L'entrée dans le métier de l'enseignement est une étape cruciale, marquée par une période de formation et de professionnalisation où l'accompagnement joue un rôle prépondérant. Que ce soit pour les étudiants en stage d'observation, les stagiaires en responsabilité ou les professeurs stagiaires, la présence d'un tuteur expérimenté est un pilier fondamental pour l'acquisition des gestes professionnels et la construction d'une posture d'enseignant solide. Cet article explore en profondeur les missions, les rôles, les cadres et les enjeux du tutorat dans le système éducatif.

L'Accompagnement des Professeurs Stagiaires du Premier Degré : Un Engagement Précieux
L’IFP lance régulièrement des campagnes de recrutement des tuteurs du premier degré pour l’année scolaire. Les professeurs des écoles expérimentés qui souhaitent accompagner un collègue en début de carrière ont l'opportunité de s'engager dans cette mission enrichissante. Le rôle du tuteur est essentiel dans le parcours des professeurs stagiaires. Il s’agit d’un accompagnement de proximité, basé sur la confiance, le dialogue et l’analyse réflexive des pratiques professionnelles. Le tuteur aide le stagiaire à s’approprier les gestes du métier, à progresser dans sa posture d’enseignant, à structurer ses séquences pédagogiques et à prendre du recul sur sa pratique. C’est un engagement précieux pour l’entrée dans le métier. En accompagnant un stagiaire, les tuteurs ont également l’opportunité de faire évoluer leurs propres pratiques, nourrissant ainsi une dynamique d'apprentissage mutuel.
Conditions pour Devenir Tuteur du Premier Degré
Pour devenir tuteur d’un lauréat stagiaire du premier degré, il est nécessaire d'être professeur des écoles avec une expérience significative. Il est également nécessaire d’avoir suivi la formation « Être tuteur ». Cette formation, proposée notamment par l’IFP, permet d’être pleinement outillé pour exercer cette mission. La présence d’un professeur stagiaire dans l'établissement du tuteur est un atout, mais n’est pas une condition obligatoire pour candidater. Cette flexibilité permet à un plus grand nombre d'enseignants expérimentés de s'investir dans le tutorat.
Les Stages en Formation Initiale : Une Plongée dans le Monde Scolaire
Les stages constituent une composante essentielle de la formation initiale des futurs enseignants. Ils permettent aux étudiants de se familiariser concrètement avec les réalités du métier.
Le Stage d’Observation et de Pratique Accompagnée (SOPA)
Le stage d’observation et de pratique accompagnée (SOPA) permet aux étudiants de se familiariser avec le monde scolaire, de vivre une première expérience d’enseignement et de confirmer ainsi leur choix professionnel. C’est souvent l’occasion pour les stagiaires de découvrir pour la première fois les structures de l’enseignement catholique et son projet. Les tuteurs doivent refléter ce que l’Institution attend de ses enseignants, servant ainsi de modèles et de guides.

Durant les premières heures de cours, l’étudiant est en observation. Progressivement, il prend la classe en pratique accompagnée en accord avec le tuteur. Celui-ci l’observe, et cette observation est suivie d’un entretien afin d’aider l’étudiant à analyser l’écart entre le prévu et le réel. L’étudiant utilise, tout au long des stages, le référentiel de compétences de l’enseignant comme outil d’auto-évaluation (Arrêté du 1er juillet 2013 relatif au référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation). L’étudiant, suite à une prise en main de la classe, peut être à nouveau en observation, selon les besoins et les progrès observés. L’organisation du stage SOPA n’est pas la même dans tous les INSPE, qui répartissent de diverses manières les 12 semaines à temps complet que doit représenter la durée du stage.
