluer si vos voisins pourront vivre avec le bruit et les odeurs, si un vétérinaire local s’y connaît en poules, etc, et ajuster vos choix aux différentes réalités qui surgiront. Bref, une vraie étude d'impact. »
Les 12 principes directeurs de la permaculture
Les piliers qui soutiennent cette approche sont au nombre de douze :
- Observation
- Commencer doucement et à petite échelle
- Capter et conserver l’énergie
- Ne produire aucun déchet
- Utiliser et valoriser les ressources renouvelables
- Utiliser et valoriser les contours du territoire
- Utiliser et valoriser la diversité
- Viser la synergie plutôt que de compartimenter
- S’auto-réguler et accepter la rétroaction
- Concevoir la structure d’ensemble avant les détails
- Accepter le changement et l’utiliser de façon créative
- Obtenir une production
Parmi ces principes, un exemple est d’essayer d’exploiter raisonnablement les ressources naturelles renouvelables : vent, eau, soleil. Ainsi, il est possible de capter leur énergie et stocker ces trésors pour en permettre l’utilisation plus tard. Vous pouvez, par exemple, stocker l’eau de pluie pour vos prochains arrosages. Une autre pratique est de composter vos déchets alimentaires, qui peuvent devenir une belle source de nourriture pour vos plantes.
Dans notre vie de tous les jours, en dehors du jardin, appliquer les principes de permaculture revient plus ou moins à rejeter la surconsommation, l’individualisme et le capitalisme. Lorsque possible, on opte pour faire nous-mêmes, à petite échelle et selon nos besoins. La collaboration fait aussi partie de la permaculture : favoriser les échanges et les vécus de chacun, s’aider pour surmonter les difficultés qui peuvent surgir!
Exemple d'installation d'un système de récupération d'eau de pluie pour les collectivités
La permaculture sociale : un système intégré
La permaculture sociale correspond à l’idée d’appliquer les principes de la permaculture aux différents systèmes qui composent nos sociétés, comme l’économie, les relations sociales et bien plus. Par exemple, selon le principe « intégrer plutôt que séparer », il faut disposer les bons éléments aux bons emplacements pour permettre à chacun de s’épanouir et au collectif de prospérer.
Par son approche respectueuse de la nature, la permaculture privilégie donc la biodiversité et la protection des espèces. Elle évite aussi les pertes et le gaspillage et optimise les ressources naturelles renouvelables, de façon à mieux tirer profit de ce que la nature a à nous offrir. L’agriculture sociale a pour objectif de renforcer le tissu social, de supporter les gens dans leur développement personnel et d’améliorer la société en général. Le but premier est de rendre les gens heureux. Un bon exemple est celui des jardins collectifs, où plusieurs personnes jardinent le même espace, tout en étant accompagnées par un animateur-jardinier qui assure le bon déroulement des sessions de jardinage, la transmission de connaissance et l'animation des activités du groupe.
Application pratique : la forêt nourricière urbaine
Le terme « Forêt Nourricière » (Food Forest ou Edible Forest Garden) décrit la conception de jardins sur le modèle de la forêt. On y retrouve donc des arbres, des arbustes et des herbacées, principalement des vivaces. La forêt nourricière cherche aussi à nourrir le cœur par sa beauté et à inspirer les gens qui la visitent.
Pour débuter, il faut commencer par chercher l’information nécessaire pour faire de votre projet une réussite. Consultez des livres et des vidéos sur le sujet (de source québécoise autant que possible) et suivez une formation si vous désirez approfondir le côté pratique de ces techniques. Par la suite, il faut bien choisir l’endroit où vous voulez faire votre plantation. Vous devez avoir assez de soleil, généralement au moins 6 à 8 heures d’ensoleillement par jour. Prenez le temps de bien observer votre site afin de connaitre les zones humides, les zones ombragées, les plantes qui y poussent déjà, etc. L’outil principal du permaculteur est l’information. Les livres dans votre bibliothèque sont des outils essentiels! Pour bien utiliser la permaculture, il faut savoir quelles sont les spécificités du site sur lequel vous travaillez, c'est-à-dire le climat, le type de sol, l’élévation, les pentes, etc. En l'observant longuement et avec attention, vous arriverez à comprendre ce qui est possible ou pas.

