Les prairies, comme les autres cultures, requièrent une fertilisation adéquate pour atteindre leur plein potentiel. L’azote est certes le premier élément à regarder pour assurer une bonne productivité, néanmoins, il ne faut pas sous-estimer l'importance des apports en phosphore, potassium, soufre et calcium. Cette synthèse permet d'optimiser votre fertilisation pour aller chercher une productivité maximale tout en respectant l'équilibre de vos sols.

Stratégie de gestion de l'azote
Comme pour toutes les cultures, la fertilisation des prairies doit permettre de couvrir les besoins des plantes sans appauvrir les sols, ni exagérer les apports. Le calcul de la fertilisation azotée doit être adapté selon la nature de la prairie (permanente, temporaire, présence de légumineuses, qualité de la flore), son utilisation (pâturage, récolte) et son niveau d’intensification (chargement en UGB, nombre de coupes, rendements).
Pour déterminer la dose totale d'azote nécessaire, il est recommandé d'anticiper dès l'hiver en se basant sur les exportations de la culture, lesquelles dépendent de l'utilisation de la prairie. Les besoins en azote de la prairie correspondent à la production exportée (en tonnes de Matière Sèche/ha). De ces besoins estimés, on déduit la fourniture du sol en azote et la fixation d’azote par les légumineuses.
- Pâturage : 20 à 30 uN/tMS.
- Foin : 30 à 50 uN/tMS.
- Ensilage : 40 à 60 uN/tMS.
Aucun apport n’est recommandé en système extensif (> 50 ares/UGB). Les associations avec des légumineuses permettent de réduire la dose totale d'azote de 30 à 50 unités par tonne de matière sèche. Il est important de prendre en compte l'azote contenu dans les effluents d'élevage souvent utilisés sur les prairies.
Le fractionnement de l'azote est important si l’apport dépasse les 100 unités :
- Démarrage : Il est recommandé de réaliser un premier apport de 60 à 100 unités au démarrage de la végétation pour les prairies récoltées en ensilage ou enrubannage, et de 0 à 60 unités pour une récolte de foin ou sur pâturage.
- Suivi : Les apports ultérieurs doivent être effectués après chaque récolte ou passage du troupeau.
En théorie, le premier apport est à réaliser lorsque la somme des températures en base 0°C depuis le 1er janvier a atteint 200°C.

L'équilibre indispensable avec la potasse et le phosphore
Suite à l’interprétation de plusieurs centaines d’analyses de sol, nos agronomes ont identifié que dans la grande majorité des cas, le facteur limitant sur prairies était l’alimentation potassique. Vouloir optimiser les apports d'azote est une perte de temps si les approvisionnements en potasse ne sont pas suffisants.
Les systèmes de fauche sur prairies de moyennes et longues durées exportent de grandes quantités de potasse. Par exemple, trois coupes d'herbe sur une prairie de bon potentiel produisant 10 tMS/ha représentent une exportation de 320 unités de K2O. Comme le montre le graphique de rendement selon les doses d’azote et de potassium (YARA, 2020), les niveaux de rendements sont radicalement plus faibles en cas de manque de potasse.
- Optimisation : La potasse est essentielle pour la métabolisation et le transport des nutriments dans les plantes.
- Résistance : Elle renforce la résistance des plantes aux stress environnementaux tels que la sécheresse, les températures extrêmes et les maladies.
- Légumineuses : La potasse joue un rôle central dans la fixation microbiologique de l'azote par les nodules racinaires.
Il est recommandé d'apporter la fumure de fond au moment du redémarrage racinaire, en même temps que le premier apport d'azote. Il est essentiel de tenir compte des épandages d'effluents d'élevage dans le calcul de la fertilisation phospho-potassique. Par exemple, 20 t/ha de fumier de bovins apporte environ 60 unités de P et 180 unités de K, ce qui couvre les besoins d’une prairie de fauche.
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Le soufre : le grand oublié de la fertilisation
Le soufre est un macro-élément indispensable à la productivité et à la qualité des cultures. Il entre dans la composition de trois acides aminés essentiels (méthionine, cystéine et homocystéine) et favorise le processus de fixation symbiotique qui permet aux légumineuses de capter l’azote de l’air. Si les carences en soufre étaient plutôt rares il y a 30 ans, ce n’est plus le cas aujourd’hui en raison de la réduction des dépôts atmosphériques.
Plus de 90% du soufre du sol se trouve sous des formes organiques. Le Teagasc a démontré que le soufre permet de déplafonner le rendement d’une prairie. L’apport de 5 à 6 kg de SO3 pour 10 kg d’azote épandu permet d’augmenter très significativement le rendement.
L'importance de l'état calcique du sol
Les amendements calciques sont importants sur prairies pour soutenir la structure du sol, améliorer la disponibilité des nutriments et assurer la fourniture en calcium. Il est important de répondre aux besoins spécifiques des espèces présentes dans la prairie : 7 à 9 uCa/tMS pour des graminées et 20 à 30 uCa/tMS pour des légumineuses. Le choix de l’amendement calcique et la dose à apporter se réfléchissent grâce à l’analyse de sol. Ils peuvent être apportés sous forme pulvérulente (chaux, calcaire, gypse, dolomie) mais également sous forme liquide (thiosulfate de calcium).

