La naissance de la Voie : Le premier sermon du Bouddha et la signification du figuier sacré

Bien qu'il se soit répandu dans la plus grande partie de l'Asie au cours des siècles et y ait longtemps prospéré, le bouddhisme est foncièrement indien par ses origines ; il est né en milieu entièrement indien, pour répondre à des préoccupations spirituelles typiquement indiennes, qu'il faut connaître pour bien le comprendre. Le bouddhisme fut fondé par un ascète indien nommé Gautama, qui vécut vers la première moitié du cinquième siècle avant l'ère chrétienne dans le bassin moyen du Gange. On discute encore sur la date de sa mort ou parinirvana, mais on s'accorde beaucoup mieux sur les lieux où il vécut. Le futur Bouddha a passé toute sa jeunesse autour de Kapilavastu, bourgade perdue dans les forêts marécageuses du Teraï. Il appartenait à la caste guerrière, celle des kshatriya, du petit peuple des Shakya, vassal des puissants roi du Kosala mais qui était organisé en une petite république aristocratique.

Carte du bassin du Gange indiquant les lieux de vie du Bouddha

La quête existentielle de Siddhartha Gautama

Cruellement frappé par un choc psychologique, sans doute la mort brutale d'un être qu'il aimait beaucoup, le jeune Gautama quitta sa famille et sa maison peu après son mariage pour mener la vie d'ascète errant et mendiant. Obsédé par le problème posé par la mort et par le malheur, la peine, la douleur en général, il parcourut diverses régions du bassin moyen du Gange en écoutant attentivement et en expérimentant les enseignements de maîtres divers. Ceux-ci le déçurent tous, mais ils l'aidèrent certainement à réfléchir et ils lui apprirent sans doute les méthodes du yoga et des méditations. Siddhartha Gautama, connu comme le Bouddha, naquit en 583 avant J.-C. dans l’actuel Népal. Son père, le roi Suddhodana, dirigeait le clan Shakya avec rigueur et ambition. Peu après la naissance de Siddhartha, sa mère, la reine Maya, mourut. Cependant, la vie du prince fut marquée dès son enfance par une prophétie intrigante. Un saint déclara que Siddhartha deviendrait soit un conquérant militaire redoutable, soit un maître spirituel éclairé.

Ainsi, Siddhartha grandit dans un palais somptueux, entouré de richesses inimaginables. Tout fut conçu pour qu’il ignore la souffrance et les réalités du monde extérieur. Malgré tout, Siddhartha ressentait une curiosité croissante pour le monde au-delà des murs du palais. Un jour, il demanda à visiter la campagne environnante. Lors de cette sortie, il rencontra quatre figures qui changèrent à jamais sa vision de la vie : un vieillard, un cadavre, un malade et un ascète errant. Ces rencontres marquèrent profondément Siddhartha. De retour au palais, Siddhartha sentit un profond vide intérieur. Les banquets somptueux, les festivités et même l’amour de sa famille ne suffisaient plus à le satisfaire. Lorsqu’il apprit la naissance de son fils Rahula, il ressentit un mélange d’émotions contradictoires. Finalement, une nuit, il prit une décision irrévocable. Pendant que tout le palais dormait, il quitta discrètement ses appartements. Il abandonna ses vêtements princiers, se rasa la tête et enfila une simple bure de moine.

Le figuier de l'Éveil : Le tournant de Bodh-Gaya

Si l'on en croit la tradition, il trouva soudain, en une seule nuit, la solution du problème qui le hantait, alors qu'il séjournait au pied d'un figuier pippal, près du village d'Uruvilva, aujourd'hui Bodh-Gaya, à 100 km au sud de Patna. S'étant ainsi "éveillé" (bouddha) à la Vérité qu'il recherchait, il sut qu'il était enfin délivré pour toujours du malheur et de la mort. S'installa sous un figuier sacré, désormais connu comme l’arbre de la Bodhi, Siddhartha s'assit en Abhaya Mudra, la main gauche reposant sereinement sur son genou. Cette quête ne fut pas sans défis. Il affronta Mara, le démon des illusions, qui incarna ses peurs, ses doutes et ses désirs. Malgré ces assauts, Siddhartha resta inébranlable. Lorsqu’il toucha la terre pour témoigner de sa détermination, celle-ci répondit en sa faveur. À l’aube, il atteignit enfin l’éveil.

Représentation artistique du Bouddha méditant sous l'arbre de la Bodhi

Le terme "Bouddha" tire ses origines du sanskrit et du pali. Le mot "Bouddha" est dérivé du verbe "buddh", qui signifie "s'éveiller" ou "se réveiller". Ainsi, littéralement, "Bouddha" peut être traduit par "celui qui est éveillé" ou "celui qui a réalisé l'éveil". Dans le contexte du bouddhisme, "Bouddha" est utilisé pour désigner une personne qui a atteint l'éveil spirituel, une compréhension profonde de la nature de la réalité et de la condition humaine. Cette réalisation est souvent associée à la transcendance de la souffrance et à la réalisation de la paix intérieure et de la sagesse universelle.

