Le compostage est un processus écologique fondamental qui transforme les matières organiques hétérogènes en un produit homogène, hygiénisé, riche en humus et en éléments nutritifs essentiels pour les sols. Ce processus repose sur l'action synergique de divers microorganismes, notamment des bactéries et des champignons, qui dégradent la matière organique. Il existe plusieurs approches du compostage, allant du co-compostage, qui mélange des matières organiques de natures différentes comme le fumier et les broyats végétaux, au compostage anaérobie, qui privilégie la fermentation des composés organiques en l'absence d'oxygène, ne produisant ainsi pas de CO2. La méthanisation agricole, quant à elle, vise la production d'énergie sous forme de biogaz et de fertilisant, le digestat. Une méthode japonaise innovante, le Bokashi, utilise une fermentation simple pour obtenir un jus riche en azote et un compost solide chargé en matière organique et en micro-organismes bénéfiques pour la fertilité du sol.

Principes et Méthodologies de Compostage
Le compostage, qu'il soit réalisé à grande échelle ou à petite échelle, suit des principes généraux visant à optimiser la dégradation microbienne. La mise en tas, appelée andains, facilite le retournement du compost, une opération cruciale pour assurer une aération adéquate. Le bâchage est une pratique courante pour prévenir le lessivage des nutriments par les précipitations, tout en permettant les échanges gazeux nécessaires.
Un suivi rigoureux est indispensable pour garantir le bon déroulement du processus. La température, mesurée à environ 40 cm de profondeur, doit idéalement dépasser 50°C. Cette température peut être vérifiée intuitivement en plaçant la main dans le tas ; si elle ne peut y rester plus de 5 secondes, le seuil est atteint. Une sonde thermométrique, d'un coût d'environ 200€, offre une mesure plus précise. Si la température s'avère trop élevée, une aération supplémentaire du compost est nécessaire.
L'aération est un pilier du compostage. Les microorganismes aérobies, essentiels à la dégradation de la matière organique, requièrent de l'oxygène. Le retournement du tas, au minimum deux fois pendant la durée du compostage, assure cette oxygénation. Si le mélange devient trop humide, l'ajout d'effluent sec ou une fréquence de retournement plus élevée peut aider à l'évaporation de l'excès d'eau. Le compostage en bout de champ, une technique particulièrement adaptée aux exploitations agricoles, requiert peu de matériel, l'accent étant mis sur l'aération du compost.
02 Technique de compostage en tas avec adjonction du Burkina phosphate
Concernant l'implantation des zones de compostage, plusieurs règles sont à observer. Le compostage est strictement interdit en zone inondable. De plus, la durée totale du stockage et du compostage ne doit pas excéder dix mois. Le compostage à la ferme se distingue par sa facilité de mise en œuvre, son faible besoin en matériel et son coût modéré, comparable à celui d'un chantier de fumier traditionnel, estimé aux alentours de 450€.
Plateformes de Compostage : Capacités et Réglementations
Les plateformes de compostage jouent un rôle clé dans la gestion des biodéchets. Par exemple, une plateforme peut accueillir jusqu'à 45 tonnes de biodéchets de cuisine par semaine, et un total de 115 tonnes. À leur arrivée, les déchets subissent un contrôle rigoureux par les agents de gestion. Les indésirables les plus grossiers sont retirés, puis les biodéchets sont mélangés avec du bois structurant, essentiel pour aérer la matière organique, et des végétaux broyés. Après une étape d'humidification, le mélange est placé dans des tunnels de fermentation, appelés Biodômes, pour une durée d'environ quatre semaines. Durant cette phase, la température s'élève naturellement, dépassant souvent les 70°C. L'air chaud issu de la fermentation est ensuite insufflé dans le mélange, garantissant une aération optimale et une hygiénisation efficace de la matière. Une fois le compost mûr, il est criblé pour éliminer les éléments non décomposés, qui sont réintroduits en début de cycle. Des analyses de qualité sont systématiquement effectuées sur chaque lot produit.
Le compost issu de la plateforme de Guignen, par exemple, bénéficie du label « Matière fertilisante utilisable en agriculture biologique », une certification qui atteste de sa haute qualité environnementale.

