Le phosphore bio : un pilier essentiel pour un maraîchage durable et performant

Le phosphore est un élément fondamental pour la santé et la croissance des plantes, jouant un rôle primordial dans le développement des racines, la floraison et même la production de fruits. Cet article vise à explorer en profondeur les bienfaits du phosphore afin de garantir que la terre de votre jardin soit correctement pourvue et constamment enrichie par des apports de matières organiques. Car, comme nous le verrons, un potager naturel correctement amendé ne manque normalement pas de phosphore.

Schéma du cycle du phosphore dans le sol et les plantes

L'importance vitale du phosphore pour la croissance des plantes

Le phosphore (le P de la trilogie NPK figurant sur les sacs d’engrais) est un nutriment essentiel pour les plantes. Sans un apport suffisant, les plantes se retrouvent dans une situation similaire à celle d’un moteur sans carburant, incapable de fonctionner efficacement.

Rôle fondamental du phosphore dans le métabolisme végétal

Ce minéral joue un rôle clé dans la photosynthèse, le processus par lequel les plantes convertissent la lumière du soleil en énergie. En effet, le phosphore est un constituant fondamental de l’ATP (adénosine triphosphate), la molécule énergétique qui alimente toutes les réactions biochimiques au sein des cellules végétales. Des niveaux adéquats de phosphore dans un sol favorisent la croissance des plantes et permettent d’augmenter les rendements de manière significative. Il est indispensable dans le métabolisme énergétique de la plante et pour sa croissance.

Impact sur le développement des racines et la floraison

Le phosphore est notamment indispensable au bon développement des racines des plantes. Il agit tel un guide, orientant les racines vers les zones riches en nutriments et en eau. Or, des racines saines et bien développées permettent aux plantes d’extraire davantage d’éléments nutritifs du sol, assurant ainsi leur survie et leur prospérité.

De plus, le phosphore joue un rôle déterminant dans la floraison et la fructification. Les plantes bien alimentées en phosphore ont en effet tendance à produire des fleurs plus abondantes et des fruits de meilleure qualité. Imaginez un jardin en pleine floraison, où chaque plante exhibe ses fleurs avec éclat, attirant pollinisateurs et offrant une profusion de couleurs. C’est le résultat d’une nutrition adéquate, dont le phosphore est un acteur majeur.

Effets du phosphore sur la résistance aux maladies

En plus de favoriser la croissance et la floraison, le phosphore renforce également la résistance des plantes aux maladies. Un sol riche en phosphore permet aux plantes de développer des murs cellulaires plus robustes, les rendant moins vulnérables aux attaques de pathogènes. Par exemple, des recherches ont démontré que les plants de tomate bénéficiant d’une fertilisation appropriée en phosphore étaient significativement moins touchées par le mildiou.

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Les multiples bienfaits du phosphore pour la santé des sols

Le phosphore est un élément crucial pour la santé des sols, jouant un rôle analogue à celui d’un chef d’orchestre dans une symphonie.

Rôle fondamental du phosphore dans les écosystèmes du sol

Il est essentiel à la photosynthèse et intervient dans la formation de l’ADN, garantissant ainsi la reproduction et la croissance des plantes. Un sol riche en phosphore est comparable à un terreau fertile, permettant aux plantes de développer des systèmes racinaires robustes. De plus, en favorisant une floraison abondante et éclatante, il contribue à attirer des pollinisateurs et autres précieux auxiliaires. Le phosphore est principalement concentré dans la couche supérieure du sol et provient de l'altération des roches (forme minérale) ou de la décomposition des plantes (forme organique). La quantité de phosphore dans la solution du sol est très faible, variant de 0,1 à 3,7 kg de P2O5/ha. Ces composés doivent d'abord être minéralisés par l'activité biologique du sol, libérant ainsi les ions phosphates, sous les formes d’acide phosphorique (H2PO4-) et l'ion hydrogénophosphate (HPO42-), formes assimilables par les plantes. Les pertes en phosphore d’un sol sont essentiellement dues aux exportations ou à l’érosion entraînant les particules de sol avec lui (la lixiviation est très infime). L’enrichissement en cet élément se fait par apports (minéraux ou organiques) et la restitution des résidus.

