Le Hourdage en Terre Argileuse : Une Technique Ancestrale et Durable

Mur en pierre hourdée avec mortier de terre

Lorsqu'il est question de travaux de maçonnerie, l'esprit se tourne souvent vers la construction de murs ou la réalisation de fondations. Pourtant, le domaine de la maçonnerie est vaste et inclut des techniques variées, parmi lesquelles le hourdage est une pratique courante et ancestrale. Cette opération essentielle consiste à remplir les intervalles d'un pan de façade, d'un plancher ou encore de solives. Il s'agit d'une méthode fondamentale pour solidariser l'ensemble de la construction et isoler l'habitation. Pour ce faire, les interstices d'un mur extérieur, d'un plancher en bois, d'une armature en fer ou en ciment sont comblés grâce à un mortier spécifique. La pierre hourdée, notamment avec l'utilisation de terre argileuse, est une technique qui conjugue solidité, esthétisme et durabilité, répondant aux défis architecturaux à travers les âges.

Les Fondements du Hourdage : Liants et Matériaux

Le hourdage, en tant que technique de maçonnerie, requiert une sélection rigoureuse des matériaux, choisis principalement en fonction de leur pouvoir liant. Parmi les options disponibles, on retrouve le plâtre, l'argile, la terre, le torchis, la chaux, la paille ou le foin, ainsi que la bauge. Le choix du liant le plus approprié pour une structure donnée est une décision cruciale qui devrait idéalement être prise en sollicitant l'avis d'un maçon professionnel, car il doit s'adapter aux caractéristiques spécifiques de la construction et de son environnement. La mise en œuvre du hourdage se manifeste par la superposition de fines couches de ces matériaux.

La Préparation du Mortier de Hourdage

La préparation d'un mortier de hourdage exige une grande précision, surtout lorsque ce mortier doit jouer le rôle de « liant ». Sa fabrication doit respecter des règles strictes pour garantir son efficacité. Le mortier est généralement élaboré à base d'agrégats, le plus souvent du sable, et se présente sous la forme d'une pâte très consistante. À ces éléments s'ajoute le liant, qui peut inclure de la chaux (naturelle ou artificielle) et du ciment. Après avoir rassemblé ces matières, une pelle ou une bétonneuse est utilisée pour les mélanger avec de l'eau. Le mortier doit acquérir une structure pâteuse. Pour obtenir un résultat optimal, une forte dose de liant est habituellement employée, mais son dosage doit être ajusté en fonction du type de construction. Par exemple, pour la restauration d'une maison ancienne, l'utilisation d'un produit à la fois naturel et doté d'une bonne résistance est préconisée, afin de mieux isoler, protéger sa façade et lui conférer un aspect esthétique agréable.

Gâcher Du Mortier à la Chaux | Bricolage

Le rôle du mortier de hourdage dépasse la simple esthétique. Il optimise l'étanchéité à l'eau et à l'air du mur et garantit la stabilité de la structure en liant les éléments entre eux. Pour que ces fonctions soient pleinement remplies, il est impératif d'adapter la nature du mortier aux caractéristiques de la construction et d'employer la bonne dose de matériaux.

L'Évolution des Matériaux de Construction et du Hourdage

Au fil des siècles, l'homme a toujours cherché à s'abriter et à construire des structures durables, en utilisant les matériaux disponibles à proximité. Cette quête a mené à l'évolution de diverses techniques de construction et à l'exploitation de ressources naturelles variées.

Le Bois : De la Cabane au Pan de Bois

Dès qu'il est sorti de sa caverne, l'homme a utilisé le bois pour s'abriter en fabriquant des cabanes de branchages. L'histoire architecturale montre des exemples de l'emploi du bois dans la construction depuis l'Antiquité romaine, et en France, cette technique a été courante du Haut Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle. Certaines administrations locales françaises ont même limité l'emploi du bois, obligeant à construire en pierre ou en briques dans certaines villes. Cependant, dans des régions comme le Jura, les constructions en bois sont restées très présentes.

