La gestion des produits phytosanitaires, incluant les semences traitées, constitue un pilier fondamental de la sécurité agricole et environnementale. La complexité des réglementations actuelles impose aux exploitants une vigilance accrue, allant du transport sécurisé des matières dangereuses jusqu’aux modalités précises d’épandage au sein des parcelles. Cette approche structurée détaille les obligations légales, les impératifs de sécurité et les cadres normatifs régissant ces pratiques.

Les impératifs de sécurité lors du transport de produits phytosanitaires
La majorité des produits phytosanitaires sont classés « dangereux au transport ». Cette classification concerne essentiellement des matières liquides inflammables, des matières toxiques ou des matières dangereuses pour l’environnement. Il est crucial de noter qu'en fonction du conditionnement, le classement « danger au transport » du produit ne figure pas toujours explicitement sur l'emballage. Pour obtenir cette information, l'agriculteur doit impérativement consulter la Fiche de Données de Sécurité (FDS), et plus précisément la rubrique N°14 du produit.
Réglementation et bonnes pratiques de transport
La réglementation prévoit des dispositions spécifiques pour le transport routier :
- Transport par engin agricole : Dans la limite maximale d’une tonne, les produits peuvent être transportés avec un engin agricole tel que défini à l’Art. R.311-1 du Code de la route.
- Arrimage : Quel que soit le type de véhicule utilisé, il est vivement recommandé d’arrimer convenablement les emballages lors du transport pour éviter tout basculement ou rupture de contenant.
- Seuils de sécurité : Pour des quantités importantes excédant 50 kg, il est préférable de se faire livrer directement par le fournisseur afin de limiter les risques liés à la manutention et au transport privé.
- Cas particulier de la bouillie : Le transport sur la route de bouillie phytosanitaire dans la cuve du pulvérisateur n’est pas strictement réglementé. Cependant, la responsabilité de l’agriculteur peut néanmoins être engagée en cas d’accident et de pollution avérée, ce qui impose une prudence maximale lors des déplacements.
Cadre normatif : Définitions et catalogue des usages
Le cadre législatif s'appuie sur des définitions précises pour harmoniser les pratiques. Le catalogue national des usages phytopharmaceutiques, mis à jour par arrêté du 12 avril 2021, remplaçant celui du 26 mars 2014, constitue la référence.
Les produits phytosanitaires sont définis comme des mélanges ou des solutions composés de deux ou plusieurs substances destinés à être utilisés comme produits phytopharmaceutiques ou adjuvants. Ils visent à freiner ou prévenir une croissance indésirable des végétaux, à l’exception des algues, à moins que les produits ne soient appliqués sur le sol ou l’eau pour protéger les végétaux. Les substances actives, quant à elles, sont les substances, y compris les micro-organismes, exerçant une action générale ou spécifique sur les organismes nuisibles ou sur les végétaux, parties de végétaux ou produits végétaux.

Le catalogue national dresse la liste des usages à indiquer dans toute demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) et de permis de commerce parallèle (PCP). Chaque fascicule répertorie pour une filière, par culture ou groupe de cultures, l’ensemble des usages pouvant faire l’objet d’une demande d’autorisation. Ce catalogue évolue en fonction des besoins des filières, notamment en cas d’apparition de nouveaux organismes nuisibles.
Réglementation des applications phytosanitaires sur le terrain
Avant d’utiliser des produits phytosanitaires, plusieurs réglementations strictes doivent être prises en compte pour protéger l'environnement et la santé publique.
Conditions météorologiques et distances de sécurité
L’arrêté du 4 mai 2017 précise que les applications sont strictement interdites si l’intensité du vent est supérieure à 3 sur l’échelle de Beaufort, soit 19 km/h, situation caractérisée par une agitation notable des feuilles et des rameaux.
Concernant les zones non traitées (ZNT) et les distances de sécurité, le périmètre dépend du produit et de son usage. Depuis le 1er janvier 2020, des distances de sécurité doivent être respectées par rapport aux zones d'habitations et aux zones accueillant des personnes vulnérables (écoles, crèches, centres hospitaliers, EHPAD). Ces ZNT varient selon la dangerosité :
- 20 mètres incompressibles : Pour les produits classés avec des phrases de risques spécifiques (H340, H350, H360, H300, H310, H330, H331, H334, H370, H372) et pour les substances considérées comme perturbateurs endocriniens.
- 5 à 10 mètres : Pour les autres produits, selon qu'il s'agit de cultures basses (5m) ou d'arboriculture/viticulture (10m).
Protection des milieux aquatiques
Dans des régions comme la Marne, des arrêtés préfectoraux (ex: arrêté du 27 juillet 2017) définissent les points d’eau concernés : cours d’eau, mares, étangs, lacs et surfaces en eau figurant sur les cartes IGN au 1/25000ème. La ZNT peut être réduite de 50 à 5 m ou de 20 m à 5 m si deux conditions sont remplies :
- La présence d’un dispositif végétalisé permanent d’au moins 5 m de large en bordure des points d’eau.
- L'utilisation de moyens techniques certifiés (buses anti-dérive, panneaux récupérateurs) figurant dans la liste publiée au Bulletin officiel.
Traçabilité et contrôle des pratiques
Tout agriculteur est tenu d’enregistrer les traitements phytosanitaires réalisés sur son exploitation. Cette obligation, en vigueur depuis le 1er janvier 2009, assure la traçabilité des produits et facilite le contrôle. Ce document peut être réalisé sur papier (carnet de plaine, fiche parcellaire) ou via des outils informatiques comme le logiciel "Mes Parcelles".
Déclarer sa PAC - TUTO#2 Le Registre Parcellaire Graphique
En complément, le matériel de pulvérisation doit être inspecté. Ce contrôle est obligatoire et doit être effectué par un organisme d’inspection agréé par l’État, à la demande de l’agriculteur, tous les 3 ans. Cette mesure permet de s’assurer du bon fonctionnement des équipements et de limiter les risques de fuites ou de surdosage.
Gestion des mélanges et délais de sécurité
L’arrêté du 12 juin 2015 encadre strictement la pratique des mélanges afin d'éviter des réactions chimiques imprévues ou une toxicité accrue :
- Interdiction de mélanges : Il est interdit de mélanger au moins un produit étiqueté T (toxique) ou T+ (très toxique) avec d'autres substances.
- Protection des pollinisateurs : Il est interdit de mélanger une substance active de la famille des pyréthrinoïdes avec une substance active appartenant à la famille des triazoles ou des imidazones durant la floraison ou les périodes de production d’exsudats. Dans ce cas, la pyréthrinoïde doit être appliquée 24 heures avant la triazole ou l’imidazole.
Le Délai Avant Récolte (DAR), indiqué sur l’étiquette, précise le nombre de jours à respecter entre le traitement et la récolte. Parallèlement, le délai de rentrée correspond au temps minimum à respecter après un traitement phytosanitaire avant de retourner sur la parcelle.
Importation et usage des semences traitées
Les semences traitées avec un produit phytosanitaire autorisé en Suisse peuvent être importées sur le territoire. Elles ne peuvent être introduites que si elles ont été traitées avec des substances actives autorisées pour l’usage prévu.
Si les semences ont été traitées avec des substances actives non autorisées pour l'usage prévu en Suisse, le service d’homologation peut accorder des dérogations, sous réserve que les produits phytosanitaires concernés soient autorisés dans l’Union Européenne. Enfin, il est important de noter que les produits dont la première mise sur le marché est intervenue avant le 15 décembre 2022 peuvent être distribués et utilisés jusqu’à épuisement des stocks, sans modification des étiquettes au regard de l'évolution des réglementations.
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