L'agriculture mondiale, socle de la survie humaine, traverse une période de turbulences sans précédent. Entre les aléas climatiques extrêmes, la dégradation des écosystèmes et les inefficacités structurelles de la chaîne alimentaire, le secteur fait face à des pertes dont l'ampleur compromet la sécurité alimentaire mondiale. Ce constat, dressé par les instances internationales, souligne l'urgence d'une transformation profonde de nos systèmes de production et de gestion des risques.

Une crise silencieuse : L'ampleur des pertes économiques et productives
Au cours des trois dernières décennies, les catastrophes ont entraîné des pertes de production végétale et animale de l’ordre de 3 800 milliards d’USD. Cela correspond à des pertes moyennes de 123 milliards d’USD par an, soit 5 % du produit intérieur brut (PIB) agricole mondial annuel. L’agriculture est l’un des secteurs les plus exposés et les plus vulnérables vis-à-vis des risques de catastrophe, car elle dépend fortement des ressources naturelles et des conditions climatiques.
La répétition des catastrophes risque de saper les progrès réalisés en matière de sécurité alimentaire et de nuire à la durabilité des systèmes agroalimentaires. L’agriculture risque de plus en plus d’être perturbée par de multiples risques et menaces tels que les inondations, la pénurie d’eau, la sécheresse, la baisse des rendements agricoles et des ressources halieutiques, la perte de diversité biologique et la dégradation de l’environnement.
Des disparités géographiques marquées
Les pertes mondiales cachent des disparités importantes entre les régions, les sous-régions et les groupes de pays. Si l’Asie encaisse les dégâts les plus lourds en valeur absolue (45 % du total), cela correspond à 4 % de son PIB agricole. À l’inverse, les catastrophes ont frappé le plus durement les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, avec des pertes représentant jusqu’à 15 % du PIB agricole total de ces deux groupes de pays. Les catastrophes ont également pesé lourdement sur les petits États insulaires en développement (PEID), ceux-ci ayant essuyé des pertes de près de 7 % de leur PIB agricole.
La réalité des volumes perdus
Chaque année, ce sont en moyenne 69 millions de tonnes de céréales - soit la production annuelle de la France - qui sont perdues. Viennent ensuite les pertes dans la catégorie des fruits et légumes et dans celle des plantes sucrières, qui se sont élevées en moyenne pour chacune d’elles à près de 40 millions de tonnes par an. Pour les fruits et légumes, ce chiffre équivaut à la production totale du Japon et du Viet Nam pour cette catégorie de produits. Enfin, 16 millions de tonnes de viandes, produits laitiers et œufs sont perdus, ce qui correspond à l’ensemble de la production réalisée par le Mexique et l’Inde réunis.

Les vecteurs de dégradation : Déforestation et fragilisation des sols
Le phénomène de dégradation des terres n'est pas nouveau. Il est entre autres le fruit de facteurs naturels comme l'érosion des sols causée par l'eau et le vent ou la salinisation. Mais les activités humaines, notamment la déforestation, le surpâturage, les pratiques agricoles et d'irrigation non durables, sont de plus en plus responsables de l'accélération de ces processus.
La déforestation est une catastrophe aussi bien pour l’Homme que pour les autres espèces. Environ 15,3 milliards d’arbres sont coupés chaque année, particulièrement dans les zones tropicales. Depuis les débuts de l’agriculture, il y a 12 000 ans environ, le nombre d’arbres sur Terre a chuté de 46 %. Plus de 90 % de la déforestation dans les zones tropicales est liée directement ou indirectement à l’agriculture. L'expansion agricole est la principale cause de déboisement dans le monde : pâturage, plantations de palmiers à huile, cultures de soja pour nourrir les animaux d’élevage.
