Fleurir son trottoir : une démarche citoyenne pour des villes plus vertes

Trottoir fleuri en ville

L'urbanisation croissante a souvent transformé nos rues en des espaces monotones, dominés par le gris du bitume et du béton. Cependant, une tendance émergente permet aux citoyens de reprendre en main l'esthétique de leur environnement immédiat en végétalisant les trottoirs et les pieds de murs. Cette pratique, autrefois perçue comme une infraction, est désormais encouragée par de nombreuses municipalités, transformant nos villes en des lieux plus agréables, plus verts et plus accueillants.

Un cadre légal en évolution : du "formellement interdit" à "activement encouragé"

Il est normalement interdit d'investir l'espace public en y installant des plantes, car les trottoirs et l'espace public d'une manière générale sont considérés comme appartenant à tous. Théoriquement, on ne peut pas les occuper, par exemple en y installant des végétaux ou du matériel (pots). Cependant, cette rigidité réglementaire a évolué. Certaines communes conciliantes ferment les yeux sur ces initiatives, tandis que d'autres encouragent même cette pratique, à condition que les plantations ne gênent pas le passage des piétons et des poussettes, ou ne représentent aucun danger.

Panneau

Pour éviter tout désagrément et s'assurer d'être en conformité, il est toujours préférable de faire une demande d'autorisation auprès de la mairie. Cette démarche, souvent appelée "autorisation d'occupation temporaire du domaine public" ou "permis de végétaliser", permet de décrire le projet et, après quelques formalités administratives, d'obtenir le feu vert des autorités. Les services métropolitains vérifient systématiquement avant d'accorder le permis qu'il n'y a pas de réseaux enterrés qui longent la maison ou l'immeuble et empêchent la création d'une mini-fosse à planter. De plus, il est crucial de ne pas détruire les constructions communales pour les plantations : il est interdit d'enlever un pavé de rue, d'ôter un morceau de bitume ou de béton pour les remplacer par de la terre.

Les motivations derrière la végétalisation urbaine

Les raisons de fleurir son trottoir sont multiples et vont bien au-delà de la simple esthétique.

Embellissement du cadre de vie et lutte contre la monotonie urbaine

Du gris, du noir et encore du gris. La plupart de nos rues sont aujourd'hui monotones, voire un peu tristes parfois. Égayer sa rue et son trottoir en y plantant des végétaux et en y semant des fleurs transforme radicalement la physionomie des rues et génère des impacts insoupçonnés. Les plantes animent le trottoir, offrant aux piétons et aux cyclistes une expérience nouvelle de la ville, aussi bien visuelle qu'olfactive, en créant des cheminements agréables. Le fleurissement participatif permet aux habitants citoyens de s'approprier les espaces de proximité, et de changer notre regard sur les herbes folles qui poussent, çà et là, dans les fissures des trottoirs.

Amélioration de la biodiversité et de l'environnement urbain

En fleurissant le trottoir, les habitants participent, à leur échelle, à l'amélioration de la biodiversité en ville. Plus d'espaces végétalisés, c'est aussi plus d'insectes, plus de petits animaux, davantage de variétés d'espèces végétales et animales. Cette démarche s'inscrit dans un mouvement plus large de réintroduction de la nature en milieu urbain, pour un cadre de vie plus agréable et plus vert.

Lutte contre le réchauffement climatique et les îlots de chaleur

Les rues souvent très minérales peuvent devenir des îlots de chaleur lors des pics de température. La végétalisation des trottoirs contribue à rafraîchir les rues et à lutter contre le réchauffement climatique. Installer une végétation pérenne en lieu et place de surfaces minéralisées permet de réduire la diffusion de polluants à la source.

Une gestion "zéro phyto" des espaces publics

Depuis le 1er janvier 2019, les particuliers sont concernés par des restrictions d'usage et d'achat de produits phytosanitaires. Grâce à des initiatives comme la Convention « Trottoirs vivants », issue de projets tels que « Ma Métropole sans pesticide », la végétation spontanée retrouve sa place sur les espaces publics. Le fleurissement des trottoirs s'inscrit dans la stratégie de désherbage des collectivités qui ont décidé d'expérimenter cette approche pour diminuer les interventions humaines coûteuses et fastidieuses (arrachage manuel, binage, désherbage thermique). Des villes comme Rennes, Lyon, Lille, Versailles ou Paris ont mis en place une gestion « zéro phyto » de leurs espaces verts.