La maison dite "en colombage" ou "en pan de bois" est caractérisée par une ossature de bois faite de sablières, de poteaux et de tournisses (bois horizontaux, verticaux et obliques), dont les intervalles sont remplis par un "hourdage". Ce hourdage forme les murs, remplissant un rôle de remplissage et de raidisseur. Dès le XVIIe siècle et durant tout le XIXe siècle, les façades des maisons à pans de bois étaient souvent plâtrées pour leur donner un aspect plus luxueux et moderne. Aujourd'hui, le bois connaît un regain d'intérêt, répondant à une tendance plus écologique. Les techniques de construction en bois se sont considérablement modernisées, et le bois a gagné d'importantes parts de marché par rapport aux autres matériaux de construction.

La Brique : Un Matériau Millénaire

Anciennes briques en terre crue et cuite

Le mot "brique" est issu du mot flamand « brik », qui désigne un morceau. En franco-provençal et en Suisse romande, on parle aussi de carron. Les premières briques datent de 7500 ans avant J.-C., avec des découvertes à Jéricho, au Moyen-Orient. Appelé également « Adobe », ce matériau permettait, et permet encore aujourd'hui, de monter des habitations ou des monuments. La brique crue est faite de terre et/ou de limon mélangé à d'autres matériaux. Le mélange est ensuite pressé dans des moules en bois pour uniformiser les formes. En comprimant fortement la brique, on peut extraire une quantité significative d'eau, ce qui accélère le temps de séchage et augmente sa solidité. La composition de la brique en terre crue varie selon l'endroit de fabrication en fonction des matériaux présents sur place, d'où des dénominations différentes. Pour la protéger, il est nécessaire de l'enduire ou de la recouvrir d'un mortier spécialement conçu.

Les briques artisanales en terre cuite sont fabriquées à partir d'argile, ce qui en fait une céramique, au même titre que la faïence, le grès et la porcelaine. Les premières briques en terre cuite ont été confectionnées dès le 3ème millénaire avant J.-C. Elles étaient pleines et ont permis la construction d'immeubles de grandes dimensions. La ville de Toulouse, surnommée la "ville rose", a été en grande partie réalisée en terre cuite, et l'on trouve dans ses environs des villages entièrement bâtis en briques rouges. Traditionnellement, l'argile était extraite en hiver, puis broyée et malaxée à même le sol, souvent naturellement par le passage du bétail, jusqu'à obtenir une pâte homogène et malléable. Après quelques jours, ces briques acquéraient une certaine résistance mécanique et étaient empilées en petits murets d'environ 1 mètre. Lorsque la quantité suffisante était atteinte, on passait à la cuisson, en construisant sur place un four périodique à l'aide de briques réfractaires.

La Pierre : Une Tradition Ancrée

Mur en pierre sèche et mur en moellons

La pierre est encore aujourd'hui le matériau prédominant dans des régions comme le Jura pour la construction, bien que la construction de maisons entièrement en pierre soit devenue rare. Les constructions en pierre représentent toujours plus de 60 % des habitations dans ces régions.

La maçonnerie à pierres sèches, ou à sec, consiste à poser des pierres brutes ou ébauchées sans recourir à un mortier ou un liant. Dans les régions jurassiennes, cette technique concernait avant tout les murets présents sur les pâturages, certains à parement simple (une couche de pierres empilées) ou à double parement. La maçonnerie à pierres sèches a également été utilisée pour la construction de cabanes de bergers ou d'abris pour le matériel, mais la plupart de ces constructions jurassiennes ont malheureusement disparu.

La maçonnerie à pierres de taille, comme son nom l'indique, implique l'utilisation de pierres préalablement choisies et taillées pour un assemblage précis, avec ou sans liant. Dans les régions jurassiennes, les carrières capables de produire de la pierre de taille n'étaient pas nombreuses. Cette technique ancestrale, déjà employée par les Romains, a progressivement décliné à partir du milieu du XIXe siècle avec l'apparition de la brique industrielle. La commercialisation à grande échelle du béton, puis du béton armé, a finalement porté le coup de grâce aux murs en moellons, qui étaient jusque-là en concurrence avec la brique.

