Récolter des tomates tous les ans est souvent une gageure pour les jardiniers amateurs. Au château de la Bourdaisière (Indre-et-Loire), Nicolas Toutain s’occupe du potager-conservatoire créé en 1998. Rotation, paillage, lutte contre le mildiou, il connaît les secrets de culture de ce légume-fruit. Toutefois, feuilles jaunes, pied noir, fruits fendus, etc., les maladies de la tomate sont légion et il suffit parfois d’un été pluvieux, chaud et sec, ou de champignons dans la terre pour anéantir une culture. Pourtant, le mildiou comme la chlorose ne sont pas une fatalité. Avec des gestes ou des traitements adaptés, sauver sa cueillette de fruits devient possible malgré les conditions climatiques.

Identification des symptômes et diagnostics précoces
Le meilleur moyen d’éviter les maladies de la tomate, au jardin potager, reste la prévention. Il existe plusieurs signes révélateurs qui peuvent indiquer que vos tomates sont malades. Des feuilles recroquevillées, tachées ou jaunies, des fruits pourris, nécrosés ou tachés de noir, des tiges molles ou tachées, des feuilles flétries sont autant d'alertes.
La chlorose se manifeste par une décoloration progressive des feuilles, de vert pâle à jaunâtre avec des nervures toujours bien vertes. Le fait qu’elles aient les nervures vertes et le reste jaune est le signe d'une déficience en magnésium ou de chlorose ferrique. Apporter dès maintenant aux tomates un engrais organique riche en oligo-éléments et en magnésie est alors préconisé.
Concernant les jeunes plants semés en serre dont les feuilles jaunissent, plusieurs raisons peuvent être évoquées. Le terreau semis est peut-être de mauvaise qualité, ou la température a été trop élevée ou trop basse à l'intérieur de la mini-serre. Il pourrait s’agir d’une asphyxie racinaire due à un excès d’eau. Dans tous les cas, transplanter chaque jeune plant dans un godet de 7 cm avec un nouveau substrat genre « terreau universel ».
Mildiou de la tomate et étés pluvieux : comment lutter contre cette maladie cryptogamique ?
Les maladies cryptogamiques : Mildiou, Oïdium et Botrytis
Véritable fléau du potager, le mildiou s’invite par temps humide et orageux lorsque les températures sont douces. Cette maladie cryptogamique est causée par des oomycètes (Phytophthora sp.), des micro-organismes qui se comportent comme des champignons. Leurs spores viennent infecter la plante en pénétrant dans ses tissus, causant le dépérissement des fruits. Le mildiou « aérien », Phytophthora infestans, attaque d’abord les feuilles qui arborent alors des taches jaunes, puis brunes et souvent bosselées, avant de contaminer les tiges et les fruits.
L’oïdium est une autre maladie cryptogamique déclenchée par deux agents pathogènes : Leveillula taurica et Oidium neolycopersici. La présence de l’oïdium, Leveillula taurica, se caractérise par l’apparition de taches jaunes sur la partie supérieure des feuilles, ainsi qu’un aspect blanc et poudreux sur la partie inférieure. Quant à la pourriture grise, ou botrytis, elle est favorisée par un excès d’humidité et un manque de lumière. Toutes les parties aériennes de la tomate - tiges, feuilles, fleurs, fruits - peuvent être affectées, les tissus se couvrant d’une dense moisissure grise très caractéristique.
Parasites et problèmes physiologiques
J'ai toujours cultivé des tomates et, pour la première fois, elles sont envahies de punaises. Ces punaises noires tachetées de blanc sont des petites punaises vertes (Nezara viridula) pas encore adultes. Elles piquent la peau des tomates et créent des taches jaunes, puis des trous. Profiter de l’hiver pour limiter les colonies en nettoyant les tas de bois et les débris des végétaux où elles hivernent est indispensable.
Par ailleurs, les nématodes (Meloidogyne incognita) sont de minuscules vers de moins de 1 mm qui vivent dans une terre humide et chaude. Ces anguillules rongent les racines qui se nouent en formant de petites boules. Si l'on veut préserver les plants, il faut pratiquer de longues rotations de culture. Une autre solution consiste à placer non loin des tomates des plantes qui éloignent ces vers comme les oeillets d'Inde, les tagètes ou les soucis.
La nécrose apicale, ou cul noir, est une affection physiologique et non parasitaire. Elle se caractérise par des taches brunes ou noires à l’extrémité des fruits, causée par une carence en calcium localisée dans le fruit. Elle apparaît lorsqu'il y a un défaut d'absorption de cet élément par la plante, souvent lié à des arrosages irréguliers.

Stratégies d'intervention et sauvetage de la récolte
Quel que soit le problème que rencontrent vos pieds de tomates, vous devez supprimer les feuilles, les tiges et les fruits abîmés avant que la maladie ne se propage. Si un plant est trop touché, il vaut mieux l’éliminer plutôt que de chercher à le sauver, car il pourrait contaminer les autres plants et ainsi condamner toute la récolte. Ne jetez surtout pas ces débris au compost, mais jetez-les ou brûlez-les.
Si vos pieds sont tous atteints, la maladie est malheureusement déjà dans les tomates et vous ne pourrez rien sauver car elles vont pourrir au fur et à mesure. Par contre, si vous avez des pieds qui ne sont pas encore atteints, dépêchez-vous de cueillir toutes les tomates, même vertes. Elles mûriront très bien dans un endroit sec, par exemple dans des cageots avec une feuille de journal au fond, à température ambiante dans la cuisine ou une cabane.
Prévention et bonnes pratiques culturales
Mieux vaut prévenir que guérir. Pour vous aider, suivez ces quelques règles d'or :
- Espacement : Aérez la plantation de vos pieds, évitez qu’ils soient trop proches pour ne pas favoriser un environnement trop humide. Une distance de 50 cm minimum est à respecter.
- Arrosage : Arroser sans mouiller le feuillage. Arrosez les pieds de tomate et non le feuillage, et arrosez avec parcimonie.
- Emplacement : Sélectionnez pour vos tomates un emplacement bien ensoleillé et aéré.
- Rotation : Pratiquez une bonne rotation des cultures pour éviter que les agents pathogènes ne s'installent durablement dans le sol.
- Protection : Le paillage des tomates a un double rôle. Non seulement il garde le sol plus frais et réduit donc le besoin en arrosage, mais en plus il contribue à réduire le développement du mildiou terrestre.
L’utilisation de tuteurs adaptés à la croissance des tomates est propice à la bonne santé de vos plants. Un tuteur haut vertical ne suffit pas, il faut également penser aux branches des pieds de tomates, dont la densité sera allégée s’ils peuvent être palissés horizontalement. Enfin, réaliser vos propres semences en récupérant les graines de vos tomates préférées vous permettra d’obtenir des plants de plus en plus adaptés aux conditions dans lesquelles ils sont cultivés en termes de climat, d’exposition et de sol.