L'élevage et la récolte des pigeonneaux : Un art entre tradition et innovation

Pigeons dans une volière

Le pigeonneau, délicat et apprécié pour sa chair fine, est le fruit d'un élevage qui marie habilement respect des rythmes naturels et techniques modernes. L'attention portée à son environnement et à son alimentation dès les premiers jours est primordiale pour garantir la qualité gustative de sa viande. Contrairement à de nombreuses autres volailles, le pigeonneau bénéficie d'une éducation parentale intégrale, une pratique qui souligne l'aspect traditionnel de cet élevage.

Un développement naturel et un soutien parental essentiel

L'éclosion des œufs de pigeon marque le début d'un processus de croissance rapide et autonome, entièrement orchestré par les parents. Après une incubation naturelle de dix-huit jours, les deux œufs éclosent simultanément, donnant naissance à des pigeonneaux qui sont immédiatement pris en charge. Dès le premier jour, ces jeunes sont nourris avec le "Lait de jabot", une substance étonnante produite directement par les parents. Ce lait est exceptionnellement riche en protéines, lipides, vitamines et sels minéraux, éléments essentiels qui favorisent une croissance fulgurante pendant les dix premiers jours de leur vie.

Pigeon nourrissant son pigeonneau avec du lait de jabot

À partir du dixième jour, l'alimentation des pigeonneaux évolue progressivement. Ils commencent à consommer des céréales prédigérées par les parents, puis des céréales entières à partir du vingtième jour. Ce régime est toujours distribué avec soin par les parents, ce qui élimine toute intervention humaine directe dans le processus de nourrissage initial. Cette méthode d'élevage, ancrée dans le respect des règles naturelles et du bien-être animal, est véritablement traditionnelle. Elle assure aux pigeonneaux un développement harmonieux et renforce leur lien avec leurs géniteurs. Les premiers jours suivant l'éclosion, les pigeonneaux absorbent du lait de pigeon produit dans le jabot de leurs parents. Le lait de jabot est riche en protéines, lipides et nutriments essentiels pour la croissance des jeunes. Progressivement, les adultes commencent à mélanger le lait de pigeon avec des graines partiellement digérées, et la nourriture se solidifie à mesure que les pigeonneaux grandissent.

Si un bébé pigeon doit être nourri sans ses parents, il est possible de recréer le lait de jabot en utilisant une préparation spéciale pour jeunes oiseaux disponible en animalerie. Il est également possible de le fabriquer soi-même en confectionnant une bouillie tiède à base de poudre pour oisillons proposée dans le commerce, en suivant attentivement les instructions. Il est crucial d'éviter le lait de vache, car les pigeons ne le digèrent pas. Si le pigeonneau est très jeune, il faudra le nourrir à l’aide d’une seringue (sans aiguille) en injectant la bouillie lentement dans le bec. À mesure qu’il grandit, il peut apprendre à manger dans une cuillère ou une coupelle.

Les races de pigeons : Une diversité adaptée à chaque usage

Bien que n'importe quelle race de pigeon puisse potentiellement donner un pigeonneau apte à la consommation, toutes ne possèdent pas les mêmes dispositions morphologiques ni les mêmes aptitudes à la reproduction ou à la production de viande. La diversité des pigeons est vaste, et chaque race a été sélectionnée au fil du temps pour des caractéristiques spécifiques.

Certains pigeons, comme les pigeons voyageurs (colombophilie), sont élevés pour leurs capacités de vol exceptionnelles lors des courses. L'espèce Columba livia domestica est la plus utilisée pour ces compétitions. Il s'agit d'une variété domestiquée issue du pigeon biset, sélectionnée depuis des siècles pour ses capacités exceptionnelles d'orientation et d'endurance. D'autres races, comme les pigeons d'ornement, sont appréciées pour leurs caractéristiques de plumage et sont présentées lors de concours de beauté. La race queue de paon, connue pour sa queue en éventail, est souvent présentée dans les expositions et concours de beauté. Le mondain, quant à lui, est un gros pigeon apprécié pour sa posture élégante. Le capucin se reconnaît à son plumage particulier autour de la tête, qui lui donne une apparence "encapuchonnée".

