Le règne des insectes regorge de créatures aux adaptations extraordinaires, parmi lesquelles les phasmes se distinguent par leur mimétisme saisissant. Ces maîtres du camouflage, souvent appelés phasmes-bâtons, feuilles ou écorces, ont développé des stratégies de survie remarquables pour se fondre dans leur environnement. L'Hermagoras cultratolobatus, originaire des régions tropicales de Brunei et Sabah sur l'île de Bornéo, incarne parfaitement cette capacité d'adaptation. Ce phasme, dont l'apparence évoque une brindille cassée, peut atteindre une taille respectable de 10 cm, offrant ainsi un spectacle captivant pour les amateurs d'entomologie.

L'Hermagoras cultratolobatus : Un Portrait Détaillé
L'Hermagoras cultratolobatus, avec son allure de brindille, présente un camouflage naturel qui le rend presque indiscernable dans son habitat d'origine. Sa taille, pouvant aller jusqu'à 10 centimètres, en fait une espèce de phasme relativement imposante, bien que sa discrétion soit sa principale caractéristique. L'élevage de ce phasme est considéré comme très facile, ce qui en fait un choix idéal pour les débutants désireux de s'initier à l'univers des invertébrés.
Pour prospérer en captivité, l'Hermagoras cultratolobatus requiert des conditions environnementales spécifiques. La température idéale de son terrarium se situe entre 22 et 26°C, une fourchette qui simule les conditions tropicales dont il est originaire. L'hygrométrie, quant à elle, doit être maintenue aux alentours de 70%. Ce taux d'humidité est crucial pour sa survie et son bien-être, car il imite l'atmosphère humide des forêts tropicales.
Un aspect particulièrement intéressant de l'Hermagoras cultratolobatus réside dans la mobilité de ses individus. La femelle de cette espèce est notablement peu mobile, restant souvent immobile pendant de longues périodes, renforçant ainsi son camouflage. Cette caractéristique rend l'observation de ses comportements d'autant plus précieuse pour les éleveurs.
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Le Lierre : Une Plante Clé dans l'Alimentation des Phasmes
L'alimentation des phasmes est un élément fondamental de leur élevage, et le lierre, de son nom scientifique Hedera helix, joue un rôle de premier plan pour de nombreuses espèces. Ce n'est pas un hasard si le lierre est si apprécié par ces insectes ; sa disponibilité et sa robustesse en font une source de nourriture fiable et souvent privilégiée.
Le lierre appartient à la famille des Araliacées et se présente comme une plante grimpante pouvant atteindre des hauteurs considérables, parfois jusqu'à 20, voire 30 mètres. Ses feuilles persistantes varient en forme : les rameaux stériles arborent généralement des feuilles à trois ou cinq pointes, tandis que les rameaux florifères développent des feuilles en forme de losange. Il est important de noter que les feuilles et les fruits du lierre sont toxiques pour l'homme, un détail crucial à garder à l'esprit pour la sécurité.

Au sein de l'espèce Hedera helix, on trouve diverses variétés. Le lierre commun, que l'on rencontre communément dans les bois et sur les murs, est particulièrement bien accepté par les phasmes. Il existe également des cultivars d'extérieur, comme le lierre d'Irlande (X « hibernica »), connu pour sa croissance rapide et sa résistance au froid. Les variétés d'intérieur, quant à elles, présentent souvent des feuilles panachées de vert et de jaune, ou des nervures blanches, mais il est à noter que les phasmes ont tendance à bouder ces variétés d'ornement.
Les conditions de culture du lierre sont relativement simples. Il préfère un sol meuble et bien drainé, et s'adapte parfaitement à une plantation en mi-ombre ou à l'ombre, le long d'un mur, palissé, ou même en couvre-sol. Son entretien est minime, et sa taille ne pose aucun problème. La multiplication du lierre est également aisée par semis, bouturage ou marcottage. Sa zone de rusticité, allant de 7 à 9, lui permet de résister à des températures allant jusqu'à -15°C.
Au-delà de son rôle de nourriture pour les phasmes, le lierre, lorsqu'il atteint une certaine taille, sert également de refuge pour les oiseaux et les chauves-souris, et ses baies nourrissent divers oiseaux et mammifères, soulignant son importance écologique. Il est essentiel de ne pas confondre le lierre commun (Hedera helix) avec le lierre terrestre (Glechoma hederacea), qui se distingue par ses feuilles arrondies, ses fleurs violettes et son port rampant.
Le Lierre comme Nourriture Principale et Secondaire
La polyvalence du lierre en tant que source de nourriture pour les phasmes est remarquable. Pour l'Hermagoras cultratolobatus, le lierre est spécifiquement mentionné comme une plante dont il peut se nourrir, aux côtés des ronces, du framboisier, de l'aubépine ou de la viorne. Cette diversité alimentaire contribue à la facilité d'élevage de cette espèce.
D'autres espèces de phasmes bénéficient également du lierre dans leur régime alimentaire. Le Neohirasea asper, par exemple, se nourrit essentiellement de ronces, de fougères, de millepertuis et de lierre. Le Peruphasma schultei, bien qu'ayant un appétit modéré, trouve satisfaction dans le troène, le lilas et le chèvrefeuille, mais le lierre peut également être une option. Le Marmessoidea sp "cat tien", originaire du Vietnam, se nourrit principalement de laurier sauce et de troène, mais le lierre est une plante couramment acceptée par de nombreux phasmes. Le Spinohiraséa bengalensis, un phasme épineux également originaire du Vietnam, bénéficie d'une alimentation variée, et le lierre s'inscrit dans cette liste.
L'importance du lierre comme nourriture principale est soulignée par les éleveurs. Il est considéré comme l'un des mets les plus appréciés et les plus communs pour un grand nombre d'espèces de phasmes. Pour des espèces comme le Carausius morosus, le lierre figure parmi les nourritures de substitution principales, aux côtés des ronces. Il est également cité comme nourriture de substitution secondaire pour des espèces telles que l'Aretaon asperrimus, le Haaniella dehaanii, l'Heteropix dilatata, le Neohirasea maerens, le Sungaya inexpecta, et le Trachyaretaon brueckneri.

