La gestion des espaces végétalisés en milieu agricole constitue un pilier fondamental de la transition agroécologique. Une bande enherbée est une zone végétalisée implantée le long d’un cours d’eau, en rupture de pente ou autour des parcelles. Ces infrastructures agroécologiques, formées d’un couvert végétal linéaire, participent à différentes fonctions parmi lesquelles préserver la biodiversité et limiter la pollution des cours d’eau. La gestion des bandes enherbées et des distances d’épandage nécessite une lecture précise des textes et des cartographies, car ces dispositifs sont réglementés dans certains cas.

Cadre réglementaire et identification des zones
En bordure de cours d’eau, la réglementation impose la mise en place de bandes enherbées. La largeur minimale réglementaire d’une bande enherbée est fixée à 5 mètres. Cette mesure de maintien de bandes enherbées concerne tous les exploitants ayant au moins un îlot cultural en zone vulnérable, pour tous les îlots culturaux en zone vulnérable qui sont traversés ou contigus à un cours d’eau ou à un plan d’eau concerné.
Pour identifier précisément les cours d’eau et les zones à border, la référence est désormais clairement établie. Le site Géoportail met à disposition la « carte des cours d’eau BCAE 2025 », également accessible via Télépac et les sites des DDTM. Cette cartographie recense l’ensemble des linéaires pour lesquels une bande enherbée est obligatoire. Elle met en évidence l’ensemble des cours avec obligation de bande enherbée.
Zones d’actions renforcées et spécificités
Ainsi, une bande enherbée de 10 mètres doit être implantée notamment sur les territoires en Zones d’Actions Renforcées (ZAR) : bassins versants connaissant d’importantes marées vertes, zones de captages destinés à la consommation humaine dont la concentration en nitrates est ≥ 50 mg/L, communes situées sur les zones en excédent structurel (ZES) ou zones d’action complémentaire (ZAC). Au-delà du respect réglementaire, le choix d’une bande enherbée de 10 mètres présente aussi un intérêt opérationnel.
Principes de gestion et entretien
Le couvert de la bande enherbée doit être permanent et couvrant, herbacé, arbustif ou arboré. Les sols nus ne sont pas autorisés, hors chemins longeant les cours d’eau. Un travail superficiel du sol est autorisé, mais le labour est interdit, sauf dérogation préfectorale motivée. L’usage de fertilisants et de produits phytopharmaceutiques y est interdit, tout comme le stockage d’effluents, récoltes ou de matériel agricole.
Pour préserver la faune, privilégiez la fauche au broyage. A minima, évitez à tout prix de broyer entre le 15 avril et le 31 juillet, et limiter la vitesse de passage à 10 km/h. La réalisation d’accès ponctuels et temporaires au cours d’eau est autorisée pour permettre l’entretien régulier du cours d’eau prévu à l’article L215-14 du Code de l’environnement. Le propriétaire riverain est tenu à un entretien régulier du cours d’eau. Plusieurs pratiques de gestion sont strictement interdites : la coupe ou le broyage systématiques et réguliers de toute la végétation en bord de cours d’eau, l’arrachage des souches, le dépôt des matériaux coupés dans le lit du cours d’eau.
C'est quoi, les bandes enherbées ?
Lutte contre le ruissellement et protection de la qualité de l’eau
Lors de l’épandage de produits phytosanitaires au champ, plusieurs facteurs influencent le transfert des matières actives vers les eaux de surface. Les phénomènes de battance ou de tassement du sol empêchent ou limitent fortement l’infiltration de l’eau et favorisent les ruissellements érosifs en surface. Le ruissellement érosif est fréquemment observé dans les sols limoneux, en particulier dans les parcelles en pente.
Pour limiter ces transferts, l’implantation d’une zone tampon, haie ou bande enherbée, s’avère un dispositif efficace. Elle permet de limiter l’érosion et de capter les embruns de dérive de pulvérisation tout en ralentissant et en épurant les eaux de ruissellement. Les substances phytosanitaires sont dégradées dans ce milieu non perturbé où règne une forte activité biologique. En effet, la mise en place de dispositifs tampons est particulièrement intéressante pour réduire la pollution des eaux par les nitrates.