Amélioration de la structure du sol

Un autre effet significatif du phosphore sur la santé des sols réside dans sa capacité à améliorer la structure du sol. En favorisant la formation d’agrégats, le phosphore aide à créer des espaces aérés dans le sol, permettant à l’eau et à l’air de circuler librement. Nous pouvons comparer cela à l’ouverture d’une fenêtre dans une pièce fermée, laissant entrer la lumière et la fraîcheur. Des sols bien structurés retiennent mieux l’humidité et les nutriments, ce qui est bénéfique pour la flore environnante. Les sols enrichis en phosphore présentent une biodiversité microbienne plus riche, favorisant ainsi les équilibres naturels et donc la protection des plantes. La texture du sol influence la capacité du sol à retenir le phosphore. Les sols argileux, par exemple, ont tendance à fixer davantage le phosphore que les sols sableux.

Impacts sur la fertilité et la productivité

L’impact du phosphore sur la fertilité et la productivité des sols est indéniable. Les agriculteurs et jardiniers qui comprennent l’importance de cet élément peuvent observer une augmentation significative des rendements. Par exemple, une étude menée sur des cultures de maïs a révélé qu’un apport adéquat en phosphore pouvait augmenter les rendements de 20 à 30 %. Cela démontre comment un sol bien équilibré en phosphore peut transformer une simple récolte en une véritable abondance. En effet, le phosphore agit comme un catalyseur, stimulant la croissance des plantes et leur résistance aux maladies, tout en favorisant une maturation uniforme des fruits et des légumes. Ainsi, un sol riche en phosphore peut être vu comme une source de prospérité pour le jardinier, assurant des récoltes généreuses et saines.

Sources naturelles et biologiques de phosphore pour le jardin

Le maintien d’une disponibilité suffisante en éléments minéraux pour les cultures est un enjeu crucial de la productivité en agriculture biologique (AB). C’est particulièrement vrai pour l’élément phosphore, dont la gestion nécessite plus d’anticipation en bio qu’en agriculture conventionnelle où les engrais de synthèse sont autorisés.

Les engrais organiques riches en phosphore

Les engrais organiques, tels que le fumier, le compost ou, à moindre mesure, les cendres de bois, sont des sources précieuses de phosphore pour le jardin. Le fumier, notamment celui de volaille, est particulièrement riche en cet élément nutritif essentiel. Lorsqu’il est composté, il libère lentement le phosphore, permettant aux plantes de l’absorber au fur et à mesure de leur croissance. Une étude menée par l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) a démontré que l’application de fumier de volaille au printemps pouvait augmenter les rendements de certaines cultures de légumes jusqu’à 30%.

Les cendres de bois, souvent négligées, contiennent également du phosphore (certes en quantités moindres). Elles peuvent être ajoutées au compost ou épandues directement sur le sol, rendant les nutriments disponibles immédiatement. Une terre nourrie comme il se doit par des apports de matières organiques ne sera normalement pas déficiente en phosphore.

Infographie sur les sources de phosphore organique

Toutefois, en cas de carence avérée, ou de blocage (pour une raison ou une autre, les éléments minéraux présents dans le sol ne sont pas correctement libérés), des engrais organiques du commerce particulièrement riches en phosphore, comme la farine d’arêtes de poisson ou la farine d’os (plus difficile à trouver) pourront vous aider à corriger cela facilement. Le guano, constitué d'excréments et cadavres d’oiseaux marins, est également une matière particulièrement riche en azote et phosphore. Attention cependant, l’exploitation de cette matière entraîne la destruction de sites de nidification d’oiseaux. Les purins de plantes comme le sureau, la fougère, la prêle, la lavande, ou l'ortie, peuvent également fournir du phosphore à votre jardin. La farine de viande et d’os et le fumier de volaille séché sont de bonnes matières premières indigènes.

L'urine comme source rapide de phosphore

L’urine est un engrais liquide riche en phosphore. Elle peut donc constituer un apport à assimilation rapide très intéressant.

Les légumineuses et leurs associations bénéfiques

Les légumineuses, telles que les pois, les haricots, le soja et les trèfles, jouent un rôle crucial dans l’enrichissement des sols en phosphore. En effet, grâce à leur capacité à fixer l’azote atmosphérique, elles améliorent la fertilité du sol, tout en favorisant l’assimilation du phosphore par les plantes voisines.

