L'Univers des Semences à Lille et au-delà : Entre Tradition, Innovation et Biodiversité

Le monde des semences, de l'artisanat ancestral à la haute technologie, est un domaine d'une richesse insoupçonnée, essentiel à l'agriculture et à la préservation de la biodiversité. La région de Lille, en particulier, se révèle être un carrefour important pour ce secteur, abritant des entreprises centenaires et des initiatives innovantes. De la tradition du grainetier à la pointe de la technologie pour le plombage des graines, en passant par la redécouverte de variétés anciennes et la production coopérative de semences paysannes, chaque aspect contribue à façonner le paysage agricole actuel.

Le Savoir-Faire Grainetier : Une Tradition Ancrée dans le Temps

L'entreprise familiale Les Graines Bocquet incarne parfaitement cette tradition, forte d'un savoir-faire qui se transmet depuis 1896. Spécialisée dans la production et la distribution de graines, cette entreprise centenaire est mue par une passion pour le jardinage et le potager. Son objectif est de partager son expertise et ses conseils avec les jardiniers de tous niveaux.

jardinier semant des graines dans un potager

Les Graines Bocquet proposent une vaste sélection de graines, incluant des variétés potagères, aromatiques, pour gazon et pour fleurs. Le catalogue de l'entreprise est un véritable pont entre le passé et le présent, présentant à la fois des variétés anciennes et des variétés modernes, répondant ainsi à toutes les préférences des cultivateurs. Au-delà des graines, l'offre s'élargit aux bulbes, aux plants de pommes de terre et même à des variétés anciennes ou originales de légumes, une démarche qui souligne l'attachement à la diversité agricole.

L'entreprise met un point d'honneur à l'origine de ses produits, qui sont français ou, au minimum, européens, une démarche essentielle pour elle. Tous les services des Graines Bocquet sont situés en France, plus précisément à Mons en Pévèle, dans le Nord (59). Cela englobe le conditionnement des produits, leur expédition, la phase de germination, le service client et, bien sûr, le jardin d'essai. Cet ancrage géographique permet d'entretenir des relations privilégiées avec de nombreux producteurs locaux, favorisant ainsi les circuits courts et une économie locale dynamique.

L'Émergence des Semences Paysannes et Biologiques : Un Enjeu de Biodiversité

Face à l'uniformisation des semences et à l'impact de l'industrie agrochimique, des initiatives comme Les Semences de l’Ombelle se dressent comme des piliers de la biodiversité et de l'autonomie agricole. Cette entreprise semencière coopérative est spécialisée dans la vente de graines paysannes, biologiques et reproductibles. À l’origine de ce projet, une équipe de cinq passionnés, forts d'un parcours commun, ont choisi de se lancer dans une aventure collective en créant une SCOP (Société Coopérative et Participative). Le nom “Les Semences de l’Ombelle” a naturellement germé en observant la fleur de carotte sauvage, symbolisant la nature et la prolifération.

La mission principale des Semences de l’Ombelle est de diffuser des semences reproductibles, considérées comme un bien commun, pour qu’elles circulent, s’échangent et se multiplient. Cette volonté s'inscrit en contrepoint du "Catalogue officiel des semences autorisées" créé en 1932 par l’INRA, le ministère de l’agriculture et le GNIS. Les créateurs de ce catalogue, intimement liés à l’industrie agrochimique, ont favorisé l’inscription de semences hybrides, appelées semences “F1”, qui sont par ailleurs non reproductibles. Cela signifie qu'elles ne sont pas stables dans le temps et qu'il est impossible de les récupérer pour les ressemer.

schéma comparatif entre semences hybrides F1 et semences paysannes reproductibles

Contrairement aux semences hybrides, les graines paysannes sont reproductibles. Leur grande diversité génétique les rend rustiques et résistantes aux maladies et aux parasites. Semer les graines biologiques et reproductibles des Semences de l’Ombelle, c’est donc cultiver la biodiversité. Juliette, membre de l'équipe, explique : « Ils cultivent leurs propres souches (les graines de départ aussi nommées semences de base) ou nous leur transmettons celles que nous souhaitons multiplier. Nos producteurs réalisent ensuite l’incroyable travail de multiplication de la graine à la graine. »

