L’agriculture moderne traverse une mutation technologique profonde où la précision est devenue le levier principal de la rentabilité et de la durabilité. Une fertilisation ajustée est la garantie d’un rendement optimisé à la parcelle. Pour répondre aux enjeux agronomiques, économiques et environnementaux, les outils de télédétection, qu’ils soient satellitaires ou embarqués sur des drones, permettent désormais de piloter les apports d’azote avec une finesse inégalée, transformant des pratiques autrefois fondées sur des moyennes globales en une gestion intra-parcellaire ultra-précise.

Les technologies de télédétection au service de la fertilisation
Le pilotage de la nutrition azotée repose sur la capacité à mesurer en temps réel l’état physiologique de la plante. Le service MesSatimages, par exemple, utilise les images des satellites Sentinel-2 pour établir des cartes de biomasse et d’azote absorbée de vos parcelles. Sur la base de ces cartes, les modèles calculent les doses ajustées à apporter en sortie d’hiver sur colza et pour le dernier apport sur blé. Avec un ajustement de la minéralisation selon les conditions annuelles, MesSatimages permet aussi de valoriser les précédents apports organiques sur les parcelles.
Parallèlement, l’utilisation du drone agricole représente une avancée majeure pour les exploitants cherchant une précision centimétrique. Pour générer une carte de modulation, le drone agricole survole la parcelle à 150 mètres de haut et 70 km/h, avec une précision de 5 cm. Les images sont traitées par les entreprises de conseils sur la base de deux indicateurs de biomasse : la densité foliaire et le taux de chlorophylle. Il ne reste alors plus qu’à injecter la carte issue de ce traitement dans le système électronique de l’épandeur à engrais pour qu’il règle automatiquement les doses à épandre selon les besoins.
Mécanismes de modulation intra-parcellaire
La modulation de dose sur la base d’une préconisation cartographique est l’une des techniques les plus avancées pour apporter la dose d’engrais nécessaire au développement de la plante. Elle est à l’origine d’une amélioration des rendements ou des taux protéiques, d’une économie d’intrants, mais aussi d’un risque moins élevé de pollution des eaux.
« Avec MesSatimages, l'objectif est de s'adapter au potentiel de la parcelle en sortie hiver, de cibler les zones d’intérêts surtout sur colza et blé. MesSatimages permet de faire de la modulation intra-parcellaire automatique ou manuelle, et surtout de valoriser les engrais de la ferme selon la pluviométrie et les températures. Autrement dit, on peut corriger les pertes dues aux conditions climatiques en modulant une dose moyenne à la parcelle vers des zones à fort potentiel », explique un expert du secteur.
Le drone, quant à lui, offre une réactivité exemplaire. À 30 km/h, à une hauteur de 120 m, le drone prend six photos toutes les deux secondes. Une sert à repérer les trous de semis ou les dégâts de cultures, et les cinq autres correspondent chacune à un spectre invisible de réflectance qui sont traduites en éléments agronomiques comme la densité foliaire.
Vidéo courte Ferme 1: La modulation de dose AZOTE 2021
Performance économique et pilotage agronomique
L’adoption de ces technologies génère des résultats tangibles. En blé, la dose d’azote préconisée est calculée selon la quantité d’engrais déjà absorbée et celle de matière sèche, elle-même évaluée selon la variété, le type de sol, la date de semis, le précédent, le stade du blé et les différentes valeurs de réflectance fournies par les images du drone.
L’expérience d’agriculteurs ayant adopté ces solutions est révélatrice. Sur une parcelle de colza, un exploitant a noté : « En précédent pois, le conseil moyen indiquait 80 u/ha, contre 190 u en précédent orge. Au final, en moyenne, j’ai épandu 160 u, soit moins que les 180 u que j’avais prévu. En économisant 20 u, au coût moyen de 1,50 €/u, soit 30 €/ha, j’ai rentabilisé le coût de la prestation de 12 €/ha. »
Ces outils permettent également une grande flexibilité. Même si l’épandeur à engrais équipé de la modulation n’est pas toujours immédiatement opérationnel, les exploitants peuvent adapter manuellement la dose apportée grâce à une application sur leur smartphone, en faisant varier la vitesse du tracteur ou le pourcentage de la dose moyenne épandue à chaque changement de zone définie par la carte.
Usages étendus : de la protection des cultures au phénotypage
Au-delà de la fertilisation azotée, le drone agricole s’impose comme un véritable Outil d’Aide à la Décision (OAD). Il est habilité par la réglementation à épandre des produits de biocontrôle et des semences. La lutte contre la pyrale du maïs est ainsi réalisée par drones agricoles, où les trichogrammes sont conditionnés à l’intérieur de petites capsules en papier mâché dispersées à l’aide d’un système équipé de disques.
La cartographie de zones cultivées permet également de détecter précocement certains symptômes de maladies, la présence de ravageurs ou le stress hydrique. Par exemple, des expérimentations en Corse ont montré qu’en mesurant la température du couvert sur agrumes avec des drones, on pouvait avoir une vision globale pertinente de l’état hydrique des plantes.
Le drone agricole peut aussi être équipé pour reconnaître et détecter des adventices sur une parcelle. Une caméra hyperspectrale et un traitement d’image spécifique sont généralement nécessaires pour identifier les types d’adventices de la manière la plus fine possible. Les économies d’intrants peuvent être de l’ordre de 70 à 90 % en utilisant un système de ce genre. La carte générée pointe les zones infestées, permettant une action destructrice localisée via un pulvérisateur ou un robot autonome.

L'écosystème du conseil et de l'innovation
La start-up Exo.expert, née de l’Insa de Lyon et d’Agrosup Dijon, illustre bien la synergie entre expertise technique et besoins agronomiques. Elle propose un service de cartographie aérienne par drone dans toute la France. La start-up travaille en lien avec les assurances pour l’estimation des dégâts climatiques, mais aussi avec les fédérations de chasse pour les dégâts de gibiers.
Le raisonnement des interventions est un point important pour les exploitants, pour des raisons économiques (meilleure maîtrise des intrants), environnementales (réduction des IFT, des fuites en nitrates, préservation de la biodiversité) et sociales. Cela passe par un suivi régulier des cultures et par le recours à des outils d’aide à la décision. Le N-Sensor, monté sur le toit du tracteur, est un autre exemple d’outil complémentaire, mesurant « en direct » la réflectance de la culture pour transformer celle-ci en une dose d'application optimale en chaque point de la parcelle. Les résultats observés avec ces technologies sont constants : une meilleure valorisation des engrais de la ferme et une sécurisation des rendements face aux aléas climatiques.
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