Les Stages en Responsabilité (SER) et de Pratique Accompagnée Long (SPA)
Le stage en responsabilité (SER) et le stage de pratique accompagnée (SPA) long font partie intégrante du cursus de formation initiale. Le stage en responsabilité (SER) est un stage pour lequel l'étudiant-stagiaire est rémunéré, lui offrant ainsi une première expérience professionnelle rémunérée. Le stage de pratique accompagnée (SPA) long a la même durée que le stage en responsabilité mais le professeur titulaire est présent en classe avec l'étudiant-stagiaire, assurant une supervision constante et un soutien immédiat. Dans ces deux configurations, le tuteur aide à la préparation des séquences et des séances, à la prise en main de la classe. Le tuteur aide également à l’analyse réflexive sur la pratique du stagiaire et échange sur les points d’amélioration possibles, contribuant ainsi à l'élaboration de stratégies pédagogiques efficaces.
Tutorat et accompagnement
Le Tutorat dans le Second Degré : Diversité des Situations et des Missions
De nombreux collègues peuvent devenir tuteur ou tutrice d’un·e stagiaire ou d’un·e étudiant·e en MEEF dans les collèges et les lycées. S’il est bien mal rémunéré, et peu reconnu par l’institution, le tutorat est souvent apprécié par ceux et celles qui s’y consacrent. Les échanges avec les étudiant·es ou les stagiaires ne se font jamais dans un seul sens. Ils permettent de réfléchir à son métier, et, au moment d’en expliciter davantage les règles, d’en apprécier toute la richesse. Avec les rencontres entre tuteurs et tutrices, ces moments ressemblent un peu à la formation continue entre pair·es que le SNES-FSU appelle de ses vœux. Le SNES-FSU s’efforce de développer l’accompagnement des tuteurs et tutrices, dont les situations sont en réalité très diverses et propose des dispositifs de soutien, comme des listes de discussion spécifiquement destinées aux adhérents.
Le Tuteur de Terrain : Un Rôle Clé
Le ou la tuteur·trice de terrain est choisi·e par l’Inspection car « expérimenté, reconnu pour ses compétences didactiques et pédagogiques, son engagement dans le système éducatif ». Il ou elle est théoriquement volontaire, même si parfois l’IPR fait fortement pression sur les collègues (faute d’autres options, à cause des contraintes de berceaux etc.). Il ou elle exerce la plupart du temps dans le même établissement que le ou la stagiaire, favorisant ainsi une proximité et une disponibilité accrues. Les rectorats et/ou les INSPE publient parfois des guides à l’intention des tuteurs·trices de terrain. Ils détaillent notamment les procédures de suivi et d’évaluation, fondés sur le référentiel des métiers du professorat du 1er juillet 2013 et des grilles ad hoc. Sur le site de l’INSPE de Limoges, par exemple, on trouve le « Livret unique de l’accompagnement des professeurs et CPE stagiaires, des contractuels alternants et des étudiants en M2 SOPA » ainsi qu'une page sur le suivi des fonctionnaires stagiaires avec différents documents. Ces ressources sont précieuses pour les tuteurs dans l'exercice de leurs missions.
Rémunération des Tuteurs
La rémunération du tutorat varie selon le type de stage et la durée de l'accompagnement. Pour l'ensemble de ses périodes de stage d’observation et de pratique accompagnée, un étudiant représente une indemnité de 150€. Si l’étudiant·e a plusieurs tuteurs pendant ces périodes, ces derniers se partagent l’indemnité de 150€. Pour l’ensemble de l’année, la rémunération est de 300€ par étudiant·e, soit 150€ par étudiant·e et par semestre. Bien que cette rémunération soit souvent jugée insuffisante au regard de l'investissement demandé, l'engagement des tuteurs est principalement motivé par le désir de transmettre et de contribuer à la formation des nouvelles générations d'enseignants.

