
Introduction : Les enjeux cruciaux de la gestion forestière face aux mutations climatiques
Les forêts, poumons de notre planète, sont aujourd'hui au cœur d'enjeux majeurs, exacerbés par le changement climatique. La gestion de ces écosystèmes complexes requiert une expertise pointue et une vision à long terme, en particulier lorsqu'il s'agit de la sélection et de la reproduction des semences forestières. Un petit chêne qui pousse aujourd’hui dans les parcelles de l’Office national des forêts (ONF) ne pourrait être récolté qu’aux alentours de 2200. Mais alors que depuis 1990 la température moyenne a déjà augmenté de 1,5 °C dans le Sud Oise, quel sera le climat dans 200 ans et comment y préparer la flore locale ? C’est l’un des défis qui attend Pierre Bouillon, nouveau responsable des forêts publiques de l’ouest et du sud du département pour l’ONF. Ces questions soulignent la nécessité d'une approche proactive pour assurer la résilience des forêts de demain.
Pierre Bouillon : Un parcours au service de la forêt et du développement durable
Pierre Bouillon, fort d'une carrière riche et diversifiée, incarne cette expertise au service de la gestion forestière. Ce Creillois de 51 ans, nouveau responsable des forêts publiques de l’ouest et du sud du département pour l’ONF, dirige un service d’une quinzaine de personnes. Issu de la fusion de deux unités territoriales, « Oise ouest » et « Trois forêts », ce nouveau service s’étend de l’ouest de Beauvais jusqu’à Chantilly sur près de 22 000 hectares. Plusieurs forêts emblématiques constituent désormais ce nouvel ensemble, dont Chantilly et Chaalis, qui appartiennent à l’Institut de France, Halatte et Ermenonville, au nord et au sud de Senlis, mais aussi le Parc Saint-Quentin, aux portes de Beauvais, ou encore Caumont et Malmifait plus à l’ouest.
Une expertise forgée à l'international et au ministère de l'Agriculture
Son parcours professionnel témoigne d'un engagement constant pour la durabilité. Après dix-sept années au ministère de l’Agriculture, notamment au bureau de la gestion durable des forêts, il revient d’une mission de trois ans à Rome (Italie), à la division des forêts de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). Il y était en charge de promouvoir, dans l’agenda international du développement durable, l’importance des produits bois pour construire des économies et des villes plus durables. Cette expérience internationale lui a apporté une « vision mondiale enrichissante », comme il le commente sobrement, indispensable pour appréhender les défis actuels et futurs.

Les défis de la gestion forestière durable dans le contexte du changement climatique
Les missions de Pierre Bouillon à la tête de l'ONF s'articulent autour de trois axes fondamentaux : « Protection de la biodiversité, gestion du bois et accueil du public. » Ces piliers sont mis à l'épreuve par un contexte climatique en constante évolution.
Adaptation des forêts au changement climatique : l'expérimentation de Chantilly
Soucieux de travailler la filière bois, Pierre Bouillon assure vouloir développer une gestion durable des forêts. « Dans un contexte de changement climatique qui prend de l’ampleur, précise-t-il. Les trois dernières années, on a vu que les périodes de canicule et de sécheresse étaient plus intenses que prévu. » Il souligne qu'« il y a un vrai défi en termes de diagnostic et de gestion pour mettre en place des solutions et préparer la forêt de demain, comme ce qui se fait à Chantilly. » Dans certains espaces du bois cantilien, une vingtaine d’espèces d’arbres habituées à évoluer sous des latitudes plus chaudes ont été plantées, à titre expérimental. Cette démarche proactive, axée sur l'expérimentation et l'adaptation, est essentielle pour la pérennité des écosystèmes forestiers.

Lever les incompréhensions : déforestation versus abattage maîtrisé
À un niveau plus local, Pierre Bouillon devra faire face à un certain climat de défiance et des accusations de certains amoureux de la nature, critiques sur la gestion de l’ONF, notamment en ce qui concerne l’abattage des arbres. « C’est vrai qu’il y a un travail d’explication à faire pour comprendre la gestion forestière, malgré tout ce qui est déjà mis en place, reconnaît le responsable. » Il insiste sur le fait qu'« il y a souvent confusion entre déforestation et abattage. La récolte se fait à maturité et des arbres sont semés en parallèles. Chaque forêt est découpée en parcelles avec des degrés divers de développement. » Cette distinction est cruciale pour comprendre que l'abattage sélectif fait partie intégrante d'une gestion forestière durable et n'équivaut en aucun cas à une déforestation.
