
Le noisetier, qu'il soit cultivé pour ses fruits ou pour son rôle ornemental dans le jardin, peut parfois présenter des "points brillants" ou des dépôts anormaux sur ses feuilles, suscitant l'inquiétude des jardiniers. Ces symptômes sont souvent le signe de maladies cryptogamiques, notamment l'oïdium, mais d'autres affections fongiques, bactériennes ou parasitaires peuvent également être en cause. Comprendre l'origine de ces manifestations est essentiel pour mettre en place des stratégies de gestion efficaces et préserver la santé de l'arbre.
L'oïdium : la maladie blanche aux multiples visages
L'oïdium, également appelé "maladie blanche", est une maladie cryptogamique répandue qui affecte de nombreuses espèces végétales, y compris le noisetier. Les plantes touchées sont facilement reconnaissables par leurs feuilles recouvertes d’une poudre blanche. Cette poudre est le mycélium du champignon, souvent visible sur le dessus des feuilles, mais pouvant s'étendre sur la feuille entière, et touchant également les tiges et les fleurs dans les cas plus graves. Les feuilles des plantes colonisées se recroquevillent, se dessèchent et finissent par tomber, affaiblissant considérablement la plante et réduisant sa croissance. Pour les noisetiers fruitiers, cela peut entraîner une diminution du rendement, voire l'arrêt du développement des noisettes.
reconnaître et traiter l'oïdium
L'oïdium asiatique du noisetier (Erysiphe corylacearum) : un envahisseur à surveiller
Parmi les nombreuses espèces de champignons responsables de l'oïdium, l'oïdium asiatique du noisetier, causé par Erysiphe corylacearum, a été détecté pour la première fois en Suisse en 2019 et représente une menace croissante pour les noisetiers en Europe. Ce champignon produit des dépôts blancs sur les faces supérieure et inférieure des feuilles. Ces dépôts apparaissent tout d'abord sous forme de petites taches blanches, de 0,5 à 3 cm de diamètre, qui grandissent progressivement. Les infections sur la face inférieure des feuilles entraînent souvent des taches jaunes sur la face supérieure. Finalement, les dépôts blancs se rejoignent pour n'en former qu'un, recouvrant toute la surface de la feuille. En présence d'une forte infestation, les feuilles se déforment et s'enroulent.
Les symptômes similaires peuvent également être observés sur les infrutescences, où les bractées (petites feuilles) qui entourent les noisettes sont d'abord infestées, puis les noisettes elles-mêmes, souvent encore vertes. Les feuilles et les tiges contaminées finissent par perdre complètement leur couleur verte, elles brunissent et tombent prématurément. En cas d'infestation particulièrement grave, les pousses peuvent même dépérir.

E. corylacearum infeste différentes espèces de noisetiers (Corylus spp.). En Asie orientale, où le champignon est indigène, il a le plus souvent été identifié sur le noisetier de Mongolie (Corylus heterophylla). En Turquie, il a été découvert pour la première fois sur le noisetier commun (C. avellana). Il a également été observé en Azerbaïdjan, en Géorgie, en Iran, et en Europe, notamment en Ukraine, en Roumanie, en Italie, en Suisse et en Autriche. Sa propagation est rapide et sa surveillance est cruciale, notamment dans les grandes zones de culture de noisettes.
L'oïdium indigène du noisetier (Phyllactinia guttata) : une menace moins grave
Contrairement à l'oïdium asiatique, l'oïdium indigène du noisetier (Phyllactinia guttata) se développe à l'intérieur des feuilles pendant la majeure partie de l'année. C'est seulement en fin d'été et à l'automne qu'il produit des dépôts blancs extérieurs, la plupart du temps uniquement sur la face inférieure des feuilles, et jamais sur les infrutescences. Au microscope, il se distingue nettement de l'oïdium asiatique du noisetier. Souvent, on a même retrouvé les deux champignons en train de pousser sur la face inférieure des mêmes feuilles, leurs dépôts ne se recoupant pas toutefois. Comme P. guttata ne provoque la chute des feuilles qu'en automne et qu'il entrave à peine le développement des noisettes, il ne constitue pas une menace sérieuse pour la production.
Le cycle de vie de l'oïdium et les facteurs favorisant son développement
Le cycle de vie d'E. corylacearum n'est pas connu dans les moindres détails, mais il est probablement similaire au cycle des autres espèces d'Erysiphe. Les jeunes feuilles du noisetier peuvent déjà être infestées au printemps par les ascospores sexuées du champignon. Une à deux semaines après l'infection, le mycélium du champignon apparaît à la surface des feuilles sous forme de couche blanche. En été, le champignon produit des spores asexuées, des conidies, disséminées par le vent. Les fructifications sexuées se forment généralement à l'automne et passent probablement l'hiver en grande partie dans la couche de litière de feuilles. Au printemps, elles libèrent à nouveau des ascospores qui, transportées par le vent, infestent les feuilles fraîches.