Pigeon voyageur en vol

Pour produire un pigeonneau de qualité destiné à la consommation, il est nécessaire de se tourner vers des races spécifiques, désignées comme les "races de pigeons de chair". Le consommateur ou le restaurateur recherche avant tout une viande fine, tendre, avec des filets charnus et d'excellentes qualités gustatives, plutôt qu'un pigeon athlétique ou une reine de beauté. Historiquement, les premiers pigeons de chair sont américains et datent du début des années 50. C'est à cette époque qu'EUROPIGEON est né, proposant une gamme de produits spécifiques et adaptés au marché en France et à l'exportation. Les souches proposées par le sélectionneur sont des croisements en perpétuelle évolution, comme les lignées appelées MIRTHYS, conçues pour optimiser les qualités bouchères.

L'élevage en volière : Un environnement optimisé

L'élevage des pigeons, particulièrement pour la production de pigeonneaux de chair, se caractérise par des pratiques qui favorisent leur bien-être et leur développement naturel. Les pigeons sont élevés en couple et sont monogames, ce qui facilite l'organisation de l'élevage. Ils résident dans de grandes volières, appelées Parquets, où ils bénéficient d'une semi-liberté.

Ces volières sont conçues pour offrir un espace de vie optimal :

  • Volume et densité: Un volume d'environ 30 m³ est alloué pour 25 à 30 couples, garantissant une faible densité et un confort suffisant pour que les animaux puissent voler et vivre librement.
  • Alimentation: Une mangeoire est mise à disposition, où les céréales (maïs, blé) et les légumineuses (pois) sont offertes en graines entières et à volonté tout au long de l'année. Un complément protéique sous forme de granulés peut être apporté pour garantir la couverture des besoins en acides aminés de qualité. Les pigeons d'élevage sont généralement nourris deux fois par jour, le matin et en fin d'après-midi. Pendant la saison de reproduction ou de compétition, certains éleveurs ajustent les rations pour fournir plus d’énergie ou de protéines, ou ajoutent des compléments alimentaires, sans forcément augmenter le nombre de repas.
  • Nidification: Des nids, appelés Pondoirs, sont installés de manière à ce que chaque couple dispose de son propre lieu de nidification individuel. De la paille de qualité est également mise à disposition pour que le couple puisse construire son nid lui-même.
  • Hydratation: Des abreuvoirs sous forme de pipettes garantissent une qualité d'eau irréprochable et constante.
  • Apports minéraux: Du grit minéral et des coquilles d'huîtres broyées sont fournis pour assurer un apport de calcium naturel, essentiel à la croissance (notamment pour la production du lait de jabot) et à la formation de la coquille de leurs œufs.
  • Hygiène et protection: Un nettoyage régulier des volières et des nids est effectué pour garantir l'hygiène et le confort des oiseaux. Les bâtiments sont confortables, bien ventilés et protégés des rongeurs et autres nuisibles, assurant ainsi la sécurité des animaux.

La volonté de chaque éleveur est de donner à ses animaux les conditions les plus naturelles possibles tout en les protégeant. Cette approche permet aux pigeons de vivre dans un environnement sain et stimulant, propice à une reproduction efficace et à la production de pigeonneaux de qualité. La maturité sexuelle du pigeon se situe entre cinq et sept mois. La femelle du pigeon peut avoir trois à six portées de deux œufs chacune par an. C'est un oiseau sédentaire, et les tâches sont partagées au sein du couple : le pigeon mâle rapporte les matériaux, tandis que le pigeon femelle construit le nid.

L'alimentation : Clé de la santé et de la performance des pigeons

L’alimentation d’un pigeon d’élevage est cruciale car elle influe directement sur sa santé, ses performances, sa reproduction et même sa longévité. Une alimentation équilibrée fournit les nutriments essentiels (protéines, glucides, lipides, vitamines et minéraux) nécessaires au développement musculaire, au renforcement des os et à la vitalité générale de l’oiseau.