La réglementation encadre strictement les installations de compostage. L'arrêté du 21 juin 2018 modifie les prescriptions applicables aux installations de compostage de déchets non dangereux ou de matière végétale, enregistrées sous la rubrique ICPE 2780. Cet arrêté introduit des dispositions spécifiques pour le compostage de sous-produits animaux de catégorie 2 et établit de nouvelles procédures pour le traitement des boues. Il s'applique aux installations soumises à enregistrement sous la rubrique 2780, couvrant le compostage de matières végétales, de déchets végétaux, d'effluents d'élevage, de matières stercoraires, de fractions fermentescibles de déchets triés, de boues de stations d'épuration, et d'autres déchets, avec des seuils de traitement journalier variant de 20 à 75 tonnes.
L'arrêté intègre les définitions de biodéchets et de boues issues du Code de l'environnement, ainsi que la définition de la FFOM (fraction fermentescible des ordures ménagères). Il précise que les produits finis issus de l'installation, tels que les matières fertilisantes, bénéficient d'une sortie du statut de déchet. À défaut, les matières produites demeurent des déchets, dont les producteurs restent responsables jusqu'à leur valorisation finale. L'arrêté distingue les « déchets compostés » destinés à l'enfouissement ou à l'épandage, des « autres déchets », incluant les lots de composts non conformes destinés à l'élimination.
Certaines matières sont expressément interdites dans les installations de compostage, notamment tous les types de Dasri (déchets d'activités de soins à risque infectieux) et le bois termité.
Différentes Échelles de Compostage
Le compostage peut être pratiqué à plusieurs échelles, offrant une flexibilité adaptée à divers contextes. À l'échelle d'une rue, le compostage partagé, utilisant de grands bacs en bois, ou le compostage micro-industriel à l'échelle d'un quartier, sont des solutions viables. Pour les volumes plus importants, des plateformes de compostage industrielles sont déployées.
Historiquement, la plupart des plateformes étaient dédiées au compostage des déchets verts issus des jardins et espaces verts. Cependant, le marché évolue avec l'arrivée de nouveaux acteurs : entreprises agroalimentaires, agriculteurs, supermarchés et, de plus en plus, les collectivités qui collectent les déchets alimentaires des ménages. Pour accueillir ces derniers, les plateformes doivent obtenir un agrément sanitaire spécifique pour traiter les sous-produits animaux de catégorie 3 (SPAN 3).

L'un des inconvénients potentiels du compostage traditionnel en tas est la nécessité de retourner fréquemment les piles pour maintenir une concentration d'oxygène adéquate et garantir une hygiénisation de qualité. Si ce processus n'est pas correctement géré par l'opérateur, le tas peut basculer en anaérobie, générant d'importantes quantités de méthane, un gaz à fort potentiel de réchauffement global. De plus, un tas mal aéré peut s'enflammer à la moindre étincelle, provoquant des feux difficiles à éteindre et dégageant des fumées incommodantes pour le voisinage. Le compostage de SPAN 3 exige une maîtrise parfaite et un suivi méticuleux des températures, assurant une montée à 70°C pendant au moins une heure. Cette méthode est parfois appelée compostage en casier avec aération forcée.
Un autre inconvénient de cette approche est son coût élevé, nécessitant la construction de bâtiments spécifiques qui occupent une surface importante.
Approches Innovantes et Technologiques
Face à ces défis, des solutions technologiques émergent. Le compostage électro-mécanique représente un compromis intéressant entre une approche industrielle et une technique "low tech". Les biodéchets sont traités dans des composteurs électromécaniques qui optimisent l'hygiène, réduisent les nuisances et garantissent un compost de qualité. Ces systèmes partagent les avantages des composteurs traditionnels (économes, locaux, supports d'animation) tout en offrant une efficacité accrue. Pour des volumes supérieurs à 500 tonnes, des plateformes de compostage de 500 à 2000 tonnes/an peuvent être créées avec du matériel spécialisé, comme celui distribué par BROME Compost. L'accompagnement des exploitants, même novices, est assuré par des formations et du matériel ergonomique, favorisant l'adoption des bonnes pratiques. La maintenance à distance et la programmation personnalisée des machines, ainsi qu'un support technique réactif, font partie des services proposés.