La gestion de la faune : un équilibre délicat pour l'écosystème
L’ONF devra aussi composer avec les différents publics qui fréquentent les forêts départementales, avec une attention toute particulière sur le sujet de la chasse. « Une surpopulation d’animaux peut transformer le sol en terre battue et être dommageable à la forêt, assure Pierre Bouillon. Mais s’il n’y en a pas assez, c’est un danger pour l’écosystème, c’est un équilibre à trouver. » Cet équilibre fragile est essentiel pour la bonne santé de la forêt, où chaque élément de la biodiversité joue un rôle crucial.

Le cadre réglementaire et les enjeux des semences forestières
La commercialisation et la gestion des semences forestières s'inscrivent dans un cadre réglementaire strict, tant au niveau national qu'européen. Ces régulations visent à garantir la qualité, la traçabilité et la diversité génétique des matériels de reproduction forestiers.
Catalogues communs des variétés et directives européennes
Plusieurs documents officiels témoignent de l'importance accordée à ces aspects. Par exemple, le "Catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles Complément 2022/11" (Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE) 2022/C 460/01, C/2022/8344, OJ C 460, 2.12.2022, p., ainsi que les compléments 2022/7 et 2022/8, listent les variétés agréées. De même, le "Catalogue commun des variétés des espèces de légumes Complément 2022/11" (Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE) 2022/C 460/02, C/2022/8343, OJ C 460, 2.12.2022, p., et ses compléments, apportent des précisions sur les variétés de légumes.
Les directives européennes jouent également un rôle crucial. La "Directive d’exécution (UE) 2018/1027 de la Commission du 19 juillet 2018 modifiant la directive 66/402/CEE du Conseil en ce qui concerne les distances d’isolement pour Sorghum spp." est un exemple de l'attention portée à la prévention de la contamination génétique. La "Décision d’exécution (UE) 2017/478 de la Commission du 16 mars 2017 dispensant certains États membres de l’obligation d’appliquer à certaines espèces les directives 66/401/CEE, 66/402/CEE, 68/193/CEE, 1999/105/CE, 2002/54/CE, 2002/55/CE et 2002/57/CE du Conseil concernant la commercialisation, respectivement, des semences de plantes fourragères, des semences de céréales, des matériels de multiplication végétative de la vigne, des matériels forestiers de reproduction, des semences de betteraves, des semences de légumes et des semences de plantes oléagineuses et à fibres, et abrogeant la décision 2010/680/UE de la Commission" [notifiée sous le numéro C(2017) 1662] (Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE) met en lumière la complexité des règles et les ajustements nécessaires pour s'adapter aux spécificités régionales et aux besoins des États membres.
Questions parlementaires et rapports : la préoccupation constante des législateurs
Les questions parlementaires, qu'elles émanent du Sénat ou de l'Assemblée nationale, sont un indicateur de la vigilance des élus sur les enjeux liés aux semences et à la forêt. Des questions écrites, comme la "Question écrite n°00992 de M." ou la "Question écrite n° 15248 de M." au Sénat, abordent divers aspects de la gestion forestière et des semences. Les rapports d'information, tel le "Rapport d’information n° 22113 de Mme Manon Meunier et M." à l'Assemblée nationale, fournissent des analyses approfondies et des recommandations.
Les réponses aux questions parlementaires, comme la "[REPONSE] Sénat, Question écrite n° 23650 de M." ou la "[REPONSE] AN, Question écrite n°38924 de M.", apportent des éclaircissements sur les politiques mises en œuvre et les actions gouvernementales. Ces échanges soulignent la volonté d'assurer une gestion transparente et efficace des ressources forestières et semencières.
L'importance des ressources génétiques végétales : entre amélioration et conservation
Le "Rapport de l’OPECST - LES RESSOURCES GÉNÉTIQUES VÉGÉTALES, DE L’AMÉLIORATION À LA CONSERVATION DES ESPÈCES : LE MODÈLE FRANÇAIS - Rapport n° 571 (2015-2016) de MM." Fce : publication met en évidence la dualité essentielle entre l'amélioration des espèces pour répondre aux besoins actuels et futurs, et la conservation de la diversité génétique pour garantir la résilience face aux imprévus. Ce rapport souligne la spécificité du modèle français en la matière, cherchant à concilier innovation et préservation.