Pour les pigeons voyageurs, une nourriture riche en grains et graines oléagineuses est nécessaire lors des vols sur de longues distances. Une bonne alimentation est également essentielle pour les pigeons reproducteurs, car elle garantit des œufs robustes et des oisillons plus vigoureux. Certains nutriments, comme les vitamines (en particulier la vitamine A, D et E) et les minéraux (calcium, phosphore, magnésium), jouent un rôle crucial dans la prévention des maladies et le maintien de la beauté du plumage.

Les oiseaux granivores, comme les pigeons, ont également besoin de manger des protéines d’origine animale. Des protéines sont indispensables pour leur croissance et leur système immunitaire. Des suppléments minéraux (calcium, phosphore, magnésium) et des vitamines (A, B complexes, C, D, E, F et K) sont particulièrement indiqués lors de périodes plus exigeantes telles que les concours, les phases de croissance, la fécondité, la mue, etc. Les besoins alimentaires varient selon les saisons, surtout pour les pigeons voyageurs.

L'équilibre alimentaire

Le pigeon sauvage, quant à lui, est une espèce opportuniste qui façonne son régime alimentaire en fonction de son environnement. Graines, céréales, fruits, insectes, miettes de pain et autres déchets produits par l’homme, le colombidé compose son menu selon qu’il évolue en ville ou à la campagne. À la campagne, les graines de plantes sauvages (pissenlit, l’amarante et diverses herbes) constituent aussi une source importante de nourriture. Les pigeons consomment également des fruits (mûres, framboises, myrtilles) et des baies (de sureau, de sorbier, de genévrier). Les graines et céréales telles que le blé, l'avoine, le maïs, le sorgho, l'orge, les lentilles, le riz, le lin, les caroubes, le sésame, le millet, les pois et les graines de tournesol sont des éléments clés de leur régime alimentaire.

La gestion des populations de pigeons en milieu urbain

Les pigeons sont nombreux en ville, parfois trop nombreux selon certains. En effet, lorsque les populations sont trop conséquentes, un grand nombre de pigeons sont sujets aux maladies. En ville, les prédateurs naturels comme les rapaces sont rares, voire inexistants, ce qui contribue à la prolifération des populations.

Pour réguler la reproduction des pigeons en milieu urbain, des solutions sont mises en place, comme l'installation de pigeonniers. Quatre pigeonniers sont installés dans certaines villes dans le but de réguler la reproduction des pigeons par stérilisation des œufs. Ces pigeonniers sont régulièrement entretenus et suivis pour assurer leur efficacité.

Le pigeon biset (Columba livia) est l’espèce la plus courante dans les villes françaises. Le pigeon ramier (Columba palumbus), aussi appelé palombe, est plus grand que le pigeon biset et se reconnaît à sa tache blanche sur le cou et ses barres blanches sur les ailes. Ses habitudes alimentaires opportunistes lui permettent de s’adapter aux ressources disponibles dans son habitat, qu'il s'agisse de graines, de céréales, de fruits ou de déchets humains.

Études écologiques et suivi des populations migratrices

L'étude de l'origine géographique des espèces ou des populations animales a longtemps reposé sur des techniques de marquage et/ou de baguage. Cependant, ces méthodes présentent des contraintes, notamment la nécessité de ré-observer les individus marqués et les limitations dues à la taille et aux matériaux des marques. Plus récemment, l'utilisation d'émetteurs VHF et de balises de type Argos a permis d'obtenir des résultats très précis, mais leur coût et leurs contraintes techniques restent un frein.

Carte de la variation du ratio isotopique du deutérium en Europe

Une avancée significative dans ce domaine est l'utilisation de certains tissus ou molécules dont les caractéristiques chimiques peuvent véhiculer des informations sur l'origine géographique d'un individu. L'analyse des isotopes stables exploite la propriété des tissus vivants de fixer intrinsèquement des informations relatives au régime alimentaire et, par extension, à la provenance géographique des aliments. Les atomes, quelle que soit leur nature, sont présents dans le milieu sous différentes formes appelées isotopes, se distinguant par un nombre spécifique de neutrons (comme le Carbone 13 ou 14). Lorsqu'un organisme se nourrit, il alloue une partie des nutriments et des atomes ingérés à l'élaboration ou à la restauration de ses tissus (plumes, os, muscles, globules sanguins, etc.). Ces tissus intègrent alors, pour un atome donné, le même ratio isotopique que celui contenu dans le milieu où l'organisme s'est nourri (végétaux, eau, etc.).