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Favoriser le lien social et l'engagement citoyen

Les micro-implantations florales sont souvent le résultat d'opérations de reconquête des rues menées à l'initiative des riverains, de petits groupes de militants, d'artistes et plasticiens, ou des conseils de quartiers prônant le jardinage autogéré pour sensibiliser les habitants sur la place accordée au végétal en ville. Ces actions mobilisatrices redonnent des capacités d'actions collectives aux riverains, elles créent des formes de lien social entre voisins. Offrir aux habitants la possibilité de jardiner, voire de cueillir leurs récoltes par exemple d'aromatiques ou de légumes, fait participer les habitants à l'embellissement et l'amélioration du cadre de vie de tous.

Initiatives municipales et programmes de soutien

Plusieurs villes françaises ont mis en place des dispositifs spécifiques pour accompagner les habitants dans leur projet de végétalisation.

Le "Permis de végétaliser" à Bordeaux

Le tout premier permis de végétaliser mis en place à Bordeaux s'adresse aux particuliers qui souhaitent planter ou fleurir autour de chez eux. La demande peut être déposée à titre individuel ou collectif (collectif de voisins, associations). Concrètement, le permis peut porter sur :

  • Le fait de semer des graines en pied de mur ou dans les fissures du sol.
  • Les plantations sur les trottoirs qui ne sont pas en bitume, au ras des murs des maisons, des immeubles ou des clôtures.
  • La création par le service de Bordeaux Métropole de mini-fosses à planter, c'est-à-dire des trous de 15 cm dans le trottoir devant une maison ou un immeuble.
  • L'installation et la plantation de jardinières sur les trottoirs ou sur la chaussée à la place d'emplacements de stationnement (pour des demandes collectives uniquement).

Les objectifs du permis de végétaliser à Bordeaux sont clairs : réintroduire la nature en milieu urbain pour un cadre de vie plus agréable et pour rafraîchir les rues, préserver et développer la biodiversité, offrir aux habitants la possibilité de jardiner et faire participer les Bordelais à l'embellissement de leur ville. À noter : le permis de végétaliser ne concerne que la voie publique, principalement les trottoirs ou pieds des façades des habitations et immeubles.

Les "Rues jardins" et "Trottoirs vivants"

Les rues jardins, ce sont des rues dont les trottoirs sont plantés densément, au pied des façades des habitations, toujours en gardant le passage nécessaire aux piétons et personnes en fauteuil roulant. Ici, le permis de végétaliser est systématique pour tous les habitants de la rue, les frais de carottage et les plantations sont pris en charge par la Mairie de quartier. L'entretien, lui, reste à la charge des riverains. La demande de création d'une rue jardin peut émaner du collectif d'habitants de la rue. Le projet peut aussi être porté par la mairie.

La Ville de Martignas-sur-Jalle offre, grâce à la Convention « Trottoirs vivants » et en partenariat avec Bordeaux Métropole, la possibilité aux habitants d'embellir le front de leur propriété. Dans ce cas, l'autorisation est donnée sans passage en commission. La Ville mettra à disposition du demandeur, selon son linéaire, de 1 à 5 sachets de graines de prairie fleurie. Des sachets de graines peuvent être offerts (dans la limite des stocks disponibles) en se présentant à l'accueil de l'hôtel de Ville, pour un semis direct dans les interstices du trottoir ou le long de la façade sans nécessité de creusement de fosse. La Ville s'engage également à suivre et conseiller les habitants dans cette démarche.