Il existe des constructions entièrement réalisées en moellons, mais souvent, surtout à partir du milieu du XIXe siècle, le type de construction est mixte, mélangeant pierres de taille et moellons. Les pierres de taille sont alors utilisées pour les fondations contre terre, pour les façades exposées aux intempéries, ainsi que pour les encadrements (fenêtres et portes) et les chaînes d'angles. Le mur de façade en moellons a une base d'environ 70 cm d'épaisseur lorsqu'il prend assise sur le terrain, cette largeur décroissant en s'élevant. Les moellons sont empilés de manière à minimiser les espaces, et des éclats de roche sont insérés pour caler les blocs entre eux. Les parties les plus régulières et plates des blocs sont orientées vers l'extérieur des murs, formant les "parements". L'intérieur est comblé par différents matériaux, comme des cailloux ou des rejets de taille, formant le "fourrage". Des pierres transversales, appelées "boutisses" et "parpaignes" lorsqu'elles traversent toute l'épaisseur du mur, sont placées de temps en temps pour rigidifier l'ensemble. Le tout est lié par un mortier abondant à la chaux. Cette description correspond à la technique employée dans les régions jurassiennes, mais les variantes sont multiples selon les régions. L'aspect du mur fini varie beaucoup en fonction des moellons utilisés (blocs bruts, galets, pierres équarries, dalles nacrées, etc.). Les murs étant érigés avec les matériaux disponibles à proximité, leur apparence diffère énormément d'une région à l'autre.

Le Métal et le Verre : Modernité et Esthétisme

Pont métallique et façade vitrée

Si le métal est de plus en plus utilisé dans la construction (structures acier, revêtements aluminium) principalement pour des hangars et des entreprises de nos jours, il n'en était pas de même au début du siècle passé. Le métal a plutôt été employé pour la réalisation d'ouvrages d'art, principalement des ponts. Le verre est également souvent utilisé lors de la réfection d'immeubles anciens, apportant une touche de modernité et de luminosité.

La Chaux : Un Liant Naturel aux Vertus Redécouvertes

Selon la définition de Wikipédia, la chaux est une matière généralement poudreuse et de couleur blanche, obtenue par décomposition thermique du calcaire. Les Romains l'ont largement employée pour des réalisations majeures telles que des aqueducs, des amphithéâtres, des ponts. L'origine exacte de la découverte de la chaux n'est pas précisément connue. On obtient de la « chaux vive » par cuisson du calcaire. Il faut ensuite précipiter ce produit dans de l'eau pour le réduire en poudre et obtenir de la « chaux éteinte ».

On peut imaginer que l'homme de la Préhistoire a découvert la chaux en maîtrisant le feu. Les pierres calcaires qui entouraient les foyers brûlaient et se décarbonataient, donnant de la chaux vive. Puis, la pluie tombant sur les foyers transformait la chaux vive ainsi hydratée en chaux éteinte. Les fours à chaux de cette époque étaient ensuite démontés pour être reconstruits ailleurs, en fonction des besoins de construction futurs, ce qui explique le manque de vestiges d'anciens fours à chaux. Heureusement, le « très peu » de vestiges a permis à certains passionnés des anciennes traditions de redécouvrir la conception d'un four à chaux.