Abriplus, par exemple, poursuit le déploiement de matériels Upcycle pour la valorisation des biodéchets des collectivités et entreprises, incluant des services associés. Le composteur rotatif mécanique Ridan, désormais produit dans leur usine nantaise, détient les droits exclusifs de distribution. La FAQ du réseau Compostplus, évolutive et régulièrement mise à jour, reflète la collaboration entre collectivités membres et partenaires institutionnels.
Le SMICVAL, dans une démarche visant à limiter les apports de déchets verts dans ses pôles de recyclage et à encourager les bonnes pratiques de jardinage, a interdit l'apport de tontes et de feuilles mortes en déchetterie. Cette initiative s'inscrit dans une volonté de valorisation locale des végétaux. Sur Chambéry, 135 sites de compostage partagé détournent des biodéchets des ordures ménagères, représentant environ 11,5 kg par habitant. La qualité observée sur ces sites est généralement très bonne, avec peu d'indésirables. Cependant, dans les quartiers plus populaires, la qualité peut être aléatoire, nécessitant un suivi hebdomadaire, voire la suppression de certains points en cas de dépôts récurrents d'ordures ménagères.
Les points de vigilance incluent la nécessité d'une visite hebdomadaire sur une quarantaine de points dans les quartiers difficiles pour ajouter du broyat, retirer les indésirables et brasser la matière ponctuellement. Des moucherons peuvent apparaître par temps chaud et humide, une solution étant l'ajout de sciure en couverture et le nettoyage des parois au vinaigre avant la collecte. De légères coulures peuvent survenir si le sol n'est pas parfaitement plat ; il est donc préférable d'implanter les composteurs sur des surfaces stabilisées, caillouteuses ou herbeuses. Il est recommandé de demander au collecteur de déposer du broyat au fond du composteur après chaque collecte pour éviter que des résidus ne collent au fond et pour absorber les jus des premiers dépôts.
L'utilisation de composteurs grutables offre des avantages significatifs en termes d'optimisation de la collecte. Les propriétés naturelles de dégradation des biodéchets entraînent une montée en température rapide (au bout de 10 jours) et un tassement de la matière, ce qui permet de réduire la fréquence de collecte. Cette réduction se traduit par des économies de CO2 et de carburant, ainsi qu'une absence de lavage, générant des économies d'eau. L'impact environnemental et financier de la collecte est ainsi maîtrisé, les coûts étant divisés par quatre par rapport à une collecte en abri bac. Il est préférable de choisir des cuves à fond arrondi pour faciliter le nettoyage.

Les retours d'expérience des collectivités soulignent également l'importance de la gestion des sacs de tri pour les déchets alimentaires. Nantes et Lyon, par exemple, ne distribuent pas de sacs mais des "seaux à compost" non ajourés. Les sacs en kraft gagnent en popularité, avec des fabricants proposant des prix attractifs. Une dotation de 100 sacs kraft par an par foyer s'est avérée suffisante lors d'une opération pilote.
La loi anti-gaspillage, entrée en vigueur le 10 février 2020, interdit désormais la mention "biodégradable" sur les produits ou emballages. Des certifications existent pour évaluer la biodégradabilité dans des conditions industrielles ou domestiques.
Aspects Réglementaires et Sanitaires
La réglementation sanitaire de l'Union Européenne impose des obligations de résultat pour éviter toute contamination croisée ou écoulement dans l'environnement, sans fixer de fréquence minimale pour la collecte ou le lavage des bacs de présentation des déchets. Le SMICTOM Alsace Centrale utilise un camion équipé d'un système de lavage à haute pression, permettant de peser les biodéchets avant lavage pour une facturation au poids réel. L'absence d'entreprises capables de proposer des systèmes de collecte et lavage combinés a freiné l'achat de leur propre camion par le syndicat.
La Communauté d'Agglomération de Pau Béarn Pyrénées a opté pour le véhicule combiné collecte/lavage "Combitec Tech Bio" de BMV, qui sépare la benne à déchets du caisson de lavage. Cependant, ces véhicules ne séparent pas les eaux de lavage des biodéchets collectés, ce qui pose problème lorsque les déchets sont traités en compostage. À Nantes Métropole, le lavage est effectué de manière séparée.