Tout au long de la production, un suivi technique est assuré. Les Semences de l’Ombelle réalisent avec leurs producteurs un travail de sélection conservatrice pour maintenir les caractéristiques uniques de chaque variété. Ce processus débute par l’étape du tri, un travail manuel qui utilise un jeu d’une quinzaine de tamis de tailles différentes. Pour les espèces à grosses graines, comme les haricots et les pois, un contrôle visuel est systématiquement pratiqué. Une fois les lots nettoyés, Cécile teste rigoureusement leur pouvoir germinatif à minima une fois par an. Si les lots répondent aux normes de vigueur germinative propres à chaque espèce, ils peuvent être commercialisés. Pour certaines espèces, comme les tomates, les poivrons ou les concombres, les graines sont vendues au nombre de graines. Les graines sont ensuite conditionnées dans de petits sachets blancs, fabriqués localement, soulignant une démarche d'économie circulaire et locale.

Parmi les trésors des Semences de l’Ombelle, on trouve des variétés comme la betterave crapaudine, à la forme allongée rappelant une carotte, ou le poivron violet oda, aussi bon que beau. Les graines des Semences de l’Ombelle sont également disponibles dans de nombreux magasins Biocoop à travers la région, élargissant leur portée. L’équipe participe enfin régulièrement à des salons et fêtes des plantes, créant un lien direct avec les consommateurs et promouvant une agriculture plus durable.

2012 - Vidéo CONFERENCE : La biodiversité et semence paysanne

La Production de Semences de Céréales à Paille : Un Maillon Essentiel de l'Agriculture

Le Groupe COC, une coopérative agricole, joue un rôle majeur dans la production de semences de céréales à paille, s'appuyant sur son réseau d’agriculteurs multiplicateurs pour approvisionner les adhérents de la coopérative et des clients extérieurs. Chaque année, la coopérative multiplie plus de 650 hectares de céréales d’hiver et de printemps. Les céréales se décomposent en quatre espèces principales : l’orge d’hiver avec 120 hectares en moyenne, le blé tendre avec 400 hectares, le blé dur 80 hectares, et enfin 50 hectares d’orge de printemps.

La station de la coopérative assure la production de 30 000 quintaux de semences certifiées, garantissant leur qualité en termes de qualité sanitaire, de faculté germinative, de pureté variétale et d’absence de graines étrangères. Lorsque les nouvelles variétés sont choisies, la coopérative met en place chez ses adhérents multiplicateurs des contrats de production. Chaque année, la coopérative teste plus de 90 variétés de céréales afin de sélectionner celles qui seront produites par les adhérents les années suivantes. Après le triage, des échantillons sont prélevés sur chacun des lots de production et analysés dans un laboratoire d’analyses habilité par le SOC et le GNIS à la certification, assurant ainsi une traçabilité et une qualité irréprochables.

L'Engrain, l'Amidonnier et le Poulard : Plongée dans l'Histoire des Blés Vêtus

L'histoire des céréales est une fresque complexe, où les variétés se distinguent par leurs caractéristiques génétiques, leurs usages et leurs évolutions au fil du temps. Les blés vêtus, dont l'engrain, l'amidonnier et le grand épeautre, sont des témoins de cette histoire.

L'Engrain : Le "Caviar des Blés" Oublié

Surnommé « graine de la peine » ou « caviar des blés », l’engrain passe souvent d’un extrême à l’autre. La figure 1, représentant deux grains par épillet (et non un grain par épillet comme il se devrait pour l’engrain), montre le grain pour la démonstration, mais en réalité, pour les grains dits vêtus, les glumes et les glumelles paillées ou balles enserrent tellement le grain qu’on ne voit pas le grain.

En Haute-Provence, l’appellation a même reçu en 2010, après des démarches de plus de dix ans, une identification géographique protégée (IGP) pour le grain, puis la farine. Cette zone protégée a été déterminée par la carte d’implantation des moulins à meules verticales (fig.4 dans XII.4) servant à monder (décortiquer) le petit épeautre. Ce mouvement agricole provençal, qui défend le petit épeautre jusqu’à dans sa spécificité nutritionnelle, veut mettre fin à l’ambiguïté de l’appellation épeautre.