La consommation de lierre par le Sungaya inexpectata a été confirmée par des éleveurs, qui le classent comme une nourriture intermédiaire, moins appréciée que la ronce mais plus que le chêne. Sa facilité de disponibilité et sa robustesse en font un excellent choix pour maintenir un élevage sur le long terme.
Conseils Généraux pour l'Élevage des Phasmes
L'élevage des phasmes, y compris des espèces comme l'Hermagoras cultratolobatus, repose sur quelques principes fondamentaux visant à recréer leur habitat naturel et à satisfaire leurs besoins physiologiques.
L'Habitat : La grande majorité des espèces de phasmes prospère dans des environnements chauds et humides. Un vivarium ou un terrarium en verre est idéal pour assurer une bonne observation et maintenir le taux d'hygrométrie nécessaire. Il est crucial que le vivarium soit bien aéré pour éviter l'accumulation d'humidité excessive, qui peut favoriser les maladies cryptogamiques. La taille du vivarium doit être d'au moins trois fois la taille du phasme adulte en hauteur. Le plastique est généralement déconseillé pour le vivarium principal en raison de sa tendance à se rayer et à jaunir avec le temps, bien qu'il puisse être utilisé pour l'éclosion des œufs ou la séparation des juvéniles.
La Température et l'Humidité : La température idéale se situe généralement entre 23 et 28°C, bien que certaines espèces tolèrent des températures plus basses (18-20°C), entraînant une croissance plus lente. L'hygrométrie doit être adaptée à chaque espèce, souvent maintenue entre 40% et 70%, voire plus pour certaines. Une pulvérisation d'eau une à deux fois par jour, de préférence avec de l'eau osmosée ou déminéralisée à température ambiante, permet de maintenir l'humidité et d'offrir une source d'hydratation aux phasmes. Il est important de ne pas pulvériser directement sur les insectes.
La Nourriture : Les phasmes sont strictement herbivores et se nourrissent exclusivement de feuilles. Les plantes les plus couramment appréciées incluent la ronce et le lierre. D'autres options comme le framboisier, le rosier, l'aubépine, le troène, le lilas, le chèvrefeuille et même le chêne peuvent être proposées selon les espèces. Les branches de feuillage doivent être placées de manière à ce que les phasmes puissent s'y accrocher, et leur extrémité immergée dans un récipient d'eau pour les maintenir fraîches. Les branches doivent être changées régulièrement.

La Reproduction : La reproduction des phasmes en captivité est généralement aisée. La plupart des espèces se reproduisent par parthénogenèse thélytoque, c'est-à-dire que la femelle peut pondre des œufs fertilisés sans la présence d'un mâle, donnant naissance à des femelles. Les œufs peuvent être laissés dans le vivarium principal ou placés dans un vivarium secondaire pour une meilleure éclosion.
La Mue : Les phasmes traversent plusieurs mues (entre six et huit) au cours de leur vie, correspondant à des étapes de croissance. Durant cette période, ils sont particulièrement sensibles au stress et ne doivent pas être manipulés. La mue, qui se produit environ une fois par mois, voit l'insecte se débarrasser de son ancienne enveloppe corporelle.
Il est essentiel de se rappeler que chaque espèce de phasme a des besoins spécifiques. Il est donc recommandé de se renseigner sur les exigences particulières de chaque insecte avant de se lancer dans son élevage. La diversité des espèces, comme le Neohirasea asper mesurant jusqu'à 10 cm, le Peruphasma schultei avec son corps noir satiné et ses ailes rouges, le Marmessoidea sp "cat tien" aux pattes turquoises, ou encore le Spinohiraséa bengalensis orné de lignes roses, témoigne de la richesse et de la complexité de ce fascinant groupe d'insectes.
L'élevage des phasmes, en particulier ceux qui s'alimentent de lierre, offre une fenêtre unique sur les adaptations évolutives et la beauté discrète du monde naturel.
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