Le premier sermon au Parc des Daims

Ne voulant pas garder égoïstement pour lui tout seul la méthode de salut qu'il venait de découvrir, il reprit sa marche errante pour l'enseigner à tous les hommes qui voudraient bien l'écouter. Son premier sermon aurait eu lieu dans un parc où s'ébattaient librement des daims, situé dans la banlieue nord de Bénarès, et les cinq hommes qui l'entendirent devinrent ses premiers disciples, les premiers moines mendiants de la Communauté (sangha) des ascètes bouddhistes, qui fut ainsi fondée. Auprès de Bénarès, en un lieu nommé le parc des Gazelles, le Bouddha prononce sa première prédication, connue sous le titre de Sermon de Bénarès, dans laquelle « est mise en branle la roue de la loi ».

Dans ce premier sermon, il expose les quatre nobles vérités : la réalité de la souffrance, son origine, sa cessation possible et le chemin, appelé noble sentier octuple, qui conduit à cette cessation. La première affirme que l’existence conditionnée est marquée par la souffrance, ou plus exactement par une forme d’insatisfaction fondamentale. La deuxième vérité identifie la cause principale de cette souffrance dans le désir avide, l’attachement et l’ignorance de la réalité. La troisième affirme qu’il est possible de mettre fin à cette souffrance en éteignant l’attachement et en dissipant l’ignorance. La quatrième décrit le chemin à suivre, le noble sentier octuple, qui rassemble attitude juste, intention juste, parole juste, action juste, moyens d’existence justes, effort juste, attention juste et concentration juste.

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Le contexte religieux et moral de l'époque

Pour bien comprendre l'enseignement du Bouddha, il faut d'abord connaître le milieu dans lequel il a vécu et surtout quelles étaient à son époque les préoccupations morales et religieuses des Indiens. Il y a vingt-cinq siècles, la grande majorité des Indiens étaient déjà convaincus de ce qu'après sa mort on renaît sous une forme humaine, animale ou autre, et que cette nouvelle existence sera suivie d'une autre encore et ainsi de suite, sans fin. Beaucoup pensaient que cette renaissance ne se faisait pas au hasard, mais qu'elle était déterminée par les actions accomplies dans les vies antérieures (karma).

Cependant, depuis quelque temps déjà, certains penseurs indiens éprouvaient une terrible angoisse en réfléchissant à cette suite sans fin de renaissances et d'existences, si souvent malheureuses. La perspective de toujours mourir pour renaître encore leur semblait un vrai cauchemar. Le jeune ascète Gautama était en effet l'un de ces penseurs qui, angoissés par le cycle sans fin des renaissances et le malheur de toute vie, cherchaient une méthode pour y mettre un terme et atteindre le bienheureux nirvana. Il expérimenta diverses pratiques d'ascétisme et de concentration mentale dont il sut faire son profit par la suite, en rejetant tout ce qu'il reconnut inutile ou même nuisible. La tradition veut ainsi qu'il ait abandonné et condamné les austérités excessives et apprécié au contraire les deux recueillements les plus profonds.

La structure de la Communauté et l'enseignement

La Communauté (sangha) augmenta peu à peu jusqu'à comprendre plusieurs centaines de membres, ce qui causa de plus en plus de problèmes de discipline (vinaya). Le Maître, connu désormais par les titres et surnoms de Bouddha, Sage des Shakya (Shakyamuni), Bienheureux (Bhagavant) ou Ainsi-Venu (Tathagata), fut donc obligé d'édicter de nombreuses règles pour maintenir la bonne entente nécessaire à la vie des moines et à leur progression sur la longue et rude Voie (marga) conduisant à la délivrance du malheur et de la mort.

Pendant très longtemps, cinquante ans dit la tradition, il poursuivit ainsi sa vie errante à travers tout le bassin moyen du Gange, prêchant sa doctrine de salut et discutant avec des gens de toutes sortes, rois et brahmanes, riches marchands et pauvres paysans, encourageant ses bons disciples et réprimandant ceux qui étaient mauvais. Devenu très vieux et gravement malade, le Bouddha mourut, ou plus exactement atteignit le parinirvana, pendant une courte halte près de la bourgade de Kusinagara. Il laissait le souvenir d'un homme exceptionnel, doué des plus grandes qualités d'esprit, de coeur et de caractère. Le Bienheureux est certainement l'un de ceux qui méritent le plus de respect et d'admiration, en tous temps et en tous lieux, il est assurément l'une des plus belles et des plus nobles figures de toute l'humanité.