Les distinctions entre les différents blés vêtus ne sont pas toujours évidentes. L’amidonnier (X.2) est parfois appelé « épeautre de Tartarie » et l’amidonnier blanc de printemps « épeautre de mars ». En Espagne, quelques variétés dites d’espelta seraient des amidonniers. Dans les Carpates, on distingue avec peine les trois variantes de blés vêtus : engrain, amidonnier et grand épeautre. Dernier exemple : on trouve dans un excellent livre de cuisine régionale la mention du farro, « épeautre » en italien, présenté comme une céréale spécifique à l’Ombrie.

Il n’est pas simple de faire la différence, parce qu’en botanique, ce sont des connaissances très modernes qui permettent la recherche des origines, et non les archives (III.1). Ainsi, l’étude de la composition des couches terrestres et de leur contenu en pollen (palynologie), l’analyse au carbone 14 (le décompte de la demi-vie radioactive, qui peut durer des milliers d’années), et les connaissances du génome du froment vont avoir plus de poids au niveau des preuves qu’une source historique sortie de son contexte et sujette à interprétation.

À l'époque de la Renaissance, l'engrain était déprécié. Sur la même gravure sur bois, R. Dodoens (1566) dénomme l’engrain, le monococco, et M. Delobel (1581) l’appelle, le briza. En 1554, dans l’édition en flamand, il est écrit : « On en cuit du pain brun qui a un goût très étrange et désagréable », et dans son édition traduite en français par Charles de L’écluse en 1557 : « Le pain de briza est fort pesant, nourrit mal et est malsain ». Mathias Delobel, en 1581, reprenant probablement ses prédécesseurs, insiste aussi gravement sur ce sujet en disant que le briza « donne du pain noir avec mauvais goût », probablement dû à l’amertume des enveloppes. Delobel ajoute que « le pire des épeautres, nommé briza en grec », a un effet « somnifère » selon Galien. Pour clore cette réflexion sur la dénomination, retenons que ce terme monoccoco (« monococcum » de nos jours) signifie qu’il n’existe qu’un grain par épillet, spécificité que l’on retrouve dans les termes « engrain », « einkorn » en allemand et en anglais, et « eenkoren » en néerlandais.

L’engrain est certainement une des plus petites graines de céréales. Son rendement à l’hectare est de 10 à 35 quintaux, contre 60 à 80 quintaux pour le blé à la fin du XXe siècle en France. L’engrain a ainsi la plus faible valeur meunière de tous les blés (XII.5) [8]. D’ailleurs, dans le département de l’Hérault entre les deux guerres, on avait dégradé le statut de l’engrain à celui de mauvaise herbe.

Cependant, il ne faut pas croire que tous les engrains sont non décortiquables. Ainsi l’engrain nu ou sinskajae, originaire du Caucase (du nom de l’agronome russe Eugeniya N. Sinskaya engagée par Vavilov), existe bel et bien. Il a été « redécouvert » il y a cinquante ans à peine par des scientifiques. On essaye bien sûr de relancer plutôt celui-là que les autres qui nécessitent une opération meunière en plus. Non décortiqué, il se conserve plusieurs années. Mais attention, une fois décortiqué, comme le recommande Hervé Cournède, il faut conserver l’engrain nu non seulement à l’abri des ravageurs tels que les rongeurs, les charançons et les mites, mais la chambre froide est aussi pertinente vu les matières grasses contenues dans le grain qui rancissent plus vite que d’autres à température ambiante.

Il existe en effet l’engrain double que Henri de Vilmorin présente de cette façon : « L’engrain double est, dit-on, ainsi nommé parce qu’il se développe assez souvent deux grains dans le même épillet. Il n’y a là rien que de très naturel, puisqu’il y a toujours dans l’épillet deux fleurs, dont l’une doit avorter pour qu’il ne s’y trouve qu’un seul grain. » La farine d’engrain, sans trop forte présence de ces enveloppes, est plutôt jaune.