Ces dernières années, plusieurs études sur le continent américain ont utilisé la mesure du ratio isotopique de l'hydrogène stable (estimation de la proportion de Deutérium) dans les plumes d'oiseaux pour identifier la position géographique de sites clés, tels que les sites de nidification, d'hivernage ou de halte migratoire. Le ratio isotopique de l'hydrogène stable contenu dans les précipitations présente l'avantage de varier selon un large gradient, à l'échelle du continent, le long d'un axe sud-ouest - nord-est. Lorsque les oiseaux muent, ils incorporent dans les nouvelles plumes la signature isotopique locale au moment même où les plumes sont fabriquées. Les plumes étant par la suite un matériel inerte, cette signature n'évolue plus.

À l'échelle du Paléarctique occidental, une problématique commune se pose pour un grand nombre d'espèces migratrices, particulièrement pour les espèces chassées, où un impératif de gestion est fort : les données écologiques, bien que suffisantes au rang de l'espèce, sont souvent partielles voire absentes au niveau des populations. Il est crucial de connaître les sites de halte migratoire et d'hivernage de chaque population, ainsi que les zones de reproduction en Europe. Ces questions en entraînent d'autres : les différentes populations d'une même espèce sont-elles spatialement "imbriquées" à un moment ou un autre de leur cycle biologique ? L'utilisation de l'espace au cours du cycle biologique est-elle rigide ou susceptible de varier d'une saison à l'autre, par exemple en fonction des fluctuations climatiques ou de la disponibilité des ressources alimentaires ?

L'O.N.C.F.S. (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) a manifesté un grand intérêt pour l'utilisation de cet outil, car l'avifaune migratrice (anatidés, limicoles, colombidés, turdidés) tient une place de choix dans la chasse française. En période de chasse, la France héberge un "mélange" de populations de ces espèces, se distinguant entre autres par leurs caractéristiques migratoires (sédentaires, de passage, hivernant). Or, bien que les statuts de conservation de ces populations puissent être très divergents, la répartition spatiale de ces populations sur le territoire français au cours de la migration puis de l'hivernage reste mal connue.

Dans ce cadre, des contacts ont été établis entre l'O.N.C.F.S. et le Service Canadien de la Faune Sauvage pour développer une collaboration sur cette problématique. Côté canadien, le Dr. Keith Hobson, de l'université du Saskatchewan, a été l'un des précurseurs quant à l'utilisation des signatures isotopiques comme traceur géographique dans les tissus d'organismes. Aucune étude de ce type n'ayant été développée en Europe, il était nécessaire dans un premier temps de valider que, à l'échelle européenne, les plumes reflétaient correctement les ratios isotopiques présents dans le milieu. L'analyse s'est concentrée sur le Deutérium, un isotope qui, en zone terrestre, s'est avéré le plus discriminant sur le continent nord-américain.

Pour cela, il a fallu comparer la signature isotopique mesurée dans les plumes avec celles obtenues dans des échantillons d'eau de pluie collectés sur l'ensemble de l'Europe pour les besoins d'une base mondiale de données météorologiques. Le rôle de l'O.N.C.F.S. a été de définir un plan d'échantillonnage des plumes réparti de manière la plus homogène possible sur l'ensemble du continent. Les contraintes quant au type de matériel à collecter étaient fortes, car il fallait être certain que les plumes collectées avaient été "fabriquées" dans un rayon de quelques kilomètres autour du site d'échantillonnage. Pour cela, il fallait privilégier le matériel obtenu sur des espèces sédentaires, terrestres, et si possible sur des juvéniles récemment émancipés.