Le développement de l'oïdium est favorisé par une alternance de périodes humides avec des périodes ensoleillées. C'est au début du printemps qu'il faut commencer à être attentif à l'état sanitaire des plantes. Les spores de l'oïdium lui permettent d'être dispersé par le vent, par d'autres plantes déjà contaminées ou encore par les outils de jardin. Inspecter attentivement les nouvelles plantes introduites au jardin est une mesure préventive essentielle.
Autres maladies fongiques affectant le noisetier
Outre l'oïdium, plusieurs autres champignons peuvent provoquer des symptômes sur les feuilles et autres parties du noisetier, bien que leurs manifestations diffèrent des "points brillants" caractéristiques de l'oïdium.
L'anthracnose (Sphaceloma coryli)
Parmi les maladies du Noisetier, l'anthracnose est une des plus courantes et est due au champignon Sphaceloma coryli. Ce champignon se développe très vite et affaiblit la plante, qui ne produit plus correctement. On peut l'observer sur les tiges et les feuilles sous forme de grandes taches beiges à brunes, presque translucides, avec des bords jaunes à pourpre. Les taches sont couvertes de gouttes orangées d'une sorte de mucus qui contiennent les spores du champignon. Cette maladie du noisetier est reconnaissable par des taches sur les fruits de couleur fauve. Sur les feuilles, on voit des taches jaunâtres se recouvrant par la suite d'un feutrage blanchâtre. En fin de saison, on remarque des ponctuations noires disséminées au niveau des taches. C'est un champignon qui se propage plus facilement en cas de blessure, notamment à cause des piqûres de Balanin. Il survit ensuite dans les bourgeons dormants. Sur les jeunes fruits, on observe des taches brunes qui se couvrent d'un feutrage gris.
Autres champignons parasites
D'autres champignons comme Monostichella coryli (anc. Gloeosporium coryli) sont plutôt opportunistes et s'attaquent surtout aux inflorescences et bourgeons. Monilinia fructigena et Botrytis cinerea peuvent s'attaquer aux noisettes en juin-juillet, provoquant des taches brunes sur les jeunes fruits qui se couvrent d'un feutrage gris. Le chancre à Cytospora corylicola est une maladie qui peut être observée dans les vieux vergers du Sud de l'Europe, provoquant des chancres mauves plus ou moins enfoncés qui peuvent encercler une branche et la faire mourir.
Maladies bactériennes et virales du noisetier
Les noisetiers peuvent également être affectés par des maladies bactériennes ou virales, bien que leurs symptômes soient distincts des dépôts blancs caractéristiques de l'oïdium.
La nécrose bactérienne (Xanthomonas arboricola pv. corylina)
C'est Xanthomonas arboricola pv. corylina qui provoque la nécrose bactérienne, responsable de dégâts non négligeables. Cette maladie est favorisée par les gelées du printemps. L'infection causée par la bactériose est détectable sur les feuilles par de petites taches brunes huileuses qui sont entourées d'un halo vert tirant sur le jaune. Les lésions des feuilles finissent par se fondre vers leur extrémité. Si les coques des fruits sont touchées, la maladie se manifeste par l'apparition de taches brun foncé ou noires. La maladie provoque aussi des chancres mauves plus ou moins enfoncés qui peuvent encercler une branche et la faire mourir. Lors de fortes humidités, un liquide collant suinte des tissus infectés.
Le dépérissement bactérien du noisetier (Pseudomonas avellanae)
Le dépérissement bactérien du noisetier (Pseudomonas avellanae) est très grave puisqu'il entraîne la mort de l'arbre.
La mosaïque du feuillage (Apple mosaic virus)
Un virus responsable de la mosaïque du feuillage (Apple mosaic virus) peut entraîner 10 à 20% de pertes de la récolte, se manifestant par des motifs jaunes ou des décolorations sur les feuilles.
Ravageurs du noisetier : des dégâts parfois confondus
Bien que les "points brillants" soient typiques de l'oïdium, certains ravageurs peuvent provoquer des altérations foliaires qui, à première vue, pourraient être confondues avec des maladies.