Comparé au froment, l’engrain est plus riche en lipides, vitamine B1 et B2 et en minéraux (zinc et magnésium). Ses acides aminés sont par ailleurs mieux équilibrés. Il contient plus de lysine que les autres céréales, ce qui permet une meilleure assimilation des autres acides aminés. La qualité « élastique » de ses protéines ne peut que très difficilement se comparer au gluten actuel. Il suffit de réaliser un simple test d’extraction du gluten (VIII.11) pour s’en apercevoir. Bon nombre d’allergiques au gluten non cœliaque et même des cœliaques qui osent braver l’avis médical, tolèrent l’engrain, surtout lorsqu’il est panifié au levain. Et pourtant, la teneur en protéines de l’engrain est bien souvent supérieure aux teneurs protéiques des blés actuels au gluten tenace.

En termes d’évolution du génome, l’engrain est le blé de base n’ayant pas vécu de polyploïdisation (duplication du génome), comme le seront tous les autres ancêtres de céréales décrits ici par la suite. Cela sème la confusion. De quelle hybridation s’agit-il ? Pas non plus le sens que donnaient les premiers sélectionneurs de blé. Comme chez les de Vilmorin, Jos.-Marie Philippe, qui a employé le terme pour signifier qu’il s’agissait de croisements orientés et conduits par la sélection généalogique que son grand-père avait définie dans un écrit. Ici l’engrain n’a pas subi de polyploïdisation et reste avec les chromosomes qui sont obligatoirement présents par paire, d’où le qualificatif génétique « diploïde ». Mais il se peut très bien qu’il y ait un croisement ou hybridation intraspécifique entre deux engrains différents. Le triticale est le résultat d’une hybridation interspécifique, entre deux espèces, le blé et le seigle. Le croisement intergénérique (entre genres) est pire que les mules/mulets, qui résultent d’un croisement entre une jument et un âne, qui est encore interspécifique.

Pour la panification, il vaut mieux ne pas trop le saler pour laisser toute sa place à son goût un peu brioché. Eh oui ! Sans beurre, ni œufs ou sucre, il produit ce goût à lui tout seul. La pâte d’engrain fermente très vite ; parfois, même en le pétrissant en dernier pour accompagner dans la même chambre de cuisson d’autres pains, cela ne suffit pas. Il faut souvent décaler ou retarder sa confection par rapport aux autres pains de blés et/ou avec une eau de coulage plus froide. Un ensemencement sur plusieurs rafraîchis préserve sa douceur et évitera l’acidité que la fermentation au levain peut procurer surtout pour des pâtes de farines plus « blanches ».

L'Amidonnier : Une Céréale Redécouverte

Ce n’est pas de l’engrain que descend l’amidonnier comme on l’a longtemps cru, mais du blé Urartu repéré en Arménie en 1937. Comme ce dernier ne sait pas se croiser avec l’engrain, on le considère comme une espèce distincte. C’est à la fin du XXe siècle qu’on désignera le blé Urartu comme parent direct de l’amidonnier à la place de l’engrain. Les parents sont donc Urartu et une égilope, « qui mûrit avec le froment et autres blés », mais dont l’espèce n’est pas franchement précisée, elle est simplement dite, de type speltoïde.

Spécifions bien, qu’au lieu d’offrir en mariage et mélange leurs chromosomes chacun, dans leur échange-pollen (qui fera l’héritage génétique), ils ont mis la totalité, en les superposant ou fusionnant les deux entités génétiques. L’amidonnier possède ainsi quatre paires de sept chromosomes, soit vingt-huit chromosomes, deux fois plus que ses parents. Tout cela se passe de manière spontanée et naturelle, sans intervention de l’homme.

Durant le bas Moyen Âge, on préfère mettre en culture l’amidonnier plutôt que l’engrain. C’est généralement l’amidonnier que l’on va retrouver comme objet cultuel, plaqué or, ou lors des fouilles archéologiques. Les relevés des premiers livres d’imprimerie sur les plantes au XVIe siècle n’en parlent déjà plus que comme une plante qui vient « en usage de médecine » et encore, en reprenant les écrits latins et grecs où l’amidonnier figurait probablement sous divers dénominations, dont Typha ou Olyra. À Lille, deux autres blés sont renseignés dans ces premiers traités de botanique officinale de la même époque. Ils sont dénommés blé Luisier, un blé noir brillant, et blé Turquet, ayant « la couleur perse », c’est-à-dire bleue. Nous verrons (X.4) que ceux-ci disparurent des champs cultivés en Europe occidentale après le XIe siècle. Un point qui favorisera l’amidonnier vis-à-vis de l’engrain, son épi mieux fourni en gros grains.

