L’agriculture et l’horticulture modernes se trouvent à la croisée de multiples enjeux écologiques. Par leurs impacts sur l’environnement et la biodiversité, mais aussi parce qu’elles contribuent à la séquestration du carbone ou à la production d’énergies vertes pour lutter contre le réchauffement climatique, ces activités posent la question de leur rôle : penchent-elles du côté des problèmes ou des solutions ?

Dynamiques des écosystèmes et pressions agricoles
En France métropolitaine, entre 2000 et 2020, les activités agricoles ont fragilisé les écosystèmes. Si les surfaces cultivées (betteraves industrielles, céréales, etc.) sont essentielles, la biodiversité de la faune et de la flore diminue. La biomasse d’organismes vitaux, comme les vers de terre, se réduit, impactant les services écosystémiques, notamment en matière de fourniture d’eau et d’azote aux cultures.
La fertilisation et l’irrigation, pilotées par les agriculteurs, sont cruciales. En France, la surface agricole irrigable s’élève en 2020 à plus de 2,8 millions d’hectares, en hausse de 23 % par rapport à 2010, représentant 11 % des surfaces agricoles utiles (SAU). Cette même année, 64 % des surfaces irrigables ont été irriguées au moins une fois. Ces services varient fortement dans l’espace, avec des valeurs élevées dans le Bassin parisien et en Bretagne.
Le sol joue un rôle déterminant. Les sols agricoles français stockent environ 3,72 Pg de carbone (d’après des estimations de 2012). Cependant, la restructuration du sol affecte les échanges entre le sol et les plantes et nuit à leur croissance. Le remembrement agricole, opéré dans les années 1960-1970, a participé à l’érosion de la biodiversité par l’exploitation intensive des milieux, la réduction des haies et le développement de vastes parcelles de monoculture.
La filière horticole : spécificités et risques sanitaires
La filière horticole se distingue par une diversité immense d'espèces (semences, plants, annuelles ou pérennes) et une périssabilité élevée. Les pertes et gaspillages sont estimés entre 30 et 50 % de la production mondiale de fruits et légumes. Avec un marché mondial pesant 1 376 milliards de dollars, cette filière dépasse celui de la viande.
Le secteur est fortement dépendant de l’approvisionnement en eau. Dans certains contextes, l’épuisement des ressources hydriques ainsi que les pollutions des sols qui accompagnent les productions intensives soulèvent des controverses. La sensibilité des végétaux aux ravageurs et maladies conduit à un usage important de pesticides. Le secteur horticole est ainsi l’un des plus gros consommateurs de produits chimiques, générant des coûts cachés environnementaux et sanitaires.
Comment définir la transition agroécologique à l’échelle territoriale ?
Risques professionnels et santé au travail
Les entreprises horticoles, maraîchères et les pépinières présentent des risques spécifiques liés à la plantation, à la récolte, au travail sous serres et au conditionnement. Les travailleurs sont exposés à des nuisances physiques : contraintes posturales prolongées (taille, plantation, arrachage), port de charges lourdes et exposition aux vibrations.
L'exposition aux traitements phytosanitaires (fongicides, insecticides, herbicides) lors de la préparation des bouillies ou de la pulvérisation génère des risques neurotoxiques et reprotoxiques par voie cutanée ou respiratoire. De plus, les serres constituent un milieu fermé où les molécules persistent dans l’air. La sécurité est un défi majeur, particulièrement pour les travailleurs saisonniers ayant peu d'expérience. La prévention passe par la substitution des produits dangereux, le port d'équipements de protection individuelle (EPI) et une formation rigoureuse, notamment via le programme PRAP (Prévention des Risques liés à l’Activité Physique).
Vers une transition agroécologique
L’agriculture est le principal émetteur de composés organiques non volatils (COVNM) et d’ammoniac. Toutefois, entre 1990 et 2021, les émissions du secteur agricole ont diminué de 13,4 %. L’agroécologie propose de s’appuyer sur les écosystèmes naturels pour produire plus et mieux. Cette pratique consiste à remettre les systèmes de culture dans leur environnement : protéger les sols avec un couvert végétal, réduire les traitements en favorisant les auxiliaires de culture et améliorer la résilience des élevages.
Le plan Écophyto, lancé en 2008, vise à réduire l’usage des produits phytosanitaires. Parallèlement, l’initiative internationale « 4 pour 1 000 », lancée lors de la COP21, démontre que les sols agricoles peuvent augmenter leur stockage de carbone grâce aux pratiques agroécologiques. L’agriculture biologique, seul label européen reconnu basé sur ces principes, continue de progresser, avec un objectif de 18 % de surfaces bio d’ici 2027.

Énergie et innovation : le rôle futur de l'agriculture
L’agriculture est devenue le principal producteur d’énergies renouvelables en France. La méthanisation, qui transforme les déchets organiques en biogaz, et le développement des biocarburants de deuxième génération, issus de résidus agricoles, illustrent ce tournant. La loi de 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables favorise également l’agrivoltaïsme.
Des expérimentations dans les vignes ont démontré que la présence de panneaux solaires peut protéger les cultures contre le gel en hiver et offrir un ombrage bénéfique en été. Face à la mondialisation et au changement climatique, l'innovation, de la sélection variétale à la conception de sites de production (comme le montre la démarche Innov’Horti), devient le levier principal pour concilier rentabilité économique, santé humaine et préservation de l’environnement.
tags: #problematique #environnement #et #horticulture