Depuis des siècles, le cheval est considéré comme un animal noble et intelligent par l’être humain. Cependant, la domestication et la gestion humaine des espaces de vie de l’équidé ont introduit des risques nouveaux, notamment celui de l’empoisonnement végétal. L’ingurgitation de plantes toxiques par les chevaux est d’autant plus délicate que ces animaux sont incapables de vomir, ce qui accentue les effets néfastes et empêche les remèdes vomitifs.

Les mécanismes de l’intoxication équine
L’idée courante selon laquelle tous les chevaux savent parfaitement trier les plantes qu’ils consomment est fausse. Si la plupart d’entre eux en sont effectivement capables, certains ne sélectionnent pas ce qu’ils mangent, surtout lorsqu’ils changent d’environnement ou font face à un stress environnemental. Un cheval ayant consommé une plante toxique pourra réagir très différemment selon son poids, le type et la quantité de plante ingérée. Les symptômes peuvent aller de l’absence de réaction à la mort subite.
Le danger dissimulé dans le fourrage
Qu’en est-il lorsque ces plantes sont données à manger par l’homme lui-même, en étant intégrées au fourrage de l’écurie ? Une fois coupées et séchées, elles deviennent plus difficiles à repérer par l’animal. Un fourrage qui contient des plantes toxiques est potentiellement plus dangereux que de l’herbe fraîche en contenant aussi. La perte en eau des végétaux entraîne une modification de leurs propriétés organoleptiques, les rendant plus appétents dans les fourrages que sur pied. Même pour les spécialistes, il est extrêmement compliqué, voire quasi impossible, d’identifier les végétaux présents dans le foin.
Facteurs aggravants et comportements à risque
L'augmentation des risques d’intoxication résulte de plusieurs facteurs : gestion parfois inadaptée des pâtures, accès à de nouveaux territoires, et surtout, les modifications du climat. La réduction d’usage des herbicides a permis de voir apparaître des plantes comme la nielle des blés ou le coquelicot. Parfois, par ignorance, la méconnaissance des espèces botaniques mène à des comportements inappropriés, comme le dépôt de déchets verts en bordure de pâture. De plus, voir une personne toucher ou arracher une plante peut susciter l’intérêt du cheval et l’inciter à y goûter.
Classification des plantes selon leur toxicité
Il existe différents niveaux de toxicité. Ce n’est pas parce que votre cheval ingurgite une plante nocive qu’il risque forcément la mort ; certaines variétés causeront des troubles digestifs temporaires sans réelle gravité.
Plantes à toxicité modérée ou troubles digestifs
Parmi les plantes faiblement toxiques, on trouve celles provoquant des coliques ou des diarrhées passagères en grandes quantités.
- La nielle des blés : sa faible présence minore le danger, mais elle reste préoccupante.
- Le trèfle des foins : sous son apparence inoffensive, il peut engendrer une trifoliose, couramment désignée sous le nom de maladie du gros foie, provoquant coliques et fourbure.
- La morelle noire : contient des alcaloïdes irritant les muqueuses et causant des diarrhées abondantes.

Plantes à toxicité sévère et mortelle
Certaines espèces exigent une vigilance absolue, car quelques grammes suffisent à causer des dommages irréversibles ou le décès.
- L’if à baies : l’ensemble de la plante est toxique, en particulier les feuilles. La consommation peut engendrer une mort foudroyante.
- La belladone : à partir de 10 grammes, le cheval endurera une paralysie progressive des muscles, puis les troubles s’étendront à l’organisme. 120 grammes suffisent à causer la mort.
- Le laurier-rose : il fait chuter la température du cheval, dilate les pupilles et provoque des troubles gastro-intestinaux menant à une paralysie du cœur.
- Le séneçon jacobée : dit herbe de Saint-Jacques, il entraîne une intoxication chronique causant des dommages irréversibles au foie.
- L’absinthe : quelques grammes suffisent à causer l’avortement d’une jument pleine.
- Le datura Stramoine : cette herbacée nocive provoque coliques, muqueuses asséchées et tachycardie.
Focus sur les risques liés aux arbres et arbustes
Qui dit intoxication ne signifie pas forcément qu’une herbe est responsable. Les arbres occupent une place prépondérante dans les risques.
- L’érable sycomore : les graines et les plantules (jeunes pousses) contiennent des toxines responsables de la myopathie atypique.
- Le chêne : les glands verts et les jeunes feuilles contiennent des tanins perturbant le tube digestif et les reins.
- Le robinier faux acacia : l’ensemble de la plante est toxique, spécifiquement l’écorce et les graines.
Nouvelle formation plantes toxiques
Prévention et gestion des urgences
La prévention repose avant tout sur une gestion rigoureuse des prairies. L’objectif est de favoriser une couverture homogène des sols avec des espèces fourragères de qualité. Il est impératif de ne jamais distribuer de déchets verts aux animaux et de maintenir les clôtures à distance des haies ornementales.
Que faire en cas d’ingestion suspectée ?
Si vous suspectez l’ingestion d’une plante, gardez votre calme.
- Identification : tentez d’identifier la plante, si possible avec une application spécialisée (comme Toxiplant ou celle proposée par Agroscope).
- Échantillonnage : récupérez un échantillon de la plante ou du fourrage incriminé.
- Vétérinaire : appelez votre vétérinaire immédiatement pour exposer la situation, les symptômes observés et la quantité estimée.
- Surveillance : contrôlez les fonctions vitales (pouls, respiration, température) en attendant l’intervention.
La surveillance des intoxications végétales chez les équidés a été renforcée par des réseaux comme le RESPE, qui permet aux vétérinaires sentinelles de déclarer les cas cliniques. La connaissance botanique est la clé de voûte de la sécurité de votre cheval. En cas de doute, vérifiez toujours la nature des végétaux accessibles dans votre écurie ou votre pâture.