Médiatiquement, il a refait surface dans la Garfagnana, région du Nord de la Toscane, où il fut un des premiers blés à obtenir une identification géographique protégée (IGP) de la communauté européenne en 1996. Dans cet endroit, on avait su conserver et reproduire de manière ancestrale ce blé adapté à cet environnement spécifique situé entre les Alpes Apuanes et l’Apennin toscan. C’est également à Castelvecchio di Garfagnana que se déroula en juillet 1995 la première rencontre internationale sur les hulled wheat (soit blés vêtus, vus comme blés anciens). Plus au Sud, au cœur de l’Italie et toujours dans les Appenins à Monteleone di Spoleto en Ombrie, on retrouve une dénomination d’origine protégée (DOP) reçue en 2010. C’est aussi un amidonnier qui est plutôt destiné à la confection de pâtes et résulte d’une conservation due à un repas rituel dédié à Saint-Nicolas à la veille de sa fête, le 5 décembre. On ne pourra pas exiger une mie très aérée et plastique de cette farine assez rêche. En revanche, l’amidonnier apporte un goût puissant dans le mélange.

Les Poulards : Des Blés à la Panification Spécifique

Avec les poulards, on reste dans des blés à faire parader. Ce blé vit plutôt à l’intérieur des terres et est plus résistant au froid, il passe l’hiver, c’est clair. On remarque souvent que sa paille près du port de l’épi a tendance à faire des courbures en forme de col de cygne, comme pour exprimer que malgré le poids des épillets qui le fait plier, il se redresse vers le soleil. C’est que ces grains étaient appelés « gros grains » à Lyon et dans le sud de la France, « grains de gaudelle », c’est-à-dire grain de taille plus importante, terme qui sera attribué plus tard au grain de maïs. Et de nouveau, c’est ces caractéristiques qui lui donneront un nom, au blé poulard. Les termes « rivet » en anglais, « turgidum » en latin, disent assez que le grain est renflé (IV.1).

Mais au fait, d’où vient le nom français, poulard ? Certains disent que le terme vient de pullus, le petit de n’importe quel animal, ici la poulette, ce qui est un peu en contradiction avec sa réputation de gros grains. La frontière entre les blés poulards et les blés durs n’est pas nette selon Florent Mercier, fan du poulard. On trouvera des poulards plus farineux et d’autres à l’amidon donnant de la semoule vu leur dureté, d’où son classement dans les blés mi-durs.

Le blé blue cone rivet (bleu, conique et bombé) fut exporté dans les années 1850 d’Europe aux antipodes. Les essais de culture de l’émigration anglophone en Australie faisant l’objet de concours, il prit de l’importance, puis, avec un « effet boomerang », fut réexporté vers son continent d’origine, un siècle plus tard, estampillé de « naturellement d’Australie » et dénommé Poulard d’Australie. En provençal, le poulard porte le nom de « pétanielle ».

Toujours pour dynamiser l’attrait des collections, les blés poulards ont aussi l’occasion de donner un spécimen appelé blé miracle. Nicolas-Charles Seringe (1776-†1858) dit qu’il « est actuellement [en 1818] très certain, comme l’avait déjà pensé Mr. A. P. De Candolle [1778-†1841] que le Triticum Compositum [le blé miracle] n’est qu’une simple variété du Triticum Turgidum, dont la base se ramifie plus ou moins. » En 1880, Henri de Vilmorin donne les synonymes du blé Miracle : blé rameux ; blé de Smyrne ; blé de momie ; blé Eldorado ; blé d’Égypte ou Egyptian wheat (Angleterre) ; grano a grappoli (Italie), puis il commente ainsi : « Les poulards sont la classe de blés où les épis se ramifient le plus fréquemment. » Effectivement dans l’Histoire Naturelle de Pline (Livre 18, XXI.1), on trouve ceci : « les froments les plus productifs sont le froment rameux, et celui qu’on appelle à cent grains ». Henri de Vilmorin continue ses observations en 1880 : « Les blés à épis rameux ont toujours eu le don de frapper vivement l’imagination des ignorants et des cultivateurs novices qui s’imaginent en obtenir des rendements prodigieux, tandis qu’ils ne donnent en général qu’un produit assez médiocre, surtout au point de vue de la qualité. »