Une génétique bien préservée / Semeurs d'avenir
Les débats sur les semences paysannes et la liberté de semer
Les propositions de loi, telles que la "Proposition de loi pour la libre utilisation des semences relevant du domaine public , n° 2091 déposé(e) le mardi 2 juillet 2019 par M." à l'AN, ou la "Proposition de loi n°1891 favorisant la liberté de semer au service de la biodiversité présentée par M." à l'Assemblée nationale, reflètent les débats autour des semences paysannes et de la liberté de les utiliser. Ces initiatives législatives visent à protéger et à promouvoir les pratiques traditionnelles de sélection et d'échange de semences, considérées comme essentielles pour la biodiversité et la souveraineté alimentaire. La "Proposition de loi de Mme Delphine Batho relative à la cession, à la fourniture et au transfert de semences ou de matériels de reproduction des végétaux d’espèces cultivées de variétés appartenant au domaine public à des utilisateurs finaux non professionnels" s'inscrit également dans cette dynamique.
Ces discussions témoignent de la complexité des enjeux, entre protection des obtentions végétales et accès aux semences pour tous, notamment les non-professionnels.
Le rôle de la Commission européenne et du Parlement européen
Au niveau européen, la Commission de l’agriculture et du développement durable du Parlement européen, comme lors des "Echanges de vues sur avec M. Francesco Mattina, président f.f." le 30 novembre 2021, joue un rôle actif dans l'élaboration des politiques agricoles et forestières. Les discussions autour de la proposition de règlement "Production biologique et étiquetage des produits biologiques" illustrent la volonté de l'UE de promouvoir des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement et de la biodiversité.
Le "Recours Variétés rendues tolérantes aux herbicides - Confédération paysannes et autres c/ Ministère de l’agriculture (Affaire C‑528/16)- CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL M." met en lumière les tensions entre les acteurs de l'agriculture conventionnelle et ceux de l'agriculture biologique ou paysanne, notamment concernant les variétés végétales tolérantes aux herbicides.
Les mesures d'urgence face aux crises sanitaires et économiques
L'Instruction technique DGAL/SDQSPV/2020-213 du 30/03/2020, "Conséquence de la crise du Covid-19 - Mission relative à la santé des végétaux dont la continuité doit être assurée", montre la capacité des autorités à adapter le cadre réglementaire et les procédures en période de crise, afin de garantir la continuité des activités essentielles liées à la santé des végétaux et des semences.
De même, la "Question écrite N° 29067 de M. Jean-Claude Bouchet (Les Républicains - Vaucluse) au ministère de l’Économie et des finances - Horticulture - crise sanitaire" à l'Assemblée nationale, et sa réponse, illustrent la préoccupation des élus pour soutenir les filières agricoles face aux difficultés économiques.
Perspectives d'avenir pour les semences forestières
Face aux défis croissants du changement climatique, la recherche et l'innovation dans le domaine des semences forestières sont plus que jamais essentielles.
Le rôle de la recherche et de l'expérimentation
Les expérimentations, comme celles menées à Chantilly avec des espèces adaptées à des latitudes plus chaudes, sont cruciales pour identifier les variétés d'arbres les plus résistantes et les mieux adaptées aux conditions climatiques futures. La sélection de semences issues d'arbres ayant démontré une résilience particulière face à la sécheresse ou aux maladies est une stratégie clé.
La préservation de la diversité génétique
La diversité génétique est un capital précieux pour la résilience des forêts. Les catalogues de variétés, les banques de gènes et les programmes de conservation des ressources génétiques végétales sont autant d'outils indispensables pour sauvegarder cette diversité. L'objectif est de disposer d'un large éventail de gènes pour permettre aux forêts de s'adapter aux changements environnementaux imprévus.
L'implication des acteurs locaux et des citoyens
La gestion durable des forêts et des semences forestières ne peut se faire sans l'implication de tous les acteurs : professionnels de la forêt, chercheurs, législateurs, mais aussi citoyens et associations. Le travail d'explication et de sensibilisation, comme celui mené par Pierre Bouillon, est fondamental pour créer une compréhension commune des enjeux et mobiliser les énergies autour de la préservation de ce patrimoine naturel essentiel.

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