Une méthode souvent employée par les agriculteurs consiste à semer des légumineuses en rotation avec d’autres cultures. Par exemple, les agriculteurs brésiliens utilisent le soja en alternance avec le maïs, ce qui non seulement augmente le rendement, mais enrichit le sol en phosphore, créant un écosystème durable. En opérant ainsi, vous optimisez l’espace dans votre jardin tout en favorisant un sol riche et équilibré.

Les roches phosphatées

Les roches phosphatées sont des dépôts géologiques riches en phosphore. Ces roches, formées au cours de millions d’années par la décomposition de matières organiques et de sédiments marins, se retrouvent dans plusieurs régions du monde, notamment en Afrique du Nord et aux États-Unis. En les broyant, on obtient une farine qui peut être appliquée directement au sol, rendant le phosphore disponible pour les plantes. Notez que ces phosphates de roche agissent lentement, libérant des nutriments sur une période prolongée. Les sources de phosphore minéral possibles sont donc les phosphates naturels tendres qui proviennent par exemple des mines tunisiennes ou marocaines. Amender avec des roches phosphatées un potager familial bénéficiant d’une fertilisation organique équilibrée est inutile.

Gérer le phosphore au jardin : précautions, diagnostics et solutions

Une gestion adéquate du phosphore est essentielle pour éviter les carences tout en préservant l'équilibre du sol.

Évaluer un manque éventuel : observation et analyse du sol

Avant d’envisager un apport complémentaire de phosphore, il convient de voir si c’est nécessaire. Pour cela, nous commencerons par observer nos cultures. Dans un sol pauvre en phosphore (assez rare), ou le libérant mal (plus fréquent), la croissance des plantes est ralentie. Les rameaux se forment mal, la floraison est peu abondante et la maturation est tardive. Tout cela ayant évidemment pour conséquence des rendements réduits. Une coloration anormale des feuilles, allant du vert foncé au brun ou au rouge, nous alertera sur une potentielle carence. Les premiers signes de carence en phosphore sont visibles sur les vieilles feuilles. Les feuilles prennent une teinte rouge pourpre, plus prononcée sur le revers. Il est important de noter que les symptômes de carence en phosphore peuvent être difficiles à distinguer d'autres problèmes tels que les maladies, les parasites ou la compaction du sol. Chez les céréales, les symptômes apparaissent en foyers pendant le tallage. Les symptômes comprennent un rougissement ou un jaunissement de la pointe des vieilles feuilles, un rougissement des gaines et une réduction du tallage. Une carence sévère peut causer le dépérissement de la pointe des feuilles, voire une chute prématurée des feuilles.

Si ces phénomènes sont la norme pour vos cultures, des tests de sol (disponibles dans certaines jardineries ou par le biais de services de laboratoire) pourront être utiles afin de mesurer la concentration de phosphore existante et surtout de déterminer si le problème est dû à une carence réelle ou à un blocage. La détermination du phosphore dans le sol est essentielle pour une gestion efficace de la fertilisation. Plusieurs méthodes sont utilisées, elles consistent à déterminer si la fertilisation est nécessaire ou non. La méthode Olsen, utilisant une solution de bicarbonate de soude comme extracteur, est une méthode d'extraction chimique pour déterminer la quantité de phosphore disponible dans le sol. La méthode du Comifer permet de déterminer les doses de phosphore (P2O5) à apporter aux cultures, et s’applique aux grandes cultures et aux fourrages annuels ou pluriannuels.

Pourquoi le phosphore peut-il être bloqué ?

Une mauvaise libération du phosphore peut avoir différentes causes.