Carte des villes encourageant la végétalisation urbaine

"Ma rue est un jardin" à Nantes

La Ville de Nantes et Nantes Métropole proposent aux habitants de devenir les propres jardiniers de leur rue en débitumant le trottoir devant chez eux. Le dispositif "Ma rue est un jardin" permet de planter sur le trottoir après découpe de celui-ci, si l'instruction des réseaux enterrés et la largeur des trottoirs le permettent (1,40 mètre minimum doit être laissé pour le passage des poussettes et fauteuils roulants). Ce dispositif peut être sollicité par un collectif de riverains à tout moment. Les habitants de la métropole de Nantes peuvent recevoir gratuitement un sachet de graines de fleurs à semer pour colorer leurs rues.

Autres initiatives et labels

À Lyon et Villeurbanne, des rues sont désormais couvertes de micro-implantations florales. Dès 2006, l'opération dite des « Petits Brins zurbains » est lancée par l'association Brin d'Guill', librement inspirée des jardins communautaires de New York. La ville de Lyon met à disposition des habitants volontaires des fosses de plantation découpées dans l'enrobé le long des façades d'une rue, des pieds de palissade, des délaissés de voirie, et non sans avoir vérifié préalablement que la qualité du substrat et les réseaux enterrés sont compatibles avec le chevelu racinaire des fleurs de bitume. De plus, la ville de Lyon délivre des conseils, fournit des listes de plantes à privilégier selon la nature des sols, l'orientation des trottoirs (ombre, soleil), le port des plantes à l'âge adulte (grimpante, aromatique, vivace, annuelle, tapissante).

À Rennes, l'opération « Jardinons nos rues » permet également aux habitants de fleurir leur rue en végétalisant les façades, les trottoirs, les pieds d'arbres. Devant le succès de cette initiative et le nombre croissant de demandes des Rennais, la ville propose aux jardiniers bénévoles de signer une convention de gestion des jardins de rue au titre de la « végétalisation du domaine routier communal ». Les riverains entretiennent eux-mêmes les jardins de trottoir.

Ces jardins de rue sont labellisés et appelés « micro-implantations florales » à Lyon, « jardins linéaires » à Lille, « Embellissons nos murs » à Rennes, « Verdissez vos façades » à Strasbourg.

Que planter ou semer ? Conseils pratiques pour une végétalisation réussie

Que l'on vive à la campagne, dans un village ou en ville, on est parfois tenté de cultiver quelques plantes devant sa maison : jardin de trottoir, fleurissement du pied d'un mur. Une fois l'autorisation obtenue, le choix des espèces est crucial pour la réussite du projet.

Semis de fleurs annuelles ou vivaces

L'avantage des semis, c'est d'abord qu'ils se débrouillent tout seuls ! Quelques graines, un peu d'eau pour déclencher la levée, et hop, c'est quasiment gagné. Pas besoin de beaucoup de terre non plus, un interstice entre le pied du mur et le trottoir peut suffire à bon nombre de fleurs.

Exemples de fleurs adaptées aux semis en pied de mur ou dans les fissures du trottoir :

  • Annuelles : alysse, souci, bourrache, amarante, pavots de Californie et coquelicots, belle de nuit, belle de jour, capucine, ipomée. Les annuelles poussent vite et se ressèment souvent spontanément d'une année sur l'autre.
  • Vivaces : marguerites, rose trémière, valériane, sédums, erysimum, coquelourde, lin, népéta, monnaie du pape. Les vivaces ont l'avantage de s'installer pour plusieurs années.

Il est recommandé de regarder du côté des plantes de mur et des plantes de rocaille, qui offrent des idées d'espèces adaptées à différents sols ou expositions. On trouve également dans le commerce des mélanges de graines "spécial pied de mur".

Exemple de plantes à semer pour un trottoir fleuri

Planter des espèces résistantes et peu exigeantes

Pour les "vraies" plantations (plantes achetées en godet ou en conteneur, creusement d'un trou de plantation), il faut un peu plus d'espace, ou en tout cas un meilleur sol. En ville, le sol est souvent mauvais : peu d'humus, beaucoup de cailloux ou de sable, ce qui rend l'enracinement difficile pour les jeunes plants. À défaut de disposer de suffisamment de terre ou de pouvoir enrichir le sol de terreau ou de compost, il est possible de se rabattre sur la culture de plantes en pots (ou de planter directement dans des sacs de terreau préalablement percés pour le drainage).