Diagnostic et pilotage par l'analyse d'herbe
Sur prairies permanentes, Arvalis conseille d’avoir recours à une analyse d’herbe au printemps pour diagnostiquer l’état de nutrition de la prairie en phosphore et potassium. Plus pertinente que l’analyse de sol, elle rend compte non seulement de la disponibilité de ces éléments dans le sol mais également de l’aptitude de la plante à les prélever. Sur prairies temporaires, le calcul de la dose de PK à apporter s’apparentera davantage à celui des céréales ou du maïs, et s’appuiera essentiellement sur l’analyse de sol.
La dose à apporter sera déterminée à l’aide de quatre critères, dont l’exigence de la culture, sachant que les cultures fourragères sont globalement moyennement exigeantes en P et K. Il est aussi recommandé d’apporter le phosphore et le potassium en une seule fois, au plus près du démarrage de la végétation pour stimuler la croissance des jeunes racines.
Interaction entre légumineuses et fertilisation azotée
Arvalis déconseille les apports d’azote dès l’année d’implantation d’une prairie multi-espèces (50 % graminées, 50 % légumineuses) lorsque les légumineuses peinent à s’implanter. L’azote apporté risque de faire disparaître les légumineuses au profit des graminées. Lorsque les légumineuses sont bien établies, des apports d’azote restent possibles mais en limitant les quantités à deux fois 30 ou deux fois 45 kg N/ha sous peine de trop perturber l’équilibre entre les espèces.
Chez les « non légumineuses », l'azote est prélevé par les plantes essentiellement sous deux formes dans le sol : l'azote ammoniacal et l'azote nitrique. Chez les légumineuses, le diazote atmosphérique N2 est prélevé par des bactéries fixatrices situées au niveau des nodosités.
Valorisation des effluents d'élevage
La fertilisation peut être apportée par l'épandage de matière organique (effluents d'élevage, compost) ou par un engrais chimique industriel. On privilégiera le recyclage des déjections animales produites sur l'exploitation. Pour couvrir les besoins d'entretien d'une prairie naturelle moyenne, produisant 6 tonnes de MS/ha, il faut apporter 15 à 20 tonnes de fumier ou compost/ha.
Les unités d'azote N apportées sont sous forme organique à libération progressive. En première année, l'apport d'azote disponible par le compost est faible en raison de la réorganisation de l’azote vers des formes stables au cours du compostage. Lorsque les apports de compost sont réguliers, les arrière-effets sont importants.

Mythes et réalités sur l'azote et la qualité du fourrage
Une idée préconçue consiste à penser que l'herbe azotée est néfaste pour le cheval et qu'elle entraîne des maladies métaboliques. En réalité, le cheval est parfaitement adapté à ingérer de l'herbe à haute valeur azotée. La fertilisation azotée, lorsqu'elle est importante, augmente le taux de protéines dans le fourrage récolté à un stade précoce, ce qui est intéressant pour produire du fourrage de qualité destiné aux chevaux à forts besoins. Pour produire un fourrage fibreux, récolté tardivement, à destination des animaux à faibles besoins, la fertilisation azotée ne sera en revanche pas nécessaire.
Rôle des oligo-éléments
Ces éléments représentent de petites quantités à l’échelle des besoins de la culture. Néanmoins, il ne faut pas négliger l’intérêt des différents oligo-éléments pour la flore prairiale. Le diagnostic minutieux des symptômes peut donc conduire à une intervention spécifique. Bien que les besoins soient faibles, une carence peut limiter le potentiel de production et la santé du troupeau, soulignant l'importance d'une approche globale incluant l'Homme, le sol et la plante.
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