  • Fixation par le pH du sol : En sol très acide (pH < 5.5), le phosphore se lie au fer (Fe) et à l’aluminium (Al) pour former des composés insolubles. En sol basique (pH > 7.5), il se lie au calcium (Ca), formant également des composés peu solubles. Le cycle du phosphore est relativement complexe. La rétrogradation, un processus où le phosphore passe d'un état soluble à un état solide, est fortement influencée par le pH du sol et sa teneur en calcium. Ce phénomène est plus prononcé dans les sols calcaires et acides, où le phosphore peut former des composés insolubles avec le calcium, le fer ou l'aluminium, le rendant indisponible pour les plantes. Dans les sols calcaires, la réversibilité des processus de cristallisation est faible, ce qui a pour effet de faire sortir ce composé des compartiments potentiellement mobilisables pour la nutrition des plantes.
  • Fixation par les minéraux du sol : Les argiles et certains oxydes métalliques (comme les oxydes de fer et d’aluminium) peuvent absorber fortement le phosphore. La présence d’autres éléments nutritifs : La disponibilité du phosphore peut être affectée par la présence d’autres éléments nutritifs dans le sol, tels que le fer, l’aluminium, le manganèse et le calcium. Ces interactions rendent le phosphore peu mobile et facilement absorbé par la phase solide.
  • Compétition biologique : Les microorganismes du sol peuvent immobiliser temporairement le phosphore en l’utilisant pour leur propre croissance. L’activité microbienne du sol : Les microbes du sol jouent un rôle dans la minéralisation du phosphore organique, le rendant disponible pour les plantes.
  • Mauvaise répartition ou profondeur : Le phosphore est peu mobile dans le sol. S’il est appliqué trop en surface, il ne descend pas vers les racines, surtout en cas de sécheresse. Contrairement à l’azote et au soufre, le phosphore est peu mobile dans le sol.

Graphique montrant la disponibilité du phosphore en fonction du pH du sol

Solutions pour optimiser la disponibilité du phosphore

  • Ajuster le pH du sol : En sol acide, on peut « chauler » pour remonter le pH vers 6.5, où le phosphore est le plus disponible. Utilisez pour cela du calcaire broyé, de la dolomie, de la marne ou encore du lithothamne. Mais évitez la chaux, qui « enrichit le père, mais ruine le fils ! » En sol calcaire ou basique, l’ajout de matière organique peut aider à libérer du phosphore. Maintenir un pH proche de la neutralité, par exemple en chaulant un sol acide, peut contribuer à limiter la rétrogradation et améliorer la disponibilité du phosphore.
  • Apporter de la matière organique : Le compost, le fumier ou les engrais verts peuvent améliorer la disponibilité du phosphore en libérant des acides organiques qui solubilisent le phosphore et en favorisant l’activité biologique du sol (ex. : mycorhizes). Il est plus judicieux d’apporter du phosphore en épandant des composts et des digestats. Ces matières apportent en effet au sol aussi du carbone et ont tendance à améliorer l’absorption des éléments nutritifs et en général à faire diminuer les coûts, surtout si on tient compte de l’apport en fertilisation azotée.
  • Stimuler les micro-organismes bénéfiques : Les mycorhizes améliorent l’absorption du phosphore en étendant le réseau racinaire. Nous venons de voir que des apports de matières organiques favorisaient le développement de mycorhizes. Ajoutons ici le BRF aux matériaux présentés. Certaines bactéries solubilisent le phosphore naturellement.

En appliquant ces principes fondamentaux de fertilisation naturelle, vous évitez normalement toute carence. Mais si c’est toujours le cas, ou à défaut de suffisamment de matériaux organiques à disposition, des engrais et amendements organiques phosphatés du commerce pourront vous aider à corriger le problème.

Choisir les bons fertilisants phosphorés pour l'agriculture biologique

Dans le choix des fertilisants phosphorés, la qualité prime sur la quantité. Privilégiez des sources naturelles comme la farine d’arêtes de poisson (par exemple un engrais organique NP 5-20 à base de farine de poisson, contenant 5 % Azote (N), 20 % Phosphore (P₂O₅), et 18,5 % Calcium), la farine d’os ou encore le guano. Ces engrais organiques naturels enrichissent le sol de manière progressive, tout en évitant une surcharge de phosphore.

À contrario, les engrais chimiques riches en phosphore nuisent à la vie microbienne. Et ce plus encore s’ils sont épandus avec excès. En effet, trop de phosphore peut provoquer un déséquilibre dans le sol, similaire à un excès de sel dans une recette de cuisine, altérant les saveurs. À bannir donc ! Le phosphore désagrégé (solubilisé) avec de l'acide (comme par exemple le superphosphate triple) est interdit en agriculture biologique. Les engrais phosphatés solubles qui globalement sont produits à partir de phosphates broyés et d’acide sulfurique ou d'ammoniac sont à éviter. Les engrais organiques, tels que le fumier, libèrent le phosphore plus progressivement au fur et à mesure de leur décomposition.