Projets montréalais et initiatives locales
À Montréal, de nombreuses initiatives illustrent cette transition. Le projet de budget participatif de la Ville, doté de 2,9 M$, permet l’aménagement d’espaces pour favoriser l’agriculture urbaine sur le domaine public. Mise en place d’espaces compacts pour la culture d’arbres et de végétaux comestibles et nectarifères, selon une approche de permaculture privilégiant des plantes indigènes. Exemples d’aménagements : jardins floraux pollinisateurs, champignonnières, vergers.
Parmi les réalisations notables :
- Parc Saint-Simon, parc de Salaberry et parc Marcelin-Wilson : Bonification de zones nourricières existantes et aménagement d’une nouvelle en collaboration avec les partenaires du milieu.
- Parc J.-D.-Ducharme et Canal de l’Aqueduc : Aménagement d’une aire de détente pour marcheurs et cyclistes, incluant l’installation de mobilier et de jardins collectifs.
- Parc John-F.-Kennedy et parc Beaubien : Aménagement d’une nouvelle zone nourricière et relocalisation des jardins communautaires.
- Parc Médéric-Archambault et parc Clémentine-De La-Rousselière : Aménagement de 2 zones nourricières incluant une centaine d’arbres fruitiers, des arbustes et des plantes nourricières.
- Parc Philippe-Laheurte : Végétalisation des zones libres pour favoriser le déplacement des pollinisateurs.
Acteurs de changement et réseaux de soutien
Le paysage québécois et canadien regorge d'organisations dédiées à la régénération des systèmes alimentaires. Cultiver Montréal, réseau multisectoriel, rassemble, accompagne, soutient et fait rayonner toutes les formes dʼagricultures urbaines et périurbaines du Grand Montréal. Équiterre, de son côté, contribue à bâtir un mouvement de société en incitant citoyens, organisations et gouvernements à faire des choix écologiques, équitables et solidaires.
D'autres acteurs jouent un rôle crucial :
- La Transformerie : Née d’un défi de « dumpster diving », cette OBNL collecte les invendus des épiceries pour redistribuer les denrées et transformer les fruits en tartinades.
- Le Robin des Bois : Restaurant à but non lucratif dont les bénéfices sont reversés à des organismes communautaires comme le Santropol Roulant.
- Renaissance : Favorise l’insertion sociale et professionnelle tout en encourageant le réemploi de biens ménagers, évitant ainsi le gaspillage.
- L’entraide Les Ami(e)s de Montréal : Permet l’aménagement de logements à moindre frais en récupérant des meubles et articles ménagers pour les offrir à ceux dans le besoin.
- Arbre-Évolution : Coopérative de solidarité détenant une solide expertise dans la plantation d'arbres, la restauration d'écosystèmes et l'aménagement comestible.
L'agriculture régénératrice à travers le Canada
Au-delà de la métropole, de nombreuses fermes et organisations appliquent ces principes à plus grande échelle.
- SK Axten Farms (Saskatchewan) : Focus sur la santé des sols par la diversité culturelle et les cultures de couverture.
- Snowy Mountain Farm (Colombie-Britannique) : Ferme certifiée biologique cultivant plus de 70 variétés de fruits sur 25 acres.
- Tawse Family Vineyards (Ontario) : Une ferme vivante où le sol regorge de micro-organismes, d'insectes et de nutriments, créant un vin qui reflète le terroir.
- Rustik Bison (Québec) : Ferme agrotouristique en pâturage intensif où les animaux sont nourris à l’herbe seulement.
- Benjamin Bridge (Nouvelle-Écosse) : L’amélioration de la santé des sols dans le contexte holistique du système écologique guide toutes leurs pratiques.

Vers une culture de la permanence
La permaculture ne s’arrête pas au jardinage, loin de là. Elle s’intéresse à toutes les sphères de notre vie. Wen Rolland, formateur chez Écohabitation, souligne : « On ne peut construire une culture de la permanence sans prendre en compte l’ensemble de la culture. Mon objectif est d’outiller les participants afin qu’ils puissent réaliser leurs projets de vie écologique. »
Il est souvent possible d’allier l’engagement environnemental à un volet social. Que ce soit par le biais de plateformes comme Symplik, ou en rejoignant le Défi Fleuri pour transformer son coin de verdure en refuge pour les pollinisateurs, chaque citoyen peut agir. En somme, la permaculture est un mode de réflexion et de planification qui vise à mettre en place des projets humains inspirés de la nature, c’est-à-dire durables et résilients. C'est une invitation à repenser notre relation à la terre et aux autres, pour bâtir, ensemble, un avenir sain et productif.
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