Cette collecte a été menée à bien grâce à un réseau de bénévoles auxquels le protocole d'échantillonnage avait été détaillé. Après le tri des échantillons et l'exclusion de ceux qui ne répondaient pas aux critères requis, 141 individus appartenant à 25 espèces différentes, collectés sur 38 sites différents, ont ainsi pu être analysés par le Dr. Hobson et ses collègues. Les analyses ont mis en évidence (1) une forte variation à l'échelle continentale des signatures isotopiques des précipitations. Cette variation s'organise grossièrement selon un gradient le long d'un axe sud-ouest, nord-est (figure 1), analogue à celle observée sur le continent nord-américain. (2) une forte variation des signatures isotopiques du deutérium dans les plumes entre les différents sites. Enfin (3) une corrélation significative entre les signatures isotopiques des plumes et des échantillons d'eau de pluie (figure 2). En d'autres termes, 66% de la variance isotopique des plumes est expliquée par la variation isotopique observée dans l'eau de pluie. Cette valeur est plus faible que celle obtenue sur le continent nord-américain, probablement en raison du plus grand nombre d'espèces intégrées dans l'analyse en Europe.

Graphique de corrélation entre les signatures isotopiques des plumes et de l'eau de pluie

Cette phase de validation étant achevée, des questions plus ciblées peuvent maintenant être abordées. Dans un premier temps, le CNERA "Avifaune Migratrice" lance une étude sur la répartition en France des différentes populations de pigeons ramiers pendant l'hivernage, à travers les prélèvements effectués en période de chasse. Pour mémoire, et selon les données bibliographiques, la France accueille trois types de populations de cette espèce en automne-hiver : des sédentaires, des "moyens-migrants" originaires du sud de la Scandinavie, du Benelux, d'Allemagne de l'Ouest, et enfin des "longs migrants", originaires du nord de la Scandinavie, de Finlande et des provinces Baltes, d'Allemagne de l'est et de Suisse. L'objectif est d'abord de décrire le ratio de présence de ces différentes populations selon les grandes régions de prélèvement.

En filigrane se dessine une deuxième question, d'une actualité beaucoup plus brûlante : il est généralement admis que les effectifs d'oiseaux "longs migrants" ont décliné d'environ 60% au franchissement des Pyrénées. Les quelques comptages réalisés sur les sites d'hivernage ibériques confirment également un recul des effectifs. Si un consensus existe sur la réalité "mathématique" du déclin, l'explication du phénomène est en revanche soumise à un débat soutenu. Deux hypothèses sont confrontées : l'une soutient l'idée d'un déclin réel, par élimination physique des oiseaux due à une trop grande pression de chasse, l'autre soutient l'idée d'un déclin apparent, par modification des sites d'hivernage. Selon cette dernière théorie, les oiseaux ne passent plus les Pyrénées mais s'arrêtent avant, dans le sud-ouest de la France, suite au développement important de la maïsiculture dans cette région. Cette deuxième hypothèse fait face à un problème majeur : le nombre d'hivernants dans le sud-ouest (300 000 à 600 000 selon les années) est de très loin insuffisant pour compenser le déclin observé dans les cols pyrénéens. Mais pourquoi ne pas reconsidérer cette hypothèse à l'échelle du territoire national entier ? Ces études, menées avec des outils innovants comme l'analyse isotopique, sont essentielles pour une meilleure compréhension et gestion des populations de pigeons.

L'expérience d'un éleveur passionné : Ludovic Guillaume

L'élevage de pigeonneaux est bien plus qu'une activité agricole ; c'est souvent une passion, comme en témoigne le parcours de Ludovic Guillaume. Fasciné par les oiseaux dès son enfance, Ludovic a eu sa première volière avec des pigeons à l'âge de 12 ans, une passion qui ne l'a jamais quitté.

Après une première tentative d'élevage de grande envergure en rachetant un élevage de 1 000 couples à crédit en 2004, Ludovic a dû le revendre un an après suite à un grave problème familial. Il est alors devenu chauffeur-livreur chez un concessionnaire de matériel agricole. Cependant, son amour pour les pigeons l'a poussé à se relancer une dizaine d'années plus tard, en 2016, avec une approche plus prudente. Tout en conservant son emploi salarié pour minimiser le risque financier, il a créé son entreprise individuelle "Les pigeonneaux du Gâtinais" et construit un petit bâtiment d'une soixantaine de couples chez lui.