Quand et comment apporter le phosphore ?

Le phosphore naturel s’utilise de préférence en pré-amorçage, au moment des travaux préparatoires du sol. Son incorporation quelques semaines avant les semis permet une assimilation optimale lors de la croissance. Il peut aussi être utilisé sur des plantations déjà en place pour stimuler la reprise végétative. Pour l'entretien des végétaux en place, il faut l'appliquer au moment de la reprise de la végétation, à l’aplomb du feuillage.

Il est généralement admis que les céréales à paille ont besoin de phosphore en début de cycle. Elles en absorbent tout au long de leur croissance, mais c’est en début de tallage que la disponibilité de cet élément est la plus déterminante. Sur le blé, la nuisibilité ne dépasse généralement pas 10% du rendement. Si le sol est pauvre, il faut apporter du phosphore au plus près du semis. Il faut éviter de réaliser cet apport après le début du tallage car la correction de la carence ne sera que partielle.

En automne ou en hiver, il est conseillé de privilégier les engrais organiques, car ils mettront plus de temps à se décomposer. Lors de la plantation, un engrais riche en azote et phosphore permet à toutes les plantes d’accélérer leur démarrage et de renforcer leur système racinaire.

  • Fleurs et rosiers : Pour fleurir abondamment, il est conseillé de leur apporter un engrais riche en phosphore comme la poudre de plumes ou le guano. Astuce : Un apport en tout début de printemps va aider leur démarrage, puis un autre pendant l’été favorisera la floraison.
  • Gazon : Pour bien s’enraciner, un apport en phosphore peut aussi être fait au moment du semis.
  • Plantes en pot : Elles ont des besoins importants à cause du volume restreint de terre dans lequel elles sont installées. Ce petit espace est rapidement dépourvu d’éléments nutritifs.

Les engrais universels sont généralement équilibrés et conviennent à tous les types de végétaux : arbustes, légumes du potager, fruitiers, fleurs. Attention : Tout excès d’engrais est nuisible, les apports doivent être faits en fonction des besoins des végétaux et de la composition de votre sol.

Le projet PhosphoBio : un engagement pour la durabilité en agriculture biologique

En raison de l’épuisement des ressources minières en phosphore et du développement soutenu de l’AB, une compétition est à prévoir dans les années à venir entre, d’une part, des besoins croissants en phosphore pour maintenir la fertilité des sols et, d’autre part, une offre en engrais phosphatés utilisables en bio qui, elle, restera stable ou pourrait diminuer. Initié fin 2020, le projet PhosphoBio se penche donc sur la problématique de la fertilisation phosphatée en AB. Le premier objectif du projet est d’établir un état des lieux de la fertilité chimique des sols en AB, car une baisse globale de la fertilité phosphatée semble se produire, aussi bien en systèmes de grandes cultures qu’en prairies permanentes bio.

Caractériser l’état actuel de la fertilité phosphatée de l’AB française

Financé par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (CASDAR) et piloté par Arvalis, le projet est mené avec de nombreux partenaires (Auréa Agrosciences, Bordeaux Sciences Agro, les chambres d’Agriculture des Pays-de-la-Loire et de région Ile-de-France, CREABio et INRAE). Il a démarré en octobre 2020 par la mise en place d’un Observatoire national de la fertilité en phosphore des sols en AB. Un observatoire national a été constitué afin de mieux cerner et chiffrer ce problème. Quel est le niveau actuel de phosphore dans les sols français conduits en bio ? Quels sont les impacts des pratiques culturales, des systèmes de production ou encore de l’occupation et du type de sols sur ces teneurs en phosphore ? Comment ces teneurs évoluent-elles au fil du temps ? Quelles sont les situations les plus à risque (conditions pédoclimatiques, pratiques culturales…) ? Autant de questions auxquelles l’observatoire PhosphoBio s’attachera à répondre.

Arvalis a recruté environ deux cents agriculteurs bio qui proposent une à deux parcelles agricoles homogènes, ayant un type de sol et un système de culture représentatifs de l’exploitation, pour y conduire les études. Il s’agira d’abord de vérifier si la baisse de la fertilité phosphatée des sols observée dans certaines régions se généralise à l’échelle nationale, et si elle concerne indifféremment tous les types de cultures (cultures assolées ou prairies) et tous les systèmes de production (exploitations spécialisées en grandes cultures ou polyculture- élevage).

