Permaculture sur 1000 m² : Analyse de la viabilité économique et du modèle de micro-maraîchage

La micro-agriculture bio-intensive est un système agricole visant à produire une alimentation complète sur une petite surface tout en enrichissant en humus le sol cultivé. Les techniques de micro-agriculture bio-intensive donnent des rendements exceptionnels sur petite surface, sans nuire à la fertilité du sol. Il semble évident de le rappeler, mais pensez à bien vérifier la validité économique de votre projet ! Ne pas avoir les yeux plus gros que le portefeuille et progresser petit à petit donne beaucoup de liberté. On se libère de la pression énorme d’avoir de gros revenus très vite pour être en mesure de rembourser un prêt. En cas de gros emprunt, il faut aussi prévoir que des impôts seront générés par des revenus même si l’argent sert à rembourser un prêt. Les investissements initiaux concernent principalement la surface à acheter (on peut d’ailleurs aussi les louer ou passer par Terre de Liens) et les outils mécanisés. On peut aussi développer des circuits courts, créer une AMAP, vendre sur les marchés paysans ou directement à la ferme. Évidemment, la polyculture a beaucoup de sens d’un point de vue écologique, mais elle peut aussi se révéler économiquement avantageuse.

Schéma illustrant l'organisation d'une parcelle de 1000 m² en permaculture avec zones de culture, serres et arbres fruitiers

Les fondements du modèle bio-intensif

La permaculture est souvent présentée comme “plus vertueuse et plus rentable” voire “la solution à tous les problèmes de l’agriculture traditionnelle”. Mais alors qu’attendent les agriculteurs d’aujourd’hui pour se lancer dans la permaculture ? Puisqu’ils n’ont pas l’air motivés et intéressés par les fortunes promises par la permaculture, certains se lancent, aidés du rapport final « Maraîchage biologique permaculturel et performance économique ». Il s’agit d’un modèle de maraîchage associant une organisation de l’espace inspirée de la permaculture et des techniques du maraîchage bio-intensif. Dans le cadre de cette étude, il s’agit en fait de 1000 m² de terrain cultivé. Il me semble important de noter aussi que cette zone étudiée de 1000 m² représente seulement 0,5% de la surface de la ferme (total de 20 hectares dont 12 de forêts). En effet, pendant 8 ans Perrine et Charles Hervé-Gruyer ont transformé leur sol “peu propices à des cultures maraîchères” en un sol fertile. Ce n’est qu’après ces longues années de création de sol fertile qu’a eu lieu cette étude.

Comprendre le modèle économique d'une microferme en maraîchage bio intensif

Analyse de la rentabilité et des revenus réels

Le modèle de maraîchage de la ferme du Bec-Hellouin, située dans l’Eure en France, s’inspire de la permaculture et du micro-maraîchage biologique à grande échelle. De 2011 à 2015, il a fait l’objet d’une étude visant à évaluer la viabilité économique d’un tel système. L’étude s’est concentrée sur une parcelle de 1000 m² et s’est déroulée dans les conditions réelles de production et de vente d’une entreprise de maraîchage. Les maraîchers ont systématiquement consigné la nature de leurs interventions ainsi que le temps et les moyens (matériels, équipements, intrants,…) que chacune d’elles ont nécessités. Une modélisation théorique, réalisée à partir des données récoltées, a permis d’estimer le chiffre d’affaires de la ferme. Pour les deux premières années, celui-ci s’élevait respectivement à 32 788 € et 57 284 €. Pour la première année, le revenu mensuel d’un unique maraîcher à plein temps oscillait donc entre 898 € et 1 132 €. La deuxième année, ce revenu variait entre 1 337 € et 1 571 € par mois. Ces trois derniers revenus ont été jugés acceptables par les maraîchers interrogés.

L’augmentation considérable du chiffre d’affaires entre la première et la deuxième année peut être expliquée par l’intensification, soit l’augmentation du niveau de production durant l’étude. Elle est liée à une combinaison de divers facteurs, qui sont le résultat de l’observation et de l’expérience acquise par les maraîchers, au fil de leur travail quotidien. Le modèle de la ferme est triomphant puisqu’elle peut dégager un revenu horaire de 5,4 à 9,5 € pour une semaine de 43 heures grâce à une productivité élevée, soit un salaire mensuel net de 900 à 1570 €.

La réalité du terrain et les limites de l'étude

Comme on peut le voir, le temps de travail hebdomadaire est très variable, allant de 0 à 125 heures. Ces variations sont dues aux différentes stratégies adoptées (réaménagement des espaces notamment) ainsi qu’à la saisonnalité du travail (peu de cultures en hiver, beaucoup de récolte à faire en été). Avec cette méthode le maraîcher se retrouve donc avec des périodes « creuses » et d’autres où la main d’œuvre est obligatoire. L’étude du temps de travail conclut sur plusieurs situations qui sont pour 75% du temps “jugées comme acceptables pour la profession”. La méthode de la ferme du Bec Hellouin semble donc être complexe à mettre en place (mise en place d’un écosystème complet, création du sol sur plusieurs années, besoin de connaissances technico-économiques et commerciales). Elle semble aussi ne pas apporter un résultat garanti en terme de salaire (souvent inférieur au salaire minimum français).