Une perte de services écosystémiques
Les forêts hébergent plus de 80 % de la biodiversité terrestre et représentent l'un des derniers refuges pour de très nombreuses espèces. La disparition des forêts aboutit à une augmentation du transport des sédiments dans les rivières qui finissent par rejoindre les mers et océans. Un sol dénudé n'apporte plus la protection nécessaire contre les pluies violentes qui vont donc favoriser les glissements de terrain et les inondations. De plus, les forêts aident à reconstituer les nappes phréatiques si cruciales pour l'eau potable.
Le gaspillage alimentaire : Un défi de chaîne de valeur
En 2011, une étude de la FAO estimait qu’un tiers de la nourriture est perdu ou gaspillé le long de la chaîne alimentaire, depuis la production jusqu’à la consommation, ce qui représente environ 1,3 milliard de tonnes par an. Le gaspillage alimentaire concerne les aliments éliminés dans le commerce de détail ou jetés par les consommateurs. On estime que le gaspillage alimentaire est notamment le fruit d’une méconnaissance de la signification des dates inscrites sur le produit par le consommateur, de la non-adéquation des produits à des normes de qualité ou d’apparence strictes et de mauvaises pratiques d’achat et de conservation.
La réduction totale des pertes et gaspillages permettrait de nourrir environ 2 milliards de personnes. En France, diverses mesures comme la loi Garot de 2016 et la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire de 2020 visent à réduire de 50 % le gaspillage alimentaire d'ici 2025 ou 2030 selon les secteurs.
Les pertes post-récolte augmentent au Rwanda, les possibilités de stockage restent limitées
Procédures de signalement et gestion des risques en France
Face à l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des fléaux affectant l'agriculture, il est crucial pour les exploitants de connaître les mécanismes d'indemnisation. En France, un aléa climatique vient d'avoir lieu (gel, grêle, tempête, orage, vents violents, inondation, sécheresse, etc.) et vous constatez un impact sur vos cultures ? Vous devez vous signaler dans les 72h soit auprès de votre assureur, soit auprès des services de l’État.
Guide des procédures par cas :
- Dommages sur prairies : Contactez l'interlocuteur agréé (assureur) que vous avez désigné. La DDT n'intervient pas pour verser l'Indemnité de Solidarité Nationale (ISN) sur les prairies.
- Cultures sous contrat multirisques climatiques : Contactez votre assureur dans les 72h. Il est votre interlocuteur unique pour l'ISN, quelle que soit la culture.
- Cultures sous contrat monorisque : Contactez votre assureur dans les 72h suivant l'aléa.
- Autres cas (cultures sans contrat spécifique) : Connectez-vous à la plateforme dédiée pour réaliser un signalement de pertes de récoltes dans les 72h.
Ce signalement permet de recenser toutes les dates d'aléas, les communes et espèces touchées. À la réception du formulaire, le service agriculture et développement rural de la DDT reprendra contact avec vous pour effectuer, si besoin, une mission d'expertise de terrain en vue d'une indemnisation.
Vers une résilience accrue des systèmes agroalimentaires
Le nombre de catastrophes recensées chaque année dans le monde est passé d’une centaine dans les années 1970 à 400 environ au cours des deux dernières décennies. Il s’agit désormais de définir des approches multisectorielles et multi-aléas en matière de réduction des risques de catastrophe. Les interventions menées suffisamment tôt en amont pour parer aux aléas prévus sont indispensables pour renforcer la résilience.
L'invasion de criquets dans la corne de l'Afrique en 2020-2021 est un exemple probant : grâce à des informations en amont, 2,3 millions d'hectares ont pu être traités, ce qui a permis d'éviter la perte de 1,77 milliard de dollars de céréales et de lait. Autrement dit : chaque dollar investi a permis d'éviter la perte de 15 dollars. Les efforts visant à faciliter l'adoption de bonnes pratiques en matière de réduction des risques de catastrophe au niveau des exploitations peuvent aider les petits agriculteurs à se prémunir des pertes et à gagner en résilience. Les investissements dans des bonnes pratiques de ce type produisent des avantages qui peuvent être en moyenne 2,2 fois supérieurs à ceux des pratiques qui étaient appliquées jusque-là.