Les parcelles de l’observatoire ont donc été sélectionnées parmi quatre grands territoires de production bio : le Bassin parisien, le Grand-Ouest, le Sud-Ouest et une partie de la région Rhône-Alpes, qui offrent des modes de production et des contextes pédoclimatiques contrastés. Une attention particulière a été portée pour sélectionner à la fois des parcelles en systèmes de grandes cultures assolées (céréales, oléoprotéagineux, prairies temporaires de courte durée) et des parcelles conduites en prairies permanentes. Un équilibre entre les parcelles issues d’exploitations avec et sans élevage a également été recherché.

Carte des quatre grandes zones d'étude du projet PhosphoBio

Suivre l’évolution de la fertilité au cours du temps

L’observatoire doit vérifier si le statut phosphaté des parcelles les plus anciennes est comparable à celui des parcelles récemment converties en AB, ou si ces dernières bénéficient davantage de l’héritage des apports d’engrais phosphatés minéraux antérieurs à la conversion. Les parcelles se répartissent donc en trois classes : celles « récemment » converties (après 2006), celles « anciennement » converties (entre 2006 et 1990) et celles « très anciennement » converties (avant 1990).

L’ensemble des parcelles de l’observatoire PhosphoBio étant désormais bien identifié, la campagne de prélèvement et d’analyses de terre va débuter. Les parcelles bénéficieront d’une analyse de terre physico-chimique complète sur 0-20 cm de profondeur effectuée par le laboratoire Auréa ; les résultats seront communiqués aux agriculteurs quelques semaines plus tard. 44 parcelles de l’observatoire faisaient déjà partie d’un dispositif antérieur de suivi de la fertilité des sols en région Occitanie ; aussi, une première campagne d’analyses de terre et des enquêtes sur les pratiques culturales ont déjà été réalisées en 2016 sur ces parcelles. Par ailleurs, 77 autres disposent déjà d’analyses de terre antérieures. Au cours du projet PhosphoBio, il sera donc possible d’étudier l’impact des pratiques sur l’évolution de la fertilité du sol sur 121 parcelles de l’observatoire, en sus d’un état des lieux à une date donnée.

En complément des analyses de terre financées par le projet, qui seront effectuées durant l’hiver 2021-22, des prélèvements de végétaux seront réalisés sur certaines parcelles de l’observatoire afin de procéder à un diagnostic foliaire. L’objectif est de comparer la pertinence des deux méthodes de diagnostic. En effet, en AB où souvent plusieurs éléments nutritifs peuvent simultanément limiter la croissance des cultures, l’analyse de végétaux pourrait être plus pertinente que l’analyse de terre pour diagnostiquer des carences - ou, en tout cas, complémentaire.

Comment répondent les cultures bio au statut phosphaté des sols ?

Des essais croisant des courbes de réponse au phosphore avec différents niveaux d’azote seront mis en place à partir de l’automne 2021 par Arvalis, les Chambres d’Agriculture des Pays-de-la-Loire et de région Ile-de-France et le CREABio afin d’étudier la réponse au statut du phosphore des sols de cultures conduites en AB sous contrainte azotée. Il s’agira notamment de vérifier s’il existe ou non, dans ces systèmes contraints, une réponse spécifique et s’il est nécessaire d’adapter les teneurs seuils de P2O5 de l’analyse de terre à l’AB.

Des travaux seront également conduits pour mettre au point des indices de nutrition sur légumineuses à graines (par l’étude des relations entre teneurs en azote et en phosphore sur le soja dans un essai longue durée de l’INRAE d’Auzeville, près de Toulouse) et fourragères (par la mise en place à partir de 2022 d’essais « Courbes de réponse à l’azote et au phosphore » sur trèfle violet ou luzerne par Arvalis) permettant d’identifier les carences en phosphore et de hiérarchiser les facteurs nutritionnels limitants à partir d’une analyse de végétaux. La pertinence de ces deux approches (analyse de terre et analyse de végétaux) pour établir un diagnostic de fertilité phosphatée en agriculture biologique sera alors étudiée sur des parcelles de l’observatoire.