Distances d’épandage et dispositifs spécifiques
Concernant les effluents type 2 (fientes et fumiers de volailles, lisier, phase liquide des digestats de méthanisation, effluents peu chargés), si la pente est inférieure à 7 %, il est possible d'appliquer une réduction de 35 m à 10 m avec bande végétalisée de 10 m. En bordure des cours d’eau, il doit exister une zone non-traitée (ZNT) dont la largeur dépend du produit phytosanitaire utilisé. Elle ne doit recevoir aucune pulvérisation directe. L’existence d’un dispositif végétalisé répondant à la réglementation peut permettre de réduire la ZNT.
Dimensionnement et outils d'aide à la décision
Pour maîtriser au mieux les risques de pollution diffuse à l'échelle du bassin versant, retrouvez l'Outil d'aide à la décision Aquavallée. Le dimensionnement concerne la largeur du dispositif en fonction des caractéristiques du versant contributif intercepté et des conditions locales de mise en place de la bande tampon.
La méthode repose sur deux étapes :
- La quantification du flux d’eau produit par les parcelles contributrices à l’amont du dispositif lors d’un épisode pluvieux.
- La capacité de la bande à infiltrer les écoulements reçus.
Pour ces calculs, des modèles comme VFSMOD (Vegetative Filter Strip Modeling system) permettent de décrire de manière appropriée la complexité des processus de transferts hydriques au sein du dispositif. Si le ratio entre largeur de bande et longueur du versant intercepté est trop défavorable, il pourra être envisagé d’implanter des bandes de moindres dimensions plus en amont sur le versant, voire à l’intérieur des parcelles.

Biodiversité et fonctions agroécologiques
Les bandes enherbées, placées en bordure de champ ou à l’intérieur de celui-ci, perpendiculairement à la pente, contribuent à limiter l’érosion des sols par le freinage du ruissellement et l’amélioration de l’infiltration des eaux. Elles offrent aussi le gite et le couvert aux auxiliaires et au gibier.
- Enrichissement du sol : Enrichit le sol en faune lombricienne.
- Refuge pour auxiliaires : Sert de refuge aux auxiliaires et aux petits animaux.
- Corridor écologique : L'effet de corridor écologique est amélioré si l'aménagement est continu avec d'autres structures comme des haies ou des forêts.
Le mélange d’une espèce gazonnante (ray-grass, fétuque rouge) avec une espèce à croissance lente, formant des touffes (fétuque élevée, dactyle) est un bon compromis pour une installation rapide tout en favorisant la biodiversité et la pérennité du couvert. Il est recommandé de privilégier les mélanges de graminées pour une couverture rapide et de légumineuses pour fixer l’azote de l’air et améliorer la concentration en nutriments disponibles.
Cas particuliers : Ripisylves et drainage
Dans le cas de la présence d’une ripisylve, cela implique une gestion adaptée afin de garantir sa fonctionnalité et sa pérennité dans le temps. La destruction d’une ripisylve le long d’un cours d’eau BCAE est interdite depuis le 6ᵉ PAR nitrates. Si la ripisylve est constituée d’alignements d’arbres ou d’îlots épars de végétation arbustive, les pratiques d’entretien recommandées favorisent le développement d’une ripisylve pluristrate.
Concernant les exutoires de drains, en cas de drainage existant, afin d’éviter le bouchage par les racines, il est recommandé de remplacer les derniers mètres de drains par des tuyaux en plein et de laisser la végétation se développer. Une trouée de chaque côté du drain est également possible pour éviter aux racines de boucher les conduits, en veillant à conserver la strate herbacée. Enfin, en présence d’endiguement, le développement d’une végétation ligneuse sur la digue est déconseillé pour des raisons de stabilité de l’ouvrage.