On portera encore ce blé miracle en haute estime après la guerre 1940-45, en URSS. Lyssenko et les agronomes « mitchouriens » l’appelèrent le blé fourchu. Sous le conseil de leur dirigeant, le géorgien Joseph Vissarionovitch Djougachvili dit Staline qui avait reçu du blé branchu de kolkhoziens caucasien en 1946, le responsable de la politique agricole Lyssenko (III.5) en espéra des récoltes extraordinaires. Il avait même proposé à grand renfort médiatique dans les années 1950 une expérience à grande échelle. Mais, hélas, le blé à multiples épis ne tint pas ses promesses et il ne « fourcha pas ». On retrouve encore le blé miracle en 1949, Henri-Charles Geffroy et Pierre Sauvageot évoqueront dans le livre Osiris le miracle du blé les péripéties d’un blé en état de germer après sept siècles -sic-, sorti d’une tombe égyptienne. On le mentionne encore ici et là au début du XXe siècle. C’est vrai que ce type de blé a souvent été associé à l’Égypte, et on évoque même les saisons 1, 2 et 3 de cette tenace légende, comme un feuilleton T.V. qui fait réapparaître les revenants pour l’audience.

La Nonette de Lausanne, l’Aubaine, la Saissette d’Arles et certaines Touselles sont parfois classées parmi les poulards. Alors que l’on sait que l’ancestrale Touselle, connue depuis fort longtemps, faisait plutôt office de blé tendre sans barbes pour le pain. Les poulards se rencontrent en Espagne ; Sigarzani, Blanco de Corella, Cabezas grano de Cro, Poulard Asturias par exemple. S’agissant de la panification, dans cette classe des poulards mal définie, ce sera un peu au cas par cas. Il est clair que la Touselle…

La Technologie du Semis : Le Plombage et le Recouvrement des Graines de Betteraves

Pour une bonne levée des betteraves, le plombage et le recouvrement de la graine sont des points clés. Les éléments du semoir sont à régler avec précision pour optimiser ce processus. Deux équipements des éléments semeurs doivent être considérés pour plomber et recouvrir la graine :

schéma d'un semoir avec roulette étroite pour le plombage

  • La roulette étroite : Cette roulette permet le plombage de la graine dans le sillon. Elle sert à appuyer sur les graines pour favoriser le contact avec la terre humide. Recommandée dans les conditions normales à sèches, elle ne doit pas tasser de terre au-dessus des graines. Elle peut cependant perturber le semis en conditions humides : les graines qui collent au bandage sont remontées en surface ou déplacées. Une bonne gestion de cet équipement est cruciale pour assurer l'uniformité du semis et la germination optimale des graines de betteraves.

Semences de France et la Métropole Européenne de Lille : Innovation et Développement Régional

La Chapelle d’Armentières, dans la Métropole Européenne de Lille, est un pôle d'innovation pour le secteur des semences. Semences de France, semencier leader en France, a inauguré sa nouvelle usine dans cette localité. Cette expansion est une source de fierté pour la Métropole Européenne de Lille, symbolisant son rôle de facilitateur et d'environnement propice aux affaires.

Créée en 1991 à La Chapelle d’Armentières, Semences de France appartient à Bioline Group et emploie 160 salariés. La nouvelle station de semences s'intègre dans la prolongation du site actuel, témoignant de la croissance continue de l'entreprise et de son engagement dans la région.

La Métropole Européenne de Lille, au service des 90 communes qui la composent, agit au quotidien pour 1,2 million d’habitants. Elle est compétente dans des domaines essentiels tels que le transport, le logement, l’économie, l’espace public et la voirie, l’aménagement et l’urbanisme, la politique de la ville, l’eau, l’assainissement, les déchets ménagers, l’accessibilité handicap, la nature et le cadre de vie, la culture, le sport, le tourisme et les crématoriums. L'implantation de Semences de France s'inscrit pleinement dans cette dynamique de développement économique et d'innovation territoriale, renforçant le positionnement de la région comme acteur majeur de l'agriculture et de l'agro-industrie en France.

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