La fève : Guide complet pour une culture permacole réussie

La fève (Vicia faba) est une légumineuse de culture aisée, peu exigeante, appartenant au groupe botanique des vesces. C’est une plante dont le fruit est une gousse. Immature, cette dernière peut être consommée intégralement, tout comme les pois mangetout ou les haricots verts, bien que ses graines soient plus souvent appréciées fraîches ou sèches.

Illustration botanique d'un plant de fève avec ses gousses et ses fleurs

Une alliée historique de l'agronomie et de la permaculture

D'un point de vue agronomique, les fabacées ont l'incomparable avantage de nourrir le sol d'azote. En effet, les plantes appartenant à cette famille ont la remarquable faculté de fixer, puis de restituer l'azote qu'elles stockent dans leurs racines. Phénomène qui n'a pas échappé à nos lointains ancêtres agriculteurs. Observant de meilleurs rendements avec des associations de cultures céréales / fabacées, ils les cultivaient ensemble. Les premiers restes de fève retrouvés au Proche-Orient datent de 7000 ans avant notre ère. Plus près de nous géographiquement, on en trouve de nombreuses traces en Grèce et au Portugal datant de l'âge du bronze. La fève est introduite en Chine à partir du IIème siècle après JC.

Cette graine fut si populaire et tellement liée à l'agriculture qu'elle donna son nom à la famille à laquelle elle appartient : les Fabacées. Le mot « légume » lui-même, avant de prendre le sens qu'on lui connait aujourd'hui, désignait l'enveloppe charnue de la gousse de la fève. Elle a été très consommée dans l'Antiquité à Rome. La gens Fabia, très grand patronyme romain, tirait son nom de la fève. Elle y était considérée comme sacrée, car assimilée à un symbole de vie. C'était aussi un aliment de base des paysans bien avant la découverte de la pomme de terre et du haricot. En France au Moyen Âge, elle était très consommée en hiver par les moines et faisait partie des plantes dont la culture était recommandée dans les jardins du domaine royal par le capitulaire De Villis.

En permaculture, la fève est une culture précieuse : elle occupe le terrain à une période où le potager est plus calme, nourrit la vie du sol, et laisse derrière elle un contexte favorable pour enchaîner avec d'autres légumes, à condition de laisser les racines en place et de gérer la fin de culture intelligemment.

Choisir et installer ses variétés

La fève d’Aguadulce est une garantie de belles récoltes, avec des cosses très imposantes, des plants costauds et verdoyants. Viennent ensuite des variétés plus originales comme la « Crimson Flowered », un vrai bijou de la nature dont la floraison est sublime, ou encore la « Grano Violetto » aux grains pourpres et violets. La « Karmazyn » propose des grains rosés. Il existe également la fève d’Aquitaine, très précoce, et la fève de Séville, également hâtive.

Différentes variétés de fèves : Aguadulce, Crimson Flowered et Grano Violetto

La fève se sème à une période de l’année où les timings de plantation sont les plus divergents entre les différents climats. Dans le Sud et l’Ouest, l’hiver se termine assez vite et la fève, qui n’a besoin que de 6° ou 7° pour germer, pourra se semer dès le début du mois de février. De nombreux jardiniers avertis ont semé à l’automne pour avoir des récoltes plus précoces encore. La fève résiste à de petites gelées. À l’inverse, dans les régions les plus rigoureuses, la fève attendra la mi-mars, parfois même début avril pour rejoindre la pleine terre.

Techniques de semis et préparation du sol

La fève se sème en direct, en place, car elle n’aime pas trop être transplantée. Le semis se fait habituellement en lignes distantes de 30 à 40 cm, avec 10 à 15 cm d’écartement sur la ligne. Semez à environ 5 cm de profondeur, puis recouvrez et tassez légèrement pour assurer un bon contact graine-sol. En sol très lourd, vous pouvez réduire un peu la profondeur (plutôt 3-4 cm) et éviter tout excès d’eau.