Exemples de plantes et arbustes faciles à vivre et résistants :

  • Bergénia
  • Millepertuis
  • Graminées rustiques
  • Agastache
  • Ceratostigma
  • Fuchsia rustique
  • Sarcococca
  • Osmanthe
  • Buddleia
  • Chèvrefeuille
  • Althéa
  • Lavande
  • Cinéraire maritime
  • Vigne

Conseils importants :

  • Éviter d'installer sur la voie publique des contenants onéreux ou des végétaux recherchés, car ceux-ci risqueraient d'être volés.
  • Il ne faut pas oublier que certaines plantes supportent très mal les pipis de nos amis à quatre pattes ; il faut par expérience en tenir compte.

Techniques de semis et d'entretien

Dans un creux ou une faille du trottoir se cache toujours un peu de terre. Avec une lame de couteau, griffer un peu pour la décompacter et déposer 2 ou 3 graines seulement, à mélanger à la terre avec le couteau. Tasser bien juste après le semis avec la semelle de la chaussure et arroser délicatement, si possible en mode « pluie » pour que les graines ne sortent de leur lit dans des grands flots. Les jours de pluie, il n'y aura pas à arroser, mais dès qu'il fera sec, il faudra humidifier pour les aider à pousser. Les plantes mélangées donneront un effet de floraison non-stop. L'entretien, l'arrosage : les jardiniers sont responsables de leurs plantations.

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Impacts et bénéfices au-delà des attentes

Le développement de petits espaces végétalisés sur les trottoirs modifie radicalement la physionomie des rues et génère des impacts insoupçonnés. Dès lors que les trottoirs s'ornent de jardins de devant, de cours sur rue, de retraits d'alignements végétalisés, les ambiances, les échelles et les usages de la rue sont profondément modifiés.

Ces interventions se veulent une réponse pertinente face aux contraintes techniques et aux critiques récurrentes concernant la banalisation des espaces publics : d'une part, les espaces verts seraient trop standardisés et aseptisés ; d'autre part, les questions relatives à l'environnement, au bien-être et à la santé remettent en cause les modes d'entretien traditionnel.

Le fleurissement des trottoirs interpellent les services techniques des villes chargés de la propreté et de la voirie qui doivent régler leurs divergences et coordonner leurs modes d'intervention sur le bon usage de la rue : son état de propreté, la place du végétal à intégrer en pleine terre vis-à-vis des emprises imperméabilisées, la proportion de trottoir à réserver aux piétons et aux vélos par rapport aux autres modes de déplacements motorisés. On le voit, les micro-implantations florales font bouger les lignes de partage des trottoirs, notamment dans les domaines du réglage entre l'espace public et privé, créant des ambiances et des aménités inattendues.

Cédric Ansart et Emmanuel Boutefeu explorent une nouvelle manière d'aménager les trottoirs de nos villes par le développement de petits espaces végétalisés. Depuis quelques années, des fleurs et des plantes grimpantes font irruption sur les trottoirs et les pieds d'immeubles. Ce fleurissement résulte d'opérations de reconquête des rues menées à l'initiative des riverains.

Impact social de la végétalisation urbaine

Il est important de noter que le "risque de piqures" à propos des abeilles est souvent une idée reçue. Les abeilles ne piquent que si elles sont ennuyées et préfèrent butiner les fleurs. Ce sont les guêpes qui rôdent sur les aliments pendant les repas en plein air et piquent sans trop de raison. Rentrer dans des jachères fleuries pleines d'abeilles sans être piquée est une expérience courante, tandis que chasser brusquement les guêpes peut entraîner des piqûres.

La végétalisation des trottoirs est une démarche citoyenne qui permet de transformer le paysage urbain, de créer du lien social et de contribuer activement à un environnement plus sain et plus agréable pour tous. Il suffit de se renseigner auprès de sa mairie pour connaître les droits de fleurissement et les dispositifs d'accompagnement.

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