Stupa antique illustrant l'évolution du culte des reliques

L'évolution du culte et l'héritage spirituel

Ce respect que les fidèles laïcs éprouvent envers les moines est mêlé, conformément aux vieilles croyances indiennes, d'admiration et d'une certaine crainte, dues aux pouvoirs surhumains attribués aux ascètes et résultant des austérités qu'ils s'infligent. Après le parinirvāṇa du Buddha, il s'y ajoute le vif regret laissé par sa disparition. Faute de pouvoir être dirigé vers sa personne vivante, présente, le culte rendu au Bienheureux prend d'abord pour objets concrets les restes de son corps, ou supposés tels, puis les « tumulus » (stūpa) censés contenir ces reliques et les endroits où se seraient produits les principaux événements de sa vie. Ainsi va-t-on se recueillir devant les arbres ou les bouquets d'arbres à l'ombre desquels le Buddha serait né, aurait atteint l'Éveil, aurait prononcé son premier sermon, se serait enfin éteint complètement. De là proviennent deux caractéristiques majeures de la religion bouddhique : le culte des reliques et les pèlerinages aux lieux saints.

Un peu plus tard, la vénération des fidèles s'adressera, en outre, à des symboles représentant le Bienheureux, qu'on n'ose encore figurer sous forme humaine pour des raisons fort obscures : empreintes de pieds, trône, figuier de l'Éveil, tumulus. C'est seulement vers le début de l'ère chrétienne que l'on commencera à sculpter des statues et des bas-reliefs du Buddha, dans la région de l'actuelle Kaboul et sous l'influence de la civilisation hellénistique alors encore vivante en ces lieux. Quel que soit l'objet représentant ou rappelant à l'esprit la personne du Bienheureux, le culte est partout le même dans ses grandes lignes. Il comprend d'abord des gestes et attitudes de vénération, des offrandes variées (fleurs, encens, onguents), des chants de louanges et la récitation de textes liturgiques.

Le bouddhisme ne reconnaît pas l'existence d'un dieu créateur ou d'un être suprême contrôlant l'univers. Au lieu de cela, il met l'accent sur la responsabilité individuelle, l'éveil personnel et la compréhension profonde de la nature de la réalité pour surmonter la souffrance. Bien que certaines traditions bouddhistes puissent vénérer des figures célestes ou des bodhisattvas, ces pratiques ne les considèrent pas comme des dieux au sens où on l'entend dans d'autres traditions religieuses. Ainsi, dans le bouddhisme, Bouddha est honoré et respecté en tant qu'enseignant éclairé et exemple à suivre pour les pratiquants, mais il n'est pas adoré comme un dieu. L'accent est mis sur la compréhension et la pratique des enseignements du Bouddha pour atteindre l'éveil et la libération de la souffrance.

La Roue du Dharma et la pérennité du message

Le Bouddha incarne une sagesse intemporelle qui a transcendé les frontières culturelles et temporelles. Au cœur du bouddhisme se trouve ce personnage central, connu sous le nom de Bouddha Shakyamuni ou Siddhartha Gautama. Guidant la communauté des moines et des nonnes bouddhistes, il exposa la Roue du Dharma, symbolisant la structure de la réalité et le cycle de renaissances des êtres humains. La statue de Bouddha, souvent représentée avec un bol de riz dans la main droite, demeure un symbole puissant de son rôle de chef spirituel et de guide vers l'éveil.

Les enseignements du Bouddha ont inspiré une communauté de disciples qui ont continué à propager ses enseignements après sa mort. Aujourd'hui, Siddhartha Gautama est vénéré comme un guide spirituel et un exemple à suivre pour des millions de personnes à travers le monde, et son héritage continue d'avoir un impact profond sur la spiritualité et la culture. L'œuvre de Bouddha ne prend pas la forme d'un livre unique, mais d'un ensemble d'enseignements qui donnent naissance à une véritable tradition religieuse et philosophique. Après sa mort, ses disciples organisent plusieurs conciles pour réciter et fixer la mémoire de ses paroles et des règles monastiques. Au fil des siècles, différentes écoles se constituent, avec des interprétations variées de la doctrine.

Schéma de la roue du Dharma et ses huit rayons symbolisant le sentier

Le bouddhisme se diffuse dans toute l’Asie, vers le Sri Lanka et l’Asie du Sud-Est, où se développe la tradition Theravada, et vers le nord et l’est, où se déploient diverses formes du Mahayana, puis du Vajrayana. Des souverains comme l’empereur Ashoka, au IIIe siècle avant notre ère, jouent un rôle décisif en soutenant les communautés bouddhiques et en faisant ériger des stupas, des piliers et des monastères. Peu à peu, les enseignements attribués au Bouddha nourrissent une immense littérature de commentaires, de traités philosophiques et de textes de méditation. Les représentations du Bouddha, d’abord symboliques, deviennent progressivement figuratives et donnent naissance à des styles artistiques très variés, de l’art du Gandhara aux statues monumentales d’Asie de l’Est. Aujourd’hui, des centaines de millions de personnes se réclament du bouddhisme, et des notions comme la méditation, la pleine conscience ou la compassion ont largement dépassé le cadre strictement religieux.

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