L'année 2019 a marqué un tournant. Après avoir pu racheter un terrain à côté de chez lui, Ludovic a démonté et remonté un ancien pigeonnier, et construit à côté un abattoir neuf de 80 m², qu'il a en grande partie monté lui-même. Cet investissement était inévitable, faute de pouvoir faire plumer à sec dans les abattoirs locaux. Il a bénéficié d'une aide régionale de 30 000 euros sur les 100 000 euros nécessaires.

En mars 2020, alors que Ludovic s'apprêtait à commander ses premiers couples au sélectionneur Europigeon, la pandémie de Covid-19 est survenue, le forçant à freiner ses projets. Aujourd'hui, le site des Pigeonneaux du Gâtinais (Ladon) comprend un abattoir CE, deux pigeonniers (600 couples) et un troisième bâtiment non terminé, ce qui est suffisant pour l'occuper à plein temps.

Les ventes de Ludovic progressent d'année en année : 5 000 euros en 2019, 20 000 euros en 2020 et 36 000 euros en 2021, bien que pas aussi vite qu'il le souhaiterait, car la production est moindre avec de vieux couples. Il tue en moyenne une centaine de pigeonneaux par semaine, au lieu de 120 avec de jeunes reproducteurs. Sa trésorerie est tendue, mais Ludovic commercialise 70 à 80 pigeonneaux par semaine et prévoit d'augmenter sa productivité avec le renouvellement en cours de plus de la moitié de son effectif de reproducteurs.

Ce qui le rend optimiste, c'est qu'il parvient à écouler sa production sans difficulté, la demande étant supérieure à l'offre. Ses pigeonneaux sont plumés à sec, finis à la cire et conservés pleins, ce qui leur assure une DLC (Date Limite de Consommation) de 15 jours. Issus d’une souche Europigeon très bien conformée, ils se vendent assez bien. Ayant développé ses ventes pendant la Covid, il n’a pas ressenti l’impact de la fermeture des restaurants comme d’autres éleveurs qui étaient en rythme de croisière.

Pigeonneaux d'une quinzaine de jours

Les pigeons de réforme, les pigeons non commercialisables ou proches de leur fin de DLC sont valorisés en pâté et confits. S'il lui reste des pigeonneaux, Ludovic les vend le dimanche matin sur des marchés de producteurs. Les invendus sous DLC sont congelés pour être commercialisés en fin d’année. Avec les pigeons de réforme et les pigeonneaux trop maigres ou abîmés à l’abattage, le producteur fait confectionner pâtés, rillettes et viande confite par une conserverie artisanale. "Rien n’est perdu et j’arrive à rentrer dans mes frais", souligne-t-il.

Malgré son emploi principal, Ludovic Guillaume est seul sur son élevage et ne parvient pas encore à franchir la prochaine étape de développement. Le point de blocage actuel est d’ordre personnel. L'aliment (graines et complémentaire) constitue le plus important poste de charges, à raison d’un kilo par couple et par semaine en moyenne. Son emploi du temps est bien rempli : le matin et le soir, il fait son tour d’élevage ; le mercredi après-midi, il collecte et abat les pigeonneaux (avec quatre personnes en appoint) ; le jeudi et le vendredi matin, voire le samedi, il livre ; le samedi, il s’occupe des couples ; le dimanche matin, il va au marché s'il lui reste de la marchandise. Résultat : "je n’ai pas le temps de me lancer dans l’achèvement du second bâtiment de 500 couples en remontage".

Comme il veut garder l’emploi lui procurant un revenu régulier, Ludovic a décidé de rester à 600 couples, en attendant de trouver une solution. "La solution radicale serait de revendre l’élevage… Je ne veux pas m’y résoudre, car je suis sûr que cette affaire a du potentiel." Ainsi, Ludovic a commandé 180 jeunes couples Myrthis Pie pour renouveler ses vieux couples, ce qui devrait faire remonter les volumes. Un bon couple chevauche ses cycles de production, en nourrissant d'un côté du double nid et en couvant de l'autre. L'histoire de Ludovic illustre parfaitement les défis et les joies de l'élevage de pigeonneaux, une activité exigeante mais gratifiante pour les passionnés.

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