Pour le Syndicat Centre Hérault, le ratio surface/tonnage traité annuellement est d'environ 1 à 1,5 m² par tonne, avec une plateforme traitant 9000 tonnes par an sur 11000 m². Les exigences d'étanchéité des aires de réception relèvent de la réglementation ICPE. La réglementation sanitaire UE relative aux sous-produits animaux n'impose pas de plateforme étanche, permettant ainsi le compostage à la ferme sans dalle étanche. Pour les plateformes ICPE 2780 sous régimes de déclaration et d'enregistrement, les zones d'affinage, de criblage et de stockage des composts ne sont pas obligatoirement imperméables, sauf pour les ICPE sous régime d'autorisation.

Optimisation du Processus de Compostage
Deux stratégies principales visent à accélérer le processus de compostage : les tunnels fermés d'hygiénisation avec aération pilotée et les retourneurs d'andains. Ces deux méthodes cherchent à optimiser l'aération des tas. Le Pays Voironnais a expérimenté une ventilation pilotée, un taux d'humidité de 55-57% et des retournements fréquents (7 à 10 jours), réduisant le processus à 3 mois, contre 9 mois pour un procédé type "Végéterre". Le produit obtenu est utilisable en agriculture biologique. La ventilation pilotée permet d'économiser 2 à 3 mois sur le compostage des déchets verts, mais n'est pas recommandée au stade de maturation ni après criblage, car elle favorise l'auto-combustion.
Les avantages de ces systèmes incluent la maîtrise de l'humidité, une montée rapide en température, la prévention des nuisibles volants et de l'envol d'impuretés, l'absence de ruissellement, et donc un produit plus concentré en éléments fertilisants, ainsi qu'une moindre évaporation nécessitant moins d'arrosage et de lixiviat. Les inconvénients résident dans le temps de manutention, l'investissement et les coûts de fonctionnement, la maintenance des enrouleurs/dérouleurs, et la taille limitée des andains. Il est conseillé de privilégier les bâches géotextiles qui favorisent les échanges gazeux, contrairement aux bâches plastiques qui "étouffent" les tas.
La manutention des bâches peut être délicate, nécessitant plusieurs personnes pour le déroulement et l'enroulement manuel sur des andains courts (< 20m). Pour des andains plus longs, un engin équipé d'un enrouleur de bâche est nécessaire.
La norme NF U 44-051 est obligatoire pour la mise sur le marché des amendements organiques comme le compost de biodéchets. Bien qu'elle autorise la cession ou la vente du compost produit, même normé, celui-ci reste soumis à la réglementation des déchets.
En cas de présence d'E. coli dans les analyses, il est crucial de comprendre les raisons de cette contamination et d'identifier les mesures correctives. L'affinage, le mois suivant le criblage, semble être la phase où l'abattement des E. coli est le plus efficace.
Les plantes invasives, considérées comme des déchets verts, peuvent être traitées par compostage ou méthanisation, à condition d'assurer la destruction complète des propagules. Le compostage, qu'il soit de proximité ou en installation centralisée, est une voie privilégiée, à condition que les températures atteignent 55°C pendant plus de 72 heures pour les espèces ne présentant pas de graines ou de rhizomes. Pour les autres espèces, des conditions plus strictes s'appliquent.
La réglementation globale sur la gestion des déchets s'applique aux déchets de plantes exotiques envahissantes, qui doivent être valorisés. L'article L.411-8 du Code de l'environnement stipule qu'aucune autorisation n'est nécessaire pour transporter ces spécimens vers les sites de destruction. Le compostage et la méthanisation sont les voies de traitement à privilégier, sous réserve de l'acceptation et du traitement adéquat par l'installation.
Les contraintes réglementaires pour les plateformes de compostage, notamment celles traitant des sous-produits animaux de catégorie 2, imposent des règles d'implantation strictes (distances minimales par rapport aux habitations), des modalités d'entreposage spécifiques (bâtiments fermés, aires étanches, délais d'entreposage limités), et des traitements rigoureux des effluents gazeux et aqueux. Les caractéristiques des matières épandues sont également encadrées, notamment pour les éléments-traces métalliques.
L'évolution de la nomenclature des ICPE vise à encourager la valorisation des déchets en assouplissant le recours au régime d'autorisation au profit de la procédure d'enregistrement, moins contraignante, pour les installations de compostage de différentes tailles et natures de déchets.
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