L'acarien des bourgeons (Phytoptus avellanae)
L'acarien des bourgeons, Phytoptus avellanae, est un petit acarien qui, par ses piqûres, détériore les bourgeons, les empêchant de se développer correctement. Les dégâts ne se manifestent pas directement par des "points brillants" sur les feuilles, mais plutôt par des bourgeons déformés ou atrophiés.
Le ver de la noisette ou balanin (Curculio nucum)
Le ver de la noisette ou balanin (Curculio nucum) est un charançon qui peut causer de gros dégâts en verger en piquant les jeunes noisettes pour se nourrir. Les piqûres du balanin peuvent favoriser l'entrée de champignons comme ceux de l'anthracnose.
Punaises et pucerons
Plusieurs espèces de punaises comme Gonocerus acuteangulatus (punaise des noisettes) et Pantilius tunicatus (punaise des chatons) ainsi que la punaise verte des bois (Palomena prasina) peuvent être rencontrées sur noisetier. La punaise des noisettes peut provoquer de grands dommages en modifiant le goût des amandons, rendant les noisettes immangeables.
Parmi les pucerons, on peut citer Myzocallis coryli (puceron jaune des feuilles) et Corylobium avellanae (puceron vert des pousses). Ce dernier est globuleux, de couleur vert pâle à légèrement rosé, et colonise presque exclusivement les extrémités en développement et les rameaux fructifères. Les organes végétaux attaqués par ce puceron ne sont généralement pas déformés mais seront souillés par un abondant miellat qui favorise le développement de la fumagine, un champignon noir qui recouvre les feuilles.
Stratégies de lutte et de prévention
La gestion des maladies du noisetier, en particulier l'oïdium, repose sur une combinaison de méthodes préventives et curatives.
Solutions à moyen terme : l'hygiène et la densité de plantation
Au début du printemps, il est crucial d'être attentif à l'état sanitaire des plantes. Une plantation moins dense permettra une meilleure aération entre les plants, ce qui réduit l'humidité ambiante et, par conséquent, le développement des champignons. Il est également recommandé de désinfecter ses outils de jardinage entre chaque utilisation pour réduire les risques de contamination. Inspecter attentivement les nouvelles plantes introduites au jardin permet de prévenir l'introduction de maladies.
Solutions à long terme : la biodiversité et le choix des variétés
Au moment de la plantation de nouvelles espèces végétales, il est essentiel de choisir des plantes bien adaptées aux conditions climatiques et au sol. Elles se développeront mieux et seront moins sensibles aux maladies. Si le développement de l'oïdium est récurrent, des variétés tolérantes à l'oïdium peuvent être privilégiées.
Favoriser la biodiversité au jardin est une stratégie efficace pour attirer des auxiliaires comme les coccinelles, dont certaines, comme les coccinelles orange à 12 points ou à 16 points, se nourrissent d'oïdium.
Des recherches intensives sont également effectuées pour développer des noisetiers résistants, que ce soit via des interventions dans le patrimoine génétique ou via la recherche plus ciblée de variétés résistantes apparues par hasard. Des substances telles que l'acibenzolar-S-méthyl (ASM) peuvent stimuler les défenses naturelles des plantes. En vue d'une lutte biologique, il serait possible d'encourager artificiellement la propagation de champignons eux-mêmes parasites d'autres champignons, comme Ampelomyces quisqualis, qui parasite souvent E. corylacearum dans la nature.
Traitements curatifs
En présence d'une légère infestation d'oïdium, il est déjà possible d'empêcher une dissémination en enlevant et en éliminant par la suite les feuilles infestées. Dans les plantations, la réduction de la densité végétale peut contrecarrer la propagation des maladies.
Pour les traitements chimiques, des fongicides synthétiques, du soufre ou des sels (hydrogénocarbonates) sont utilisés. Cependant, l'utilisation récurrente de fongicides est coûteuse et nuisible à l'environnement, et elle est interdite en forêt en Suisse. De plus, un autre problème apparaît avec le temps : la résistance croissante du champignon vis-à-vis de ces fongicides.
Il est important de ne pas réaliser de traitement lors de fort ensoleillement car il y a des risques de brûlures des feuilles. Il est crucial de respecter le mode d'utilisation du produit. Des produits à base de bicarbonate de potassium sont également efficaces contre l'oïdium et sont disponibles en jardineries. Lorsque vous coupez les sujets atteints d'oïdium, évitez un maximum d'agiter les branches afin de limiter la dispersion des spores.
Signalement et conseil
L'oïdium asiatique du noisetier n'est pas soumis à déclaration. Si vous soupçonnez sa présence, vous pouvez contacter les services de Protection de la forêt suisse. Des tests PCR adaptés à cette espèce permettent de détecter une infection avant que les symptômes ne soient visibles.