La chaux est donc un ciment naturel. En voie de disparition au milieu du siècle dernier, elle connaît un regain d'intérêt depuis une quarantaine d'années grâce à une qualité essentielle que le ciment artificiel n'a pas : sa perméabilité. En effet, le ciment est incompatible avec la maçonnerie de bâtis anciens en moellons et pierres de taille. Le ciment, étant un matériau rigide et imperméable à l'air, ne convient pas à une maçonnerie traditionnelle qui nécessite souplesse et perméabilité à l'air. Cette perméabilité permet à une maçonnerie de s'assécher, ce qui est également vrai pour les crépis. Il est important de noter que les lieux-dits « CHAUX » (tels que La Chaux-de-Fonds, La Chaux du Milieu, La Chaux d’Abel, La Chaux ou simplement Chaux) n'ont rien à voir avec le matériau. Ces noms correspondent généralement à un terrain de piètre qualité.

La Maçonnerie en Pierre Hourdée : Un Savoir-Faire Perpétué

La maçonnerie en pierre hourdée est une technique ancestrale de construction où des pierres naturelles sont assemblées avec un mortier, généralement à base de chaux ou de terre, pour créer des structures solides et esthétiques. Contrairement à la maçonnerie en pierre sèche, où les pierres sont empilées sans liant, le hourdage apporte une meilleure solidité et étanchéité.

La Pierre Hourdée en Bretagne : Un Exemple Concret

Maison bretonne en pierre hourdée

En Bretagne, la pierre est un matériau incontournable. Les murs en pierre hourdée sont emblématiques des petits villages et des campagnes bretonnes, où l'on trouve des habitations, des murs de jardin et des bâtiments agricoles construits avec cette technique. Les constructions en pierre hourdée bretonnes sont spécifiquement conçues pour résister aux vents marins et aux pluies fréquentes. Leur épaisseur et leur solidité offrent une protection efficace contre le froid et l'humidité, tout en garantissant une bonne isolation.

Le choix des matériaux est primordial en maçonnerie en pierre hourdée. Les pierres varient en fonction des régions, conférant à chaque bâtiment son charme unique. Le mortier, quant à lui, est l'élément qui lie les pierres entre elles. Le mortier de chaux est idéal pour les murs qui nécessitent de respirer, car la chaux permet la migration de la vapeur d'eau vers l'extérieur, prévenant ainsi les problèmes d'humidité. Elle est également souple, s'adaptant aux mouvements naturels du terrain.

L'Importance du Rejointoiement

Le rejointoiement est la finition des joints entre les pierres, une étape essentielle pour garantir l'étanchéité et la stabilité de la maçonnerie. Des joints bien exécutés empêchent l'eau de s'infiltrer, limitant ainsi les risques de fissuration ou de dégradation des murs. En Bretagne, où l'humidité est fréquente, un rejointoiement de qualité est indispensable pour assurer la durabilité des ouvrages en pierre.

Les Étapes de la Maçonnerie en Pierre Hourdée

La maçonnerie en pierre hourdée requiert un savoir-faire spécifique. Avant de poser la première pierre, il est primordial de préparer une fondation solide. Cela implique souvent la création d'une tranchée et le compactage du sol pour prévenir les affaissements et les fissures. Les pierres sont ensuite posées en rangées horizontales, avec des joints décalés pour une répartition optimale des charges. L'épaisseur des joints peut varier entre 1 et 3 cm, en fonction du style et du type de pierre. Une fois toutes les pierres posées, l'étape du rejointoiement intervient, consistant à remplir et lisser les joints pour assurer l'étanchéité et l'esthétique du mur.

Gâcher Du Mortier à la Chaux | Bricolage

Aujourd'hui, des entreprises comme Dano à Vannes continuent de former des apprentis à la maçonnerie en pierre hourdée, notamment sur les chantiers de restauration de bâtiments historiques. Ces formations permettent aux jeunes de découvrir toutes les techniques de manipulation des pierres et du mortier dans le respect des méthodes traditionnelles. La maçonnerie en pierre hourdée est un art de bâtir des murs durables, esthétiques et profondément ancrés dans la tradition. Que ce soit pour la rénovation d'un bâtiment ancien ou pour des constructions plus modernes et écologiques, cette technique a un avenir prometteur, car elle répond aux besoins actuels de durabilité et d'intégration harmonieuse dans le paysage.

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