Modéliser l’effet des pratiques agricoles et du développement de l’AB

Une révision des références des exportations de phosphore par les récoltes sera proposée pour l’AB à partir des données issues d’essais conduits en bio. Des bilans « Fertilisation - Exportations de phosphore » seront réalisés sur différents essais longue durée, conduits en agriculture biologique présentant différents régimes d’apports de produits résiduaires organiques (PRO). Ces travaux permettront d’estimer l’impact de ces pratiques sur le statut du phosphore des sols et d’en prévoir l’évolution.

Cette approche à la parcelle sera complétée par des travaux de modélisation à l’échelle territoriale conduits dans le cadre d’un projet de thèse encadré par l’INRAE de Bordeaux et par Bordeaux-Sciences Agro. Différents scénarios seront construits à partir d’hypothèses sur l’expansion de l’AB et la disponibilité de fertilisants phosphatés dans les années à venir. Le projet prévoit le développement d’outils de diagnostic de cette fertilité, puis d’outils de pronostic de son évolution qui seront valorisés sous la forme d’une calculette de Bilan du phosphore adaptée à l’AB et d’un guide destinés aux producteurs bio. Le projet s’achèvera le 31 mars 2024.

Résultats préliminaires et perspectives du projet PhosphoBio

Les résultats des analyses de 201 parcelles d'observatoire indiquent des teneurs en phosphore globalement plus faibles qu’en agriculture conventionnelle. Une différence notable existe entre le Sud-Ouest et les trois autres régions étudiées, avec une teneur moyenne plus faible (d’une dizaine de ppm) dans le Sud-Ouest. Cela pourrait être dû à un historique de pratiques différentes ou à la présence de plus de sols calcaires dans cette zone, les sols calcaires étant moins bien pourvus en phosphore car l'élément aurait tendance à plus facilement se lier à d’autres molécules et à être moins disponible pour la plante.

Logiquement, plus la fréquence des apports phosphatés est élevée et plus la teneur en phosphore l’est aussi, de même que pour la dose d’apport. Cependant, les parcelles ayant une fréquence importante de légumineuses dans leur rotation (autonomie azotée) ont des teneurs phosphatées plus faibles, à mettre en lien avec des pratiques de fertilisation où généralement moins d’apports sont réalisés dans ces cas. Un léger impact positif des couverts végétaux a été observé, mais les systèmes les utilisant dans l’étude sont aussi ceux bénéficiant d'apports plus importants. L’ancienneté de conversion, la présence ou non d’élevage sur l’exploitation, le mode d’occupation des sols et la teneur en matière organique n’ont pas d’effets significatifs sur la teneur en phosphore des parcelles étudiées.

En prenant les valeurs seuils de la méthode COMIFER : pour les cultures peu exigeantes en phosphore, plus de 15 % des parcelles du projet se trouveraient en dessous du seuil de renforcement (seuil en dessous duquel une perte de rendement est constatée) ; pour les cultures exigeantes, plus de 50 %. Les acteurs du projet ont cherché à déterminer des seuils à partir desquels le risque de baisse de rendement liée à une carence phosphatée est élevé, proposant des valeurs spécifiques inférieures à celles du COMIFER. Si ces valeurs sont appliquées aux parcelles du projet, on passe à 7 % de terres en AB en dessous du seuil critique.

Le projet a cherché à calculer l’INP (indicateur de nutrition phosphatée) pour certaines cultures (maïs, blé tendre et soja) par l’analyse de végétaux pour évaluer la disponibilité du phosphore dans le sol. Le projet s’est également penché sur les bilans phosphatés et la prédiction de l’évolution des teneurs dans le sol selon les pratiques culturales. Si en bilan déficitaire il est facile de prédire l’évolution des teneurs en phosphore du sol, en situation excédentaire cela peut-être plus compliqué, d’autres facteurs entrant en jeu.

À la suite de ce projet, deux outils vont sortir : un guide de la gestion durable du phosphore en AB, et la calculette PhosphoBio. Elle permettra notamment d’estimer l’évolution du phosphore en fonction des pratiques culturales et donnera des préconisations de fourchette d’apports selon les résultats du diagnostic.

Gestion du phosphore grâce aux PGPR - BONUS 42

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