Cadre Réglementaire des Missions de Tutorat
Il n’y a pas de texte spécifique exhaustif régissant toutes les missions des tuteurs, en dehors de l’Arrêté du 27 août 2013 fixant le cadre national des formations dispensées au sein des masters « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation », revu en 2019 et 2020. Cet arrêté prévoit un stage de 12 semaines en M2 (18 semaines sur toute la durée du master, pour les étudiants qui ne sont pas en alternance), généralement annualisé en 1/3 temps durant les 36 semaines de l’année. Les guides publiés par certains INSPE (tous ne sont pas à jour, alors que les maquettes de master changent substantiellement en 2021-2022) font référence aux missions confiées aux tuteurs des stagiaires en responsabilité (fonctionnaire stagiaire ou contractuel alternant). Le commentaire du SNES-FSU souligne que les objectifs de formation des nouveaux M2 MEEF sont très ambitieux, puisque le Ministère n’en attend pas moins qu’à l’issue du M2 et du concours, ils et elles soient prêts à enseigner à plein temps pendant leur année de fonctionnaire-stagiaire.
Les Étudiant·es Contractuel·les Alternant·es (ECA) et les AED en Pré-Professionnalisation
Le dispositif de tutorat s'étend à d'autres profils d'étudiants en formation ou en début de carrière.
Tutorat des Étudiant·es Contractuel·les Alternant·es (ECA)
Les Étudiant·es contractuel·les alternant·es (ECA) ont en principe deux tuteurs·trices : l’un choisi dans l’équipe enseignante de l’INSPE, l’autre « désigné, sur la base du volontariat » par l’IPR ou le chef d’établissement. Ce « tuteur de terrain exerce les fonctions de maître d’apprentissage et conseille le contractuel alternant pendant cette première phase de professionnalisation. Identifié pour ses qualités professionnelles et son expérience, il est chargé du suivi et de l’accompagnement du contractuel alternant. Il contribue à la construction des compétences professionnelles attendues dans le référentiel des métiers du professorat du 1er juillet 2013. Il accompagne le contractuel alternant dans la mise en œuvre des apprentissages et l’évaluation des élèves et pour toutes les questions relevant de la gestion et de la conduite de la classe ». Le commentaire du SNES-FSU met en lumière que les missions de tuteur·trice de terrain, telles qu’elles sont définies dans la note de service du 27 novembre 2020, sont très étendues et pratiquement similaires à celles d’un·e tuteur·trice de fonctionnaire-stagiaire, pour une rémunération pourtant nettement inférieure.
L'Accompagnement des AED en Pré-Professionnalisation
L’AED en pré-professionnalisation est un·e étudiant·e qui signe un contrat de 3 ans dans un établissement du second degré, et qui est censé prendre en charge des missions de plus en plus nombreuses (observation et aide aux devoirs en L2 et L3 puis prise en charge d’heures de cours en M1). Il et elle doit être accompagné·e dans son collège ou son lycée. Le commentaire du SNES-FSU insiste sur l'attention que les collègues qui s’engagent dans ce tutorat doivent porter au fait qu’un AED Prépro signe un contrat de 3 ans (qui, en principe, devrait être renouvelé pour son année de M2 MEEF, mais les textes ne sont pas encore publiés). L’affectation dans un établissement est, sauf circonstance exceptionnelle, pour 3 voire 4 ans. Il est important de noter que depuis 2024 et l’annonce d’une potentielle réforme des concours, le dispositif de recrutement des AED prépro est suspendu.

Ressources et Supports pour les Tuteurs
Les INSPE et les rectorats publient parfois des guides, des mémentos et même des capsules vidéo à destination des tuteurs. Ces ressources sont conçues pour soutenir les tuteurs dans leurs missions, leur fournissant des informations pratiques, des grilles d'évaluation et des conseils pédagogiques. La liste de ces documents est régulièrement mise à jour pour s'adapter aux évolutions des maquettes de master et des dispositifs de formation. Ces outils contribuent à professionnaliser la fonction de tuteur et à garantir un accompagnement de qualité pour les futurs enseignants.
tags: #presence #tuteur #pendant #stage #professeur