Graphique comparatif des temps de travail saisonniers en micro-maraîchage

Ces bons résultats sont à prendre avec prudence. “Ces chiffres ont été obtenus à partir de données recueillies sur une seule ferme tout à fait singulière”, avertit l’agronome François Léger. “Toute personne souhaitant s’inspirer de la méthode permacole du Bec Hellouin devrait interpréter les chiffres de l’étude avec précaution et beaucoup de recul”, insiste Catherine Stevens, dans une analyse critique de l’étude menée au Bec Hellouin. Quel crédit accorder au chiffre d’affaires du Bec Hellouin (plus de 50 000 euros), sachant qu’il est basé sur la valeur monétaire des légumes récoltés et non des ventes effectives ? “Récolter et vendre, ce n’est pas la même chose”, insiste Catherine Stevens. Dans toutes les fermes, des produits sont donnés, d’autres mis au compost. Autres critiques : la charge de travail est sous-évaluée. Certains postes de dépenses n’ont pas été estimés - taxes et impôt, frais liés à la conservation et au conditionnement des légumes. Catherine Stevens souligne aussi que la surface étudiée ne produit pas de légumes de conservation, comme des pommes de terre, des carottes, des oignons, ou des betteraves. Ces productions répondent pourtant aux demandes alimentaires de base des consommateurs. Mais elles “restent plus longtemps en culture, sont gourmands en surface et ont une rentabilité plus faible”. Elle interroge enfin la viabilité économique globale du Bec Hellouin, en rappelant que la ferme ne vit pas que du maraîchage, mais aussi des visites payantes, de formations à la permaculture, de livres, des conférences et de la location de gîtes.

Ressources et références historiques

Eliot Coleman a écrit de nombreux livres sur le sujet. Sûrement le livre le plus reconnu dans le domaine : The Winter Harvest Handbook: Year Round Vegetable Production Using Deep Organic Techniques and Unheated Greenhouses. J’ai adoré ce livre très clair et plein d’astuces. Eliot Coleman explique ses techniques pour cultiver le plus possible en climat froid. Le Jardinier-maraîcher, Manuel d’agriculture biologique sur petite surface : Jean-Martin Fortier, un maraîcher québécois a récemment publié un livre plébiscité. Moreau, J. G, et J.J. Daverne : Manuel pratique de la culture maraîchère de Paris, 1845. C’est drôle, Coleman et Fortier s’inspirent beaucoup des maraîchers de Paris du 19ème siècle. Voici un ouvrage de 1845 (et donc dans le domaine public) très intéressant sur les pratiques de l’époque, propulsées par des tonnes de crottin de cheval à utiliser dans la capitale.

Perspectives sur l'agriculture alternative

Considérée comme un concept farfelu sans grand intérêt par les professionnels de l’agriculture, la permaculture semble être en passe de renverser la vapeur. L’objectif ? Ce concept d’agriculture reste encore méconnu du grand public. Il s’agit en effet de produire bio tout en respectant le paysage, les écosystèmes en évitant au maximum le recours aux machines et aux engrais et autres produits chimiques. En fait, la permaculture intègre l’agroécologie, la construction écologique et les énergies renouvelables, avec une vision assez souple qui lui permet de s’adapter à chaque terroir, car il est évident que les besoins sont très différents selon que l’on se trouve en Normandie ou en Provence. C’est en quelque sorte donc un retour aux sources, à l’agriculture des générations anciennes qui produisaient beaucoup et de façon rentable sans recourir à des techniques qui nuisent à l’environnement.

Illustration montrant l'interaction entre les vers de terre et la structure du sol en permaculture

Par exemple, la permaculture utilise les vers de terre qui s’occupent de labourer le sol à la place de l’agriculteur. À Marseille, le collectif Terre de Mars, installé dans les quartiers nord, s’est lancé le défi de revenir à une agriculture respectueuse de l’environnement. La permaculture se montre donc très rentable et c’est une excellente nouvelle. D’autant plus qu’elle favorise la vente en circuits courts, elle crée donc des emplois sur place et du lien social entre acheteurs et vendeurs, bien loin de la frénésie des hypermarchés. L’essor de ce type de microferme permettrait, pour la production maraîchère, de produire un maximum sur une surface minimum. Le reste du terrain est donc utilisé pour la plantation de haies fruitières, de forêt-jardin, de pré-verger, de verger-maraîcher, élever des animaux ou encore installer des ruches etc. Et rappelez-vous les arbres stockent du carbone, ce sont donc de précieux alliés dans la lutte contre le réchauffement. Il suffit de disposer d'une très petite surface de terre, d'y cultiver à la main, densément, de multiples légumes et fruits, vendus au public via des circuits courts. Apporter un soin intense et délicat, de chaque instant, est gage d'une bonne productivité. Rappelons que les principes de la permaculture et du micromaraîchage biologique intensif écartent tout intrant chimique pour faire la part belle au compost et au paillage. Les engins mécaniques sont pratiquement absents, tout se fait manuellement. Les productions sont très diverses de sorte qu'elles puissent occuper l'espace toute l'année, avec des cultures en buttes ou en Mandala pour optimiser l'espace.

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