La technique du « poquet » consiste à semer les graines de fèves en petits groupes, avec la couture dirigée vers le haut. Cette méthode permet d’optimiser la germination et de favoriser un développement harmonieux des plantes. Si vous faites vos semis de fèves au printemps, vous pouvez les faire en godet pour gagner un peu en précocité, bien que la pleine terre reste plus efficace.

Le semis en poquet

Entretien : binage, buttage et gestion naturelle

Binages et sarclages sont de rigueur. Il est aussi fortement conseillé de butter les pieds de fève. Le buttage permettra de maintenir les longues tiges afin de les empêcher de pencher lorsqu'elles seront chargées de lourdes gousses. Pour les variétés plus grandes, un tuteurage est recommandé, surtout si vous êtes en région ventée. On pourra encercler un rang avec des fils bien tendus entre des piquets ou utiliser un grillage type « grillage à mouton ».

Le paillage joue un rôle clé dans la protection des cultures. En recouvrant le sol, il préserve la chaleur et l’humidité, réduisant ainsi le besoin en arrosage et protégeant les racines du gel. Vous pouvez utiliser divers matériaux : paille, gazon tondu ou compost décomposé.

Concernant le pincement, bien que dispensable, il est possible de pincer les tiges des plants de fèves entre le 5ème et le 7ème groupe de fleurs. L'intérêt est double : cela permet d'éviter les attaques de pucerons qui s'installent généralement au sommet de la plante. Attention toutefois à ne pas le faire trop tôt, au risque de freiner la montée en puissance de la plante.

Associations bénéfiques au potager

La fève apprécie la présence de l'aneth et de la camomille qui la soutiendront dans sa lutte contre les pucerons. Elle sera aussi une bonne compagne pour la laitue, la pomme de terre, le maïs, l'épinard, la sarriette, le cardon, l'aubergine, l'artichaut ou le céleri. Le maïs et les fèves fonctionnent bien ensemble car ces dernières enrichissent le sol en azote, dont le maïs est un grand consommateur.

À l'inverse, il est recommandé d'éviter de planter des fèves à proximité de l'ail, des oignons et des échalotes, car ces plantes peuvent inhiber la croissance des fèves.

Gestion des ravageurs et maladies

La culture des fèves est constamment associée aux pucerons. Si l'on traite, si l'on s'agite à tout tuer, alors il n'y aura point de prédateurs attirés, point d'équilibre à espérer. Les plants de fèves sont capables de sécréter des hormones, semblables à un cri de S.O.S., pour appeler à l'aide lorsqu'ils sont attaqués. En favorisant la biodiversité, les populations de pucerons sont naturellement régulées par les nombreuses coccinelles et guêpes parasitoïdes qui viendront trouver gîte et couvert dans les herbes.

Le mildiou peut également faire des dégâts sur les feuilles, qui se recouvrent d'une moisissure grise. La rouille de la fève est, quant à elle, remarquable par les cloques couleur rouille qu'elle laisse sur le feuillage. Un bon geste préventif consiste à effectuer une pulvérisation de purin d'ortie sur le sol avant les plantations.

Schéma montrant l'équilibre naturel entre les pucerons et leurs prédateurs au potager

Nutrition et usages culinaires

La fève est une excellente source d'acide folique, de fibres, de vitamines B, C et E, ainsi que de minéraux essentiels comme le potassium, le calcium et le magnésium. Longtemps considérées comme la « viande du pauvre », elles ont apporté des siècles durant les ressources en protéines nécessaires à l'équilibre alimentaire.

Les graines se dégustent à tous les stades. Après les avoir écossées, il faut en général les ébouillanter pour ôter le tégument. On peut les déguster crues, à la croque au sel ou avec un filet d’huile d’olive, ou encore les faire cuire à la vapeur, avec du lard, à la crème, en cocotte ou à la poêle. Le houmous de fève est l'une des nombreuses recettes que l’on peut découvrir.

Pour les récolter, cueillez les gousses les plus avancées, souvent plus basses sur la plante, ce qui stimule la production des suivantes. Pour conserver vos semences, laissez quelques pieds en place jusqu'au noircissement des gousses, puis faites-les sécher dans un endroit aéré avant de les stocker.

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